UNESCO – Journée internationale de l’alphabétisation 2016

« Lire le passé, écrire l’avenir »

UNESCO – Journée internationale de l’alphabétisation 2016

50e anniversaire

8 et 9 septembre 2016

Sommaire

Cet événement marque le 50e anniversaire de la Journée internationale de l’alphabétisation proclamée par la Conférence générale de l’UNESCO en 1966. 2016 est aussi la première année de mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon durable 2030, qui comprend l’Objectif de développement 4 (ODD4) visant à « assurer une éducation inclusive et équitable de qualité et à promouvoir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous ».

La journée a permis au panel ministériel de plusieurs pays de partager l’expérience des progrès accomplis en matière d’alphabétisation dans leurs propre pays et au panel d’experts de haut niveau et de représentants de pays de « lire le passé » et de donner une vision de l’avenir « écrire l’avenir ». Elle a été l’occasion de présenter les conclusions et recommandations du 3ème Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes (Global Report on Adult Learning and Education – GRALE III). Enfin point phare de la journée : le lancement de l’Alliance mondiale pour l’alphabétisation –AMA (Global Alliance for Literacy – GAL) associé à l’apprentissage tout au long de la vie, dont la coordination sera assurée par l’UNESCO.

Les interventions ont souligné que, malgré les progrès accomplis, les défis sont considérables pour que soit atteint l’objectif 2030 d’un « monde où tous sachent lire, écrire et compter ». Une conclusion s’impose aujourd’hui : qu’aucune entité (pays, organisation) ne peut atteindre seule l’objectif visé et qu’une action coordonnée mondialement est nécessaire avec une plus grande synergie incluant les entités politiques, le secteur privé et la société civile.

Discours d’ouverture (extraits)

Mme Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO

« À travers le monde, 745 millions d’adultes ne savent ni lire ni écrire une phrase simple. Deux tiers sont des femmes, et les retards les plus importants se situent en Afrique. La manifestation à l’occasion du 50e anniversaire est intitulée « Lire le passé, écrire l’avenir », elle marque la première célébration dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Elle passera en revue les réalisations et les enseignements tirés au cours des cinquante dernières années et identifiera les défis et les solutions innovantes. L’alphabétisation est essentielle au succès du nouveau programme mondial. Elle offre aux femmes et aux hommes les compétences nécessaires pour façonner le monde selon leurs rêves et leurs aspirations. Dans un monde sous pression, l’alphabétisation est source de dignité et de droits. Dans un monde en mutation rapide, l’alphabétisation est le fondement de sociétés inclusives et résilientes. C’est une force transformatrice pour lutter contre la pauvreté, faire progresser l’égalité des genres, améliorer la santé familiale, protéger l’environnement et promouvoir la participation démocratique ».

S.A.R. la Princesse Laurentien des Pays-Bas, envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’alphabétisation au service du développement

« Quelle est la question qui me tient éveillée la nuit ? Mon sentiment est partagé entre la joie devant les réussites des élèves à l’échelle locale et la frustration de ce que, malgré tous ces efforts, nous n’ayons pas été capables de faire en sorte que les taux d’alphabétisation continuent leur rythme de progression. Pourquoi n’est-ce pas possible ? Pour moi, la seule réponse est que cette question n’est pas placée assez haut dans l’agenda politique. Les responsables politiques ne perçoivent pas le coût immense de l’analphabétisme. Nous devons abandonner nos idées préconçues, bousculer les choses et mener une introspection sur ce que nous faisons bien et sur ce que nous faisons mal. Nous devons sortir de notre bulle. Tel est notre défi ».

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Panel ministériel : Partage d’expérience sur les politiques et stratégies dans le cadre de la vision 2030 de l’alphabétisation

Modérateur : M. David Atchoarena, Directeur, Division des politiques et des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie, UNESCO

Intervenants : Leurs Excellences les Ministres de l’éducation nationale de Côte d’Ivoire (Mme Camara), de Cuba (Mme Cobiella), du Sénégal (Mme Mbaye Thiam) et de l’Inde (M. Kushwaha).

Côte d’Ivoire : 15 ans de crises ont impacté les progrès dans l’éducation, le taux d’alphabétisation n’est que de 41%. L’alphabétisation est une cause nationale promue par un comité interministériel. Actions concertées sur certains secteurs et par de multiples approches sur le terrain : femmes sur les marchés, femmes chargées de cantines, personnes dans les entreprises, dans les gares routières, dans les maisons d’arrêt et prisons (module sur la paix et la citoyenneté), dans les zones de culture de cacao et agro-pastorales (réinsertion des enfants). Technique : outils dont sont familiers les apprenants, approches plus classiques pour les jeunes, cours donnés par des personnels de l’éducation nationale et des ONG. L’État donne du matériel agricole plus un kit d’éducation. Point d’attention : organiser l’insertion des personnes alphabétisées.

Cuba : Alphabétisation généralisée réalisée au début des années ’60 par des brigades de jeunes des villes envoyés dans les campagnes (100 000 jeunes auraient été envoyés dans des conditions parfois très difficiles et certains assassinés). En 1962 le pays est libéré de l’illettrisme. En 2016, 10% du PIB est consacré à l’éducation. Au ministère de l’éducation a été créée spécialement une division pour l’éducation des adultes. La méthode cubaine de mobilisation des étudiants a été reprise dans de nombreux pays (elle aurait touché 9 millions de personnes).

Sénégal : Alphabétisation, nouvel élan depuis 1993 et fort engagement politique. Mise en place de programmes sectoriels, engagement pour une école pour tous et une école de qualité. Aujourd’hui les programmes d’éducation touchent plus de 2 millions de personnes. Les leçons tirées : nécessité d’un caractère multifonctionnel, alphabétisation orientée vers des activités génératrices de revenu, pour la promotion de la santé et un développement durable. Alphabétisation multi-cibles : jeunes, femmes, handicapés. Stratégie du « faire faire », multi-acteurs. Points d’attention : alphabétisation et langues locales, formation des formateurs.

Inde : Taux d’alphabétisation des adultes (+15 ans) : 18% en 1951, 69% en 2011. Historique : 1978 : programme national d’éducation des adultes et droit à l’éducation gratuite pour tous, en 2015 le taux de scolarisation pour l’éducation primaire est de 100%, par contre en 2011 il y a encore 290 millions d’illettrés dont 257 millions d’adultes. Depuis 2011 sont mis en place des programmes spécifiques en particulier pour les zones rurales et les bidonvilles avec une orientation fonctionnelle et acquisition des bases du calcul (importance pour les activités commerciales). Des programmes de bibliothèques sont développés ainsi que la contribution de l’aide de volontaires. Points d’attention : importance de l’alphabétisation : la capacité de lire et écrire est essentielle aux droits des individus et en particulier des femmes, développement d’un système d’évaluation en continuum.

Modérateur : points d’attention en conclusion : La réalisation de la vision de l’alphabétisation 2030 au sein du Programme de développement durable à l’horizon 2030 nécessite une forte volonté politique et un réel engagement. L’alphabétisation des adultes doit être : (1) une priorité, une cause nationale, (2) elle doit faire l’objet d’une planification, (3) le mode de gouvernance est essentiel et requiert coopération inter secteurs, inter ministérielle.

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Session 1 : Panel de haut niveau – Lire le passé pour écrire l’avenir : les progrès réalisés en matière d’alphabétisation depuis 1966

Modérateur : M. Venkata Subbarao Ilapavuluri, Coordinateur en chef du programme, Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Présentation : Lire le passé pour écrire l’avenir : une vision globale des progrès en matière d’alphabétisation et les leçons retenues, M. David Atchoarena (UNESCO)

50 ans de progrès mais toujours des défis. Le taux de l’alphabétisation des adultes au niveau mondial a progressé de 56% en 1950 à 86% en 2015 mais le rythme de progression s’est ralenti au cours des dernières années. Du fait de la croissance rapide de la population le nombre de personnes illettrées est aujourd’hui plus élevé qu’en 1950, passant de 700 millions à 745 millions. Le mouvement a favorisé l’alphabétisation des femmes mais deux tiers des personnes illettrées sont encore des femmes. La répartition de la population illettrée a profondément changée : diminution de l’illettrisme en Asie du Sud et de l’Est et Amérique Latine (taux d’alphabétisation de 90% aujourd’hui), mais du fait de l’accroissement rapide de leur population les pays l’Asie du Sud et du Sud Sahara représentent aujourd’hui respectivement la moitié et un tiers de la population illettrée du monde (taux d’alphabétisation 70% et 65 % respectivement).

La vision de l’alphabétisation a elle aussi évolué passant de l’apprentissage de techniques de base pour inclure aujourd’hui la notion de fonctionnalité et d’autonomisation. Cette vision va continuer de changer. Trois facteurs : l’influence de ce qu’implique en matière de communication et d’éducation la réalisation des objectifs de l’agenda 2030 du développent durable, l’apprentissage tout au long de la vie et le développement de la société numérique.

Intervenants : Représentants de France, d’Amérique Latine-Caraïbes et de Thaïlande

France Le rôle joué par le secteur public dans la promotion de l’alphabétisation – M. Hervé Fernandez, Directeur, Agence Nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) – Trois points :

Se mettre d’accord sur le problème à résoudre avec tous les partenaires (« un problème bien défini est à moitié résolu ») : en 2004, 3.1 millions de personnes confrontées à l’illettrisme, en 2011, 2.5 millions, 50% des personnes ont un emploi, mais une part du phénomène est invisible, d’où l’importance du monitoring. En 2013, la lutte contre l’illettrisme a été définie comme grande cause nationale.

Nécessité d’une action collective et besoin de savoir qui fait quoi au niveau national, régional, préfets, entreprises, etc…Chacun à son niveau doit prendre sa part. Expliquer ce qui revient à chacun, le pouvoir public étant le facilitateur.

S’inspirer de ce qui se fait dans la société civile et au niveau européen. De ces expériences établir un guide pratique remonté aux décideurs.

Amérique Latine et CaraïbesLe rôle joué par les ONG et leurs réseaux dans la promotion de l’alphabétisation – M. Francisco Cabrera Romero, Conseil populaire de l’Amérique Latine et des Caraïbes (CEAAL)

Toujours une tension entre société civile et pouvoirs publics/gouvernements : la société civile est plus innovante. L’alphabétisation n’est pas seulement l’apprentissage de l’alphabet, les illettrés sont des personnes marginales, en particuliers des femmes, il faut une démarche plus large. Les ministères de l’éducation ne sont pas suffisamment capables de ces démarches. Il y a une grande diversité de méthodes, une immense richesse et possibilité de contribution de la société civile, exemple des bibliothèques, de la formation des formateurs, du suivi des résultats. Une conclusion : il est nécessaire d’incorporer les voix qui viennent du terrain et qu’il y ait une bonne coopération entre l’Etat et la société civile.

ThaïlandeLe rôle joué par les universités dans la promotion de l’alphabétisation – Mme Suwilai Premsrirat, Institut de recherche pour les langues et les cultures de l’Asie, Université Mahidol, Thaïlande

Quatre choses que les universités peuvent faire : elles peuvent être porte-parole, elles facilitent la création de réseaux, elles apportent la crédibilité, elles fournissent les informations nécessaires aux programmes d’alphabétisation. Questions ouvertes : l’alphabétisation n’est pas un problème limité mais un problème politique, les acteurs marginalisés le restent, il n’y a pas de progrès sur le statut des langues locales dans l’alphabétisation et l’éducation en général.

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Session 2 : Promouvoir une approche intersectorielle de l’alphabétisation – 3e Rapport mondial sur l’apprentissage et l’éducation des adultes (Global Report on Adult Learning and Education – GRALE III)

Modérateur : M. Borhene Chakroun, Chef, Section de la jeunesse, de l’alphabétisation et du développement de compétences, UNESCO

Présentation du rapport GRALE III : M. Arne Carlsen, Directeur Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Le rapport qui vient d’être publié s’appuie sur les réponses de 139 Etats membres de l’UNESCO. Il examine en particulier l’impact de l’apprentissage et de l’éducation des adultes sur trois domaines majeurs : la santé et le bien-être, l’emploi et le marché du travail, et la vie sociale, civique et communautaire. Il vise à fournir aux pays de vastes données comparatives sur lesquelles ils peuvent s’appuyer et à aider les décideurs. Un groupe de travail de haut niveau est lancé pour identifier les interrelations entre l’alphabétisation et les autres ODD (Objectifs de Développement Durable) et étudier comment penser une collaboration efficace mutuellement bénéfique et intersectorielle ainsi que les moyens mobilisables afin de promouvoir une telle collaboration.

Panel de discussion :

Alphabétisation et travail décent – M. Cyril Cosme, Directeur, Bureau français de l’OIT

Notion de travail décent : beaucoup plus que gagner sa vie (OIT : « le travail n’est pas une marchandise »). Lien étroit de l’agenda du travail décent à l’OIT avec l’agenda du travail de GRALE. Les politiques de travail décent visent à donner un accès à un emploi de qualité et aux droits liés, à donner accès aux droit et à la protection sociale, à promouvoir la cohésion sociale et la réduction des inégalités. Elles sont à l’intersection de plusieurs agendas : socle de compétence de base (alphabétisation condition préalable), accès au droit (ex. travail des enfants), luttes contre les discriminations (ex. femmes), santé et sécurité au travail (culture de prévention), notion d’employabilité, zones géographiques, développement de la stratégie des compétences.

Alphabétisation et femmes – Mme P.W. Stephens, Directrice/Conseillère spéciale pour l’éducation, UNESCO

4 points critiques pour les femmes (et la famille) : souci de la sécurité, souci de la santé, souci de la législation, souci du financement. Besoin d’un agenda pour l’alphabétisation plus vaste, plus fort. Importance d’une approche holistique. Mise en place de formation virtuelle.

Alphabétisation et agriculture – M. PV Abdul Wahab, Président JSS, Inde

Alphabétisation dans le contexte de la vie des individus et des communautés – S. Ex. M. Noël Aguirre, Vice-Ministre de l’éducation, Bolivie

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Session 3 : Écrire l’avenir – Lancement de l’Alliance mondiale pour l’alphabétisation – AMA (Global Alliance for Literacy – GAL)

Modérateur : Mme Benita Somerfield, Vice-Présidente du Conseil d’administration, Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Présentation : M. Arne Carlsen, Directeur Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Devant la nécessité de soutenir les efforts collectifs à long terme pour la promotion de l’alphabétisation après la fin de la Décennie des Nations Unies pour l’Alphabétisation (2003-2012), les Nations Unies ont reconnu, par une résolution de 2013, l’ampleur des défis restants et l’importance des efforts collectifs des pays et des partenaires. Les Nations Unies ont demandé à l’Unesco de renforcer son rôle de coordination à travers la mise en place d’un partenariat multi-partite efficace.

Dans ce contexte une Alliance mondiale pour l’Alphabétisation – AMA (Global Alliance for Literacy – GAL) associée à l’apprentissage tout au long de la vie est officiellement lancée au cours de cette session. Il s’agit de repenser l’alphabétisation et de coordonner au niveau mondial les actions pour atteindre les objectifs de développement durable à l’horizon 2030 (Vision : « Un monde où tous sachent lire, écrire et compter. Un monde où tous jouissent d’un accès équitable à une éducation de qualité à tous les niveaux »).

Points clés  de l’Alliance :

Établir un réseau pour promouvoir l’agenda mondial d’alphabétisation.

Principes : aucune entité ne peut obtenir seule l’impact visé, briser le cloisonnement des secteurs, créer des apprenants tout au long de la vie : pierre angulaire du succès, la technologie : allié le plus précieux.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 reconnaît la valeur des partenariats.

L’alphabétisme universel est indispensable à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD)

Rendre l’alphabétisation plus pertinente pour la vie des apprenants… Établir les connexions, intégrer.

Rendre l’alphabétisation pertinente : relier les « mots » aux « mondes » des apprenants.

Exploiter le potentiel des technologies.

Faire de l’alphabétisation une porte ouverte sur l’apprentissage tout au long de la vie

Créer des pôles de convergence des services d’alphabétisation

Constituer une plus grande synergie : famille de l’ONU, politiques, partenariat avec la société civile et le secteur privé, développement d’applications, collecte de fonds, appui technologique, partage des connaissances, etc…

Organisation :

L’Alliance comprendra des représentants des États membres de l’UNESCO, des organismes régionaux, des donateurs, des organismes du secteur privé et de la société civile. Un comité de 40 personnes représentants les participants à l’Alliance conseillera et facilitera son action. Le secrétariat sera basé à l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL).

Lancement de l’Alliance Mondiale pour l’alphabétisation (AMA) : L’Alliance a été lancée au cours de cette journée du 50e anniversaire par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO.

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La journée s’est terminée par la remise des Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO 2016 récompensant cinq projets innovants dans l’alphabétisation (Thaïlande, Vietnam, Inde, Sénégal, Afrique du Sud).

La manifestation se poursuivait durant la matinée du 9 septembre par la Session 4 : L’alphabétisation et le Programme de développement durable, et la Session 5 : Améliorer les données concernant l’alphabétisation : données, statistiques et recherche.

DG – 26/09/2016