UNESCO –Journée mondiale des enseignant(e)s 2017

 

« Enseigner en liberté, autonomiser les enseignant(e)s »
5 octobre 2017


Choisi avec pertinence dans le contexte actuel où, dans de nombreux pays, les enseignants et les chercheurs sont soumis à de multiples pressions internes et externes, l’UNESCO a retenu comme thème pour la journée mondiale des enseignants 2017 : « Enseigner en liberté, autonomiser les enseignant(e)s ». Cette journée marquait également le 20ième anniversaire de la Recommandation de l’UNESCO de 1997 concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur qui a contribué à définir un cadre de référence clair sur les droits et obligations dans l’enseignement supérieur.

Dans son intervention inaugurale, Mme Irina Bokova, Directrice général de l’UNESCO, a d’abord tenu à souligner que l’enseignement n’était pas un travail comme un autre, que c’était un « engagement, une mission » :

« Les enseignants transmettent compétences et connaissances pour permettre aux femmes et aux hommes de faire face aux changements et de tirer le meilleur des opportunités qui en résultent. Ils partagent aussi valeurs et sagesse. Ils partagent émerveillement et curiosité, donnant les clés qui ouvrent le monde. Les enseignants sont ceux par qui se réalisent les changements pour les droits de l’homme et de sa dignité, pour l’inclusion et la résilience C’est pour cela que les enseignants méritent respect et soutien, ils méritent une formation et des conditions de travail correctes, ils méritent un statut et des qualifications appropriées. »


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Échos de la 202ème session du Conseil exécutif de l’UNESCO

Cette session est importante puisque le Conseil exécutif (COMEX) aura :

– à délibérer du 9 au 18 octobre sur les aspects budgétaires (documents 38 C/5 et 39 C/5, orientations 2018-2021), les programmes, les recommandations et les rapports qui seront soumis à la prochaine Conférence générale ;
– et à voter pour désigner de nouveaux responsables, tout particulièrement le nouveau Directeur Général et le nouveau Président du COMEX.

En dehors des séances plénières, les Comités spécialisés se seront réunis (notamment le Comité des recommandations, ceux de l’Administration et des Finances).


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« Adresse » du Ministre des Affaires Étrangères de Turquie au Comité exécutif de l’UNESCO

le 5 octobre 2017


La Turquie apporte son soutien à l’UNESCO qu’il faut aider à raison des valeurs qu’elle promeut et qui gagne à plus de dialogue avec les ONG, les Think-tanks… Un discours de son Ministre des Affaires étrangères qui aura mis l’accent sur l’éducation et la culture au-delà des considérations politiques, l’importance du Patrimoine, les enfants et l’école notamment pour ce qui est des Réfugiés, autant de facteurs de paix et d’apaisement des tensions et de la violence.


A l’occasion de sa 202ème session, le COMEX de l’UNESCO a reçu M. Mevlüt Çavuşoğlu, Ministre des affaires étrangères de Turquie : courte allocution, quatre interventions de membres du COMEX (Iran, Qatar, Soudan et Serbie) et réponse du Ministre qui s’est exprimé en anglais.

M. Mevlüt Çavuşoğlu, Ministre des affaires étrangères de Turquie

Des propos tenus au cours d’une petite heure, on pourrait ne retenir que la forme, toute diplomatique, apaisante, neutre… Mais précisément, sur la forme comme sur le fond, il en est ressorti plus qu’une impression d’absence de relief. Sans jamais vraiment donner dans le « politique » au sens « géopolitique », le Ministre a quand même délivré certains messages intéressants à relever au regard des défis auxquels l’UNESCO est confrontée de nos jours : problèmes de personnel, de ressources financières, mais aussi les risques d’une politisation excessive.

Sans s’appesantir outre mesure sur toutes les difficultés de l’heure mais sans non plus les occulter – terrorisme, réfugiés, les graves conflits qui touchent le Moyen Orient – des difficultés qui compliquent le traitement de certaines situations, M. Çavuşoğlu a souhaité montrer que seules des actions allant au-delà des conflits violents peuvent donner du fruit à long terme, et à cet égard, il a rappelé à quel point l’UNESCO peut contribuer à œuvrer pour la Paix, cette paix qui constitue le fondement de son acte constitutif, ce traité que, nous a-t-on rappelé, la Turquie a ratifié dès le début.

Soulignant la valeur des Missions et des Principes que porte l’UNESCO, le représentant du gouvernement turc a indiqué sans réserve le soutien que continuera d’apporter la Turquie a une organisation internationale dont les domaines d’intervention – l’éducation et la culture essentiellement – sont de toute première importance si l’on souhaite aller vers un monde plus pacifique ou pacifié.

Si le président WORBS dans son introduction avait salué tout ce que fait la Turquie au titre de la protection et préservation des Patrimoines matériels et immatériels ainsi que ses contributions pour combattre les trafics d’œuvres d’art ou leurs destructions dans les territoires affectés par les conflits armés, le Ministre a réservé une bonne part de son intervention à l’éducation, et tout particulièrement au soutien scolaire des enfants de migrants pour lequel la Turquie est très engagée : sur les 850 000 enfants de populations déplacées se trouvant en Turquie (3 millions de personnes), cette dernière en prend à sa charge directement 500 000 en mobilisant tout particulièrement les collectivités locales.

En insistant sur la nécessité d’une UNESCO exerçant pleinement ses missions, le Ministre a appelé les États à ne pas restreindre leur aide mais en même temps, prenant l’exemple du Conseil de l’Europe qui a eu comme l’UNESCO à se réformer dans un contexte de rareté de la « ressource », il a appelé à poursuivre les actions déjà engagées en son sein pour être plus efficace comme par exemple : évaluer les résultats des activités, être sélectif dans les choix en mesurant bien les impacts et en s’assurant qu’ils s’inscrivent bien dans le cadre des missions de l’institution.

Dans ses réponses aux questions qui lui avaient été posées par quatre ambassadeurs, on aura retenu tout particulièrement un appel à ce que l’UNESCO ne verse pas dans trop de politisation (il y a d’autres organisations internationales pour cela), et le souhait qu’il y ait une plus large ouverture d’esprit, avec plus de dialogues et de coopération avec les Think-tanks, les ONG et différents autres acteurs. En allant dans cette direction, au-delà de ce qui est fait avec les États membres, l’UNESCO gagnera en visibilité et en crédibilité.

Dynamiser le développement durable à travers l’accès à l’information

Journée IPDC TALKS du 28 septembre 2017
« Dynamiser le développement durable à travers l’accès à l’information »


Les nouveaux moyens d’information et de communication aident puissamment au développement, ils seront de précieux outils pour la réalisation de beaucoup des objectifs de l’agenda 2030, mais ils peuvent donner lieu à des dérives, contrôles et censure ou à des entraves à la liberté, notamment celles des journalistes.


  1. Rappel

– L’ONU a défini 17 objectifs de Développement Durable en 2015 (agenda 2030)

IPDC : International Program for Development of Communication

L’évènement s’inscrit dans le cadre de la «  journée de la communication ».
A l’UNESCO Paris, cette journée était patronnée par l’IPDC, les Pays-Bas, la Finlande, la Lituanie, et hors Paris, il y avait une dizaine d’événements sur ce thème.

  1. Le Thème central

La question traitée lors de ces échanges a été celle de savoir comment les acteurs (médias et journalistes) et les techniques de la communication (Internet, tweeter, facebook…) pouvaient aider à la réalisation de ces objectifs.

  1. Les interventions

Elles ont essentiellement porté sur les objectifs :
– 1 éradication de la pauvreté
– 4 accès à une éducation de qualité
– 5 égalité entre les sexes
– 7 recours aux énergies renouvelables
– 9 bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation
– 10 réduction des inégalités
– 16 justice et paix

Ces grands objectifs ont tous un rapport plus ou moins étroit et parfois délicat avec les questions touchant à la communication. C’est ainsi en particulier que pour l’objectif 16, le sous- objectif 16.10 identifie le thème de la garantie d’un accès public à l’information et à la protection des libertés fondamentales notamment vis-à-vis des menaces ou de la corruption.
Les principaux pays cités par les intervenants, ont été : la Lituanie, la Finlande, la Chine, le Yémen, le Mexique, le Brésil, l’Indonésie, l’Inde, le Bengladesh, le Kenya, l’Afrique du Sud

  1. Les principaux points mis en évidence

– les nouvelles technologies de la communication permettent une plus grande diffusion en volume et en qualité de l’information pour l’éducation des jeunes et des adultes en vue de l’emploi et du développement économique.
– de plus en plus et dans de nombreux pays, ces actions éducatives et d’information bénéficient autant aux hommes qu’aux femmes même si, dans certains pays, notamment au Moyen Orient, les réseaux sociaux ne seraient autorisés pour les femmes.
– certains pays ont réussi à lier information et formation par internet tout en préservant les livres en complément.
– mais une grande partie des interventions a porté sur la liberté et l’indépendance de l’information qui peuvent être mises à mal en particulier à l’encontre des journalistes, mais aussi dans la sphère des échanges privés ou des réseaux sociaux.

C’est ainsi que plusieurs journalistes, appartenant à des mouvements attachés à la liberté d’expression, (par exemple « Democracy Now ») ont relaté leurs difficultés à maintenir leur indépendance et leur liberté d’expression devant les entreprises de corruption ou de contrôle des autorités en place.
A signaler par exemple, les actions de certains gouvernements qui peuvent décider de stopper le fonctionnement des réseaux internet sur leur pays, si la teneur des échanges ne les satisfait pas.
En conclusion, si de nombreux exemples ont permis de mieux comprendre l’aide apportée par les nouveaux moyens de communication au service des objectifs de développement durable, beaucoup d’interventions ont porté sur le droit à la liberté d’expression des journalistes.

Denis Chaigne

Programme Hydrologique International – 20 septembre 2017



Réunion du 20 septembre 2017 au Siège de l’UNESCO

Mots clés :
Eau, hydrologie, Objectifs de Développement Durable (ODD), et plus fondamentalement : coopération internationale pour la prévention des risques majeurs que peuvent générer l’eau, la pauvreté, la désertification, les conflits…

RÉSUMÉ (Document UNESCO)
Le Programme Hydrologique International (PHI) est le seul programme intergouvernemental du système des Nations-Unies consacré à la recherche dans le domaine de l’eau, à la gestion des ressources en eau, ainsi qu’à l’éducation et au renforcement des capacités. Ce programme, adapté aux besoins des États-Membres, est mis en œuvre par phases de six ans, ce qui lui permet d’évoluer en fonction des nécessités d’un monde en pleine mutation. Le PHI de l’UNESCO fondé en 1975 et mis en œuvre par séquences programmatiques ou phases de six ans, entre dans sa huitième phase (PHI-VIII) pendant la période 2014-2021.

CONTEXTE
2,6 milliards de personnes ont eu accès à des sources améliorées d’eau potable depuis 1990, mais 663 millions de personnes en sont encore privées.
Au moins 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales.
Entre 1990 et 2015, la proportion de la population mondiale utilisant une source d’eau potable améliorée a augmenté de 76% à 91%.
Cependant, la pénurie d’eau affecte plus de 40% de la population mondiale et devrait augmenter. Plus de 1,7 milliard de personnes vivent actuellement dans des bassins fluviaux où l’utilisation de l’eau est supérieure à la quantité disponible.
2,4 milliards de personnes manquent d’installations sanitaires de base, tels que des toilettes ou de latrines.
Plus de 80% des eaux usées résultant des activités humaines sont déversées dans les rivières ou la mer sans aucune dépollution.
Chaque jour, 1 000 enfants meurent de maladies faciles à prévenir en améliorant les conditions d’assainissement et d’hygiène.
L’hydroélectricité est la source d’énergie renouvelable la plus importante et la plus utilisée. Depuis 2011, elle représentait 16% de la production totale d’électricité dans le monde.
Environ 70% de toute l’eau prélevée dans les rivières, lacs et aquifères est utilisée pour l’irrigation.
Enfin, les inondations représentent 70% des décès liés à des catastrophes causées par des aléas naturels

OBJECTIFS du PHI-VIII

Six Thèmes ont été retenus et sont à l’étude :

THÈME 1 : CATASTROPHES LIÉES À L’EAU ET CHANGEMENTS HYDROLOGIQUES

Gérer les risques pour s’adapter aux changements mondiaux
Comprendre les interactions couplées des processus naturels et humains
Utiliser les réseaux d’observation locaux et mondiaux de la Terre
Adresser les incertitudes et améliorer leur communication
Améliorer les fondements scientifiques de l’hydrologie et des sciences de l’eau pour se préparer et mieux répondre aux évènements hydrologiques extrêmes

THÈME 2 : LES EAUX SOUTERRAINES DANS UN ENVIRONNEMENT EN ÉVOLUTION

Améliorer la gestion durable des eaux souterraines
Dresser des stratégies pour la gestion de la recharge des aquifères
S’adapter aux impacts du changement climatique sur les aquifères
Promouvoir la protection de la qualité des eaux souterraines
Promouvoir la gestion des aquifères transfrontaliers.

THÈME 3 : S’ADRESSER AUX PÉNURIES EN EAU ET AMÉLIORER SA QUALITÉ

Améliorer la gouvernance, la planification, la gestion, l’allocation et l’utilisation efficace des ressources en eau
Faire face à̀ la pénurie actuelle des ressources hydriques et développer la prévoyance en s’efforçant d’éviter les évènements indésirables
Promouvoir des outils de sensibilisation favorisant la conscience et la participation des acteurs concernés et la résolution des conflits
Traiter les problèmes de la qualité de l’eau et de sa pollution dans le cadre de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) en améliorant les capacités humaines, institutionnelles, politiques et juridiques
Promouvoir des outils innovateurs visant à sécuriser les ressources en eau et à contrôler leur pollution

THÈME 4 : L’EAU ET LES ÉTABLISSEMENTS HUMAINS DU FUTUR

Approches et technologies transformatrices
Changements systémiques pour des approches de gestion intégrée
Institutions et initiatives pour l’enrichissement et l’intégration
De nouvelles opportunités dans les villes émergentes des pays en développement
Développement intégré des établissements humains ruraux

THÈME 5 : L’ÉCOHYDROLOGIE – CONCEVOIR L’HARMONIE POUR UN MONDE DURABLE

Dimension hydrologique d’un bassin – identification de menaces éventuelles et des opportunités pour le développement durable
Façonner la structure écologique de bassins pour améliorer leur potentiel écosystémique, leur productivité biologique et leur biodiversité
Solutions axées sur les systèmes écohydrologiques et ingénierie écologique pour l’amélioration de la résilience de l’eau et des écosystèmes, et les services écosystémiques
Écohydrologie urbaine – purification et rétention des eaux de pluie en milieu urbain, potentiel pour l’amélioration de la santé et de la qualité de vie
Régulation écohydrologique action de maintenir et restaurer les connectivités entre les écosystèmes continentaux et côtiers et leur fonctionnement

THÈME 6 : L’ÉDUCATION RELATIVE À L’EAU, CLÉ À LA SÉCURITÉ HYDRIQUE

Améliorer l’éducation tertiaire et les capacités professionnelles dans le secteur de l’eau
Organiser l’enseignement et la formation des techniciens de l’eau
Éduquer les enfants et la jeunesse pour améliorer leurs connaissances sur l’eau
Sensibiliser aux problèmes lies à l’eau par l’éducation informelle
Assurer l’éducation pour la coopération et la gouvernance dans le domaine des eaux transfrontalière

OBJECTIFS DE LA RÉUNION
Informer les États-Membres

— § —

Les conclusions d’un rapport très récent du PNUD sur l’Afrique montrent que la dégradation des terres et les pertes d’emploi associées mènent très souvent à l’extrémisme.
La gestion de l’eau est souvent la principale source des conflits autour du monde.
Travailler sur l’eau est une question de survie pour des milliards d’individus.
Aujourd’hui les sujets liés a l’Eau sont abordés au plan international par 3 entités :

  • Programme Hydrologique International (PHI) de l’UNESCO qui nous réunit aujourd’hui œuvre depuis 42 ans,
  • WMO (World Meteorological Organisation) et la Commission Hydrologique
    Les panels d’experts.


    En ce qui concerne l’UNESCO, l’Objectif de Développement Durable (ODD) numéro 6 de l’Agenda 2030 du Développement Durable a trait à l’Eau : garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau.
    Parmi les 17 Objectifs, les ODDs 7 (Accès à de l’énergie propre) et 15 (la Vie sur Terre) sont interconnectés à l’ODD 6. Il est essentiel que la responsabilité de l’application de ces ODD revienne aux États-Membres. Afin de réduire la fragmentation de l’action, une coordination constante entre eux est essentielle. Elle est assurée par l’UNESCO.
    Le réseau Eau de l’UNESCO est le plus important de tous.Il est animé par 4 hydrologues qui veillent à la coordination de leurs actions avec les autres activités de l’UNESCO telles que « eau et éthique », « Éducation », et les questions ayant trait aux « aquifères côtiers », ou à la « gestion des risques », la « prévention des désastres »… Dans ce cadre, ont été élaborées des boites à outils sous forme par exemple de recommandations de développement pour les Grande Villes (Megacities) ou sur les Services Globaux. Sont aussi préconisées les collaborations Sud – Sud. A l’appui de ces initiatives, la majorité des États-Membres mettent à disposition un correspondant PHI local.
    Environ 140 pays partagent leurs ressources en eau avec leurs voisins. Une gestion équilibrée de la ressource est alors essentielle pour garantir le maintien de la paix entre pays frontaliers. Le PHI peut jouer un rôle très utile en la matière.
    Pour la période 2012- 2020, le PHI bénéficie d’un financement extra-budgétaire ( ?) de 43 Millions US$. Les principaux financiers sont l’Europe (22%), le Brésil (19%), l’Italie (10%). A noter que la Corée va devenir un financier important.

Le rapport annuel WWAP (World Water Asessment Programme) d’activité du PHI est publié chaque année. La partie scientifique du PHI est le point fort de l’UNESCO. Elle est menée à bien en Italie.
Lors de sa dernière Assemblée générale, l’ONU a traité le 19 Septembre 2017 de la question de la mise en œuvre de la décennie de l’eau (2018 – 2028 ). Certains pays (Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Hollande, Suisse…) ont proposé que soit créée une nouvelle entité intergouvernementale sur l’eau.

Une Nouvelle Architecture Mondiale (New Global Architecture NGA) pour l’eau au niveau ONU a été préparée pour les résolutions de 2018.
Peu d’informations ont été communiquées à ce sujet. De prochaines réunions apporteront des éléments plus précis. Il y aura sans doute à clarifier les rôles entre PHI (UNESCO) et NGA (ONU) qui pourraient se faire concurrence, pour obtenir la plus grande efficacité.
Quoiqu’il en soit, tous les États-membre qui ont pris la parole lors de cette réunion ont souligné l’importance du PHI et de son maintien.

Bioéthique : Les technologies du numérique et la santé


24
ème Session du Comité International de Bioéthique de l’UNESCO
(CIB, 12 et 13 septembre 2017)

Projet de rapport sur les méga données et la santé.


Le numérique va profondément bouleverser les pratiques en matière de santé. On peut en espérer beaucoup de bien, à condition d’observer des règles et une éthique exigeantes pour ne jamais perdre de vue l’humain.


Le Professeur Woopen (université de Cologne) a présenté le projet de rapport du CIB en soulignant  successivement :

  • Les perspectives favorables pour la santé, permises par l’utilisation des TIC (technologies de l’information et de la communication) et des méga données dans le domaine des applications médicales (soins et recherche, cyber-santé).

Les soins de santé et la recherche médicale s’appuient sur des applications informatiques et des techniques de numérisation d’énormes quantités de données provenant de sources multiples (soin des patients, santé publique, compagnies d’assurance, chercheurs, réseaux sociaux…) et concernant un grand nombre de personnes.
Avec ces techniques à base d’algorithmes, ils évoluent vers de nouvelles pratiques telles que la santé mobile et la cyber-santé (plus de 300 000 applications liées à la prise en charge, la prévision et la prévention, en matière de traitements et recherche médicale).
Les applications mobiles de santé (télé expertise, télédiagnostic, télémédecine), grâce à la collecte de données à distance, et l’émission de recommandations instantanées, désenclavent les régions isolées (déserts médicaux et pays en voie de développement) et contribuent significativement au développement de la lutte contre la pauvreté dans le monde (objectif du millénaire pour le développement : OMD des Nations Unies).
L’utilisation des méga-données et les technologies de très haut débit permettent une compréhension plus fine des maladies (personnalisation des diagnostics), ainsi que la prise en compte de données globales sur l’environnement et le mode de vie.
Au total, des réorientations majeures dans le domaine de la santé sont à prévoir : médecine axée sur la santé et la prévention, et non plus la maladie et le traitement ; soins portant sur le mode de vie, plus que sur la santé ; politiques de santé publique axées sur des stratégies de prévention en faveur de groupes à risque ciblés.

  • Les défis d’ordre éthique, social et juridique, liés à l’opacité des nouveaux environnements applicatifs de santé.

L’utilisation des données personnelles est devenue impossible à contrôler en raison de la complexité des moyens à la disposition des équipes médicales et de recherche.
Il est de plus en plus difficile d’obtenir un consentement autonome à la collecte et à l’utilisation des mégadonnées ; les modèles de consentement proposés (spécifique ou présumé, général ou global, dynamique) restent imparfaits.
La protection de la vie privée et de la confidentialité des données (risques de dés-anonymisation et de ré-identification, risques de profilages différenciés sur des groupes ciblés) est mise en cause.
Le domaine de la vie privée se réduit du fait de l’intrusion d’informations (publicité, offres) liées au profil des utilisateurs, élaborées à partir d’algorithmes traitant d’aspects personnels (communications, participation à des groupes et associations). La liberté de comportement et d’action est mise en cause.

Les restrictions aux droits individuels liés à la propriété de données personnelles se précisent du fait des possibilités d’accès des tiers (laboratoires pharmaceutiques, industries de recherche…) aux bases de données des bio-banques et aux résultats opérationnels permis par ces accès (médicaments et algorithmes).
La protection du contenu de ces bases (risques de transferts massifs des données en provenance des
pays en voie de développement, piratage des bio-banques) n’est plus assurée, entraînant des risques d’exclusion d’accès aux soins, notamment en cas de système privé d’assurance santé (personnes ne souhaitant pas communiquer leurs données personnelles, ou n’adhérant pas aux notions de vie saine « 10 000 cas par jour »).

  • Les mesures à mettre en œuvre pour surmonter les défis rencontrés et optimiser les avantages attendus dans les soins de santé et la recherche.

Les principales actions à engager portent sur les domaines de la gouvernance, de l’éducation, à l’égard de ces nouvelles technologies.

Dans chaque pays, la mise en place de structures de gouvernance adaptées permettra une utilisation responsable des données (transparence algorithmique ; acceptabilité morale et juridique de l’utilisation des données) :
Reconnaissance du droit individuel sur le respect de la vie privée ainsi que de la responsabilité des utilisateurs de données et normes éthiques dans toutes les étapes de la boucle cybernétique (collecte, accès, publications, recoupement, analyse…)
Organisation des relations entre les parties prenantes (comités d’éthique de la recherche, comités d’accès aux données et de protection des données, comités de représentants des patients et de gouvernance des bio-banques, procédures de suivi permettant aux patients d’être impliqués à long terme dans les travaux de recherche et de prévenir les utilisations inacceptables de leurs données).
Dans chaque pays, et dans le cadre d’une coopération internationale, mise en place de plans d’actions en matière d’éducation pour faire prendre conscience aux acteurs de la santé (patients, entreprises, chercheurs, bio-banques…) des enjeux liés à la maîtrise technologique.

Au total, au travers d’échanges complexes sur les bienfaits attendus pour la santé de l’utilisation des nouvelles technologies et des garde-fous à mettre en œuvre, il est rappelé que la science doit rester au service de l’humanité. Le consentement de la personne reste le seul moyen garantissant ses droits fondamentaux.


Lire le projet de rapport du CIB, mis en ligne sur le site de l’Unesco

Darknet : le cyber espace non visible

Mots clés : Internet, cyber espace, protection des données personnelles, renseignement criminel.

« DarkNet : les nouveaux défis sociétaux, juridiques, technologiques et éthiques »
14 septembre 2017 Siège de l’UNESCO

RÉSUMÉ

Tous les contenus disponibles dans le cyberespace ne sont pas accessibles à l’aide des moteurs de recherche habituels. En réalité, il existe tout un monde virtuel parallèle que l’on appelle le DarkNet, qui désigne la partie de l’Internet à laquelle on peut accéder de manière anonyme, et qui est fréquemment utilisée pour des activités illicites, notamment l’échange de données sensibles, la pornographie, le trafic de drogues, le trafic d’armes, etc. Il est également de plus en plus utilisé par les groupes terroristes et extrémistes incitant au racisme, à la haine et à l’extrémisme violent. Pour accéder au DarkNet, des logiciels, des configurations ou des autorisations spécifiques sont nécessaires. Les sites Web du DarkNet ne sont accessibles qu’au moyen de logiciels spéciaux tels que TOR (« The Onion Router ») et I2P (« Invisible Internet Project »). L’identité ainsi que l’emplacement des utilisateurs du DarkNet restent secrets et ne peuvent être analysés en raison du système de cryptage à couches superposées. Le DarkNet est donc un phénomène complexe qui est en constante évolution, et qui pose par conséquent un certain nombre de questions de confidentialité et de sécurité.

CONTEXTE

Une plate-forme pour l’extrémisme violent

Le DarkNet et les groupes extrémistes entretiennent des liens de plus en plus étroits. Le Web surfacique conventionnel devient trop risqué pour les entités qui recherchent l’anonymat. Au contraire, sur le DarkNet, le réseau décentralisé et anonyme permet d’éviter plus facilement l’arrestation et la clôture des plates-formes terroristes. Les groupes extrémistes et les membres de l’ISIS sont de plus en plus nombreux à chercher refuge dans le cloud anonyme du DarkNet. Les réseaux cachés sont utilisés pour distribuer du matériel de recrutement, former et informer les groupes de terroristes, radicaliser et diffuser de la propagande, collecter des fonds et coordonner les actions et les attaques. Avec ses forums, espaces de discussion en ligne et applications de messagerie djihadistes chiffrés, le DarkNet est devenu la plate-forme de recrutement numéro un de l’ISIS.

Implications éthiques

L’anonymat offert par le DarkNet permet également de couvrir les personnes vivant sous des régimes répressifs qui ont besoin de la protection de la technologie pour naviguer sur le Web, accéder à des contenus censurés et faire valoir de quelque autre manière que ce soit leur plein droit à la liberté d’expression. Dans les pays non démocratiques, la présence de l’anonymat est pour les individus le seul moyen d’exprimer des points de vue contraires. Par conséquent, l’infiltration alarmante de terroristes connaissant bien l’Internet dans les « grottes virtuelles » du DarkNet devrait inciter la communauté internationale à trouver une solution pour combattre les activités illicites et répréhensibles, mais sans conduire à la fermeture des réseaux anonymes, dans la mesure où cela desservirait les personnes qui profitent véritablement de ces systèmes chiffrés.

OBJECTIFS DE LA RÉUNION

– Mieux faire connaître la dynamique évolutive du DarkNet.
– Identifier des stratégies et des réponses politiques à ces défis.
– Envisager des moyens par lesquels l’UNESCO pourrait renforcer ses activités dans ce domaine.

(source UNESCO)

Sur ces 3 objectifs, seulement le premier – Prise de connaissance du phénomène « Darknet » – a été abordé, faute de temps.


— § —


Qu’est-ce que le Darknet ?

Le cyberespace peut être divisé en 3 parties :

  • Surface web : Espace visible indexé c’est à dire répertorié, comme des livres dans une bibliothèque. Il est donc interrogeable via des moteurs de recherche (type Google ou Facebook) par tout le monde. Son accès est gratuit. Il ne représente que 4% des 5000 milliards de pages disponibles.
  • Deepweb : Espace confidentiel pour déposer et mettre à la disposition d’acheteurs des données, académiques, scientifiques, dossiers médicaux, ressources gouvernementales
  • Darkweb : très sécurisé où l’entrée se fait souvent par cooptation. On y trouve des données illicites, des communications privées d’entreprises ou de particuliers. Les données y sont encryptées à plusieurs niveaux. Le Darknet est le réseau du Darkweb.

Pourquoi le Darknet fait peur ?

Le Darknet est un réseau aux fins de rendre les données anonymes, stockées sur des serveurs non localisables grâce à de l’encryptage multiple, avec des protocoles instables (en constante évolution pour échapper à toute analyse afin d’éviter toute régulation).

A l’origine, le Darknet a été créé pour le Gouvernement Américain afin de garantir la confidentialité de données personnelle. Aujourd’hui, son côté invisible fait peur de la même façon qu’Internet pouvait faire peur il y a environ 20 ans (Big Brother is watching you !)

Comment ça marche ?

Un des sites majeurs s’appelle TOR : The Onion Router. Les données y sont encapsulées à plusieurs niveaux comme un oignon (ou des poupées russes) avec des algorithmes complexes s’emboîtant les uns à la suite des autres. Chaque couche d’oignon est située sur un serveur placé dans un endroit diffèrent du précèdent sur la planète. Toute localisation devient alors impossible.

Quels sont les dangers liés au Darknet ?

Darknet répond à une demande de toutes sortes de consommateurs et à des motifs économiques (services techniques tarifés).

Internet a des avantages uniques : il est disponible presque partout, rapidement et à tout instant. Il reste anonyme et Darknet est construit autour de cette garantie. Il permet la dématérialisation de l’action criminelle (on voit des photos d’armes bien avant d’en avoir une en main). Il permet de mettre en relation des personnes aux intentions de tous ordres, ce qui profite aux criminels et aux terroristes, mais aussi aux défenseurs des droits de l’homme.

Les requêtes les plus importantes sont liées à la drogue (20%), a la pornographie (aussi 20%), aux armes (15%). Les 2 pays les plus touchés par ces fléaux sont les USA (pour un montant estimé à 5 milliard $) et le Royaume Uni (2,5 milliards $). A noter que 40% des requêtes sont inconnues.

Le Darknet est aussi un lieu de recel de données proposées à la vente. Il existe des services tarifés en ligne destinés à porter atteinte à un site d’entreprise ou à une réputation ou à la vie d’une personne. De plus, 200000 demandes de rançon – du type « vous payez, sinon… » – dans 150 pays ont été émises en 2014 sur ces sujets.

Le pape de Darknet nommée Ross Ulbricht a proposé, entre autres, 13000 drogues sur son site et ainsi génère 180 millions $ de revenus en 2013, l’année ou il a été arrêté et condamne à la prison à vie.

Un officier du renseignement criminel d’Interpol a exposé succinctement ce qui est fait en matière de crimes contre les enfants. Ce sujet emploie 24 personnes au siège mondial d’Interpol situé à Lyon. En 2015, le projet Love Zone a permis d’identifier 45,000 utilisateurs de réseaux pédophiles dont une centaine a été arrêtée, ce qui a permis de mettre 300 enfants en sécurité. Chaque jour, 5 enfants de plus sont identifiés sur ces réseaux pédophiles.

Que faire ?

Interpol a développé une base de données de 11000 enfants. Malheureusement le crime se développe plus vite que la police.

Darknet est-il illégal ? Non, mais c’est son utilisation qui peut l’être.

On peut techniquement fermer de façon légale un site illégal. Mais l’efficacité de cette mesure est quasiment nulle car il sera souvent trop tard et de plus le site se rouvrira ailleurs grâce à des moyens nettement supérieurs à ceux mis en œuvre pour l’arrêter.

Afin de fermer un site illégal, il faudra des preuves. Si elles sont obtenues de manière illicite, ce qui est souvent le cas, elles pourront être invalidées par la défense. Les moyens du Darknet étant immenses, les actions de la Police et de la Justice sont souvent entravées.

Deux méthodes sont souvent exploitées pour débusquer un utilisateur assidu: le piégeage et le pot de miel. Malheureusement le nombre des utilisateurs augmente plus vite que celui de leurs arrestations.

Conclusion

Comme on l’a vu, les enjeux abordés étant liés à la liberté, la sécurité et à l’économie, l’étroite collaboration entre techniciens, juristes et économistes est indispensable.

Ensuite, face au défaut de localisation du Darknet, la coopération entre tous les Etats (police, justice) est primordiale.

Enfin l’éducation des enfants dès le plus jeune âge (CE1) doit être faite sur les dangers du vagabondage sur le Darkweb. L’objectif est de leur donner quelques règles de bonne conduite, comme on le fait avec le Code de la Route pour la conduite des véhicules.

Ces sujets ne peuvent pas être laissés dans les seules mains des techniciens et celles du marché. Un rôle important de l’UNESCO est dès lors souhaitable, afin de préparer l’avenir.

Journée internationale de l’alphabétisation 2017


UNESCO –Journée internationale de l’alphabétisation 2017
« L’alphabétisation dans un monde numérique »


Le 8 septembre 2017, date anniversaire de la 1ère Journée internationale de l’alphabétisation organisée par l’UNESCO en 1967, s’est tenue à son siège parisien la 51ème Journée internationale de l’alphabétisation consacrée au thème de « l’alphabétisation dans un monde numérique ». Sous la responsabilité de la Division pour les politiques et les systèmes d’apprentissage tout au long de la vie de l’UNESCO et de M. David Atchoarena son Directeur, l’événement a rassemblé plus de 200 participants dont les représentants de plus de cinquante pays ainsi que ceux de nombreuses ONG internationales et locales et d’institutions publiques et privées engagées sur le terrain.

En ouverture de la conférence, Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, dans un discours éloquent, a insisté sur le fait que les développements du numérique sont sources de progrès incontestables mais posent des défis particulièrement grands dans le domaine de l’éducation : « les fondements d’un authentique développement humain ne sont pas techniques – ils reposent sur les droits de l’homme et la dignité de chaque femme et de chaque homme, chacun avec ses propres compétences… Pour être réellement bénéfiques, les nouvelles technologies doivent se fonder sur deux piliers : elles doivent être inclusives, réduire les fractures et non les augmenter, elles doivent aussi être sous-tendues par le respect de l’homme et de sa dignité »1.

Prenant ensuite la parole, S.A.R. la Princesse Laurentien des Pays-Bas, Envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’Alphabétisation pour le Développement, devait insister sur l’importance de la parole depuis la petite enfance et se référer au livre de Sherry Turkle, professeur à MIT : « Remettre en valeur la conversation, la puissance de la parole dans un monde numérique ». Nous devons trouver l’équilibre juste entre réel et numérique, sinon nous risquons de perdre l’empathie qui est le cœur des interactions sociales dans la société. L’empathie est la valeur clé au cœur des travaux de l’UNESCO. »2


Introduction

Au cours la période récente, les technologies numériques ont apporté des transformations rapides et profondes à notre manière de vivre, de travailler, d’entretenir des liens sociaux et d’apprendre. En 1995, 1 pour cent de la population mondiale était connectée à internet, aujourd’hui 40 pour cent de la population mondiale dispose d’une connexion, soit trois milliards de femmes et d’hommes. En Afrique, quasi inexistants en 2000, les abonnements mobiles avoisinent aujourd’hui 900 millions. Ces avancées améliorent l’accès à des informations et des savoirs jusqu’alors hors de portée ou trop coûteux en particulier dans le domaine de l’éducation. Mais il n’est pas possible d’oublier que le développement fulgurant des technologies numériques a aussi des aspects négatifs. Il existe une « fracture numérique » en termes d’accès aux technologies numériques, de leur utilisation et de leur effet. Quatre milliards de personnes ne peuvent accéder à internet, et environ deux milliards n’utilisent pas de téléphones portables. Dans les 48 pays les moins avancés, seule une personne sur sept est connectée. Les développements rapides du numériques posent un grand nombre de questions relatives à la promotion de l’alphabétisation dans un contexte où les difficultés restent encore très répandues. En dépit des progrès accomplis au cours des dernières décennies, on recensait toujours 750 millions d’adultes analphabètes en 2016 dans le monde, 264 millions d’enfants et d’adolescents étaient déscolarisés en 2015, 250 millions d’enfants, dont certains scolarisés, ne parvenaient pas à acquérir les compétences élémentaires.

Dans ce contexte, le thème choisi pour la conférence internationale 2017 de « l’alphabétisation dans un monde numérique » se révèle hautement pertinent. Reconnaissant les transformations en profondeur résultant des technologies numériques, quatre domaines de réflexion sous forme de tables rondes ont été retenus pour la rencontre : repenser le concept et les contenus de l’alphabétisation à l’ère du numérique, étudier des exemples de programmes d’action prometteurs, évaluer les risques du numérique au regard de l’éducation et étudier les possibilités de renforcer les suivis et les évaluations grâce au numérique. L’événement se clôturait par la remise des Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO 2017 pour cinq projets faisant progresser l’alphabétisation grâce aux technologies numériques.


1 – Repenser l’alphabétisation dans un monde numérique

La conception des objectifs de l’alphabétisation a elle aussi grandement évolué depuis la première définition simple proposée par l’UNESCO en 1958 qui insistait sur l’aspect cognitif : « la capacité de lire et d’écrire, avec compréhension, une phrase simple sur un sujet de la vie quotidienne ». Les définitions sont aujourd’hui multiples, plus complexes et soulignent l’aspect fonctionnel. Celle proposée pour la journée 2017 insiste sur le fait que « l’alphabétisme (literacy) fait partie intégrante d’un ensemble de connaissances, de compétences et d’aptitudes nécessaires pour tirer profit de services offerts par l’économie numérique d’aujourd’hui et participer pleinement à nos sociétés de plus en plus tournées vers le numérique ». L’alphabétisation numérique est devenue une priorité. Elle vise à développer des compétences numériques qui se réfèrent à la capacité de comprendre et d’utiliser des technologies numériques sans avoir besoin de l’aide des autres.

La Commission Européenne a ainsi défini depuis 2014 un cadre de référence des compétences numériques, le « Common European Digital Competence Framework for Citizen3 », dans lequel «doit entrer » le citoyen européen pour réussir dans le monde moderne et en particulier dans le monde du travail. Ce cadre a établi cinq domaines et 21 compétences jugées nécessaires, elles même divisées en 3 niveaux de compétences utilisateurs.

Les participants à la table ronde ont souligné qu’il ne peut pas y avoir de définition unique de l’alphabétisation numérique et une seule façon de faire, cela dépend du contexte local, il faut tenir compte de la culture, des langues, des valeurs. On ne peut oublier que la moitié de la population mondiale n’a pas d’accès à internet. Pour l’autre moitié de la population, le numérique ne doit pas être mis aveuglément en haut des valeurs, la pensée critique doit être développée.

En ce qui concerne le type et les niveaux de compétences à atteindre, il n’y a pas de réponse unique possible, l’objectif s’éloigne en permanence avec les avancées technologiques, les réponses ne peuvent être que contextuelles.

Il est enfin essentiel de mettre l’accent sur la formation des enseignants (base et tout au long de leur carrière), qu’il y ait une coopération entre experts techniques et experts traditionnels, que le numérique ne soit pas l’objet d’une salle spécialisée/d’un cours spécialisé mais soit intégré dans le cadre des cours traditionnels. Hors du domaine scolaire, il est également important que soit développé des formations de rattrapage au numérique pour les adultes. Ne pas oublier les possibilités offertes par les « Ressources Éducatives Libres – REL » et les « Cours en Ligne Ouverts à Tous – MOOC ». Enfin ne pas confondre l’outil et le but : le but c’est le contenu.


2 – Des programmes prometteurs encourageant l’alphabétisation dans un monde numérique

La table ronde a permis la présentation de leurs projets par les cinq lauréats des Prix internationaux d’alphabétisation de l’UNESCO 20174 :

  • le programme « We Love Reading » en Jordanie qui s’appuie sur les technologies numériques pour stimuler l’intérêt envers la lecture, en 2016, environ 20 000 apprenants, dont 60 % de femmes, ont bénéficié du programme.

  • le Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CEAP) de l’Université de Concordia au Canada pour son programme « Utiliser la technologie éducative pour développer des compétences éducatives essentielles en Afrique subsaharienne »,

  • le Secrétariat des technologies de l’information et des communications de la ville d’Armenia en Colombie pour son « AdulTICoProgram » pour la transmission de compétences numériques aux personnes âgées,

  • l’organisation « The Citizens Foundation » au Pakistan pour son « Programme d’alphabétisation Aagahi à l’intention des femmes et des filles non scolarisées », pays où l’illettrisme féminin atteint 42%,

  • l’organisation « FunDza Literacy Trust » en Afrique du Sud pour son programme « Agrandir la communauté des lecteurs et des auteurs FunDza Fanz » qui encourage la culture de la lecture et de l’écriture pour le plaisir en Afrique du Sud dans un environnement où les livres sont rares.

Les intervenants ont soulignés que ces programmes sont gratuits pour les bénéficiaires et donc que la question de leur financement et de partenariats possibles est centrale ainsi que la disponibilité de bénévoles à s’engager. Il y a des résistances à apprendre : il faut que les enfants et adultes soient convaincus, la motivation de l’apprenant est essentielle. D’une façon concise le responsable du projet canadien a résumé les défis en trois points : les possibilités d’accès aux réseaux/applications, la qualité des contenus, la fiabilité des technologies.


3 – L’alphabétisation dans un monde numérique : risques et solutions

Les intervenants ont tous soulignés de nouveau que les technologies numériques sont des outils qui ne peuvent se substituer à l’action humaine et à la pédagogie et qu’il est nécessaire de respecter la multiplicité des cultures. La technologie doit respecter l’humain et non en faire des esclaves. L’utilisation des outils numériques réclame des soutiens pour les apprenants. La formation des adultes n’est pas aujourd’hui dans l’agenda global de l’éducation, elle doit y être mise comme une priorité.

Comme dans de très nombreux domaines du monde moderne, pour celui de l’éducation les technologies numériques et leurs applications supposent la collecte d’un nombre important de données personnelles. La sécurité de ces données et le risque d’utilisation frauduleuse a été souligné par tous ainsi que le besoin de législations plus strictes. Il a été recommandé que, comme dans la tradition académique, les données personnelles ne puissent être collectées qu’avec l’accord explicite des personnes.


4 – Suivi et évaluation de l’alphabétisation dans un monde numérique

Les technologies numériques et la collecte de données viennent modifier la façon d’évaluer et de mesurer les compétences d’alphabétisation et de suivre les progrès au niveau local, national et international. Elles contribuent à fournir des informations utiles aux prises de décisions des responsables.

Mme Silvia Montoya, Directrice de l’Institut de statistiques de l’UNESCO (ISU), a ainsi présenté les plus récentes analyses des tendances des 50 dernières années des niveaux d’alphabétisation au plan mondial, régional et local5. Elles indiquent que malgré des progrès réguliers les défis restent considérables pour atteindre l’Objectif 4 du Développement Durable (ODD4) d’assurer, que « d’ici à 2030, que tous les jeunes et une proportion substantielle d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter » (voir les quelques statistiques données au début de ce compte-rendu).

La discussion a par ailleurs longuement porté sur le manque d’une définition claire et acceptée de tous sur le niveau de compétence requis pour dire qu’une personne est alphabète ou analphabète. Ceci peut fausser les statistiques et les comparaisons nationales et régionales ainsi que l’évaluation mondiale de la progression vers l’ODD4.


Séance de clôture et déclaration finale

Résumant les points clés de la journée et des tables-rondes, M. David Atchoarena soulignait que la notion d’alphabétisation à évolué, qu’il y a aujourd’hui une plus large définition, mais en même temps que cette définition doit être prise en fonction d’un contexte. De même les compétences doivent évoluer et inclure le numérique mais il faut que les enseignements soient pertinents. Et auparavant il est essentiel de développer les compétences des enseignants. L’utilisation et le bénéfice des Ressources Éducatives Libres doivent eux aussi être pris en compte.

Et faire en sorte que par l’alphabétisation l’enfant « n’apprenne pas simplement à lire le mot mais apprenne à lire le monde ».


Conclusion

Il faut féliciter les très nombreux acteurs engagés dans le domaine de l’alphabétisation pour le travail accompli pour faire progresser à la fois la réflexion et les réalisations dans le champ de l’alphabétisation dans un monde numérique. Il faut aussi souligner la position claire de l’UNESCO et de nombreux intervenants comme quoi les développements de l’éducation numérique doivent être sous-tendus par le respect de l’homme et de sa dignité. Dans la rencontre du 8 septembre, les risques du numérique ont peut-être été sous-estimés, il aurait fallu aborder plus longuement la question de la qualité des contenus des enseignements numériques ainsi que les problèmes posés par la progression dans ce domaine des enseignements privés payant.

DG – 14/09/17


Lire le message du Pape François
Lire le message d’accueil de Mme Irina BOKOVA
Lire le discours de Mme Irina Bokova
Lire le compte rendu sur le site de l’UNESCO