204ème session du Conseil exécutif – séance introductive du 9 avril 2018

Vers une grande transformation, stratégique, organisationnelle et managériale

Les discours du Président du Conseil exécutif, M Lee, de la Directrice générale, Mme Azoulay, et de la Présidente de la Conférence générale, Mme Alaoui.


Propos liminaire du nouveau Président M. Lee qui a souhaité, avec les renouvellements engagés, que l’UNESCO surmonte les difficultés du moment et que l’on fasse preuve d’optimisme au service d’une institution dont les compétences sont essentielles. Il a rappelé brièvement les enjeux que représentent pour l’UNESCO les défis d’un monde qui change rapidement et la nécessité de fonctionner autrement. Pour parvenir à défendre « l’esprit UNESCO » et les valeurs fondamentales que sert l’institution, il a appelé tous ses membres à faire preuve de bonne volonté et à agir ensemble avec un sens des responsabilités et une aptitude à savoir faire des concessions mutuelles.

Intervention de la directrice générale, Madame Azoulay dont c’était la première déclaration devant le Conseil exécutif. Très attendue, son assez longue allocution n’aura pas déçu, elle a été saluée par de nombreuses délégations lors du débat qui a suivi.

Des propos tenus par la nouvelle Directrice générale, on aura pu noter certaines confirmations de ce qu’elle avait pu esquisser lors des premiers événements auxquels elle a participé depuis son entrée en fonction il y a quatre mois. Cependant, cette fois ci, on a entendu un discours très complet, clair et engagé, portant la marque d’une personnalité qui d’entrée signale sa résolution à vouloir transformer profondément l’institution tout en préservant l’esprit qui l’anime depuis sa création au service de la Paix dans les domaines de sa compétence.

Avec beaucoup de conviction, elle a exprimé son souhait de voir l’UNESCO mieux reconnue et, dans une expression très structurée, sans préjuger de ce qui pourra ressortir des groupes de travail qu’elle compte mettre en place, elle a néanmoins donné des lignes de conduite et des principes directeurs relativement précis, et annoncé un premier train de réformes organisationnelles avec comme principale innovation l’annonce de la création d’une entité au niveau Direction (dirigée par un Adjoint DG) en charge des domaines Ressources humaines, Finance, Fonctions support et sécurité ainsi que de la communication et traitement de l’information.

De façon plus précise on aura retenu les éléments suivants :

  • – Insistance sur la nécessité des coopérations et du multilatéralisme, deux principes sans lesquels, notamment dans le domaine de l’éducation, l’UNESCO ne pourra pas vraiment mener ses programmes ;
  • – Un espoir exprimé en discernant quelques signes d’encouragement (comme par exemple des signes de bonne volonté venant d’une douzaine d’États qui ont mieux honoré leurs engagements ces derniers mois) ;
  • – Appel à sortir des vaines querelles ou des conceptions fondées sur la seule défense des intérêts nationaux : il ne faut pas entrer dans ce cercle vicieux, on doit développer des dialogues apaisés en misant sur l’intelligence collective ;
  • – S’agissant de l’organisation de la gestion des ressources humaines, la DG entend encourager la mobilité, renouveler les pratiques et les équipes, alléger les conditions de fonctionnement, et fonder les recrutement sur quatre critères bien précis : le genre, la diversité, les compétences et le rajeunissement ;
  • – Souhait de plus et mieux intégrer les initiatives de l’UNESCO dans le système onusien avec un double objectif : éviter les doublons et mieux faire reconnaitre le savoir faire de l’institution là où elle a manifestement un « avantage comparatif ».

Les Programmes

Quatre points à relever :

  • Placer les Programmes au cœur de la transformation stratégique, pour relever les grands défis de l’heure, en les intégrant bien dans le Monde et avec le concours des États ;
  • Penser les Programmes : sélection sur la base d’une analyse préalable rigoureuse – critique et prospective- , appréciation du pour et du contre, consultation et avis d’experts extérieurs indépendants, ciblage sur les priorités (pas de dispersion).

Quelques grands chantiers mis en exergue comme illustration des priorités :

  • les actions pour prévenir l’extrémisme violent (voir notamment un programme soutenu par le Canada destiné à plusieurs pays du pourtour méditerranéen : initiative tournée vers les jeunes) ;
  • actions concernant l’environnement (un projet soutenu par la Banque africaine de développement associant plusieurs pays du Sahel concernant le lac Tchad) ;
  • l’initiative « Esprit de Mossoul » avec trois composantes : reconstruire, développer des actions culturelles, participer à la restauration du système éducatif ;
  • – souhait que pour tous les programmes on puisse mobiliser au mieux les ressources du numérique et pleinement exploiter les « data » dont on peut disposer, avec le concours de l’Institut des statistiques qui doit être conforté.

Les secteurs
Coups de projecteur très complet pour à la fois exprimer certaines appréciations et lister les domaines sur lesquels doivent travailler les services, en signalant aussi certains des évènements à venir.

Éducation
C’est sur ce domaine tout à fait essentiel qu’ont été consacrés les plus longs développements. Trois réflexions préalables, expression de trois problématiques sur lesquelles il faut faire porter les efforts : l’inégalité « Homme-femme » encore trop criante, la Performance des systèmes éducatifs et la Valorisation des travaux conduits, avec ici un rôle d’impulsion que pourra jouer le « Conseil directeur de l’Éducation ».

L’agenda 2030 avec l’ODD4 pour lequel l’UNESCO est chef de file (avec un Conseil de pilotage dédié) est essentiel. Mme Azoulay salue l’initiative de l’Argentine qui a fait inscrire l’Éducation comme une priorité du G20.

La Directrice générale affirme que le domaine Éducation est une grande priorité de l’UNESCO parce que c’est le meilleur moyen de servir la Paix (résilience, réconciliation, harmonie). L’institution doit pleinement jouer son rôle et le rendre plus visible ou lisible, qu’il s’agisse de définir des normes, donner des éclairages ou suggérer des lignes directrices ou enfin d’aider les États.

Sciences et Sciences Humaines

Beaucoup de sujets ont été rappelés,  notamment :

  • – ce qui a trait à l’eau (allusion au récent forum de Brazilia, publication du rapport sur la « diplomatie de l’eau ») et aux océans (soutien à la COI) ;
  • – s’agissant des SHS, Le rôle de la COMEST est souligné.

Culture

Quatre problématiques mises en évidence

  • – la protection des patrimoines (matériels et immatériels) dans les zones de conflit (qui fait écho à la résolution 2347 de l’ONU)
  • – la circulation des biens culturels (une conférence prévue pour le mois de juin) ;
  • – l’accompagnement des industries culturelles ;
  • – le réseau des villes créatives pour un développement durable ;

Communication et Information

  • – rappel des thèmes déjà traités mais qu’il faudra continuer d’étudier (le racisme, le dialogue interculturel, la liberté d’expression, les réfugiés etc) ;
  • – autres préoccupations importantes : la sécurité des journalistes (femmes tout particulièrement), préservation et accès au patrimoine documentaire y compris le numérique.

L’éthique du numérique et l’intelligence artificielle ont fait l’objet d’un développement précis. S’il y a en ce domaine une ambivalence avérée et beaucoup d’ambiguïté, il importe que l’UNESCO s’y intéresse au titre de ses compétences. S’il s’agit de questions complexes à dimension transversale, dans un contexte mouvant et incertain, il y a lieu d’engager une réflexion sur la nécessité d’introduire certaines normes. Pour la Directrice générale, le sujet doit être travaillé (évolution du droit, définition d’un cadre) de façon à pouvoir aider les États dans les politiques publiques qu’ils doivent maintenant envisager. L’UNESCO pourrait alors élaborer un message à leur attention : par exemple sous forme d’une déclaration à la manière de ce qui a été fait il y a quelques années sur le génome.

Ouvrir l’organisation

  • – d’abord le Siège en le rendant encore plus accueillant, notamment au travers d’une meilleure valorisation du patrimoine artistique dont dispose l’UNESCO ;
  • – ensuite en intensifiant la communication institutionnelle pour que la voix de l’UNESCO soit plus entendue, et qu’on la reconnaisse plus qu’actuellement comme une référence : un groupe de travail devra réfléchir à ce sujet sur le contenu et l’organisation de la communication avec cette idée de messages à plus faire entendre ;
  • Les partenariats doivent être développés notamment avec le secteur privé (voir ici deux exemples, ceux de L’Oréal sur la promotion de la Femme dans le domaine de la Science et de l’OCP au Maroc sur l’avenir de l’Afrique). Cela doit être fait de façon professionnelle et des formations devront être organisées sur ce point en particulier pour ce qui est de la levée de fonds.

Moderniser l’ensemble de l’organisation

Réforme des structures, nouvelles pratiques managériales, accent mis sur : l’évaluation des performances, formation et la mobilité, l’organisation des délégations, des circuits de décision, du travail sur le terrain (Le Réseau), les interactions avec les autres agences de l’ONU.
Sur tous ces sujets des groupes de travail vont être appelés à faire des propositions qui devront être issues d’une large concertation. L’ensemble des chantiers devra être piloté par une équipe projet dédiée qui devra être dotée en moyens suffisants.

Conclusion de la Directrice Générale

Le propos conclusif de la DG a résonné comme un appel mobilisateur dont on retiendra les interpellations suivantes :

  • – si nous voulons répondre aux nombreuses attentes, il faut rester unis et agir Ensemble ;
  • – on doit se moderniser pour rester à la hauteur des défis à relever ;
  • – si on veut que l’UNESCO exerce efficacement ses Missions au service de la Paix, les États doivent nous aider, c’est un devoir sacré car notre institution est à un tournant décisif de son histoire ;
  • – et cela doit s’opérer au travers de dialogues dont on ne peut que tirer un bénéfice comme l’a dit J HABERMAS cité par la Directrice générale en parlant du « gain de la discussion » lorsqu’on sait « se décentrer » car c’est le meilleur moyen pour « appréhender la diversité » ;
  • – invitation à mener ces dialogues en confiance et de manière responsable, pour les traduire en acte dans les programmes qui doivent illustrer le rôle unique que joue l’UNESCO comme conscience morale de l’humanité.

Allocution de Madame Alaoui, Présidente de la Conférence Générale

Comme elle l’a fait en novembre devant la Conférence Générale lors de sa prise de fonction, pour cette première adresse à un Conseil exécutif largement renouvelé, Mme Alaoui a prononcé un discours très engagé, avec des paroles fortes pour dire que l’UNESCO est à la croisée des chemins, qu’il lui faut voir se dessiner un avenir serein… Il est crucial alors, nous a-t-elle dit, de réformer l’organisation, de s’engager dans une transformation stratégique, d’assurer une mobilisation des ressources suffisantes et consolider le réseau hors siège, entrer dans la modernité tout en restant fidèle aux valeurs qui la fondent en vérité, mais, a-t-elle ajouté, rien de tout cela ne pourra se faire si l’ on est incapable de préserver la confiance partout et entre tous (la Direction générale, les Services , les organes directeurs).

L’important est que l’UNESCO préserve son âme, et, ajoute l’oratrice, cela rend impératif le respect de quelques principes essentiels :

  • – nos combats doivent être collectifs, il faut être solidaire ;
  • – notre souci doit être l’UNESCO avant tout, il faut se garder des vaines querelles qui ne feront qu’en altérer l’image ;
  • – nous sommes tous égaux, pour assumer ensemble une grande responsabilité collective ;
  • – il faut viser l’entraide, mettre notre valeur ajoutée au service des Populations, avec des impacts sur le terrain, visibles, qui concourent à la crédibilité de l’UNESCO ;

Nos discours doivent se traduire en actes, mais pour être crédibles et gagner la confiance, il faudra avoir la confirmation d’une stratégie clairement définie, une bonne articulation des organes directeurs et une saine gestion menée dans un cadre réformé. S’il faut restituer au terrain son juste positionnement, on doit se garder d’abandonner le domaine de la réflexion intellectuelle ou spirituelle et, aux confins des deux, il y aura lieu de consacrer toute leur place aux questions éthiques.

De ce vibrant appel, en conclusion du propos retenons ces quelques mots : « l’UNESCO est entre vos mains, elle sera le produit de ce que vous déciderez »… Une interpellation qui, il faut l’espérer, va pouvoir être suivi d’effets positifs dans les temps à venir.
( à suivre synthèse des débats et réponse de la directrice générale)

204ème session du Comité Exécutif – politique générale – débat et réponses de la Directrice générale

Les 9 et 10 avril

Débat sur la Politique générale
Réponses de la Directrice Générale
Réforme et Relance de l’Unesco engagées
Transformation stratégique

 

L’organisation des échanges :

Conformément à la pratique habituelle, la cinquantaine de membres du Conseil (dont une dizaine de nouveaux délégués) se sont exprimés sur les orientations générales données par la Directrice générale et décrites dans un document de référence salué par plusieurs intervenants pour sa qualité. Ces interventions, qui sont limitées dans le temps (six minutes) donnent aussi souvent lieu à des observations générales ou sont mises à profit pour évoquer des points particuliers concernant les États, les présidents de chaque groupe régional prononcent aussi une déclaration au nom de leurs membres ; Autre observation touchant à l’organisation des discussions, plusieurs délégués ont salué la nouvelle façon de préparer désormais les sessions du Conseil, à savoir une prise en charge de l’exercice par un groupe de travail présidé par Mme Houphouët-Boigny, ambassadrice déléguée de la Côte d’Ivoire. Cette nouvelle approche qui met fin aux intersessions jugées trop lourdes satisfait d’autant plus que ces travaux préparatoires conduits efficacement se sont bien déroulés avec des effets positifs pour la présente session.

Les déclarations des États :

Des déclarations entendues (45 États membres), on pourra retenir les points suivant :

D’abord, on aura noté les nombreux soutiens exprimés en faveur des réformes proposées, des principes énoncés (la transparence, la mesure des résultats, la redevabilité , l’éthique en général mais aussi au sein de l’institution elle-même etc) et aussi de la méthode suggérée avec une approche projet, des groupes spécialisés, une large concertation.

Beaucoup de délégués se félicitent de voir la Directrice générale donner pour l’UNESCO une vision globale claire, cohérente et ambitieuse, et affirmée avec beaucoup d’énergie. Il y a un large consensus pour soutenir son idée d’opérer une « Transformation stratégique » et une réforme significative de l’organisation et de son mode de fonctionnement au quotidien.

Certains ont salué l’engagement de Mme Azoulay à vouloir traiter « à bras le corps » le sujet budgétaire et financier. S’il importe que les États respectent leurs obligations en la matière, la question des financements extra budgétaires ne doit pas être éludée. Tout en y voyant un moyen de mener positivement certaines actions, plusieurs délégués recommandent la prudence en la matière (ces ressources ne sont pas pérennes, elles peuvent plus servir l’intérêt des donateurs que la solidarité laquelle peut être mieux servie au travers du budget ordinaire).

S’agissant de la gestion et du fonctionnement, comme lors du débat spécialisé organisé sur le sujet, il est bien recommandé de s’inspirer des conclusions du groupe « gouvernance » présentées lors de la dernière Conférence générale et de tenir compte des observations figurant dans les rapports d’audit.

On se félicite de voir la direction générale se préoccuper de l’avenir de Institut des Statistiques.

Sur les thèmes jugés prioritaires, le domaine Éducation est très largement considéré comme « LA » grande priorité. C’est ce qu’a rappelé la Directrice générale dans son discours introductif et c’est ce qui découle aussi des responsabilités assignées à l’UNESCO au titre de sa fonction de chef de file avec le pilotage de la réalisation de l’ODD4 de l’agenda 2030.

L’attention à porter aux jeunes est primordiale, et si , sur ce point, leur participation plus importante aux réflexions de l’UNESCO est souhaitée (par exemple avec le Forum des jeunes qui doit pouvoir plus les associer aux travaux de la Conférence générale), il est crucial aussi d’utiliser au mieux les ressources de l’Unesco allouées à l’Éducation en faveur d’actions qui doivent contribuer à la Paix et au développement : éradication de la violence et prévention de l’extrémisme violent, éducation à la citoyenneté, et aussi, très important pour les Pays en développement, notamment bon nombre de Petits États Insulaires, les aides en faveur de l’enseignement technique et professionnel, ou le soutien pour l’éducation numérique (apports en équipements et formations).

Trois pays (Liban, Jordanie, Bangladesh) particulièrement concernés ont rappelé l’acuité de la question touchant aux réfugiés, et tout particulièrement celle de l’éducation de leurs enfants : problèmes de grande ampleur auxquels il faut faire face dans des conditions difficiles en ouvrant des écoles, l’École essentielle pour contribuer à l’harmonie.

Un souci a été exprimé à propos du Bureau International de l’Éducation de Genève : n’est ce pas une organisation (centre de catégorie 1) en train de péricliter ?

Second grand thème évoqué : les questions culturelles, en rapport bien entendu avec les questions touchant au Patrimoine et à sa protection face aux risques de destruction ou de dépérissement, de pillage et de trafic (voir la prochaine conférence à ce sujet). La question des langues est aussi mise en avant (défense des langues autochtones, du multilinguisme, notamment dans l’enseignement primaire) : il y va du respect des identités. La diversité est elle aussi considérée comme une dimension qui, dans de nombreux pays, fait l’objet d’une grande attention et, à l’instar de ce que défend l’UNESCO (cf la convention culture de la diversité de 2005) plusieurs délégations marquent le bénéfice que revêt dans leur pays le dialogue interculturel, et aussi interreligieux (Indonésie, Pakistan). Un délégué a rappelé le propos du pape François qui insiste précisément sur la nécessité de la rencontre avec les autres, d’une ouverture d’esprit qui permet de rayonner et d’abattre les murs plutôt que d’entretenir l’enfermement.

Toujours sur le terrain culturel, au moment où se célèbre le 25ème anniversaire du programme Mémoire du Monde, on signale ce qui est fait à propos de l’Histoire en Afrique, et d’une façon plus générale, un délégué appelle à ne pas négliger cette activité de préservation immatérielle des patrimoines. Cette considération peut être mise en parallèle avec les travaux menés sur les archives documentaires y compris numérique, travaux menés par le secteur Communication et information.

L’initiative « Esprit de Mossoul » emporte une totale adhésion car elle vise précisément à permettre de reconstituer l’identité culturelle de toute une population avec le soutien de la communauté internationale..

Dans le domaine des Sciences, plusieurs pays insistent pour que cette composante majeure de la Connaissance et du Savoir ne soit pas négligée, la Russie tout particulièrement, l’Inde aussi.

L’eau et ce qui traite des océans sont mentionnés comme un centre d’intérêt très important, l’UNESCO est approuvée dans ce qu’elle fait au travers du PHI (programme hydrologie) et de la COI (Commission océanographie), comme par exemple les rapports sur l’eau ou les travaux sur le système d’alerte Tsunami. Les États des Caraïbes, le Japon, le Vietnam ou les Philippines sont logiquement ceux des États qui sont particulièrement concernés. Le Brésil a rappelé la tenue récente du Forum sur l’eau à Brasília et a indiqué que, suite à cet évènement, une proposition de Résolution sera soumise à la Conférence Générale.

La proposition de développer la réflexion sur « intelligence artificielle et éthique » est bien accueillie.

Quelques observations plus générales sont formulées comme des conseils ou des appels à consolider l’Unesco.

Ainsi le délégué de l’Iran invite tout à la fois à rester en prise sur les réalités du monde moderne et à ne pas oublier les enseignements ou les concepts qui ont pu être travaillés dans le passé, et qui peuvent avoir conservé toute leur valeur. Il voit aussi une dimension morale de l’institution qui doit aussi porter haut ce qui relève de l’éthique dans tous ses domaines d’intervention.

Plusieurs intervenants évoquent les risques de la politisation, qu’il ne faut pas confondre avec le domaine du « politique » terme à prendre dans son sens le plus noble, à savoir comme la capacité d’inspirer et guider les débats de façon constructive et apaisée. Un délégué parle de promouvoir des dialogues raisonnés.

La nature intergouvernementale de l’UNESCO a été assez fréquemment rappelée, avec une particulière insistance chez certains.

On retiendra enfin un certain nombre de paroles fortes marquant comme un appel à voir l’UNESCO repartir de l’avant, autant de paroles qui paraissent traduire un nouvel état d’esprit et de meilleures dispositions en faveur de l’institution, avec en tout cas des mots plus engagés ou engageants que d’ordinaire, qui lorsqu’on en restitue quelques extraits peuvent sembler constituer comme un plaidoyer :

« il faut que l’Unesco retrouve son influence », redevienne sur certains domaines « un acteur que l’on écoute » ou « qui dise ce que d’autres ne peuvent pas dire », « valorise ses nombreux atouts » et « redore son image ». L’Unesco doit capitaliser sur son nom, une « marque » qui reste encore bien perçue, il lui faut « être à la hauteur de sa réputation », une réputation qu’elle doit consolider. En tant qu’acteur de premier plan et unique en son genre dans ses domaines de compétence, en parole (laboratoire d’idées, forum intellectuel, sentinelle intellectuelle etc) et en actes, l’institution peut et doit « élever les défenses de la Paix » dans un monde encore si menacé par «des tensions » de tous ordres. Il lui faut « rester à l’avant-garde dans un combat à mener pour un monde meilleur » et pour la Paix, et « ne pas décevoir ce qu’on attend d’elle », et cela doit se faire en connaissance de causes et en développant les concertation/coopérations/consultations. Sachons « nous éveiller par le dialogue ». Un autre délégué à parler d’élévation.

Réponse de la directrice générale :

Comme à propos du débat sur la refonte de l’organisation, Mme Azoulay a répondu à l’ensemble des interventions de façon souvent précise en confirmant sa déjà bonne maîtrise des nombreux sujets à traiter. Elle s’est efforcée de bien faire référence aux propos exprimés en rappelant souvent nommément les pays qui les avaient tenus.

Elle a d’abord remercié les membres du Comité pour le soutien qui lui a été apporté et la teneur dans l’ensemble très constructive des interventions.

Elle a ensuite indiqué qu’avant toute chose il fallait s’entendre sur un diagnostic commun et avoir une vision globale partagée. Elle se félicite à cet égard d’avoir entendu des avis assez concordants avec les orientations données dans son propos liminaire : rester centré sur les domaines figurant dans l’acte constitutif, optimiser la gestion en restant bien dans le cadre onusien, développer sans relâche un dialogue multilatéral, ce qui suppose une complète adhésion des États.

Comme l’a fait la Présidente de la Conférence générale, la Directrice générale a insisté sur cette indispensable contribution des États et la nature intergouvernementale de l’UNESCO : tout dépendra des États, l’institution doit pouvoir compter sur leur bonne volonté et leur engagement car, in fine, ce sont eux qui décident : « le sort de l’Unesco est entre vos mains » avait dit auparavant Mme Alaoui ». S’il y aura des groupes de travail qui feront des propositions et des consultations d’experts ou autres composantes de la société civile appelés à donner leur avis, ce ne sont pas eux qui auront le dernier mot.

Pour conduire la réforme efficacement, une équipe dédiée dotée de moyens suffisants sera chargée du suivi du projet, projet qui devra s’inscrire dans la durée.

En réponse aux préoccupations concernant le Réseau et les Partenariats, les précisions suivantes ont été apportées  :

Le réseau hors siège, dont la soutenabilité devra être assurée en étroite liaison avec les États, les Commissions nationales, sera regardé avec une attention particulière portée sur deux points : l’aide au développement et la cohérence des activités avec celle des autres agences de l’ONU.

S’agissant des Partenariats qui devront être développés, ils ne sauraient mettre en cause la primauté du rôle des États. Ils devront s’opérer en toute transparence et répondre d’abord et avant tout aux besoins prioritaires issus des orientations stratégiques de l’UNESCO.

La Directrice générale a repris tous les domaines en relevant ce qu’avaient pu dire les délégués des évènements à venir pour lesquels leurs pays se sont engagés (ex : un forum des civilisations anciennes en Grèce, les initiatives de la Corée en faveur de la citoyenneté mondiale). Elle n’a pas manqué aussi de remercier ceux des États qui apportent leur concours sur des activités prioritaires de l’UNESCO.

Elle a réitéré avec insistance ses propos sur l’Éducation qui est un domaine majeur, parce que c’est par son intermédiaire que l’UNESCO pourra au mieux remplir ses missions au service de la Paix.

Deux autres points à remarquer : une grande attention à propos de l’institut statistique et l’assurance réitérée que ce qui a été produit par le groupe gouvernance ne sera pas perdu de vue.

 

 

204ème session du Conseil exécutif – Échange de vue à propos de la Réforme organisationnelle et managériale

 

Débat des 9 et 10 avril 2018

Propos introductif de la DG et observations des délégués

Sur ce point très important, Mme Azoulay est préalablement intervenue dans le prolongement de son intervention liminaire et en référence aux documents mis à disposition des membres du Conseil.

Elle a d’abord indiqué qu’il était indispensable d’être plus transparent et mieux structuré, et que ses propositions visaient, notamment avec la nouvelle Direction Générale « administration et management », à fluidifier les échanges, réduire le nombre d’entités en lien avec la Direction générale, aller plus vite, simplifier et alléger les circuits. Elle a précisé que les réformes proposées sont assez largement similaires à celles qui sont déjà opérationnelles dans d’autres agences de l’ONU comme la FAO ou l’OMS.

L’élément important sur lequel les débats qui ont suivi ont le plus porté a concerné la fonction « administration et management » qui reprend une partie de l’ancienne DG ERI ( relation avec les États et Partenaires extérieurs). De fait, cette grosse entité qui va couvrir les fonctions Ressources humaines, Finance, Logistique, Sécurité et Communication/Organisation de la diffusion de l’information aura de nombreuses responsabilités, précédemment dispersées dans de nombreuses unités ce qui alourdissait le fonctionnement de l’institution.

Une quinzaine de membres ont souvent salué les efforts déployés pour obtenir une plus grande efficacité, mais sur quelques points sinon des réserves du moins de réelles préoccupations ont été exprimées : le principal souci a concerné le service du Protocole et le traitement des relations avec les États. Il y a une crainte de voir dans la disparition d’une unité de haut niveau qui leur était largement dédiée une dilution des liens avec la direction générale, et une moindre interaction.
Autre question posée avec insistance, celle du réseau hors siège. Les interrogations portent sur certaines activités qui se traitaient jusqu’à présent avec les secteurs et les programmes et auxquelles le nouveau pôle ADMINISTRATION MANAGEMENT pourrait prendre une part active (voire exclusive). Dans le même esprit, on se demande si ce même réseau ne pourrait pas être dépossédé de certaines fonctions qui jusqu’à présent lui étaient déléguées.

Notant l’ambition de la Directrice générale de lancer de nombreux groupes de travail et un pilotage de la démarche stratégique conséquent, un intervenant s’est interrogé sur la question des moyens dans un contexte budgétaire très contraint.
Enfin, quelques intervenants ont relevé qu’il n’était pas fait référence aux travaux des groupes qui ont réfléchi sur la gouvernance, omission fâcheuse si on devait en oublier les résultats.

Réponse de la DG aux observations

Les réponses ont été claires et de nature à rassurer semble-t-il.

Tout particulièrement pour ce qui concerne l’interface État/UNESCO, en concentrant en une seule unité on fonctionnera mieux, à tout le moins sur les sujets essentiels, il est désormais prévu d’organiser un lien direct entre les États et la Directrice générale ou son cabinet (aussi semble-t-il pour les Partenaires non gouvernementaux mais très peu de choses ont été dites à leur sujet).
Le réseau hors siège ne verra pas son mode de fonctionnement complètement revu. Il y aura, bien entendu, maintien d’activités et de relations avec les programmes et les secteurs. Il faudra poursuivre les travaux concernant la cartographie du réseau comme cela a déjà été fait pour la partie Afrique, dans l’optique de bien optimiser les moyens sur la base d’une bonne connaissance des ressources et activités. On rappelle que les structures décentralisées absorbent plus de la moitié du budget de l’UNESCO.

S’agissant des moyens qu’il faudra mobiliser alors que la réforme se fera à budget constant, on trouvera les ressources nécessaires précisément par les mesures qui vont être prises et qui vont dégager des espaces et, partant de la ressource (les synergies, les postes supprimés, les procédures allégées etc).

Précision complémentaire concernant le directeur (AD DG) de la Direction « administration et management » : il aura superviser les fonctions au quotidien, le recrutement avec les critères bien définis ( compétence, diversité, représentativité…) Au titre de ses responsabilités, il aura vocation à représenter l’UNESCO  notamment au sein de l’organisation onusienne.

204ème session du Conseil exécutif – Algérie : expérience en matière de lutte contre le terrorisme islamique

 

Rencontre avec le Ministre des Affaires étrangères d’Algérie, Mr Abdelkadher Messahel
à propos de la question de l’éradication du terrorisme


En conclusion des deux premières journées de sa 204ème session le Conseil exécutif a entendu le discours du ministre algérien des Affaires étrangères d’Algérie sur l’expérience de son pays en matière de lutte contre le terrorisme islamique. Il répondait ainsi à une invitation de Madame Azoulay à traiter d’un thème sensible, intéressant pour l’UNESCO qui, dans le cadre de sa mission au service de la Paix et au titre de ses compétences a placé depuis plusieurs années la prévention de l’extrémisme violent parmi ses priorités.

Le Président du Conseil exécutif a dit la volonté du Conseil de donner plus d’importance à un sujet très sensible où les États sont essentiels à leur propre niveau mais aussi internationalement. On doit, a-t-il souligné, trouver des réponses politiques face aux phénomènes de radicalisation et on apprécie d’avoir l’occasion d’entendre, venant d’Algérie, le témoignage d’un acteur engagé sur les conditions d’un « mieux vivre ensemble » après la traversée d’épreuves tragiques.

Mme Azoulay, en souhaitant la bienvenue au Ministre, l’a remercié d’avoir accepté de livrer ses réflexions et a rappelé l’engagement de l’Unesco face aux excès fanatiques, un engagement qui passe dans une large mesure par l’éducation : éducation des jeunes à la citoyenneté, aux risques des media, et par toute action de prévention de l’extrémisme violent. Sur ce point, elle a rappelé le lancement d’une initiative Net Méditerranée qui associe 9 pays du pourtour méditerranéen.

Le discours du Ministre des Affaires étrangères d’Algérie : comment a-t-on éradiqué le terrorisme ?
L’Algérie a vécu dix années durant une tragédie qui a causé 200 000 victimes, et dont elle s’est sortie en puisant au fond d’elle-même les forces de l’apaisement. Il fallait exorciser les démons de la barbarie qui venaient casser des référents identitaires d’une valeur immémoriale et menacer la nation dans ce qu’elle avait au plus profond d’elle-même.

Pour relever ce défi – faire face à la Bête immonde et mettre fin ainsi à la violence – une stratégie d’envergure a été définie par le gouvernement et mise en œuvre résolument, systématiquement, en exploitant au mieux la volonté du Peuple de restaurer la Paix civile.

Les actions militaires ont évidemment joué leur rôle, mais les succès face à la violence exacerbée pour se confirmer dans la durée ne tiennent jamais à la force des Armes, l’important est ce qui contribue à la résilience et qui traduit ce que les populations ressentent lorsque le mal les touche avec une extrême intensité. C’est en considération de cette idée force que le gouvernement a mis en œuvre un plan de réconciliation conduit clairement et énergiquement :

  • – D’abord a été passée une « loi pour la concorde civile » visant certaines amnisties, avec pour objectif l’engagement d’un retour à la normale, et à une amorce de reddition des éléments radicalisés
  • – Pour accentuer le phénomène d’apaisement, a par la suite été adoptée par referendum une charte pour la Paix appelant à renouer avec une Histoire millénaire et à accepter le Pardon, la Tolérance. L’adhésion massive à cet engagement a été accompagnée de mesures s’inscrivant en cohérence avec l’esprit de la charte : association sur le terrain des imams modérés, de la société civile (universitaires, les femmes…), actions de sensibilisation soutenues auprès des jeunes, ouverture à l’enseignement de trois langues (et non plus seulement la langue arabe) .

Forte de la réussite d’une entreprise aussi importante pour obtenir la réconciliation de tout un peuple, l’Algérie a proposé et obtenu auprès de l’ONU qu’une « journée internationale du vouloir vivre en Paix » soit désormais célébrée le 13 mai de chaque année.


Échanges de vue avec les délégués


Une quinzaine de membres du Conseil se sont exprimés.
De ces propos et des réponses données par le Ministre, on aura relevé les points suivants :

  • l’expérience algérienne est éclairante et montre la voie à ceux qui s’attachent à lutter contre le terrorisme et les radicalisations extrémistes
  • – il n’y a pas de doute à avoir, c’est par l’éducation et l’école, mais aussi au travers du levier culturel utilisé à bon escient au sein de la société, qu’on peut réellement endiguer le mal
  • la violence et la haine ne sont pas des éléments constitutifs de l’Homme à l’origine, il faut lutter contre tout ce qui les font émerger par le biais de l’éducation.

Sur l’ensemble de ces observations, le Ministre ajoute :

  • – Il faut compter avec un « optimisme de la volonté » :
  • – Si l’on est amené à faire la guerre face aux terroristes, il faut se persuader que ce n’est pas une fin en soi, le but est d’obtenir la Paix, et, finalement, la vraie victoire est celle qu’on finit par atteindre en touchant les cœurs.
  • De l’importance aussi du combat idéologique, et des actions à conduire contre les discours radicaux y compris dans les mosquées
  • – Mais c’est certainement dans les écoles qu’il faut intervenir pour propager un esprit de paix et de tolérance car « qui sème les écoles récolte des Hommes ».

Deux dernières idées sont soulignées par le Ministre :

  • – Il faut véritablement voir les choses de l’intérieur : on peut alors découvrir ce que les gens veulent au plus profond d’eux-mêmes, et là, c’est très largement un souhait d’harmonie, d’amour et d’apaisement
  • Le rôle des femmes est déterminant pour la justice et la réconciliation, parce que dans tous les drames du terrorisme radical ce sont le plus souvent elles qui sont à la fois victimes ( comme veuves, comme mères) et porteuses des germes du pardon et de la réconciliation.

204ème session du Conseil exécutif – réunion du Comité des Convention et des Recommandations

Réunion du 6 avril 2018

Journée essentiellement consacrée à l’examen des questions touchant au suivi des instruments normatifs pour lesquels aucune procédure spécifique n’est prévue quant à la mise en œuvre du contrôle de leur application. Sont concernées à ce titre les nombreuses recommandations émises par la Conférence générale et pilotées par les Secteurs. Le CRE [Comité des Convention et des Recommandations] a ainsi été appelé à débattre sur les sujets couverts par les Recommandations en question pour, in fine, aboutir à la validation de projets de décisions devant permettre le lancement de consultations en vue de l’élaboration de rapports de synthèse qui seront présentés pour la plupart à la prochaine Conférence Générale. Ces recommandations sont à situer par rapport aux grandes Conventions comme par exemple celle de 2005 concernant la diversité culturelle.


Secteur Éducation

Introduction UNESCO

A propos de la Convention 1960 « lutte contre la Discrimination des Enseignants », de nouvelles ratifications témoignent du « dynamisme » de cette cause, une cause qui s’inscrit bien dans le cadre des ODD 2030 (ODD4). L’Unesco est intervenue dans 11 pays pour les aider à élaborer des textes législatifs, des principes directeurs ou des plans d’action, des missions permettant un meilleur ancrage du droit à l’éducation.
Dans le souci d’obtenir des synergies ou d’améliorer l’efficacité de leurs actions l’UNESCO et le CESR [Comité des droits culturels, économiques et sociaux] ont élaboré une feuille de route visant notamment à développer les échanges d’information.
Autres travaux conduits par le secteur : les réflexions sur la Privatisation de l’enseignement, le Droit à l’éducation, et la définition de principes directeurs fondés sur les Droits de l’Homme.
Le 5 octobre 2018 se tiendra la 13ème session consacrée à l’évaluation du personnel enseignant, au cours de laquelle seront examinées les questions traitées par la recommandation 1974 (coopération, paix, droits de l’homme).

débat
Des échanges de vues exprimées par les délégués on retiendra :

  • – la nécessité de bien articuler les suivis des recommandations ou conventions avec ce qui est fait au titre de l’agenda 2030, ou dans le rapport mondial sur l’éducation ;
  • – lors des éventuelles actualisations se soucier de la cohérence des révisions ( entre les niveaux régionaux et le niveau global), fonder ces modifications sur des consultations ;
  • – bien défendre le principe de l’usage des langues maternelles dans l’éducation, particulièrement pour la petite enfance ;
  • – réfléchir aux raisons pour lesquelles la convention portant sur l’enseignement technique et professionnel est peu ratifiée ;
  • – suivre de près la question « privatisation » sujet qui a été soulevé au niveau du Conseil des droits de l’Homme à l’ONU, il a été noté qu’il fallait ici un encadrement règlementaire, et que sur ce point l’Unesco avait vocation à être chef de file, le CRE pouvant alors être pleinement associé.

Secteur Culture

Échange sur la Recommandation HUL Les Paysages Urbains Historiques
A voir en lien avec la Convention 2005 (défense de la diversité culturelle)

  • – Un rapport sur le développement urbain durable a été présenté à la session Habitat 3 de Quito ;
  • – Un nouveau rapport fondé sur une large consultation va être publié ;
  • – Le site web a été enrichi : on y trouve des études de cas, des bibliographie, une liste des décisions ;
  • – Une idée bien mise en évidence : on ne doit pas s’en tenir aux patrimoines historiques en tant que tels ;
  • – Il faut aller au-delà et réfléchir à leur intégration par rapport aux nouvelles formes d’urbanisme ;
  • – Un manuel des bonnes pratiques en projet.

Un seul intervenant a pris la parole pour souligner la nécessité de former des experts, le rôle que jouent les « chaires UNESCO » et les établissements de catégorie 2.


Secteur Sciences et Sciences humaines

Débat autour de la Recommandation « chercheurs scientifiques et la science »
Le texte est à bien diffuser. Il faut sensibiliser les États pour qu’ils s’engagent à la mise en œuvre de cette recommandation.
C’est une recommandation qui doit gagner à faire l’objet d’approfondissement. Le Secteur va consulter (un questionnaire est en préparation).
On devrait déboucher sur des propositions pour la 4ème Conférence Générale (2021).

Recommandation sur « le Patrimoine documentaire »

Recommandation 2003 sur « le Multilinguisme y compris dans l’espace numérique »
L’Unesco a rappelé les initiatives récentes prises en rapport avec cette thématique : poursuite du travail sur l’Atlas des langues, campagne sur le défi linguistique en 2017 y compris sa dimension TIC et la particularité du sujet « langues autochtones » (2019 a été proclamée l’année internationale des langues autochtones).
Le texte est en partie obsolète compte tenu des bouleversement qu’introduit le numérique.

Recommandation « Accès aux archives y compris le numérique »
Des travaux sont conduits au niveau des circonscriptions régionales en 2017 (en Asie et Amérique latine) et début 2018 pour les Caraïbes.
Ont ensuite été examinées un certain nombre de Conventions pour lesquelles n’existe pas un suivi spécifique.

Convention Éducation Technique et Professionnel (1989 révisé en 2015)
Le domaine est jugé très important mais complexe.
Un regret est exprimé sur le faible nombre des États à avoir ratifié cette convention.
Proposition que soient recherchées les raison de cette faible adhésion et, au vu des résultats soit envisagé une éventuelle réécriture du texte.
Il est aussi demandé que l’on réfléchisse sur les aspects qualité et sur la possibilité de passerelles avec l’enseignement supérieur.
Convention 1993 concernant la Reconnaissance des études et des diplômes (de l’importance ici des réflexions menées au niveau régional).
Convention 1980 sur les artistes et Recommandation sur « la Promotion des conditions de l’Artiste »
L’Unesco est intervenue sur le sujet en faveur de l’île Maurice (aide à l’élaboration d’un projet de loi) et en Afrique (Sénégal notamment).
Dans l’optique d’obtenir des synergies, il est suggéré de bien gérer le sujet en rapport avec ce qui est fait au titre de la Convention 2005 (sur la diversité culturelle).
L’attention est attirée sur les Pays en développement qui peuvent avoir des difficultés à appliquer correctement les normes ou recommandations édictées (contraintes budgétaires, problèmes logistiques).
Un délégué insiste pour que l’on fasse maintenant ressortir (mise en valeur) le thème du mécénat, qui peut faire partie des leviers à mobiliser pour la promotion de la créativité artistique et améliorer les conditions de l’artiste.
Le CRE a finalement convenu des textes à soumettre au Conseil exécutif en séance plénière, le Président du Comité les a présentés de façon succincte. Ils ont tous été adoptés sans débat le 16 avril avec prise en compte des amendements discutés au sein du CRE . Pour l’essentiel, ils vont permettre au secrétariat de lancer les consultations suivant les principes directeurs entérinés et d’élaborer des rapports de synthèse qui seront soumis à l’appréciation du Conseil lors de ses 205ème et 206ème session pour ensuite être soumis à la Conférence Générale de 2019 ou de 2021. Les décisions adoptées fixent plus précisément les dates des consultations et de diffusion des rapports.

Colloque au Sénat – Citoyenneté et Justice : un défi pour le Moyen Orient

Colloque au Sénat le jeudi 12 avril 2018

« Citoyenneté et Justice  : un défi pour le Moyen Orient
Quel enseignement pour l’avenir de l’Irak ? »

le jeudi 12 avril 2018


De l’importance du respect et de la tolérance. Savoir pardonner mais tout ne peut rester impuni. Une issue favorable de toute démarche pour une réelle réconciliation doit venir des Peuples concernés. Pas d’ingérence extérieure et nécessité d’un ancrage dans les valeurs culturelles qui sont les leurs. Exigence aussi de séparation entre ce qui est politique et le domaine religieux.

-§-

Le CCIC faisait partie des invités à ce colloque organisé au Sénat après une mission en Irak et au Liban de sénateurs français, conduite par M. Bruno Retailleau, sénateur de Vendée.

Comme l’indique le programme, la qualité des intervenants ne permet guère de faire un compte rendu exhaustif et précis de cette journée très riche en informations.

C’est ainsi que des représentants politiques et religieux du Moyen Orient, ont témoigné de leur expérience pour tenter de définir les moyens de sortir de la situation actuelle de violences, et notamment religieuses, dans laquelle se trouve l’Irak, au sortir de la défaite de Daech et de l’État Islamique.

Les échanges ont été structurés selon trois axes de discussion :

  • – Citoyenneté et Religion
  • – Citoyenneté et Politique
  • – Justice et Réconciliation

En voici les éléments les plus saillants :

Au plan religieux

Il est fondamental et prioritaire de séparer le religieux du politique, et de respecter la liberté d’appartenance et d’exercice sans contrainte extérieure de chaque religion et communauté de pensée. Les membres de chaque religion ont vocation à rester sur les terres qui les ont vu naître, ainsi que leurs familles, sans discrimination, et encore moins sans pression à l’exil.

La question de l’enseignement des religions doit être redéfinie, de telle sorte que l’état ne puisse seulement qu’en rappeler l’existence mais sans aucun jugement d’exclusion ou de valeur.

L’enseignement religieux et les formations spécifiques afférentes sont du seul domaine de la religion choisie, et doivent rester respectés de tous.

Au plan politique

Il convient d’instaurer un régime politique où tous les courants, ethniques ou religieux soient respectés : chrétiens, musulmans, chiites, sunnites, yézidis, kurdes, juifs… de même que l’égalité homme/femme.
A cet égard, il faut veiller aux concepts, par exemple à celui de démocratie, dont l’acceptation occidentale ne correspond pas à la réalité sociologique des pays du moyen Orient.

Les expériences récentes ont montré que la volonté d’instaurer par la force des régimes politiques d’exception fondés sur une pensée monolithique ne conduit qu’à des dictatures violentes et éphémères.

Sur ces deux plans, l’exemple du Liban a brillamment été développé par M. Antoine Messara, membre du conseil constitutionnel du Liban, et titulaire de la chaire UNESCO d’études comparées des religions, de la médiation et du dialogue, et de l’Université Saint Joseph de Beyrouth.

A plusieurs reprises, dans les débats, il a été rappelé qu’en dépit de certaines déclarations plusieurs pays du Moyen Orient, qui se prévalent d’une organisation politique ouverte, disposent encore dans leurs constitutions ou leurs lois fondamentales d’éléments religieux explicites ou implicites en référence à la charia. (Égypte par exemple).

Au plan de la réconciliation et de la justice

L’expérience montre qu’il n’est guère possible de retrouver ou de créer un « vivre ensemble », après de graves violences subies, sans opération de justice, de pardon et de réconciliation. Aucune de ces étapes ne peut être gommée. Plusieurs intervenants ont fait référence à la réconciliation des peuples en Europe après la seconde guerre mondiale, réconciliation qui a été précédée de jugements prononcés par la Cour de Nuremberg.
D’où de nombreux développements et considérations sur des structures judiciaires à mettre en place, en vue de traiter les crimes contre l’humanité, ce qui est peut être comme un préalable ou une condition pour parvenir à une véritable réconciliation.

Tels sont les trois volets incontournables pour l’instauration d’une paix durable en Irak.

A noter également la mise en garde de plusieurs orateurs sur la nécessité d’éviter, dans ce processus, toute ingérence extérieure au peuple irakien.

Denis Chaigne

Visiter le site web du Sénat
Lire le programme du colloque (français/anglais)

L’enseignement supérieur en tant que bien commun

L’enseignement supérieur a connu une croissance exponentielle ces quarante dernières années. Les inscriptions ont plus que doublé en dix ans (avec 214 millions d’étudiants en 2015 contre 100 millions en 2000), dépassant de loin le taux de croissance de la population ou des PIB dans le monde.

Le 2ème débat stratégique de 2018 organisé par l’IIPE Institut International de Planification de l’Éducation tenu le 12 mars 2018 examinait deux sujets de fond :

– A qui bénéficie l’enseignement supérieur ?
– S’agit-il d’un bien public ou privé ?

Lire le compte rendu des débats

Vers une plus grande participation des ONG aux sessions du Conseil exécutif ?

Réunion du Conseil des Partenaires Non gouvernementaux

le 5 avril 2018


Réunion au cours de laquelle il a été fait le point de la situation, annoncé les prochains évènements organisés conjointement entre l’UNESCO et les PNG [Partenaires Non Gouvernementaux] représentés par le Comité de liaison, organisé un débat sur l’éventualité et les modalités d’une plus grande participation des ONG aux sessions du Comité exécutif, débat qui s’est conclu par la formulation d’une Résolution.


I Présentation générale :

Introduction par le Président du Conseil

Déclaration liminaire pour souligner l’importance de la coopération avec la société civile, tout particulièrement pour ce qui touche aux objectifs de l’agenda 2030, présider à la désignation du représentant du Cameroun comme suppléant.

Le représentant de la Directrice générale

Même insistance pour dire combien il est important de travailler avec les ONG et plus généralement la société civile (les universités, les experts, la jeunesse etc), rappel à cet égard des positions exprimées par Mme Azoulay qui a fait allusion à cette nécessaire contribution dans le cadre des transformations stratégiques qu’il va falloir engager. Il est fait mention des nouvelles admissions comme organisations associées (3 ONG et 2 Fondations)

Il est aussi rappelé que la Conférence générale et le Conseil exécutif souhaitent que soient examinés les voies et moyens pour améliorer la qualité du dialogue entre les États/l UNESCO et les ONG. Il est signalé que le Secrétariat a conduit un travail sur les pratiques collaboratives en la matière, et précisé qu’actuellement ses actions sont menées dans deux domaines : 1/travail sur l’existant, et plus spécifiquement sur les dialogues informels organisés au niveau des « programmes », en réfléchissant notamment à la contrainte des coûts 2/réflexion sur les formes de la participation des ONG aux Propositions avancées dans les Comités (conseil, suivi ,information etc) avec l’idée de rendre cet exercice plus inclusif et plus structuré. A ce stade, trois options sont envisagées pour ce qui est de la participation uniquement comme observateur aux réunions du Conseil lors des séances plénières : accès très ouvert, accès plus limité, accès uniquement réservé au Comité de liaison (CDL).

Le représentant du Président du Comité de Liaison M. Philippe Gallo (lecture du discours que devait prononcer le Président, M Beaussant, empêché).

On se félicite de voir le Conseil exécutif ouvert à une plus grande implication des ONG, étant observé que beaucoup a déjà été fait conjointement entre les ONG et l’UNESCO au cours des dernières années, notamment avec l’organisation de huit Forums dont les thèmes ont porté sur huit grandes priorités de l’UNESCO (la Femme et la pauvreté, le rapprochement culturel, la Paix, le réchauffement climatique, l’éducation, l’eau, la jeunesse, le patrimoine).

Les deux prochains forums sont annoncés. Ils seront organisés respectivement en Grèce (forum sur la question des migrants) et en Russie (Forum sur les Sciences et Techniques. Ces deux évènements sont préparés par des groupes de travail, pilotés conjointement par le CDL et l’UNESCO. S’agissant du forum « migrants », l’objectif est de déboucher sur des propositions innovantes qui pourront être suivies d’effets (follow up). S’agissant du forum sur « les sciences et techniques », deux préoccupations seront privilégiées : les impacts sur les Populations et les défis éthiques à l’aune de l’intelligence artificielle et de la robotique. A noter la prochaine réunion annuelle du Comité de Liaison et des ONG qui aura lieu les 17 et 18 décembre 2018 au siège.

Il est aussi fait allusion à la participation active des ONG et du Comité de liaison aux Journées internationales comme, sur la période récente, la journée de l’alphabétisation ou la journée internationale de la Paix. Sont à venir la Journée de la Fille et la journée de la Paix 2018, avec un thème spécifique, actuel et original : « Drones et Robots au service de la Paix »

En conclusion, tout en reconnaissant la complexité qui peut caractériser l’organisation d’une plus active participation des ONG aux travaux ou réflexions du Conseil exécutif, le Comité de liaison a bon espoir que puissent être trouvées des réponses simples et constructives susceptibles d’aller de l’avant pour de meilleures interactions entre les États et les ONG

II Débat : sur la question d’une plus grande implication des ONG dans les travaux du Conseil exécutif

Des interventions d’une quinzaine de délégués, on aura retenu tout particulièrement les points suivants :

– d’abord mieux exploiter ce qui existe déjà dans le corpus des textes et des pratiques habituelles, sachant que certains membres du comité préféreraient s’en tenir là, tandis que d’autres seraient plus allants pour innover.

– bien préserver la nature intergouvernementale des travaux du Conseil exécutif : s’il y a des délégations extrêmement soucieuses à cet égard et qui l’ont fait savoir à plusieurs reprises, il y a bel et bien consensus : les ONG ne sauraient interférer dans le processus décisionnel, elles ont vocation à être uniquement observateur, voire conseiller (comme cela a été suggéré par une ONG, pourraient par exemple être envisagées des auditions), mais même avec cette limitation, il y a matière à progresser dans le dialogue et les interactions pour ainsi enrichir et éclairer les débats : meilleure compréhension des orientations stratégiques ou des décisions prises par les organes directeurs, ou, s’agissant des ONG, possibles contributions au titre de leur expertise technique et de leur connaissance du terrain.

– tout en soutenant bien évidemment toutes éventuelles améliorations concernant la participation aux travaux du Conseil exécutif, plusieurs délégations ont rappelé tout l’intérêt que peut revêtir la contribution des ONG à la conception ou l’exécution des programmes, cette dimension ne doit pas être perdue de vue.

– deux autres thèmes, nécessité d’une grande transparence de la part des ONG mais aussi des services en relation avec leur relation avec les ONG, et les considérations budgétaires ont fait l’objet de commentaires, parfois très incisifs, surtout le premier.

-comme dans d’autres domaines, il y aura lieu de bien consulter les parties prenantes, certains appellent à ne pas précipiter les choses, au demeurant les jalons sont quasiment fixés (2019 et la prochaine Conférence Générale) ; un délégué tend à plutôt positiver en suggérant qu’on peut progresser sans bouleverser les choses. Un délégué salue les effort conduits pour mieux associer les ONG et la société civile aux travaux de l’UNESCO et estime que le CDL est la meilleure instance pour aider à faire progresser la « cause » des ONG

III Adoption d’un projet de Résolution

Au terme des échanges, a été mis au point un projet de résolution qui sera soumis au Conseil exécutif et qui fixe les grandes lignes directrices de la marche à suivre pour parvenir à une proposition concernant le dialogue avec les ONG et les interactions entre le Conseil exécutif et les ONG.

L’élaboration de la version finale a été laborieuse dans la mesure où certaines propositions d’amendements étaient loin de faire l’unanimité.

La discussion a bien fait ressortir l’existence de certaines réticences à l’ouverture, pour ne pas dire une certaine méfiance qui a conduit dans un premier temps à des propositions d’amendements visant à encadrer très précisément toute avancée, avec deux points suggérés : insistance pour s’en tenir à l’existant (avec mention explicite des outils disponibles à mobiliser prioritairement) et multiplication des exigences en matière d’information à fournir. De surcroît, une proposition de modification du texte visait à introduire de nouvelles exigences concernant les admissions de nouvelles ONG ou à demander des statistiques et même un rapport sur l’activité de toutes les ONG ce qui manifestement était hors sujet.

Finalement, la version retenue a pu être remaniée en retenant certaines des suggestions initialement avancées mais en les atténuant : ce qui était hors sujet a été naturellement abandonné, les demandes excessivement détaillées ont été exprimées plus globalement et de façon plus mesurée (notamment pour ce qui est de la transparence). Enfin, une incise qui tendait à associer le point traité dans le projet de résolution aux Réformes de l’UNESCO actuellement étudiées à été retirée. Il a été simplement convenu que le Président du CPNG ferait allusion à cette préoccupation lors de sa présentation orale au Conseil exécutif.

 

Éducation : Relier les Objectifs de Développement Durable

Le rôle clé de l’Éducation
pour
Relier les Objectifs de Développement Durable

UNESCO – 28 février 2018


Éducation en crise ? Un domaine encore trop souvent sous-financé, alors pourtant qu’une éducation de qualité ouverte au plus grand nombre est garante de développement. Défis à relever singulièrement dans les zones de conflits ou celles qui sont les plus reculées. Difficultés à surmonter, les partenariats et l’entraide sont de puissants facteurs de progrès…
Selon les derniers chiffres de l’UNESCO, bien que la situation s’améliore, le nombre d’enfants de niveau du primaire non scolarisés dans le monde atteindrait encore 63 millions.


Dans une manifestation conjointe de haut niveau à l’UNESCO le 28 février, Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO et S.A. Sheikha Moza Bint Nasser, Présidente de la Fondation « Education Above All » (EAA), ont exhorté les responsables politiques et civils à donner la priorité à l’éducation dans leurs stratégies et projets de développement. L’événement, intitulé « Relier les Objectifs de développement durable : le rôle clé de l’éducation », a rassemblé des leaders internationaux de divers secteurs pour explorer les moyens de s’attaquer à la crise mondiale croissante de l’éducation, qui touche des millions d’enfants et menace le développement économique. Un groupe d’experts a discuté du rôle central que joue une éducation de qualité pour la promotion des objectifs de développement durable (ODD).

Dans le cadre de cet évènement, illustration concrète de cette ambition en faveur de l’éducation, l’UNESCO et la Fondation EAA ont signé un accord élargi visant les enfants irakiens non scolarisés. Une exposition de panneaux didactiques permettait par ailleurs à l’EAA de présenter ses quatre principaux programmes centrés sur les enfants et les adolescents les plus marginalisés, dans des situations de conflits ou des régions difficiles à atteindre.

Dans une courte intervention d’ouverture Mme Audrey Azoulay a souligné que la réalisation de l’objectif de développement durable en matière d’éducation conditionne la réalisation de l’ensemble des objectifs de l’Agenda 2030. Citant des statistiques très éloquentes sur la contribution de l’éducation à la réduction de la pauvreté (-50%), à baisse de la mortalité infantile (-50%) et à la lutte contre le mariage précoce (-60%), elle a rappelé que « la transformation de notre monde commence par l’éducation. Recevoir une éducation de qualité, c’est acquérir une mentalité ouverte à la compréhension des autres, c’est nourrir la pensée critique, le meilleur rempart contre la tentation de l’extrémisme. Il s’agit de développer une citoyenneté responsable afin de comprendre les défis auxquels nous sommes confrontés et d’élaborer des solutions pour un avenir durable. Dans la lignée de notre partenariat avec « Education Above All », c’est par la coopération et l’engagement de tous que nous avancerons pour atteindre nos objectifs. »

S.A.Sheika Moza bint Nasser s’est exprimée longuement et avec conviction. Elle a dit son « exaspération » face à la communauté internationale pour son manque d’engagement politique en faveur de la promotion de l’éducation et de la lutte contre le nombre croissant d’enfants non scolarisés, en particulier dans les zones touchées par les conflits. Elle a appelé les gouvernements à « respecter le droit de chaque enfant à l’éducation, que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre » et à « cesser de jouer avec l’éducation ». Pour montrer qu’il est possible de progresser vers une éducation universelle à laquelle tout enfant devrait avoir accès, S.A. Sheikha Moza s’est engagée en 2012 à fournir une éducation primaire à 10 millions d’enfants par le biais du programme « Educate A Child » (EAC) de la Fondation EAA. Alors que l’évolution rapide du contexte mondial continue amène une augmentation toujours plus grande du nombre d’écoliers à former, le travail de la Fondation EAA montre que l’on peut faire face à ce besoin. « Je savais que c’était ambitieux, mais je voulais montrer que même des objectifs audacieux peuvent être atteints. Ce qui a commencé comme un défi personnel s’est rapidement transformé en une coalition mondiale. Aujourd’hui, avec l’appui de nos nombreux partenaires, nous tiendrons bientôt notre promesse envers les enfants non-scolarisés ». L’approche de partenariat d’EAC et de collaborations avec des organisations de différents secteurs est fondamentale pour la réussite du projet. Dans le cadre du partenariat de longue date de l’EAA avec l’UNESCO, S.A. Sheikha Moza a annoncé un accord élargi pour atteindre 150 000 enfants non scolarisés de plus en Irak et un total de 335 000 enfants non scolarisés dans 11 pays d’ici 2021.


L’événement s’est poursuivi par une table ronde intitulée : « Atteindre les enfants les plus marginalisés: approches intégrées pour sortir de la crise de l’enfance non-scolarisée ». Parmi les participants, M. Qian Tang, Sous-Directeur général pour l’éducation à l’UNESCO, M. Jérémie Pellet, Directeur général adjoint de l’Agence française de développement, M. Jacky Lumarque, Membre du Conseil d’Administration International et Président de la Région Amérique Latine et Caraïbes d’Aide et Action, M. Manuel Patrouillard, Directeur Général de Humanité et Inclusion (anciennement Handicap International) et enfin Mme Valerie Guarnieri, Sous-Directrice Exécutive du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

M.Jérémie Pellet (AFD) a indiqué que la France a fait de l’éducation une priorité du quinquennat et qu’effectivement l’éducation est mondialement sous-financée. L’AFD a consacré 5 milliard d’euros au soutien de l’éducation. Elle agit à travers un vaste réseau de partenaires : pays et partenaires institutionnels comme l’UNESCO. Ses soutiens ont été apportés au Pôle de Dakar, au Partenariat Mondial pour l’Éducation, à la société civile et à des ONG.

M. Quian Tang (UNESCO) a insisté sur le rôle des ODD dans la définition par les pays de leurs programmes de développement. L’éducation est la pierre de touche du développement durable.

Comme l’a souligné Mme Valerie Guarnieri (PAM) l’éducation doit être considérée comme un écosystème : d’autres domaines influencent l’éducation et vice versa. A l’appui de son argument, elle a souligné l’importance de la nourriture dans les écoles pour encourager les enfants à rester à l’école et améliorer leurs résultats.

M. Patrouillard (Humanité et Inclusion) a insisté sur la situation des enfants handicapés : 95% des enfants handicapés sont non scolarisés. Il faut un environnement et des programmes pour les amener à l’école. C’est un travail qui doit être fait ensemble avec les parents, les travailleurs sociaux et les enseignants. Les enseignants doivent être formés à une éducation inclusive, puis qu’ensemble tous les enfants accueillent les enfants handicapés.

M. Jacky Lumarque (Aide et Action) a résumé leur action et celle de multiples partenariats pour la scolarisation des enfants au Cambodge : 23 000 enfants disséminés dans de petites communautés difficiles à atteindre. La mobilisation des familles est essentielle ainsi que les relations avec l’État.

En conclusion de ce rendu :

Le Rapport Mondial de Suivi sur l’Éducation (GEM Report) de 2016 a mis en exergue le fait que, malgré l’impact de la croissance démographique, le nombre d’enfants non scolarisés dans le monde a fortement baissé au cours des quinze dernières années (ils étaient environ 100 millions en 2000 contre 63 millions aujourd’hui) mais que la situation reste particulièrement préoccupante. Il faut féliciter la Fondation « Education above All » (EAA) pour son engagement et pour son programme « Educate a Child » (EAC). A l’heure actuelle, ses activités sont centrées principalement sur les pays du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est. Il est à souhaiter qu’elle puisse élargir son champ d’action à l’Afrique sub-saharienne où se trouvent 50% des enfants de niveau primaire non-scolarisés du monde.

DG/18-03-2018