Conférence mondiale des Humanités – août 2017 – Liège (Belgique)

Réunion d’information sur la prochaine
Conférence mondiale des Humanités
« défis et responsabilités pour une planète en transition »
(du 6 au 12 août 2017 à
Liège)


Cette seconde réunion permet de mieux montrer l’ambition d’un événement co-organisé par l’UNESCO (le MOST), le CIPSH (Conseil international de la Philosophie et des Sciences Humaines) et les Pouvoirs publics belges ainsi que l’université de Liège.

Le projet se précise : sur les sept journées sont prévus de nombreux symposiums (plus de 80) et toute une série de tables rondes qui traiteront leurs thèmes autour de six axes : l’environnement, l’identité, migrations et frontières, patrimoines matériels et immatériels, histoire et mémoire, et les approches en matière d’éducation et de recherche.

1800 participants sont attendus, venant de tous les horizons, sans exclusive. Cette rencontre n’est pas conçue comme un entre soi universitaire. Y seront conviés des artistes, des politiques, des représentants d’association, des acteurs de la culture…

150 communications ont déjà été produites, pour aider à l’élaboration détaillée du programme des événements, plusieurs rencontres régionales se sont déjà tenues qui visent précisément à déjà engager les réflexions.

Sur chacun des six thèmes deux à trois key note speakers se sont déjà portés candidats.

L’objectif des organisateurs a été clairement rappelé : il ne s’agit pas de parler des « humanités » comme complément d’autres matières enseignées qui, elles, seraient le cœur de l’éducation (« les sciences dures »). Il s’agit au contraire de redonner toutes sa place à ce que recouvrent « les Humanités » en montrant à quel point, elles doivent être présentes autrement que comme des matières spécialisées, et certainement pas comme étant de seconde importance par rapport, par exemple, aux sujets scientifiques ou économiques. On a rappelé qu’elles traitent de la dimension de l’homme dans son essence, et méritent à ce titre qu’on leur accorde une juste attention, tout particulièrement de nos jours, dans notre monde en pleine transition – notre Planète pour reprendre l’intitulé de la conférence – un monde devant faire face à de grands défis.

Parmi les problématiques qui seront évoquées, on aura relevé : le rôle du secteur privé, tout ce qui a trait à la tolérance et à l’inclusion, l’égalité Homme Femme…  mais les thèmes choisis donneront lieu certainement à bien d’autres débats. Fin février devraient être connus les sujets que traiteront les tables rondes.

De même qu’une grande attention a été apportée à la préparation de la conférence, les organisateurs entendent poursuivre l’effort de promotion des Humanités au-delà de l’événement en tant que tel. Ils attendent une suite, et, avec l’UNESCO pleinement d’accord en cela, ils se proposent de pouvoir vérifier que les conclusions de la Conférence aient des retombées effectives au niveau des pays, avec un rôle, que l’on espère positif, des décideurs publics.

Les délégations qui se sont exprimées ont toutes salué le projet présenté. Le Mali (dont l’un de ses anciens ministres de l’éducation a été inspirateur de cette conférence mondiale) a élaboré une résolution de soutien avec l’idée de la faire entériner par le Bureau Exécutif de l’UNESCO, mais comme ce pays n’est pas membre du Bureau, la Chine a indiqué qu’elle fera son affaire de la lui présenter.

YN

Page WEB du MOST
Page WEB du CIPSH
Page WEB de la Conférence mondiale des humanités 2017

L’UNESCO et les Peuples Autochtones

Politique de l’UNESCO concernant l’engagement
en faveur des Peuples Autochtones

Réunion d’information avec les délégations permanentes
Jeudi 2 février 2017 à l’UNESCO


La réunion d’information vise à informer les Délégations permanentes sur l’élaboration de la politique de l’UNESCO concernant l’engagement en faveur les peuples autochtones, y compris les bases pour le développement de la politique, et les activités de l’UNESCO en relation avec les peuples autochtones.

L’événement contribue à la célébration du 10e anniversaire de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones (2007-2017).

C’est dans le cadre de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) 2007, que l’UNESCO travaille avec les peuples indigènes quant à leur droit à la culture, à l’éducation…


En quoi consiste la politique de l’UNESCO pour l’application de la DNUDPA ?

Le Tchad : Une coordination des peuples indigènes engage un travail sur la météorologie et le climat. Plusieurs organismes comme la banque mondiale, la FAO, contribuent à l’aide des peuples autochtones. La Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail relative aux peuples indigènes et tribaux constitue une base qui permet de mettre en œuvre les droits collectifs. Dans ces régions il y a beaucoup de crises environnementales. Il convient d’harmoniser les efforts pour que les impacts des actions menées soient efficaces. Les peuples autochtones doivent pouvoir participer à leur mise en œuvre d’où le besoin d’une reconnaissance de leurs connaissances traditionnelles. Plusieurs pays en voie de développement agissent en conséquence avec toutes ces politiques pour affronter les changements climatiques. La vie des peuples autochtones dépend des décisions prises et mises en œuvre. Nous connaissons les ressources des peuples, il est nécessaire d’harmoniser les actions de l’UNESCO et des autres acteurs au niveau national et international.

L’Association des chefs de village du Surinam : souligne l’importance de la promotion et du développement des politiques de formation. Tous les accords internationaux doivent pouvoir s’appliquer au niveau national. Le travail de l’Association s’attache à la reconnaissance des droits juridiques. Par exemple le droit de participer aux décisions qui concernent les peuples indigènes. Ces peuples étaient menacés par les exploitations minières, par la construction de routes, par l’exploitation des forêts… Les programmes scolaires qui instruisaient les peuples autochtones n’existent plus.

Ces peuples ont beaucoup souffert de l’esclavage, de l’exploitation. La DNUDPA protège ces peuples. Ils sont heureux du partenariat ONU, Banque mondiale, FAO. Les domaines d’activités de l’UNESCO sont importants pour ces peuples. Ils leurs permet d’avancer quant à la compréhension de leur mode de vie souvent oublié. Par exemple, la propriété est une propriété collective et les décisions sont prises collectivement. Les projets et les programmes aident mais dans le cadre des cultures locales. Les peuples autochtones peuvent aider à l’application des travaux et sont heureux que l’UNESCO mette en valeur les actions inclusives.

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La parole est donnée aux différentes délégations présentes et il est souligné qu’il s’agit d’une réunion d’information qui se terminera sans prise de décision.

1ère série de questions :

– Qu’appelle t-on un peuple autochtone ?
– Quel est le rôle de l’UNESCO pour assurer une éducation de qualité à ceux qui subissent des difficultés ?
– Quelles sont les initiatives prises pour promouvoir les droits émanant des différentes instantes de l’ONU ?

Le Congo souhaite que l’UNESCO le soutienne dans l’application des mêmes droits du peuple congolais au peuple autochtone des savanes comme à celui des forêts.

Les réponses sont les suivantes :

La question de la scolarisation est un défi par rapport aux objectifs. Pour aider à la réussite scolaire, la langue maternelle est promue comme langue de l’enseignement.

Pour permettre cet enseignement , des jeunes issus de ces populations sont formés. A travers la Convention 169 ces projets pour l’éducation sont pleinement pris en compte. Pour ce qui concerne le contenu, l’UNESCO encourage la diversité culturelle avec un respect des coutumes familiales, des horaires qu’imposent les activités quotidiennes.

Il existe des initiatives en faveur des populations autochtones. Des experts mènent des études et se rendent dans les pays concernés. Il existe une reconnaissance de l’ONU des peuples indigènes au sujet du changement climatique qui entraîne des risques pour eux. Enfin l’article 42 de la DNUDPA insiste sur la garantie d’assurer son efficacité à ces peuples.

Il n’existe pas de définition du peuple autochtone comme ceux-ci le souhaite. Mais il existe des critères que définit la Convention 169 de l’OIT. L’identité doit être distincte de la population du territoire. Il s’agit de populations qui subissent la marginalisation, l’oppression, qui sont vulnérable, qui suscite la protection…

2ème série de questions :

Le Canada appuie sans réserve les dispositions de la DNUDPA qui s’applique à ses trois unités autochtones. Mais ces populations sont moins scolarisées et ont une moins bonne santé. Il demande un document qui site les bonnes pratiques qui ont été expérimentées surtout concernant les femmes ;

La Nouvelle Zélande demande que soit organisée une coordination entre les actions menées dans les différents peuples autochtones ;

ONG « Traditions pour demain » ,les peuples autochtones d’Amérique latine ont des représentants présents à New York, à Genève et à Paris et ils promeuvent leurs savoirs traditionnels. Toutefois la convention relative au patrimoine culturel ne parle pas d’eux. Un groupe de travail réunit des représentants de ces peuples autochtones et les ONG concernées pour la reconnaissance de leur territoire, de la propriété intellectuelle, des agressions à leur patrimoine culturel immatériel suite aux conflits armés. Le document n’est pas encore abouti. Il n’est plus question de peuples autochtones mais de populations autochtones.

Les réponses sont les suivantes :

La mise en application de la diversité culturelle implique les dispositions de la Convention Collective de 2002 qui inclut le consentement libre et éclairé des populations. Ces deux caractères constituent le point d’entrée de l’engagement des peuples autochtones.

En ce qui concernent les conflits armés, ce sont les directives de l’UNESCO qui s’appliquent.

3ème série de questions :

Le Paraguay insiste sur la question de la diversité linguistique qui rend difficile l’accès à l’information ;

La Bolivie rend compte de la difficulté d’une définition d’un peuple autochtone au vu du nombre de ce type de peuple. En Bolivie 36 sont dénombrés avec leurs droits tous différents et leur langue maternelle. Ces peuples sont le résultats des temps coloniaux ;

Les Philippines et l’Équateur demandent une plus grande consultation avant les prises de position de Conseil Exécutif ;

Grenade met en valeur le travail inter sectoriel et salue le secteur communication quant au multilinguisme, sur l’importance de la transmission par le biais des nouvelles technologies ;

Le Mexique appuie l’importance des traductions pour faciliter la divulgation de l’information.

Les réponses sont les suivantes :

Un certain nombre de consultations avec les peuples autochtones se sont déjà tenues. Mais le document du Conseil Exécutif sera diffusé et il sera revu ultérieurement.

La question de la définition des peuples autochtones apparaît devoir être un point important à traiter au Conseil Exécutif.

La réunion d’information en faveur des peuples autochtones s’est terminée à 13h.


Pour en savoir plus sur les Peuples Autochtones :

L'ONU et les droits de l'Homme

Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones

Peuples autochtones - Voix autochtones : Foire aux questions

C169 - Convention (n° 169) relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989

Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

UNESCO – Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

« Éduquer pour un futur meilleur : le rôle de sites historiques et des musées dans l’enseignement de l’Holocauste »

Jeudi 26 Janvier 2017

Chaque année, le 27 janvier, date anniversaire de la libération en 1945 du camp de concentration et d’extermination allemand nazi d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques, l’UNESCO rend hommage à la mémoire des victimes de l’Holocauste et réaffirme son engagement contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les autres formes d’intolérance qui peuvent conduire à une violence collective ciblée, voire à des génocides.

La commémoration – qui s’est en fait tenue cette année le 26 janvier – s’est déroulée sur quatre événements : une conférence dans le cadre du « Campus UNESCO » sur le thème : « Comment déconstruire les discours de haine »i, l’inauguration de l’exposition Archeologia présentée par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenauii, une table ronde, point central de la journée, sur le thème : « Éduquer pour un futur meilleur : le rôle de sites historiques et des musées dans l’enseignement de l’Holocauste » et enfin une cérémonie finale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocausteiii.

Dans le discours publié à l’occasion de cette journée, Mme Irina Bokova, Directrice-générale de l’UNESCO, insistait sur le fait que : « dans la violence qui se déchaîne aujourd’hui sur les populations civiles et les discours de haine qui se déploient sur les réseaux sociaux, nous retrouvons sans mal les échos de ces idéologies totalitaires… Plus nous connaissons notre histoire et celle des autres, plus nous tissons de liens avec l’humanité. La transmission de l’histoire favorise la solidarité et dessine une humanité plus unie, plus juste et plus pacifique. Les sites du patrimoine, les musées, les documents et les traces du passé jouent à ce titre un rôle fondamental dans l’éducation et peuvent aider chaque citoyen, à tout âge, à dénoncer les falsifications et les mensonges de ceux qui exploitent l’ignorance, la peur et la haine de l’autre. »

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Federico Mayor : « UN CHEMIN VERS LA PAIX »

« UN CHEMIN VERS LA PAIX »

Lundi 16 janvier a eu lieu au siège de l’UNESCO à Paris le vernissage de l’exposition de photos « Un chemin vers la paix », de la photographe Dominique Roger, ancien photographe de l’UNESCO. A cette occasion et invité par l’Association des anciens fonctionnaires de l’UNESCO (AAFU), Federico Mayor, ancien Directeur Général de l’UNESCO, a tenu une conférence sur ce même thème.

Georges Kutukdjian, président de l’AAFU, a accueilli et introduit les intervenants, Madame Dominique Roger et Monsieur Federico Mayor.

Madame Dominique Roger a présenté les photos de l’exposition, prises entre les années ‘70 et les années 2000 dans le monde entier pour illustrer le message et le travail de l’UNESCO : diffuser une éducation de qualité, encourager la coopération scientifique, partager la richesse des cultures, soutenir la liberté d’expression. Dominique Roger est convaincue que l’ignorance est le ferment de la haine et que l’éducation est la condition « sine qua non » pour cheminer vers la paix.

Monsieur Federico Mayor a mis l’accent sur la nécessité de l’action, au travers des attitudes et des comportements individuels : dans le monde d’aujourd’hui le pire peut être évité, nous dit-il, s’il y a une forte implication de chacun, quel que soit son niveau.

Federico Mayor
ancien Directeur Général de l’UNESCO

Pour Federico Mayor, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, avec de grands changements aux effets négatifs potentiellement irréversibles. L’un d’entre eux tient aux risques du réchauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire, nous faisons face à un phénomène menaçant qui rend probable le danger d’atteindre un point de non retour. Des terres habitées pourraient disparaître. Les températures pourraient monter fortement dans certaines zones géographiques jusqu’à 50, 60 degrés. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le pape dans l’encyclique « Laudato si » ait appelé à s’inquiéter de ces désordres écologiques. Partageant cette inquiétude, Barak Obama, a averti à propos de ces dérèglements : « demain il sera peut-être trop tard ».

La calotte glacière de l’Arctique fond, mais nous ne changeons rien à nos styles de vie qui peuvent expliquer ce phénomène. C’est en cela que l’implication et l’action personnelles sont nécessaires si nous voulons éviter les affrontements que pourraient déclencher les dérèglements climatiques.

Une autre préoccupation mérite toute notre attention, à savoir le sujet militaire. Partout les questions touchant au Pouvoir pour la défense des intérêts des pays sont placées au rang des priorités stratégiques. C’est en somme l’application d’un principe assez paradoxal que l’on pourrait énoncer ainsi « Si vous voulez avoir la paix faites la guerre ». Résultat : on investit chaque jour 4 milliards de dollars dans l’armement. Et cette soif d’investir dans l’armement ne semble pas devoir s’estomper.

Le rôle des médias est à regarder de près, dans ce contexte : il est un fait que nous sommes soumis à leur influence. D’une certaine manière, on peut parler d’un conditionnement implicite. Les média en tout cas peuvent guider notre pensée dans la sélection ou la hiérarchisation des sujets qu’ils traitent: il y a beaucoup de suivi du football, mais quelle part consacrent ils pour se faire l’écho d’initiatives de paix ?

Il est hautement souhaitable de changer les états d’esprit. On doit concevoir autrement notre approche des questions de sécurité, en prenant bien la mesure des nouvelles menaces, qui sont loin d’être essentiellement militaires, pour se donner les meilleures chances de préserver la paix. On le voit bien, de nos jours cette paix est conditionnée par plusieurs autres facteurs : scientifique, géopolitique, environnemental.

Pour faire face à tous les risques de conflits, il faut résolument miser sur l’action et l’implication de chacun, quel que soit son niveau dans la société et en sachant cultiver de façon appropriée tout ce qui fait la singularité et l’essence de l’être humain : la parole, au travers des réseaux sociaux aussi, l’imagination, la capacité de créer!

Pour Federico Mayor, l’Éducation est essentielle,. Le verbe « apprendre » se conjugue pour lui de la sorte : apprendre à être, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble, apprendre à connaître, apprendre à entreprendre.

Pour la promotion de la paix, on ne saurait trop insister sur le rôle bénéfique que peuvent jouer les femmes. Mandela disait « les femmes utilisent la force seulement exceptionnellement tandis que les hommes seulement exceptionnellement ne l’utilisent pas. » Aujourd’hui, 20 % seulement des décisions sont prises par des femmes, ce qui est mieux que l’ancien 3,5 %.

Dernier point mis en exergue : la prévention qui est un puissant antidote face à tous les risques de déstabilisation. Une culture de la prévention de la violence est nécessaire partout : ville, quartier, entreprise, etc. et en ce domaine l’utilité des médiateurs, qui sont souvent des femmes, n’est plus à démontrer.

O.B.

Union Nationale des Directeurs de Conservatoire de Musique


60 ème Congrès de l’Union Nationale
des Directeurs de Conservatoire de Musique


Maison de l’UNESCO le 27 janvier 2017

Table ronde :  «  Enseignement individuel et collectif, faut il les opposer ? »


Le thème choisi pour l’ouverture de ce Congrès a donné lieu à des échanges très riches avec des contributions d’acteurs intéressés par les questions éducatives, sans être des professionnels de l’enseignement artistique ou musical : un ancien professionnel du football réputé devenu acteur et metteur en scène – Frank LEBOEUF – une élue du Conseil de Paris (Mme BOULAY-ESPERONNIER) , un professeur de neurosciences cognitives. (M E BIGAND). La discussion introduite par Mme ANDRE présidente de l’Union Nationale des directeurs de Conservatoire)ne s’est pas limitée à répondre à la question posée, ou plus exactement le thème soulevé a permis d’énoncer un certain nombre d’idées fortes sur la musique dans son rapport à l’éducation en général mais aussi de faire apparaître certaines spécificités françaises qui révèlent des anomalies.


La complémentarité des enseignements individuels et collectifs

Une première idée fait consensus à propos de l’enseignement de la musique mais elle est généralisable, et s’applique tout aussi bien à l’exercice d’un sport aussi collectif que le football si on veut le pratiquer sérieusement : il y a toujours besoin d’une base fondée sur la Personne qui doit travailler sur soi, apprendre individuellement, avec nécessairement une discipline personnelle que l’on ne doit pas voir comme une peine mais comme une base sur laquelle on peut construire une trajectoire pour progresser, et bien s’insérer dans des parcours plus collectifs : au lieu de raisonner en termes d’oppositions « individuel-collectif », on doit miser sur la complémentarité des approches, s’agissant des conservatoires de musique, il ne faut pas éliminer les cours individuels ( et là il y a danger lorsque les choses sont vues sous un angle purement budgétaire ou même idéologique : cela coûte cher, l’enseignement individualisé favoriserait l’élitisme).


Les exigences : nécessité de l’effort, viser la qualité, l’excellence

La Musique s’apprend, s’enseigne comme une discipline dont il faut maîtriser les règles, et là il a été bien rappelé qu’on ne peut pas confondre l’éducation musicale avec le jeu : les conservatoires ne sont pas des centres de loisir, ce qui au demeurant ne doit pas amener comme conclusion que les uns doivent ignorer les autres.

Une partie de l’échange a traité de la question de l’excellence, du risque de discrimination au travers de visées supposées élitistes qui seraient défavorables aux populations défavorisées. De façon convaincante, il a été avancé qu’on ne doit pas opposer culture de masse et recherche de l’excellence, les jeunes doivent se voir tous offerts la possibilité pour eux d’aller le plus loin possible, sans qu’aucun préjugé ne freine les trajectoires qui vont dépendre de la personne, de l’enfant dont on va découvrir le potentiel au cours de son apprentissage, un apprentissage qu’il faut savoir présenter ( à l’enfant, aux parents) positivement, simplement.


Les pressions qui pèsent sur les jeunes : fatigue, dispersion, trop peu d’attention pour les matières artistiques


Les difficultés n’ont pas été ignorées, et tout particulièrement, il a été fait allusion à certains des méfaits de notre temps : d’abord précisément, on a rappelé cette question (pression) du temps qui manque, qui est consacré à trop d’activités, qui ne permet plus assez de sérénité ; les élèves arrivent fatigués à leurs cours de musique.

Autre difficulté soulignée, et qui semble particulièrement aiguë en France : l’état d’esprit dominant à propos des parcours éducatifs ou scolaires dans un monde où on ne parle que de chômage ; les parents vont se concentrer sur ce qui leur parait essentiel pour réussir, et qui ne va pas privilégier les matières artistiques loin s’en faut, ce qui est regrettable : les enfants peuvent être mis sous pression se trouver éventuellement privés d’accès au domaine de la musique, et forcés de se concentrer sur des matières jugées comme les seules valables pour leur avenir.


Les responsabilités du système : trop de complexité, pas assez d’écoute

Le système au demeurant ne fait rien pour atténuer les choses, comme en témoigne la réduction au fil du temps, du nombre d’heures allouées aux activités artistiques. De ce point de vue, sans que cela ait été dit aussi explicitement, la situation en France contraste avec celle d’autres pays européens, plus ouverts semble-t-il, à l’enseignement de l’art.

De certains échanges, il ressort une critique implicite de l’organisation ministérielle dans son approche ou traitement des questions artistiques : outre un déficit de considération sur ce sujet pourtant important pour aider à l’épanouissement de’ l’enfant, il y a ici comme ailleurs une difficulté qui tient à la complexité : qu’il s’agisse des statuts, des termes employés, des priorités, des institutions on comprend de ce qui est dit qu’il y a des silos hermétiques l’un à l’autre, une absence de dialogue, une diversité, toutes choses qui nuisent à une approche satisfaisante des choses : les secteurs artistiques, notamment dans la partie Musique , gagneraient à ce qu’il y ait plus de clarté et d’unité, et là, sans doute, des progrès pourraient être réalisés si du côté de l’Éducation nationale et du Ministère de la culture on savait plus et mieux organiser des dialogues avec toutes les parties prenantes en les mettant en réseau de façon appropriée.


La musique et ses facultés de transformation cognitive avec des effets positifs

Une contribution tout à fait intéressante a été donnée par l’expert en sciences cognitive à propos des effets de la musique sur les personnes.

De façon succincte on retiendra les idées suivantes :
Sans disconvenir de l’importance de la pratique individuelle ( technique) pour vraiment maîtriser la matière musicale, M BIGAND, à partir des résultats d’analyses des fonctions cérébrales testées sur des groupes de personnes, a mis en évidence tout l’impact qu’ont l’apprentissage et la maîtrise de la musique sur les fonctions cognitives. Les analyses menées ( analyse des circuits et connexions neurologiques, avec effet de substances biochimiques au niveau du cerveau comme la dopamine) montrent qu’il ne s’agit pas d’incidences banales, la musique apparaît comme capable d’activer les parties du cerveau dédiées au langage, et l’examen systématiques des fonctions de réaction montre clairement un effet sur ce qu’on pourrait qualifier l’intériorité, ce qui finalement renvoie à l’essence de l’humain.
Ces interactions ne sont pas réduites à un rapport solitaire entre « la personne et la musique », et là émerge la principale idée mise en évidence par les travaux scientifiques, celle du rapport à l’autre tout à fait essentiel dans tout exercice musical, et marqueur avéré de l’essence de l’humain .

Deux exemples nous ont été donnés issus de travaux scientifiques :
le premier montre que l’incidence positive de la musique ou du chant peut commencer dès le plus jeune âge, comme l’a attesté un test des relations de la mère avec son bébé au travers du chant : on a fait ressortir ainsi l’effet rassurant des sons harmonieux ( berceuses), l’enfant au travers du son musical perçoit une parole apaisante avant même la maîtrise du langage parlé.(analyse des fonctions cérébrales).
L’autre restitution qui nous a été donnée concerne les concertistes, et fait ressortir à quel point la musique parvient à activer les fonctions cérébrales de façon synchronisées lorsqu’on analyse les profils des liaisons neurologiques : il y a une similitude, une harmonie du profil des concertistes, qui fonctionnent chacun en résonance avec les autres .


Conclusion retenue par l’intervenant : la musique a une incidence forte sur les personnes, cette incidence est positive elle renvoie fondamentalement aux notions de communication, de relation à l’autre ; elle est un langage, langage d’harmonie, d’empathie que l’on discerne partout ( des expériences ont montré qu’il n’y a pas de différences selon les origines). Autre constat révélateur d’un impact positif : on tend à vérifier que les personnes immergées dans la matière musicale sont souvent plus à même de maîtriser les problèmes complexes. Ces découvertes permises par les progrès de la science ( IRM) confirment les intuitions selon lesquelles la musique, langage universel, est tout à fait importante en termes civilisationnels en ce qu’elle génère et cultive dans l’esprit humain des vertus d’empathie et de synchronie favorisant le « vivre ensemble »  pour l’enfant et sa mère, les musiciens ensemble, mais aussi, cela a été dit, le musicien et le public.

Voir le site internet de l’UNDC