Conseil Exécutif de l’UNESCO 201ème session

Échos de la réunion plénière des 24 et 25 avril 2017


Ouverture par le Président M. Michael Worbs  qui a souhaité rappeler avec insistance le malheur des attentats intervenus dans plusieurs pays ces derniers mois pour exprimer – comme l’ont fait beaucoup de délégués – sa compassion et dire avec insistance combien il était important dans cette actualité dramatique de réaffirmer le rôle éminent de l’UNESCO en faveur de la Paix et la Justice, deux valeurs essentielles de son acte constitutif.

Dans cette introduction ont été indiqués les trois axes principaux retenus pour les échanges : 1 / L’ensemble couvert par le document dit 39/C5 (budget programme UNESCO) qui est présenté sous une forme complètement remaniée ; 2/ La procédure engagée pour la sélection du nouveau Directeur Général ; 3/ La préparation de la prochaine Conférence Générale.

Il a été aussi fait allusion aux travaux qui ont précédé cette réunion, pour saluer les interactions fructueuses avec les présidents des conventions, des comités et des groupes régionaux.

Le Directeur Général adjoint a représenté Mme Bokova qui n’a pu assister à la première journée en raison de sa participation au Congrès Mondial juif à New York (qui a lieu tous les quatre ans), congrès au cours duquel a été présenté un « guide à l’attention des décideurs sur l’enseignement de l’Holocauste », document rédigé par l’UNESCO en collaboration avec la mosquée de Montréal. Le DGA a rappelé la signature de la Résolution 2347 par le Conseil de sécurité, une résolution qui consacre officiellement le lien entre Patrimoine culturel, paix et sécurité : après UNITE4HERITAGE, l’UNESCO voit ainsi reconnu le principe d’une défense des patrimoines culturels face aux risques de  destruction et de trafic dans les zones menacées par les conflits. C’est une avancée historique et sans précédent.

Le DGA a rappelé ensuite les quatre grands objectifs retenus pour orienter et structurer les actions de l’UNESCO : alignement sur l’agenda 2030, mise en évidence des deux priorités « Afrique » et « le genre », privilégier les actions concrètes et des approches intégrées. Il a aussi mis l’accent sur les progrès récents en termes de méthode avec le souci de favoriser les coopérations ou les rapprochements (ONU , Banque Mondiale) et de visibilité ( un rapport 2016 mettant bien en évidence les faits saillants, le programme 39/C5 rénové, le lancement du « Courrier de l’UNESCO » avec l’aide financière de la Chine)

-Les déclarations :

Une trentaine de délégations se sont exprimées oralement (16 d’entre elles, comme l’avait proposé le Président, ont remis des contributions écrites) et plusieurs thèmes ont été largement repris, comme ceux de la violence et de l’extrémisme, de l’éducation (les jeunes, les femmes, l’enseignement professionnel.

Le succès des efforts de l’UNESCO pour promouvoir la Résolution 2347 a été largement salué, ainsi que l’engagement de Mme BOKOVA au service de cette cause, mais la Directrice générale, plus généralement, a reçu comme un satisfecit de la part de nombreux membres du Bureau pour tout ce qu’elle a apporté au cours de ses deux mandats.

Comme lors de la précédente session, l’agenda 2030 de l’ONU et notamment l’ODD4 se rapportant à l’Éducation sont constamment mentionnés comme des cadres de référence importants pour guider les politiques menées au sein de l’UNESCO mais aussi au niveau des Etats (un certain nombre d’exemples ont été rapportés). Dans l’ensemble ce budget « 39/C5 »« est bien accueilli dans sa nouvelle version pour les avancées qu’il a permis d’opérer (meilleure visibilité des programmes, mise en évidence des résultats, intégration des fonds extra budgétaires etc). Un assez grand nombre de délégations ont réitéré leur inquiétude quant aux bureaux hors siège dont on craint une réduction de leurs moyens financier et surtout humains ( diminution du nombre des experts).

Dans la perspective des auditions des candidats au poste du prochain Directeur général, un certain nombre de participants ont énoncé quelques uns des critères jugés indispensables : le leadership, une bonne connaissance du domaine et de l’institution, une force de conviction pour aider à résoudre les problèmes de financement. Un délégué, président de son groupe régional a insisté pour que soit respecté un principe de représentativité géographique ainsi qu’une juste rotation par zone, au nom de ce qu’on pourrait appeler une règle du « chacun son tour ».

Beaucoup de délégations ont insisté pour que l’UNESCO soit fortement soutenue en raison des valeurs essentielles qu’elle promeut : paix, justice, pluralisme et diversité culturelle, protection des droits de l’homme.

Le représentant de la Thaïlande a parlé au nom de l’ASEAN dont on fête en 2017 le cinquantième anniversaire : ses membres soutiennent les actions de l’UNESCO qui favorisent l’harmonie, le respect des personnes et attachent une importance toute particulière à l’Éducation notamment pour tout ce qui concerne les sciences et techniques. Les questions touchant à la gouvernance sont de toute première importance, notamment ce qui a trait à l’évaluation des performances.

Le représentant des Pays arabes appelle à s’assurer des suites données aux décisions prises par le COMEX ou la Conférence générale ( une question précise est posée au sujet de la décision prise concernant Jérusalem).

Pour le groupe Amérique latine et Caraïbe, les points suivants ont été mis en exergue : à l’avenir, on devra s’assurer d’une amélioration effective de la gouvernance, avec la dimension « intergouvernementale » bien traitée. Il faudra avoir une gestion intelligente des financements, plutôt que des coupes claires, miser sur les synergies, jouer sur une meilleure priorisation et ne pas perdre de vue les valeurs essentielles à défendre comme la solidarité (avec notamment Haïti) ou les protections contre les risques de destruction du patrimoine culturel (destruction du fait de guerres ou de catastrophes naturelles, trafic). On salue les initiatives du MOST et sa stratégie qui est pertinente avec une bonne et légitime appréhension des questions touchant aux migrations.

A l’occasion de leurs déclarations, certains intervenants ont mentionné les initiatives et événements pour lesquels leurs pays ont joué un rôle ou sont appelés à le faire :

-les événements :

réunion du MOST en Malaisie, forum sur la Quatrième révolution industrielle (Vietnam), Colloque sur le programme « Mémoire du Monde » à Doha (après la consultation de la Commission internationale réunie à ce sujet), Forum mondial sur « Réfugiés et Développement durable » à Dacca.

-les initiatives :

Prix développement durable (Japon),la Conférence sur les Humanités (Liban), le Fonds de soutien en faveur du lac Tchad, le Fonds Malala (Pakistan) ; le Fonds Fiducia UNESCO (Espagne) (en faveur de l’éducation), soutien exprimé et apporté au Fonds de solidarité « Ouragan MATTHEWS » (en faveur dHaïti).

On aura relevé les quelques autres éléments suivants :

Le représentant de l’Italie a rappelé le récent sommet des ministres de la culture du G7 à Florence. C’est une première, et il est important de voir ainsi reconnue la Culture comme représentant un grand enjeu, et méritant que l’on y accorde la plus grande attention.

Quelques délégations ont tenu des propos appuyés pour appeler à ne pas altérer ce que fait l’UNESCO en l’instrumentalisant à des fins politiques (il faut dépolitiser). L’institution doit rester centrée sur ce qui est d’ordre purement culturel, intellectuel. Un intervenant a pour sa part parlé du risque de détournement par l’argent à propos des fonds extra budgétaires de plus en plus souvent mobilisés : ce n’est pas l’argent qui doit fixer les priorités. Un autre participant a exprimé le souhait que les échanges soient un peu moins orientés sur des sujets propres aux intérêts particuliers de chaque État dont sont issus les intervenants, pour privilégier des problématiques plus générales, et permettre ainsi d’avoir de vrais débats d’idées.

Un souci a constamment été exprimé de façon plus ou moins explicite à propos des contributions qui ne sont plus versées ou qui sont versées avec retard. Le Président de la Conférence générale, M. Stanley MAMBATA, appelé à s’exprimer en fin de session, a été net : il faut mettre fin à cette hémorragie, a-t-il indiqué : être membre de l’UNESCO requiert qu’on contribue à son financement, il faudra dans les temps à venir mettre les États devants leur responsabilités sur ce point ; il faudra aussi, selon lui, mettre fin à une autre pratique, à savoir celle du versement de contributions sous condition.

La qualité du management a fait l’objet de commentaires avec quelque fois des nuances critiques. Sur ce sujet, le Royaume Uni, tout en assurant l’UNESCO de son soutien, a suggéré qu’il y avait matière à améliorer les choses, notamment ce qui concerne la gestion du personnel ( recrutement, évaluation etc).

L’observateur du Saint Siège est intervenu sur la question des Migrants, et singulièrement des enfants pour appeler les pays d’accueil à leur réserver un accès à l’éducation digne de ce nom et respectueux des identités.

L’Union européenne a rappelé qu’avec les contributions de l’ensemble de ses membres, elle est le principal contributeur de l’UNESCO, qu’elle soutient pleinement à raison de ses missions au service de la Culture. Ont été mentionnés les quelques grands thèmes sur lesquels l’UE partage les vues de l’UNESCO : la sécurité des journalistes, l’attention à apporter aux jeunes (existence d’un réseau des jeunes européens), la protection des patrimoines culturels (on salue la résolution 2347, on soutient les actions de l’UNESCO en Crimée).

Enfin, en dernier lieu, on mentionnera quatre interventions originales, qui, d’une certaine manière, tranchaient dans la forme mais peut être aussi, à certains égards, dans leur esprit sur les autres déclarations :

Le délégué des Pays Bas a laissé l’essentiel de son temps de parole à un Jeune qui fera partie du prochain Forum des jeunes et qui, tout à la fois, a dit combien sa génération dans son pays peut avoir peur de la violence qui tend à trop souvent se manifester (jusqu’à la guerre) et combien elle souhaite s’engager dans la société et être entendue.

L’ambassadeur iranien a conclu son intervention sous une forme plutôt poétique pour défendre les idées auxquelles il est attaché : il a ainsi parlé d’élévation du débat, d’authenticité, d’oubli du politique néfaste pour préférer les politiques artisans de Paix, et de promotion de dialogues qui portent comme une vague.

Le délégué de la République Dominicaine a voulu intervenir sur un ton musical en jouant sur des mots antinomiques ou complémentaires pour mieux faire ressortir un message de paix et d’espérance, avec des strophes ponctuées d’un refrain repris en chœur pour rejeter la Guerre « Nada ! » : « les Paroles voyagent plus vite par la Musique », un joli slogan qu’il a donné juste avant de commencer une riche litanie de ces mots s’opposant ou se complétant, une déclamation par le chant inspirante, et qui interpelle : L’Enfant/l’École…Les Armes/la Paix..Les murs/les Ponts… Le Silence/l’Écoute… le Courage/l’Amour… La Femme/l’ÉgalitéLa Démocratie/la Gratuité… Les Réfugiés/l’Espérance… L’analphabétisme/ les Lettres etc ; belle mélodie qui a conquis l’auditoire et qui a été spontanément très applaudie.

Le Cameroun pour sa part a terminé sa déclaration sur le thème de la citoyenneté, en rappelant l’existence de deux organisations : l’organisation de «  la citoyenneté universelle » et l’organisation « des citoyens du Monde ». La première avait l’ambition de développer l’usage d’un passeport universel, et la seconde prévoyait que chaque État réserve sur son territoire une enclave qui serait libre d’accès pour tous, idéale utopie que complétaient d’autres projets (ex : une « chambre des peuples »), mais aussi beaucoup d’idées proches de celles qui inspirent l’UNESCO, la Paix , la Tolérance, et une citoyenneté pour tous, citoyenneté du Monde. Il est bon que l’UNESCO continue de promouvoir ces valeurs et principes essentiels.

En conclusion :

Mme Bokova, en fin de seconde journée, a apporté des réponses à l’essentiel des questions soulevées.

Elle a apprécié les propos positifs tenus sur le « 39/C5 » et indiqué qu’il ne s’agit que d’un début, il y a une volonté d’aller plus loin pour rendre l’outil encore plus lisible qu’il s’agisse des opérations ou des résultats. Elle s’est montrée rassurante quant au réseau hors siège (notamment pour la région Afrique qui a le plus exprimé ses inquiétudes), elle a rappelé son engagement pour de meilleures coopérations inter-agences de l’ONU. Vis-à-vis de la Suède et du Royaume Uni qui figurent parmi les délégations les plus enclines à demander une gestion ressemblant à celle que pratiquent les entreprises, la Directrice Générale a dit son accord avec ce qui est dit et montré que déjà, dans une large mesure, l’UNESCO répond aux exigences exprimées, et indique que les efforts seront poursuivis. Dans les combats à mener contre tous les risques de destruction des Patrimoines Culturels et plus généralement les atteintes violentes aux Droits fondamentaux de l’Homme, elle invite à rester pleinement engagés, en paroles et en actes. Il faut, dit-elle, en reprenant le mot prononcé par un délégué, lutter contre l’apathie lorsque l’essentiel est en risque, à savoir les cultures qui sont le Patrimoine commun de notre Humanité, et qui, in fine doivent pouvoir coexister comme ferments et garants de Paix. De ce point de vue, en reprenant ce sur quoi le représentant de la République Dominicaine avait insisté dans son hymne « La Guerre, jamais/nada ! » , elle a terminé son propos en disant sa fierté de tout ce qui a été fait, en dépit des difficultés budgétaires.

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