Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain – Débat le 17 novembre à Angers

Après la table ronde, « De la violence vers la paix, Utopie ou espoir ? » le CCIC poursuit son cycle de soirées préparatoires à la célébration de ses 70 années de collaboration avec l’UNESCO.
Il organise à Angers, avec l’Université catholique de l’ouest et Fondacio jeudi
 17 novembre prochain, une soirée sur le thème « Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain » avec Thierry MAGNIN, physicien et théologien, recteur de l’Université Catholique de Lyon et François PROUTEAU, ingénieur sup’telecom et docteur en sciences de l’éducation, président de Fondacio


Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain


La révolution numérique bouleverse nos vies et nos vérités. Elle pulvérise la durée, promeut les réseaux, plonge chacun de nous dans un maillage et un flux d’informations qui affectent nos activités tant privées que professionnelles. Les années 2000 semblent marquées par le passage fulgurant (Pierre Giorgini, La transition fulgurante) à une ère nouvelle du tout connecté et de la capacité d’accéder d’un clic aux savoirs universels en tout lieu et à tout instant.

La puissance de calcul, de stockage (Big data) et de transmission des données a explosé. Ordinateurs, réseaux et opérateurs humains interconnectés font partie d’un maillage d’une forme d’intelligence hybride de plus en plus puissante (Joël de Rosnay , L’homme symbiotique). De nouvelles possibilités semblent offertes à l’homme pour étendre ses capacités d’accès à une source quasi infinie d’informations qu’il peut traiter et qu’il peut mettre en interaction dynamique avec d’autres, de manière illimitée, sans aucune frontière.

Chaque jour grandit le nombre des personnes vivant en permanence reliées à un réseau internet via un smartphone. Les Google Glass et les montres connectées préfigurent les objets intelligents de demain, avant que ceux-ci soient eux-mêmes remplacés par des puces de plus en plus petites (nanotechnologies), puissantes et reliées en permanence au cerveau. Leur développement et les avancées des recherches médicales annoncent l’apparition du cyborg (être humain à qui on a incorporé des greffons technologiques pour démultiplier sa force et augmenter la longévité). Un « homme augmenté » naît sous nos yeux, transformé par des liaisons numériques qui poussent comme autant d’excroissances porteuses de nouvelles potentialités de connexions et d’échanges. Cette « augmentation » de l’homme va de l’échelle nanoscopique (nanomachines agissant à l’intérieur du corps humain ) à la dimension planétaire à travers un maillage d’une infinité de combinaisons possibles entre chacun des objets et acteurs intelligents, reliés entre eux.

De nouveaux modes de coopération humaine et technique ne cessent de transformer en profondeur tous les domaines d’activités : logement (airb&nb) ; énergétique (smartgrid) ; économie (co-working ; économie créative) ; construction, production et commercialisation (simulation & conception 3D , e-commerce) ; santé (services à distance à haute valeur ajoutée, nanosciences et nanorobots pour la chirurgie) ; enseignement (cours en ligne ouvert et massif « mooc » ; communautés d’apprentissages d’étudiants-acteurs en lien avec des professeurs-avatars) ; moyens de transport (blablacar, uber, etc.). Partout, le consommateur-acteur-connecté impose un nouveau modèle économique, au point que « tout le monde commence à craindre de se faire ubériser » (Maurice Lévy, PDG de Publicis).

La révolution techno-scientifique aplatit la hiérarchisation des savoirs et des valeurs, privilégie la communication, livre tout et à tout le monde sans médiation. La forme de cette communication instantanée qui aurait réponse à tout n’est-elle pas souvent aux dépends de la qualité de l’information véhiculée et d’une réflexion critique ? Quels sont les impacts (économiques, sociaux, éthiques) de ces échanges uniquement à distance et sans que se rencontrent physiquement les interlocuteurs des transactions ? Cet espace d’échanges numérisés produit-il un nouvel eldorado propice à de nouvelles collaborations constructives et créatives ? Ou le retour au Far West sans foi ni loi où règne le pouvoir du plus fort ? Où les plus fragiles sont systématiquement les victimes de ce nouveau système ?

Cette révolution permet des bonds prodigieux dans le domaine des techniques, des services, ou encore de l’autonomie des personnes. Elle crée des métiers dont l’on ne sait rien encore mais en disqualifie beaucoup d’autres. Elle métamorphose la répartition des tâches et l’organisation sociale qui lui sont liées. Elle s’emballe et emballe nos vies. De quel paradigme humain sortons-nous pour aller vers quel autre ? Quels enthousiasmes pouvons- nous mobiliser dans ce temps de passage ? Avec quelle intériorité ? Vers quelle spiritualité ?

Cet emballement pourrait-il mener l’homme au-delà de ce qu’il souhaiterait pour lui-même, pour les autres ou pour les générations à venir ? Devant cette question, il convient de prendre un temps de recul et de s’interroger sur l’apparition d’une nouvelle manière d’être humain qui se dessine sous nos yeux, à travers les mutations techno-scientifiques qui bouleversent nos sociétés en ce début de 3ème millénaire. C’est l’humanité de l’homme qui est en question, notre nouvelle manière d’être humain qui est en jeu. La définition de l’humain n’est-elle pas devenue trouble ? Il nous faut l’interroger dans ce nouveau paradigme pour accueillir une nouvelle manière collaborative de concevoir, représenter et mettre en œuvre notre humanité. Il convient de coupler ce regard anthropologique avec une réflexion éthique, « le mouvement même de la liberté qui cherche une vie bonne, dans la sollicitude envers autrui et dans un juste usage des institutions sociales » (Paul Ricœur, Soi-même comme un autre).

Chacune des étapes de cette problématique est une occasion d’aiguiser notre vigilance et de nous interroger nous-mêmes, nos partenaires et l’UNESCO sur autant de questions d’actualité où se joue l’avenir du monde et des hommes.

Il ne s’agit pas seulement d’organisation et de moyens nouveaux mais surtout des conditions de notre libération quand les risques d’aliénation se multiplient.
Il s’agit de
l’humanisation grandissante à laquelle nous appelle le sens d’une vie à redécouvrir, à annoncer et à proposer dans les formes du monde à naître.
Cette démarche exigeante et nécessaire est notre manière de participer, avec d’autres et dans le respect de tous, à l’évangélisation du monde.