Les technologies numériques et l’aide aux personnes handicapées


Autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées
Journées internationales des personnes handicapées
2 décembre 2016

UNESC0


prix-handicap-redimensionneLe prix UNESCO/Emir Jaber Al-Ahmad Al Jaber-Al-Sabah pour l’autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées a été créé en 2003 par le père du présent Emir du Koweït.
Aujourd’hui 1 milliard de personnes souffrent d’un handicap soit 15 % de la population mondiale dont 100 millions d’enfants.

S.E.M. Meshal Hayat – ambassadeur, Délégué permanent de l’État du Koweït auprès de l’UNESCO – a ouvert la cérémonie en insistant sur l’importance de relever le défi d’ouvrir de nouveaux horizons aux personnes handicapées par les moyens qu’offrent les récentes technologies numériques.

Au cours de la table ronde plusieurs personnalités ont souligné les difficultés qu’elles rencontraient pour répondre aux besoins exprimés par les personnes handicapées. La lutte contre la pauvreté est importante.

Mme Saima Wazed Hossain – Présidente du Comité consultatif national sur l’autisme, psychologue, membre du tableau d’experts sur la santé mentale de l’Organisation Mondiale de la santé (Bangladesh) – a précisé qu’elle avait été aidée par sa mère 1er ministre pour intervenir en faveur des personnes dont le handicap n’était pas visible. Les maladies mentales survenues après la guerre étaient mal comprises. Le diagnostic était difficile. Un énorme besoin de recherche était nécessaire.

Mme May Chidiac – Fondatrice de la May Chidiac Foundation, Journaliste libanaise et Lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano en 2006 (Liban) – a différencié les personnes nées avec un handicap et celles qui sont devenues handicapées suite à un accident ou suite à un attentat. Toutefois, dans les deux cas, la technologie peut offrir un sentiment d’indépendance qui permet une intégration plus facile au sein de la société.

M. Klaus Miesenberger – Professeur à l’Institut des études intégrées à l’Université Johannes Kepler de Linz et à l’International Conference on computers helping people with Special Needs (Autriche) – Le potentiel technologique augmente plus vite que les systèmes éducatifs. Bien que les personnes handicapées pourraient adopter très vite cette technologie, il existe de gros problèmes d’accès à la disposition de tous.

M. Martin Babu Mwesigwa – Membre et rapporteur du Comité de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et ancien responsable des programmes de la National Union of Disabled Persons in Uganda – La situation des personnes handicapées est difficile en Afrique. Beaucoup de personnes doivent leur handicap à 6 ans de guerre. Tous les niveaux de la société sont touchés par ces handicaps, du village au gouvernement. Des difficultés, tant économiques que culturelles, se posent dans le domaine de la santé comme dans le domaine de l’emploi.

Le prix a été remis à deux personnes non voyantes. La première a été reconnue pour une innovation informatique permettant aux personnes non voyantes un accès à des fichiers d’études. La seconde récipiendaire a créé un bibliothèque « universelle » pour non voyants. Pour faciliter la mise en œuvre de cette innovation, l’Argentine a introduit par voie législative la possibilité de publication de tout ouvrage sous une forme accessible à un handicapé visuel.

Lire le communiqué de presse sur le site de l’UNESCO

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

Les grandes migrations dans l’ancienne Asie Mineure
Circulation, échanges et transformations sociales

29-30 novembre 2016
Maison de l’UNESCO
Paris

20161130smallIl s’agit de la 6ème conférence relative aux migrations dans l’ancienne Asie Mineure dont l’objectif est de participer au progrès de l’humanité en favorisant le rapprochement des cultures, de mieux appréhender les origines communes.

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

M. Olzhas Suleimenov – Président de la Fondation « culture », poète, auteur, diplomate et fondateur du mouvement Nevada Semipalatinsk au Kazakhstan :
Le thème de la conférence est apparu il y a environ 25 ans quand les peuples des nouveaux États se sont intéressés à leur histoire, à leur origine. La méditerranée est un « patrie » intermédiaire de notre humanité. C’est là que sont apparues les langues, les écritures…

Dr George Busby – post-doctorant associé de recherche au département de zoologie de l’Université d’Oxford :
La génétique est un outil qui permet de dater les échantillons que sont les fossiles, les ossements. L’ère des chasseurs cueilleurs se situe entre 10 000 et 5 000ans avant Jésus-Christ. L’ère des « fermiers » qui succède, se répand sur le territoire européen à partir de l’Anatolie. L’Asie Mineure a joué un rôle essentiel.

Yessetzhan Kossubaev – ancien Ministre de la Culture du Kazakhstan, Co-Président de la Fondation Universal Media Service :
En politique, sans connaissance de ses racines profondes on ne peut pas comprendre les problèmes à régler.Les processus migratoires méritent d’être connus. Aujourd’hui tout a besoin d’être monétisé. Or il est difficile de monétiser les sciences humaines. C’est pour cela que les Etats doivent s’investirent. Le Kazakhstan pourrait servir de plate forme pour la recherche en sciences humaines.

Dr Luiz Oosterbeek – archéologue et secrétaire général du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines Portugal :
Le processus de l’immigration s’étudie selon 2 mécanismes : l’assimilation, la conservation, la mémoire d’un coté, et de l’autre l’accommodation, la flexibilité de comportement, l’incorporation, l’histoire. Le changement de comportement présente d’abord une résistance qui implique souvent la mort que suscitent les affrontements. Les grandes migrations sont associées aux changements climatiques et notamment aux réchauffements climatiques. Avec les migrations, des frontières sont construites pour garder l’identité du territoire « conquis » mais les mariages exogamiques engendrent une nouvelle identité.

 – Débat –

Il est indispensable de ne pas dissocier l’étude génétique, qui est une science récente, des études archéologiques qui regroupent plusieurs disciplines sur des territoires plus étendus.


Changement linguistique et culturel


Dr Zhaken Taimagambetov :– directeur adjoint du Musée National du Kazakhstan :
Tout le monde sait que l’homme est apparu en Afrique et qu’il s’est propagé. En Géorgie, on a trouvé une boîte crânienne et une mâchoire d’environ 1,6 millions d’années. On trouve l’itinéraire du nouvel homme d’1million d’années en Eurasie. En Turquie, en Afghanistan, au Kazakhstan, on trouve des campements où sont concentrés de petits objets. La datation est difficile parce que ces objets ne sont pas enfouis. Ils sont comparables à ceux que l’on trouve en Afrique.

Dr Marsil Farkhshatov – directeur de département à l’institut d’Histoire, Langue et Littérature du Centre Scientifique d’Oufa, Académie Russe des Sciences : L’identification des découvertes est difficiles. Zedi Validi Togan fut un homme politique et un scientifique, un « turcologue » spécialiste du 11ème et 14 ème siècle. Il reconnaît que ce qui est le plus controversé dans les recherches est la question de la datation. Les objets sont à la surface du sol. Il est difficile de les comparer à ceux qui existent en Asie ou en Afrique. Donc on parle de « datation relative ». Mais il est reconnu que l’homme vient de l’Afrique.

Dr Tsagaan Turbat – chef du département de l’ère du Fer et du Bronze à l’Institut d’Histoire et d’Archéologie, Académie Mongole des Sciences :
Au 1
er millénaire avant Jésus-Christ, un échange intensif de biens précieux a eu lieu entre le monde méditerranéen et le monde asiatique. On trouve aujourd’hui en Mongolie de grands sites aux découvertes prestigieuses : tombes d’élite, tombes circulaires, art rupestre. Certains sites sont inscrits au patrimoine mondial. Les nécropoles des élites sont liées à la culture chinoise. Dans les années 1920 des objets chinois ont été trouvés dans les tombes de nomades. Certains objets viennent de bien plus loin : par exemple un tapis « serait » d’origine occidental. Les chercheurs se posent beaucoup de questions sur l’origine de ces objets. Dans les tombeaux circulaires datés de l’âge du fer, on constate des restes de sacrifices d’animaux. Des objets s’y trouvent, qui viennent du monde méditerranéen oriental : perles, poteries, céramiques.

Dr Farhad Guliyev – archéologue spécialisé dans l’histoire de l’Antiquité et l’archéologie du Caucase et de l’Asie Mineure à l’Académie Azerbaïdjanaise des sciences :
Les premières sociétés néolithiques datent de 5950 à 5450 avant Jésus-Christ. Les fouilles au sud du Caucase ont commencé en 2008 et ont mis en évidence des pratiques agricoles datant de 8000 ans. Les populations d’agriculteurs « seraient » parties du Moyen Orient lors de changements climatiques. On trouve des objets qui ont des points communs avec ceux trouvés au Moyen Orient : silex, des pointes, des frondes.

– Débat –

Plus tard d’autres analyses permettront de différencier ce qui est de la transmission et ce qui est des mutations locales. Les échanges ne seraient pas tant des actes de commerce que du pillage.


Savoirs, développement et avancées technologiques


Prof. Leyla B. Djansugurova – directrice générale de l’Institut de génétique et cytologie Kazakhstan :
Le Kazakhstan est au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Ce pays est peuplé de tribus diverses : iraniens, turcs, irakiens puis plus tard de mongols. Les projets d’études des mouvements de ces tribus sont récents (de 2013 et 2014) et sont menés à partir des découvertes archéologiques.

Dr Mehmet Ozdogan – archéologue et professeur émérite à l’Université d’Istanbul Turquie :
L’Anatolie est importante à cause de sa position géographique. Il s’agit à la fois d’un pont et d’une barrière. Du néolithique à l’âge de bronze, on passe d’une société de chasseur cueilleur durant laquelle ont eu lieu plusieurs déplacements, une dissémination des populations vers le centre de l’Anatolie, région peu peuplée à une société qui se tourne vers l’ouest, qui commerce, pour laquelle la métallurgie joue un rôle important d’où le commerce des métaux. C’est à cette époque qu’apparaît la domestication du cheval, que des caravanes assurent des échanges.

Dr Garret Hellenthal – chercheur Sir Henry Dale à l’Institut de Génétique, University College London :
Le problème de la recherche est que nous disposons de peu d’échantillons en raison du froid climatique. Mais les 800 échantillons disponibles sont de très grande qualité. On ne peut remonter que sur 5000 à 4000 avant Jésus-Christ parce que les segment de recherche sont trop petits. Les brassages les plus anciens sont cachés.

 – Débat –

On ne sait pas grand-chose de la population anatolienne avant l’âge de bronze. Il s’agit d’étudier ce que dit l’ADN et, pour l’interpréter, d’utiliser d’autres disciplines.

UNESCO : 16 novembre 2016 Journée Internationale de la Tolérance

16 novembre 2016 :
Journée Internationale de la Tolérance
Attribution du Prix Madanjeet Singh
pour la promotion de la tolérance et de la non-violence

Siège de l’UNESCO

La cérémonie pour l’attribution de l’édition 2016 du prix Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a eu lieu au siège de l’UNESCO le 16 novembre, Journée internationale de la tolérance.

Le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a été décerné pour la première fois en 1996. Il a été créé en 1995 pour marquer l’Année des Nations Unies pour la Tolérance et le 125ème anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi. Il porte le nom de Madanjeet Singh, en reconnaissance de cet Ambassadeur de bonne volonté auprès de l’UNESCO, artiste, écrivain et diplomate indien dont on a voulu ainsi saluer le dévouement et l’engagement au service de la paix et de la tolérance. En effet, son engagement contre la violence date depuis la révolte Quit India contre le colonialisme, de 1942, quand il a été emprisonné, puis libéré et expulsé. Pendant 30 ans il a été ambassadeur de l’Inde dans différents pays et depuis 1982 il a rejoint l’UNESCO où il a été nommé Directeur du Secteur culturel. En 2000, Madanjeet Singh crée la South Asia Foundation pour la promotion de la coopération régionale entre les huit pays de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Depuis son décès, en 2013, c’est la South Asia Foundation qui a pour mission de perpétuer son message de dialogue et de tolérance.

Ce prix vise à promouvoir l’esprit de tolérance dans les arts, l’éducation, la culture, la science et la communication. Doté d’un montant de 100 000 dollars, il est décerné tous les deux ans à des personnes ou des institutions pour leurs contributions exceptionnelles en faveur de la cause de la tolérance et de la non-violence.

Pour cette année 2016 le Prix a été décerné au Musée Juif et Centre de recherche et de méthodologie pour la tolérance, la psychologie et l’éducation (Centre de tolérance) de la Fédération de Russie, de Moscou.

Le jury a été formé du Professeur Nadia Bernoussi (Maroc), M. Marek Halter (France), et Dr Kamal Hossain (Bangladesh).

Des allocutions ont été prononcées par Madame Golda El-Khoury, Secrétaire du Prix UNESCO-Madanjeet Singh, Madame Nada Al-Nashif, Sous-Directrice Générale de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines, Madame France Marquet, Administratrice principale de la Fondation Madanjeet Singh, Monsieur Alexander Boroda, Directeur Général du Centre de la Tolérance, Madame la Professeur Nadia Bernoussi, Présidente du Jury International.

Des moments artistiques ont été assurés par le Chœur Philharmonique International, désigné comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix », placé sous la direction d’Olivier Kontogom, et par le pianiste Serguei Markarov, lui aussi distingué comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix ».

Madame Nadia Bernoussi a précisé les critères d’appréciation qui ont amené le jury à choisir le lauréat de cette année parmi une cinquantaine de candidatures :

la qualité du dossier,
des méthodes modernes d’éducation,
lien entre le centre et les valeurs de la non-violence,
multiplicité des méthodes,
ces valeurs promues dans un espace multiethnique.

Monsieur Alexander Boroda, directeur du Musée Juif et Centre de la Tolérance qui est aussi le président de la fédération des communautés juives de Russie a souligné la nécessité de préserver dans toute société la tolérance sociale et religieuse. Il a mis tout particulièrement l’accent sur l’idée que la tolérance doit viser une plus grande harmonie. Cet objectif d’harmonie est, selon lui, la seule voie pour avancer vers un monde meilleur, en misant sur l’entente entre les personnes et le soutien mutuel. Pour cela, des techniques modernes de communication doivent être mises en place et le Centre de la Tolérance le fait. L’éducation des jeunes générations est essentielle pour l’harmonie du monde futur. Dans ses quatre ans d’existence, le Centre de la Tolérance a œuvré en ce sens par le biais de plus de 60 programmes portant sur la tolérance face à la xénophobie ou au racisme, et sur le dialogue interculturel.

A noter que Le musée juif et centre de tolérance est le plus grand musée juif du monde (17 000 m2) et la plus grande surface d’exposition en Europe (4 500 m2 réservés aux expositions).

L’ensemble « Musée Juif et Centre de la Tolérance » se distingue par des programmes pédagogiques et de recherche qui assurent la promotion du dialogue entre les religions et les autres visions du monde avec un accent particulier sur la jeunesse. Des programmes d’éducation civique et de tolérance sociale sont mis en place à l’adresse des enfants et des jeunes, en partenariat avec les écoles de Russie.

A titre d’illustration, nous pouvons citer une action conduite en septembre 2014 dédiée à la prise d’otages de Beslan, qui, en 2004, avait fait 187 victimes ; 100 enfants des écoles de Moscou ont ainsi participé à cette initiative de sensibilisation et de prévention sur la base d’une idée-force « Nous pouvons vaincre le terrorisme », expression retenue comme intitulé de ce programme. Les enfants ont parlé de ce que le terrorisme signifie pour eux, comment il faut agir dans de telles situations de crise, qu’est-ce que chacun d’eux peut faire à son niveau pour prévenir ces actes, transformer la haine et l’exclusion dans des actes d’amour et d’acceptation, de tolérance. Ils ont emporté les affiches qu’ils ont faites pendant cette séance pour les exposer dans leurs écoles.

Un autre programme intitulé « 5 pas vers la Tolérance » a réuni, toujours en 2014, des spécialistes de l’éducation. Parmi les sujets traités, on aura noté particulièrement : conciliation et respect des cultures et des traditions ethniques, consolidation de la responsabilité sociale et de l’attitude civique chez les les enfants, les moyens de populariser les valeurs de la tolérance dans les institutions éducatives, les moyens de créer dans les écoles une atmosphère psychologique propice à la prévention du mépris mutuel et de l’agressivité.

Plus d’informations sur les activités du Musée Juif et Centre de la Tolérance peuvent être trouvées sur leur site internet (en anglais et en russe).

Il est à noter que c’est pour la première fois depuis la création de ce prix, que le récipiendaire est un organisme dédié à la culture juive (les autres lauréats proviennent des pays comme Rwanda, Pakistan, Égypte, Bangladesh, Sri Lanka, Palestine, Chili, Mali).
Voir la liste des lauréats passés

17 novembre 2016 : Table ronde sur la tolérance avec pour thème « Parler haut et fort, ensemble pour la tolérance » organisée au siège de l’UNESCO.

Plus de tolérance, mieux la comprendre, plus la pratiquer, tous concernés, les risques de l’intolérance, conflits, endoctrinement, quel avenir ? un espoir à cultiver : la formation des jeunes.

Table ronde modérée par John Crowley, chef de section dans le Secteur des sciences sociales et humaines, avec les intervenants :

Madame Catherine Audrain, Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, Université du Québec à Montréal

Monsieur Tom Rockmore, Distinguished Professor, University of Beijing

Madame Dandan Jiang, Associate Professor, Shanghai Jiao Tong University

Monsieur Lionel Veer, Ambassador of the Kingdom of the Netherlands to UNESCO

Madame Catherine Audrain est l’initiatrice du programme « PhiloJeunes » à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), programme centré sur l’éducation aux valeurs démocratiques et civiques à travers le dialogue philosophique pour les jeunes de 5 à 16 ans.

Ce programme vise à développer l’esprit critique pour rendre les enfants moins exposés aux manipulations intégristes. Cela développe l’estime de soi des enfants et le raisonnement moral. Ils deviennent plus aptes à détecter les germes de la violence et à s’en éloigner. Ils acquièrent une identité plus solide, qui leur permet de se réaliser et s’intégrer dans les sociétés actuelles. Ce sont les jeunes de 11 à 16 ans qui sont les plus ciblés, parce que c’est cette classe d’ âge qui est le mieux à même de recevoir ces « enseignements » sur la violence et qui, partant, est celle qui peut le plus bénéficier d’un « discours » de prévention de la radicalisation et de l’intégrisme. Des équipes de philosophes, des pédagogues interviennent. Les jeunes sont invités à écrire des textes, en faisant jouer leur esprit critique sur les sujets abordés (la religion, la radicalisation, l’intégrisme, etc.), ces textes sont discutés dans les écoles.

La philosophie pour les enfants consiste finalement à revenir au dialogue socratique. Par ce truchement, les jeunes sont amenés à réfléchir sur des questions importantes avec leurs mots. On parvient par exemple alors à leur faire entrevoir la différence entre foi et connaissance. On les amène à chercher comment ils peuvent soutenir un énoncé par un raisonnement, comment argumenter pour défendre un avis, et aussi, toujours pour apprendre à mieux échanger, faire découvrir comment nuancer éventuellement une première opinion, réfléchir avec les autres, se mettre à la place de l’autre, en empathie, comment développer une éthique collective.

Catherine Audrain est également à l’origine du programme éducatif Prévention de la violence et philosophie pour enfants, implanté aujourd’hui dans 20 écoles à Montréal, de la maternelle à la sixième année. Lancé en 2005, le programme Prévention de la violence et philosophie pour enfants s’inspire des travaux du philosophe américain Matthew Lippman, menés il y a 40 ans. La méthode consiste à susciter des discussions avec les enfants à partir de courts romans abordant les thèmes de la violence, du conflit et de la justice. «En amenant l’enfant à porter un jugement moral et critique sur le monde qui l’entoure, le programme participe à la construction de son identité, en tant que sujet de droit et pensant. C’est ce qui fait sa beauté», souligne Catherine Audrain.

Tom Rockmore a parlé de l’interaction entre la religion et la tolérance. En principe les religions devraient être tolérantes. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Le conflit israelo-palestinien en est un exemple illustratif avec, in situ, deux religions qui ne donnent pas toujours vraiment de signes de tolérance l’une avec l’autre. Ce conflit en fait est souvent exploité par les parties concernées, des deux côtés, avec comme expression de cette réalité l’opposition entre les occidentaux et Pays arabes qui poursuivent d’autres buts que la défense d’intérêts purement religieux, et là émergent le plus souvent les considérations politiques. Le développement sans entrave du capitalisme libéral a aussi sa part de responsabilité dans les tensions que l’on observe avec notamment les effets négatifs qu’il a pu produire sur l’islam. Dans ce contexte, l’intervenant juge avec un certain scepticisme la situation actuelle et ne voit pas une issue proche et positive aux conflits persistants qui perdurent.

Dandan Jiang a abordé la question de la mansuétude dans la pensée confucéenne – « n’inflige pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige » : exigence envers soi-même et mansuétude envers l’autre.

Lionel Veer a particulièrement insisté sur l’ambivalence du terme « tolérance », son aspect contradictoire, avec les deux idées sous-jacentes qu’elle recouvre : permettre quelque chose qu’on désapprouve, et respecter quelque chose qu’on n’accepte pas spontanément. Cet aspect contradictoire est visible aussi dans l’évolution sémantique de ce concept : du terme plus ancien de « tolération », dont le sens a plutôt une connotation négative (l’accent est mis sur le fait qu’on désapprouve, au fond, ce qu’on accepte) vers le terme actuel de « tolérance », qui a plutôt une connotation positive (l’accent est mis sur le fait qu’on accepte ce qu’on désapprouve au fond).

Il a aussi tracé un court historique du phénomène de la tolérance depuis son inexistence pendant les Guerres de religions en Europe, jusqu’à son instauration par l’Édit de Nantes, la Constitution des États-Unis, la Déclaration des droits de l’homme. Il a souligné le caractère caméléonique de la tolérance, le fait que dans la société occidentale la tolérance peut être une forme de domination très subtile, un moyen de s’accrocher au pouvoir. La tolérance peut aussi se transformer en instrument de pouvoir et de domination1.

La tolérance risque de devenir paresseuse (le concept de Nietzsche, qui n’appréciait pas une tolérance passive, réduite à l’acceptation). Le monde est globalisé, mais est-ce que nous nous rapprochons vraiment les uns des autres ?

De tout ce qui a été développé au cours de ces manifestations de l’UNESCO à propos de la tolérance, on retiendra tout particulièrement ce qui a été dit des programmes à l’attention des jeunes : ils sont l’avenir et on comprend tout le potentiel qu’il y a à leur faire découvrir comme de vraies valeurs et avec des méthodes éducatives appropriées ce qu’est et ce qu’apporte la tolérance. Les ouvrir à la tolérance est sans aucun doute un excellent moyen pour les détourner des endoctrinements et des méfaits qui en découlent.

O.B.

Lire le message de Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

1 Ce qui est vrai surtout pour les États-nations, d’où l’importance de la consolidation des institutions internationales (N.d.A.)

Pratiques de la philosophie avec les enfants : Cérémonie d’ouverture de la Chaire UNESCO

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Pratiques de la philosophie avec les enfants :
une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale

18 novembre 2016

Une grande nouvelle pour la Philosophie avec les enfants ! A l’occasion de la Journée mondiale de la philosophie 2016, l’UNESCO vient d’officialiser une Chaire sur les « Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale ». C’est la première et seule Chaire UNESCO sur le sujet dans le monde. Établie à l’Université de Nantes, Mme Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l’Université de Nantes, en est la coordinatrice avec le parrainage du philosophe Michel Serres. Cette Chaire mettra en réseau une dizaine d’universités et d’associations dans le monde entier.

Trop souvent réduite à l’enseignement secondaire ou universitaire, la pratique de la philosophie est pourtant un des moteurs essentiels pour développer l’esprit critique, les compétences démocratiques, l’empathie, l’ouverture et le respect des cultures des autres.

Lors de ce lancement Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, rappelant une confidence de Pablo Picasso « J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant », déclarait : « Ce matin nous vous proposons une ambition du même type, dans l’espoir de philosopher comme les enfants et avec des enfants. Car si le questionnement et l’étonnement sont au fondement de la philosophie, les enfants sont les plus qualifiés dans l’art de poser des questions tranchantes, qui nous surprennent et qui nous font redécouvrir notre capacité à nous étonner. »

Outre Mme Irina Bokova et Mme Edwige Chirouter, participaient à cette cérémonie d’ouverture M. Laurent Stéfanini, ambassadeur de France auprès de l’UNESCO, M. Daniel Janicot, président de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO, des représentants des Universités de Nantes et d’Angers, du Ministère de l’Education Nationale, et des personnalités comme le philosophe Frédéric Lenoir et l’essayiste et philosophe Abdennour Bidar, inspecteur général de l’Éducation Nationale.

Un amphithéâtre comble (Salle IV de l’UNESCO) témoignait de l’intérêt porté aujourd’hui aux « pratiques de la philosophie avec les enfants » dans le monde de l’éducation, institutionnel et associatif, en France et dans les pays francophones.

Intervention de Mme Chirouter : finalités et objectifs de la Chaire UNESCO

L’actualité est venu confirmer la nécessité d’ouvrir les enfants dès le plus jeune âge à l’esprit critique, aux valeurs humanistes, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la nécessité d’un dialogue apaisé et respectueux entre toutes les cultures.

La Chaire sur les pratiques de la philosophie avec les enfants (de 4 à 18 ans) a pour objectif d’aider au développement de ces pratiques par la recherche, l’enseignement, la formation, la diffusion d’outils pédagogiques dans les écoles et la Cité.

A cette fin, la Chaire permettra d’assurer une coordination et de mettre en relation les différentes équipes et structures francophones qui travaillent déjà sur ce sujet, ainsi que de consolider des coopérations entre chercheurs et praticiens dans le cadre des relations Nord/Sud. En plus de la formation des animateurs et le développement de la recherche, la Chaire a aussi pour objectif de faire dialoguer des enfants dans le cadre des échanges Nord et Sud (par le biais de plate-formes collaboratives et des réseaux sociaux).

Aujourd’hui le réseau de la Chaire ne touche encore, outre la France, que les trois pays du Maghreb, la Belgique et le Québec. L’objectif est de l’étendre largement au niveau international. De nombreux projets et associations en sont proches comme l’ont montré les intervenants aux Journées de la philosophie 2016 sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP). Parmi eux il faut citer PhiloJeunes (partenariat France-Québec), Enjeu[x] Enfance & Jeunesse (porté par l’Université d’Angers) et Philolab (fondé en 2006 et qui regroupe entre autres Villes Philosophes).

Table ronde, deux témoignages du terrain

Frédéric Lenoir – Dernier livre : « Pratique de la philosophie avec les enfants » résultat de son expérience pendant un an auprès de 400 élèves dans 18 classes à travers le monde. A fondé la Fondation Sève dont l’objectif est de favoriser le développement d’aptitudes au savoir être et au vivre ensemble, et de former des formateurs qui puissent rejoindre les enseignants. Témoigne de l’élaboration à l’occasion d’ateliers d’une « pensée collective » entre les enfants. Exemples de thèmes d’atelier : « le bonheur -> le désir -> être soi », « qu’est-ce qu’une vie réussie ? »

Michel Tozzi – Professeur émérite en sciences de l’éducation et spécialiste de la pratique philosophique avec les enfants depuis 20 ans. A contribué au développement de la Discussion à Visée Démocratique et Philosophique (DVDP). L’atelier discussion : pour l’enfant, une occasion d’apprentissage à s’exprimer, s’écouter, se connaître et se reconnaître tout en réfléchissant à des sujets normalement abordés dans le système français… en classe de terminale. En lien avec le lancement de la Chaire, Michel Tozzi a conduit un atelier « démonstration » avec une classe de CM2 de Meudon sur le thème : « Savoir et croire, ou Science et religion ». Thème qui pouvait paraître hors de la portée d’enfants de CM2 et sensible en ce qui touche à la religion, mais dont la qualité de la conduite de Michel Tozzi a montré qu’il était à la portée des enfants et que la réflexion sur le thème de la religion n’a bloqué aucun d’eux.

En forme de conclusion

La Chaire UNECO sur les «Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale » répond aux multiplicités d’initiatives déjà existantes et à une attente manifeste de la société face aux enjeux de la formation des enfants et adolescents. Elle a devant elle un domaine novateur, un programme considérable et qui ne pourra se réaliser que sur le long terme.

DG – 21-11-16

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Convergence « Révolution numérique, Économie mondialisée, Technosciences »… Une transition fulgurante ?

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté par les technosciences

Cette conférence-débat tenue à l’Université Catholique d’Angers le 17 novembre s’inscrit dans le cycle de réflexion préparatoire à la célébration du 70 ème anniversaire du CCIC ; elle a été organisée avec le concours de Fondacio, de IFF Europe (Institut de Formation Fondacio Europe) et de l’Université Catholique de l’Ouest.

Monsieur Olivier Le Berre, vice-recteur de l’université Catholique De l’Ouest, Angers, Monsieur François Prouteau, président de Fondacio, et Madame Christine Roche, présidente du CCIC ont introduit l’échange. Monsieur Nathanaël Wallenhorst, directeur de l’Université Catholique à Nantes, en a été le modérateur.

La conférence a été donnée par le père Thierry Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, théologien et physicien qui a d’emblée insisté sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans des jugements binaires sur le transhumanisme du type « c’est bien ou c’est mal », pour traiter une question aussi controversée.

Il a rappelé que le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiologiques et mentales des êtres humains.

Sans aucun doute, les conditions du « devenir humain » vont profondément changer dans les années à venir. Cette mutation « transhumaniste » résultera de la conjonction de trois révolutions, à savoir celles des technosciences (ce qui relève du technique et du scientifique), de l’économique et du numérique. Ces révolutions commencent déjà de produire leurs effets avec les objets connectés, l’intelligence artificielle, les robots, les machines intelligentes, l’exploitation des Big Data et les algorithmes. Les nanotechnologies, les nano-biotechnologies, les neurotechnologies sont à l’origine de toutes sortes d’innovations qui vont jusqu’à la conception de produits vivants artificiels, d’hybrides homme–machine, et qui font émerger tout un univers où la réalité est augmentée et singulièrement celle qui touche à l’homme. Dans le domaine des neurotechnologies, par exemple, une puce électronique installée dans le cerveau pourrait améliorer l’état d’une personne atteinte par la maladie de Parkinson ou aider un paralysé à retrouver l’usage de ses membres. S’agissant des dommages causés par les AVC, l’implantation de circuits cérébraux pourrait restaurer certaines fonctions touchées grâce aux progrès des nanobiotechnologies.

Les efforts déployés pour « réparer » ou « augmenter » l’homme sont nombreux, et certains produisent déjà des effets spectaculaires :

Si on parle des efforts d’ « augmenter » l’homme, une société britannique, Cyborg Nest, veut enrichir nos cinq sens (l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue) avec un sixième, « North Sens », qui enrichit la perception de la réalité. C’est un implant qui vibre à chaque fois qu’il fait face au champ magnétique terrestre. Cet implant indique ainsi le nord magnétique (comme une boussole) et il ne dépend pas d’internet. C’est un organe sensoriel artificiel autonome.

Une des utilités de ce sixième sens est qu’il améliore le sens de l’orientation. Chez certaines espèces animales le sens de l’orientation est une condition de survie. Dotées d’une véritable boussole intégrée, ces espèces sont en mesure de retrouver le nord magnétique instinctivement. Les humains ne possèdent pas ce sixième sens. Bien sûr, ce sixième sens pourrait être utile aux personnes qui ont une déficience de l’un des autres cinq sens, comme la vue, mais l’utilité conçue par ses créateurs est probablement plus complexe, puisque c’est un sens qui peut enrichir la perception de la réalité de tout être humain.

La plupart de nos souvenirs sont aujourd’hui déclenchés par des fonctions sensorielles : l’odorat et la vue, principalement. Nous associons un lieu ou une expérience à une odeur, un gout, une image. En nous dotant d’un sixième sens, celui de notre orientation par rapport au champ magnétique terrestre, nous gagnerons de nouvelles facultés. Nos souvenirs seront aussi marqués par notre orientation sur la Terre.

  Le slogan de la société Cyborg Nest peut être résumé par la phrase : « si nous sentons plus, nous comprenons mieux, et nous allons vivre une expérience de vie plus profonde ».

Dans ce contexte d’innovations foisonnantes et de nature parfois à s’interroger sur leur bien fondé pour l’Homme en tant qu’Homme, il est important de se préoccuper des questions morales et éthiques ; c’est ce qu’étudie l’Humanity + – L’Institut pour l’avenir de l’Humanité (Future of Humanity Institute, FHI)- Ce centre de recherche interdisciplinaire de l’université d’Oxford se consacre plus généralement aux questions les plus sensibles qui concernent l’humanité et peuvent affecter voire bouleverser son avenir. Il fut fondé en 2005 et est dirigé par le philosophe Nick Bostrom. Le FHI s’intéresse surtout aux risques technologiques tels que le réchauffement climatique, la guerre nucléaire, ou les risques présentées par les nanotechnologies et l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux pandémies que pourraient provoquer des armes biologiques mais les chercheurs du FHI étudient aussi l’impact du progrès technologique sur les sociétés et les institutions, allant du totalitarisme à la montée du chômage, et aux risques liés à l’information.

L’Université de la Singularité a été fondée aux États-Unis, dédiée à la promotion du transhumanisme, elle soutient et développe l’étude de technologies émergentes qui ont pour ambition d’améliorer en profondeur et même radicalement le sort de l’humanité, jusqu’à abolir la maladie et le vieillissement, et ce faisant se rapprocher d’horizons d’éternité. Ce mouvement de la « Singularity » a été popularisé par Ray Kurzweil – auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google. Il revendique une approche transdisciplinaire, recouvrant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique -intelligence artificielle- et sciences cognitives).

Dans le cadre de cette convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le vivant est regardé comme une usine ou un objet susceptible d’être fabriqué, on saute un pas « décisif » avec l’audace et/ou l’ambition de pouvoir répliquer ou rééditer le matériel génétique, pour produire des cellules ou tissus vivants sur mesure (gene editing).

La méthode Crispr-Cas9, ou les « ciseaux à ADN », par exemple, permet ainsi de remplacer avec succès un gène endommagé par un autre créé artificiellement à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. C’est une technique qui peut être utilisée sur les végétaux, animaux, les humains pour améliorer des fonctionnalités, éradiquer des maladies (des modifications génétiques, par exemple, faites sur l’embryon pour prévenir des maladies chez le futur enfant).

Ce séquençage du génome est une avancée extraordinaire qui va permettre à terme une « médecine personnalisée », adaptée aux caractéristiques génétiques de chaque individu.

METACARDIS, un projet européen auquel Thierry Mangin a participé, décrypte les gènes de la flore intestinale responsables des maladies cardio-métaboliques. Le programme L’Homme et son Microbiote étudie des échantillons de microbiotes et les modes de vie de différentes personnes avec des affections différentes ; les bases de données recensant un très grand nombre d’informations tirées des échantillons observés (Big data) sont exploitées pour mettre en évidence les corrélations entre paramètres et aider ainsi à mieux poser les diagnostics et préconiser de meilleure façon les traitements.

L’épigénétique est une autre avancée ; elle se fonde sur le constat des interactions entre le psychique et la biologie ; si le premier influence le second, la relation inverse est tout aussi avérée : la biologie détermine notre comportement. La nutrition, l’exercice, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social ont une influence sur le psychique.

Des études en neurosciences sur la plasticité cérébrale montrent que le psychisme joue sur la génétique (évolution des circuits neuronaux en fonction du vécu). Ces études mettent en évidence de nouvelles ouvertures sur les liens réciproques biologie – psychisme.

Comment accueillir toutes ces technologies sans les diaboliser mais en discernant les utilisations qui peuvent être au service de l’homme et en disant « non » aux autres ? L’homme peut être réparé et même augmenté, cela entraîne de grands espoirs pour la médecine, l’industrie et l’économie (bioéconomie). Comment, pourtant, penser l’humain au moment où les technosciences peuvent toucher à la nature de l’homme lui-même ? Avons-nous le droit de modifier notre patrimoine génétique ?

Jusqu’où peut-on améliorer ? là est la question fondamentale. On améliore la vision de l’homme, son odorat, son système immunitaire. Améliorer la « nature humaine », arriver à une « humanité augmentée, une humanité supérieure, une post-humanité, jusqu’à un homme libéré pour partie de son corps » c’est aller ici bien plus loin et c’est là que doit être posée la question des limites dès lors que ces « progrès scientifiques et techniques » pourraient laisser entrevoir la réalisation de ce qui peut encore sembler invraisemblable, avec « la possibilité et même la concrétisation d’un artifice qui finirait par permettre d’opérer « un versement/transfert de sa conscience, son soi » dans une machine intelligente ?

Dans sa seconde encyclique, « Laudato si’ », le Pape François II, ne refuse pas le progrès et ses bienfaits, mais il met en garde contre ses excès, rappelant les avertissements de ses prédécesseurs, en particulier Saint Jean-Paul II, sur « une manipulation génétique menée sans discernement ».

La tentation de la perfection, du « sans limites » est grande pour l’homme « fatigué de ses limites ». Tenir l’équilibre s’avère nécessaire : devant la promesse d’immortalité on a besoin de plus de morale, de plus de frein à la violence. Dans le sens contraire, des formes de réductionnisme dangereux peuvent intervenir et sont à éviter.

Le public, constitué surtout d’étudiants, a posé plusieurs questions :

Q : Il ressort que le transhumanisme serait un matérialisme dur; est-ce qu’il y a des transhumanistes préoccupés par la spiritualité ?

R : L’augmentation des fonctionnalités de l’humain, l’idée de progrès, la technoscience pure est une vision très américaine. Les pays anglo-saxons sont très penchés vers l’innovation, vers le progrès technologique. L’habitude de la réflexion de type humaniste est propre plutôt aux pays latins.

On veut supprimer la souffrance grâce aux technologies. L’immortalité, à son tour, n’engendrerait-elle pas plus de violence, plus de problèmes sociaux ? Si les machines font tout pour nous, nous allons diminuer. Parce qu’on grandit dans l’épreuve. Etre assisté par des robots est-ce être libre ? Il faut se poser ce genre de questions ! Vive le lien entre les sciences et l’humanisme ! Nos facultés de théologie ont un grand rôle à jouer.

Q: Le transhumanisme occupe autant les esprits, alors que beaucoup de gens meurent de faim ! Ce phénomène va-t-il accroître les inégalités ?!

R: Plus on avance, plus ces techniques vont êtres accessibles. Des nouveaux traitements contre le paludisme ont été trouvés grâce à la nanotechnologie et sont utilisés en Afrique. Ces techniques vont très probablement devenir bon marché et donc bénéficier au plus grand nombre, mais ici il y a lieu aussi d’intégrer la dimension politique qui est très importante. Avec les technologies on corrige les erreurs de la nature, dit-on, donc on gomme les inégalités…mais dans le même temps on constate maintenant un retour à la nature – donc des tensions contraires, les forces tendent à s’équilibrer naturellement.

Q : Est-ce qu’on peut « fabriquer » des artistes ?

R : Il existe la musique synthétique.

Le lien entre la machine et l’être humain est fait via la raison. Penser s’est calculer. Les robots sont utiles, on peut les employer à toutes sorte de tâches, il y a des robots au service des personnes âgées. Les robots ont même un droit aujourd’hui.

Est-ce qu’on peut, en faire, pour autant, des machines à aimer, des machines à croire ou des machines à créer?…

Conclusion : Pour Thierry Magnin, Saint Irénées de Lyon donne la définition de l’homme parfait : « La chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constitue l’homme parfait. » (« Contre les hérésies », V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583). L’homme est donc un mélange de chair, d’âme et d’esprit. L’espoir pour le transhumanisme est qu’il pourra peut-être assurer une augmentation de l’harmonie corps-âme-esprit.

Entre les idées développées par les transhumanistes et les bioconservateurs Thierry Magnin ne prend pas parti. Son discours est une invitation à la réflexion. Il nous parle comme scientifique mais aussi comme prêtre. Le scientifique développe le sujet du transhumanisme, expose les faits, les courants, les directions de pensée et de recherche. Mais il n’est pas directif. Il n’a pas la prétention de celui qui considère qu’il sait et qu’avec ce statut d’expert il serait fondé à montrer la voie. En vrai prêtre, il sait que l’adhésion à une option ne peut être acquise que si on choisit librement, sincèrement et en vérité et que c’est bien ce libre-arbitre qui construit le plus l’être humain dans son essence.

La seule petite indication qu’il se permet de donner est le signe de questionnement : « Tous les possibles sont-ils souhaitables ? ». A chacun de se donner la réponse à cette question, en toute liberté et connaissance de cause !

O. B. 19 novembre 2016

Aristote et Éducation : Enseigner Aristote

ARISTOTE ET ÉDUCATION

Rencontre avec la Modernité, aide à l’enseignement
UNESCO le vendredi 18 novembre 2016

Trois heures d’échanges sur un thème original – « Enseigner Aristote » – qui pouvait sembler limité dans son objet et un peu daté … Or, il n’en est rien et, à vrai dire, à l’écoute de six experts issus du monde académique européen, les écrits de ce grand penseur de l’antiquité ne sont pas frappés d’un risque d’obsolescence et leur intégration sous des formes appropriées dans nos méthodes éducatives n’ est pas une idée incongrue : 2000 ans après la mort d’Aristote, cet auteur extraordinairement fécond aura apporté un corpus d’idées tout à fait intéressantes qui, singulièrement de nos jours, en un temps si « tourmenté » par les mutations en cours, peuvent aider à la formation des élèves ou des étudiants : il y a bel et bien place pour exploiter les richesses de cet apport pour peu qu’on sache les adapter aux spécificités de notre époque.

Certes, les expériences qui ont été rapportées ne peuvent témoigner que d’une présence limitée des enseignements et de l’étude d’Aristote, avec même parfois un certain déclin qui est regretté, mais il y a toujours un grand intérêt à découvrir ce legs incomparable que constituent les œuvres considérables et extraordinairement variées de cette grande figure intellectuelle et humaniste de l’antiquité. Aristote a quasiment abordé tous les domaines de la connaissance de l’époque et, sur certains points il a même été un précurseur… Ce fut un philosophe, un homme de lettres, mais il aura aussi réfléchi à la politique, l’esthétique, l’éthique, la physique, la biologie etc.

A partir des présentations données par des experts en provenance de Belgique, de Grèce, du Royaume Uni, d’Allemagne, d’Italie, on pourra retenir un certain nombre d’idées forces qui tendent à mettre en évidence la modernité et l’applicabilité pour ainsi dire universelle des enseignements aristotéliciens :

  • une rigueur d’analyse, avec l’exploration de concepts ou l’explicitation d’idées qui aident à structurer la pensée, et même à « penser la pensée » : Aristote fournit ainsi des cadres, des matrices mais aussi des méthodes (par exemple pour organiser les questionnements, favoriser les débats, développer le jugement critique, savoir construire logiquement etc) qui servent à mieux ou bien réfléchir.
  • si on considère le purement réflexif, et pour être plus précis, on relèvera ce qu’il propose comme modes de pensée avec par exemple 1/la distinction entre le un et le multiple ou l’analyse du  « tout et de ses composantes » 2/l’analyse du  « bien » qui ne se circonscrit pas au seul aspect moral, ce qui l’amène à considérer la dimension du lieu (l’habitat) et le conduit jusqu’à évoquer l’ordre du divin 3/les dimensions du continu et du discontinu 4/la question des spécificités ou du genre.
  • Mais les messages d’Aristote ne se réduisent pas au purement abstrait ou au métaphysique : il y a aussi chez lui une démarche et un état d’esprit qui peuvent très bien faire écho aux interrogations et aux préoccupations éducatives actuelles comme par exemple l’idée de promouvoir des approches interdisciplinaires, développer les qualités et les propriétés propices à l’harmonie dans la Cité, l’ouverture d’esprit et corrélativement le refus de s’enfermer dans un domaine.

L’accent a été mis sur quelques autres idées très caractéristiques de la pensée d’Aristote et tout à fait pertinentes vues sous un angle éducatif :

D’abord, le souci constant de rester ancré dans la vraie vie, celle de l’homme ordinaire ou des choses de la vie, avec la vertu de l’exemplarité ou de l’expérimentation, et partant, une réflexion sur la nature humaine et la nature dans leurs vulnérabilités et sans leur grandeur (la beauté, le génie créatif de l’homme etc)

Ensuite, lorsqu’il s’agit des sciences, ne pas omettre d’y réfléchir en termes éthique, savoir garder une certaine distance par rapport à des vérités qui seraient purement calculatoires ou virtuelles.

Dans le même esprit, ne pas réduire la vision du monde au seul domaine rationnel, et laisser la place à l’émotion, au sentiment pour pouvoir trouver du sens, à répondre à d’évidentes aspirations en mobilisant les sens positivement, c’est-à-dire avec une quête du Beau (on retrouve l’importance de l’art, de la poésie).

Finalement, Aristote apporte des clefs pour envisager un monde meilleur. Il le fait au travers d’une multiplicité d’approches qui donnent toute sa valeur à une œuvre qu’il est bon de continuer de cultiver, notamment auprès des jeunes. Ce patrimoine spirituel et intellectuel fait partie de ces « humanités » que l’on gagnera à préserver, en surmontant tous les obstacles (difficulté de la traduction –les textes de Aristote ne sont pas toujours faciles à traduire ou/et interpréter-, concurrence d’idées à la mode et faciles à assimiler, et aussi, hélas, restrictions budgétaires).

Dernier point que l’on aura noté, l’observation sous forme de question de J Crowley, directeur de la division « culture et éducation » de l’UNESCO, faisant référence à l’acronyme « TVET » qui pourrait sembler caractériser les orientations de l’UNESCO (« Technical, Vocational Education, Training ») : n’est on pas un peu trop « instrumental » ? ne devrait-t-on pas mettre plus en évidence certaines des dimensions promues par Aristote ?
Y.N

Lire/relire Aristote par Charles Hummel

Ouagadougou (Burkina Faso) Assemblée Générale du MIAMSI

miamsiLe MIAMSI a tenu du 28 octobre au 1 novembre 2016 à Ouagadougou (Burkina Faso) son Assemblée Générale et un Forum international dont le thème était : « Le dialogue, la paix et la réconciliation : Familles, religions, citoyenneté, cultures et peuples en dialogues ».

200 participants venus de 15 pays ont écouté les interventions de l’économiste Pierre Claver Damiba sur la situation de l’Afrique dans la mondialisation. Le Cardinal Peter Turkson, préfet du nouveau dicastère pour le service du développement intégral est venu spécialement du Vatican et est intervenu sur « paix et réconciliation en lien avec la Doctrine Sociale de l’Église ». Enfin le Père Imad Twal, de Jérusalem, a partagé son expérience de dialogue inter-religieux. Le Cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque d’Ouagadougou, a été présent et très attentif aux conclusions du Forum dont voici le communiqué final.

Lire le compte rendu final

De la violence vers la paix: utopie ou espoir ? – Retour sur la table ronde du 17 octobre

« De la violence vers la paix : utopie ou espoir ? »

Table ronde organisée par le CCIC au Centre Sèvres, le 17 octobre 2016,
dans le cadre de la préparation de la célébration du 70° anniversaire de la coopération du CCIC avec l’UNESCO

Trois heures d’échanges pour une conférence du CCIC sur un thème qui ne laisse pas insensible…

Aujourd’hui comme hier le Monde est traversé de courants tour à tour violents et plus paisibles, mais n’y a-t-il pas permanence et prédominance de forces destructrices, agressives ? aujourd’hui comme hier ? hier plus qu’aujourd’hui ? Questions de toujours, questions d’actualité. Trois intervenants aux profils très différents, avec pour chacun des expériences vécues du sujet, nous apportent leur regard et leur réponse. Avec lucidité, leurs analyses ancrées dans le réel ne manquent pas d’interpeller. Oui, le Monde est difficile, dur, et pourtant il y a des raisons d’espérer ! La paix peut faire partie de ce Monde entre Hommes de bonne volonté. Des facultés de Paix sommeillent en nous, on doit pouvoir les éveiller.

conference-unesco-violence-ou-paix-1Près de cent cinquante personnes ont ainsi assisté à un débat nourri de trois contributions à la fois incisives, parfois inattendues et toutes trois singulières, et ne manquant pas d’interpeller l’auditoire.

Regard réaliste d’un expert en géostratégie – Pierre SERVENT –  fin observateur des relations internationales et grand connaisseur des questions militaires, présentation d’un court métrage (issu d’une émission donnée sur ARTE) par une écrivaine – productrice TV – Flore VASSEUR – qui donne un coup de projecteur surprenant sur « les médias et la société colombienne en marche vers la paix », enfin, dernier témoignage, celui de Jacques LECOMTE, philosophe et spécialiste de la psychologie positive, qui, tout à la fois par l’observation du monde et sa propre expérience, laisse entrevoir la possibilité de chemins de paix, si l’on touche l’humain en son cœur.

Avant d’inviter les orateurs à s’exprimer, on a rappelé cette contradiction fondamentale qui perdure avec d’une part la réalité des faits – toutes les convulsions et la misère du monde – et d’autre part une aspiration des peuples et des personnes au bonheur, à une vie meilleure, avec la paix comme promesse d’avenir.



Trois réactions, trois angles de vue complémentaires pour enrichir le débat


Un regard réaliste, trois évolutions peu encourageantes (Pierre SERVENT)

I – Inquiétudes grandissantes avec de plus en plus de « surprises stratégiques violentes »

Il suffit d’énoncer tous les conflits violents des dernières années, qui n’ont cessé de surprendre tant par leur forme (de plus en plus diffuse) que par leur ampleur ou leur localisation.
Du FIS en Algérie jusqu’à DAECH, de la Tchétchénie jusqu’au Moyen Orient, le radicalisme du Sahel, les p1060440avévénements du 11 septembre à New York, l’échec des Printemps arabes, des attentats partout : il y a une violence diffuse, mouvante, un chaos où se mêlent technologie et sauvagerie, des situations aléatoires, des conflits difficiles à endiguer car il ne s’agit plus de guerres ouvertes : on est plus face à l’ordre de chocs semblables à ce que peu produire une dissémination désordonnée de métastases susceptibles de produire leurs effets à tous moments, n’importe où, de façon imprévisible .

II – Le dialogue international perd de sa vigueur, montée des Puissances impériales

Les États tendent à se replier sur eux-mêmes, les opinions publiques deviennent inquiètes et nourrissent des courants bellicistes, nationalistes : l’ONU, l’Union Européenne n’ont pas les coudées franches… A l’inverse se développent des courants aux visées impériales (exemple : la Russie et l’annexion de la Crimée, la Chine et ses revendications territoriales ou maritimes).

III – Apparition d’imprécateurs auto-désignés appelant à la cassure, voire à la violence éventuellement barbare

On se désinhibe, on dénonce les sociétés dévoyées, on emprisonne, on censure, on appelle même au meurtre !
Ici l’agressivité avec des degrés d’intensité variable inspire tout aussi bien des responsables de gouvernement que des tribuns de partis populistes ou des prédicateurs propagandistes violents.

Sur cette toile de fond bien sombre, on peut néanmoins discerner quelques signes encourageants. Sans aller jusqu’à suivre Michel Serre qui – un peu provocant – a suggéré qu’on était dans une situation paradisiaque par rapport au(x) siècle(s) dernier(s) marqués par une extrême pauvreté et des génocides ou autres guerres – massacres, il y a des signes d’espoirs : des personnalités porteuses de messages de paix, les sociétés civiles qui souvent portent en elles des antidotes aux positions extrémistes, et aussi le rôle qu’ont pu jouer la diplomatie vaticane (sans même parler des messages du pape), ou le sultanat d’OMAN exemplaire en termes de tolérance. Même là où prévaut encore la dureté des relations internationales, il est parfois de petites avancées, comme par exemple l’accord avec l’Iran sur le nucléaire.


Les médias au service de la Paix : surprenante expérience colombienne (Flore VASSEUR)

Projection d’un documentaire que Flore VASSEUR a tourné en Colombie en 2015 où elle raconte une histoire assez exceptionnelle, originale et porteuse de sens, d’espérance en l’homme.
fvIl nous est montré ici comment un publicitaire colombien de renom a pu mobiliser toutes les ressources du monde de la communication au service d’une cause cette fois-ci non commerciale mais humanitaire, humaine dans son sens le plus fort puis-qu’aussi bien il s’agit d’une contribution au rétablissement de la paix civile dans un pays ravagé par 50 ans de conflits intérieurs qui ont fait plus de 200 000 morts et 4 millions de déplacés.
Avec un engagement fort de son agence, ce célèbre publicitaire a convaincu le gouvernement que l’on pouvait obtenir de bien meilleurs résultats avec des campagnes média sur une grande échelle qu’avec l’aide des armes. Avec tout un ensemble d’opérations médiatiques spectaculaires, originales et menées sur une grande échelle au cœur de la jungle, les résultats ont été au rendez vous, des milliers de rebelles se sont avisés de renoncer au combat violent.
Messages de paix par hélicoptère (pour faire parler le forêt), événements son et lumières au milieu de la jungle – arbres immenses illuminés au moment de Noël – témoignages apaisés de personnes revenues de leur dur passé, émotion suscitée par des images de paix et d’amour, amour d’une mère qui pleure son enfant perdu, envoi de cadeaux… mais aussi changement de comportement des forces de l’ordre, qui devenaient ici des vecteurs de ces messages destinés à ouvrir les cœurs. Tout cet ensemble d’initiatives imaginées par des communicants a porté ses fruits et fait revenir des milliers de jeunes qui, pour avoir sombré dans la délinquance, croyaient trouver dans la guérilla une solution à leurs tourments. Bien entendu, tout dans ces conversions n’a pas tenu seulement à ces actions médiatiques, mais ces dernières ont joué leur rôle et montré qu’avec l’émotion, une émotion saine faite de bienveillance et de compréhension mutuelle, on pouvait accomplir des miracles.


Regard d’un philosophe sensible à la bonté de l’homme (Jacques LECOMTE) : la Paix – un espoir réaliste

A la fois au travers de ses réflexions et recherches historiques et philosophiques mais aussi et surtout d’expériences personnelles, Jacques LECOMTE nous donne une vision réconfortante, convaincante aussi de l’humanité dans son essence. Ce n’est pas de l’angélisme, il ne nie pas les terribles expériences d’un passé qui n’est pas lointain (les génocides, le nazisme), mais il ne veut pas se contenter d’un constat qui conduirait à penser que ces situations ultra violentes sont dans la nature de l’homme. p1060448avRéagissant au témoignage de Flore VASSEUR, il trouve bien dans cette histoire colombienne toute récente la confirmation que l’homme n’est pas intrinsèquement mauvais, et que toutes les dérives violentes sont fondamentalement dues à des phénomènes de psyché sociale, de mimétisme, soumission qui ne sont en rien le produit d’un atavisme : Simon WIESENTHAL disait qu’on ne naît pas nazi, on le devient.
Cela étant précisé, plusieurs autres points sont exprimés comme éléments de nature à apaiser et prévenir la violence:

– il faut lier  « la politique et la morale », et savoir rentrer dans l’esprit de l’homme ;
– «la démocratie » est un régime qui prévient le mieux les situations violentes, dès lors que le citoyen est écouté ;
– au vu des expériences des pays ayant connu de sérieux affrontements (Afrique du Sud, Irlande) on comprend qu’il est important de mettre en place des instances (commissions) permettant de traiter avec justesse le cas des terroristes (voir la question des sanctions, des amodiations sont possibles mais pas au point de tout oublier) ;
– la société civile est essentielle, c’est bien souvent en elle qu’on trouve des ressources qui la rendent résiliente face aux défis d’une violence à éradiquer, et ici deux obstacles sont à éviter, à savoir la manipulation par les médias ou les politiques ;
– les succès face à la violence supposent de pouvoir miser sur la fraternité, de faire confiance en l’homme avec sa part de bonté.


Le débat : réactions des intervenants, questions

– il faut rester vigilant, savoir bien analyser. Le recours aux armes est souvent inévitable face à une violence fondamentale. Il n’est pas sain de trop baisser la garde… Mais assurément, ce n’est jamais le militaire qui a le dernier mot pour résoudre in fine un conflit (P. SERVENT).
– on confirme que le Président SANTOS est conseillé par le publicitaire dont il a été question; on rappelle que si le référendum a échoué de justesse, le gouvernement a bien passé un accord en 7 points avec les FARC (F. VASSEUR). C’est toujours elle qui précise que, au moment du référendum, trois grandes villes de Colombie étaient touchées par l’ouragan et les personnes ne pouvaient pas se rendre aux urnes.
– s’il a été beaucoup question de violence physique (militaire, terrorisme etc.), il ne faut pas omettre de parler des violences économiques ou sociales.
– le Militaire authentique n’est pas intrinsèquement violent, il lutte pour servir, il défend une cause noble (histoire racontée d’un officier qui a dû son engagement dans l’armée à la montée du nazisme) ; (J. LECOMTE rapportant son expérience d’objecteur de conscience sanctionné qui voit venir à sa rencontre son colonel, « à la bienveillance empathique »)
– dans nos sociétés qui peuvent sembler à bout de course, avec de la violence insidieuse (économique notamment), il y a tout de même des raisons d’espérer. Cet espoir est à mettre dans la richesse des jeunes (le partage, l’économie collaborative) (J. LECOMTE)
– intervention d’une personne pour appeler l’attention sur l’histoire : selon cette enseignante, il est dramatique qu’on ne parle plus vraiment des guerres, qu’on ne sache plus donner le sens de l’histoire ou qu’on y introduise des biais idéologiques.

Yves Nachbaur

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Cette table ronde s’inscrit dans le cycle préparatoire à la célébration des 70 années de coopération avec l’UNESCO qui aura lieu le 23 mars prochain, à l’UNESCO.

 « Quel monde voulons-nous construire, ensemble ? » un monde dans lequel toutes les facultés de recherche de la Paix qui sommeillent dans l’Homme pourraient être réveillée ? Habité de la volonté de progresser au-delà des différences dans le respect des convictions de chacun, le message du CCIC se veut source de propositions.

Retrouver la présentation des ouvrages et réalisations des intervenants

Le patrimoine mondial et les musées – UNESCO 2 et 3 novembre 2016

« Le patrimoine mondial et les musées »
Conférence internationale à l’UNESCO

2 & 3 novembre 2016

Cette conférence a été co-organisé par l’UNESCO et le Centre régional arabe pour le patrimoine mondial (ARCWH), en collaboration avec l’ALECSO, l’ICCROM, ICOM, ICOMOS et l’UICN.

« Deux jours pour évoquer les liens intrinsèques entre les sites du patrimoine mondial et les musées liés à ces sites : les musées médiateurs, porteurs de valeurs universelles exceptionnelles, vecteurs d’une histoire et de devoirs communs ; les musées gardiens des sites du patrimoine mondial, de leur intégrité et de leur valorisation, dans un contexte de développement durable social et environnemental. »

Continuer la lecture de Le patrimoine mondial et les musées – UNESCO 2 et 3 novembre 2016

une éducation de qualité pour tous, équitable et au service du développement durable

Consultation Régionale sur l’Objectif Éducation de l’agenda Nations Unies 2030 :
l’ODD 4 pour « une éducation de qualité pour tous,
équitable et au service du développement durable »

UNESCO le 24 octobre 2016

Réunion intergouvernementale des États membres des Groupes UNESCO I et II (Europe et Amérique du Nord) ; avec les représentants des Autorités gouvernementales, de l’UNESCO et des autres agences ONUsiennes concernées (UNICEF, HCR), des experts et les observateurs, près de 300 personnes ont participé à un large échange de vue pour rappeler les enjeux et les défis que recouvre le thème central de l’éducation, préciser, un an après l’adoption du « Plan stratégique de l’ONU à l’horizon 2030 » les conditions de la mise en œuvre de l’objectif 4, avec ses 7 cibles et sa dizaine d’indicateurs associés pour les États des groupes I et II.

Lire le compte rendu