Institut International de Planification de l’Éducation : débats stratégiques 2018

Débats stratégiques 2018
de
l’I
nstitut International de Planification de l’Éducation


1er Débat : Compétences socio-affectives et l’agenda pour l’Éducation 2030

23 février 2018


L’éducation en crise ? … Des millions de jeunes ne maîtrisent pas les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul, mieux enseigner ces « fondamentaux » est ce suffisant ? Débat. De l’importance de la dimension cognitive, mais aussi de facteurs « socio-affectifs » qui renvoient à cinq aptitudes à développer de façon appropriée selon les âges et les cultures : la maîtrise de soi (stabilité émotionnelle), l’application (être consciencieux), l’amabilité, l’ouverture d’esprit, et l’ouverture aux autres. Assurément, il faut aller au-delà des évidences, ou des idées réductrices pour atteindre ainsi une Éducation de qualité, ce grand objectif de l’agenda 2030 (ODD 4).


En ouverture du cycle 2018 des débats stratégiques de l’IIPE, Mme Suzanne Grant Lewis, Directrice de l’IIPE, a tenu à en préciser la vision, celle « d’aller au-delà des évidences » :

« Il y a unanimité sur la question : nous sommes en présence d’une crise mondiale en matière d’éducation, avec des millions d’enfants et de jeunes incapables de réaliser des tâches fondamentales comme lire, écrire et calculer. Il y a en revanche débat sur ce qu’il convient d’enseigner aux enfants et ce qui favorise une éducation de qualité pour tous, permettant une évolution rapide de la situation. Pour atteindre les objectifs d’apprentissage de l’Objectif de Développement Durable 4 – ODD 4, nous devons aller « au-delà des évidences » et discuter de nouvelles idées et stratégies qui établiront une nouvelle définition de l’apprentissage tout en assurant que tous y aient accès. C’est à cela que s’attachera l’IIPE dans ses débats stratégiques 2018.

Le premier débat, conduit par Dirk Van Damme, responsable de division au sein de la Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE, portait sur le rôle fondamental des compétences socio-affectives. Pour lui, compter, lire, écrire, sont évidemment les compétences de base que les enfants doivent acquérir à l’école, mais pourquoi ne pas y adjoindre le souci du travail bien fait, l’aptitude à interagir avec autrui de manière adaptée, l’ouverture d’esprit ou la gestion de ses émotions ?

Pour Dirk Van Damme ces facultés essentielles, non cognitives, qu’on peut regrouper sous le terme de « compétences socio-affectives », doivent être intégrées et traitées avec une égale importance dans les systèmes éducatifs modernes du vingt-et-unième siècle, parallèlement aux compétences cognitives.

Elles s’inscrivent dans les objectifs d’apprentissage de l’ODD4. Ainsi, la référence aux « acquis véritablement utiles » dans la cible 4.1 et aux « jeunes et [adultes] disposant des compétences […] nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entreprenariat » dans la cible 4.4 renvoie non seulement aux aptitudes cognitives mais aussi aux facultés non-cognitives telles que la résolution de problèmes, le raisonnement critique, le travail d’équipe et la résolution de conflits.

Elles sont cruciales dans la vie professionnelle et les recherches ont également montré qu’elles ont des incidences importantes sur la santé, le progrès social, le bonheur et même la mortalité de l’être humain.

Les recherches psycho-sociologiques ont identifiées cinq grandes catégories de compétences socio-affectives, les « Big Five » : la stabilité émotionnelle (emotional stability), le fait d’être consciencieux (conscientiousness), l’amabilité (agreableness), l’ouverture d’esprit (openess to expérience), le fait d’être extraverti (extraversion).

Plusieurs conclusions ressortent de ces recherches. L’apprentissage de ces cinq grandes compétences socio-affectives est possible (elles évolueront aussi avec l’âge, l’expérience et le cours de la vie). Tout apprentissage (cognitif et non-cognitif) est intrinsèquement social et affectif. Les cinq compétences socio-affectives peuvent être évaluées à travers les cultures : elles sont comparables à travers les cultures. Des recherches basées sur les cinq compétences ont été conduites dans un large éventail de pays et de cultures, les domaines et sous-domaines des cinq compétences ont été identifiés dans presque toutes les cultures, les principales différences sont indiquées dans la composition interne du modèle.

Sur la base de ces conclusions, le Centre de Recherche et d’Innovation en Éducation (CERI) de l’OCDE a lancé une enquête internationale sur les compétences sociales et affectives qui vise à évaluer des élèves de 10 et 15 ans dans plusieurs villes et pays dans le monde entier, en identifiant les conditions et les pratiques qui favorisent ou entravent le développement de ces compétences critiques. Cette enquête vise à évaluer les niveaux de compétences, à identifier les facteurs contextuels importants, à montrer qu’une telle étude est possible et à créer des instruments pour les cycles suivants. Les résultats de cette enquête seront disponibles en 2019.

S’il est évident que les compétences socio-affectives ont un rôle fondamental à jouer dans l’éducation aujourd’hui, et qu’elles font partie de tout processus d’apprentissage, les responsables et autres acteurs du secteur éducatif ne sont pas toujours conscients de leur importance. Comme on a pu l’entendre lors du débat, ces compétences doivent être évaluées au même titre que les autres afin de veiller à ce qu’elles soient effectivement acquises par tous les enfants et les jeunes, ce qui les aidera à s’adapter rapidement et avec succès à un avenir incertain.

Carmel Gallagher, spécialiste au Bureau international d’éducation (BIE) de l’UNESCO et discutante lors du débat, a déclaré que, bien que ne défendant pas l’idée d’une évaluation (dans le sens général du terme), elle l’accepterait sans peine si celle-ci pouvait contribuer à assurer l’éducation et le bien-être des enfants dans une perspective holistique, pour un progrès social global.

PS. Le 12 mars, le prochain débat stratégique de l’IIPE traitera de « L’enseignement supérieur comme bien commun ».

DG/06-03-18

Diversité linguistique et multilinguisme pour construire la paix

Journée internationale de la langue maternelle – 21 février 2018

« Diversité linguistique et multilinguisme : des outils essentiels au développement durable et à la paix »


La Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque année le 21 février depuis 19 ans, et soutenue cette année par l’Organisation Internationale de la Francophonie, est l’occasion pour l’UNESCO de réitérer son engagement pour la diversité linguistique et de rappeler que la diversité linguistique et le multilinguisme sont essentiels pour le développement durable et la paix. La promotion de l’éducation multilingue fondée sur la langue maternelle pour les premières années de scolarisation de l’enfant en est un des éléments clés. Cette année est aussi celle de la commémoration du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule qu’aucune discrimination ne peut se baser sur la langue (Art 2)

Ouverture de la Journée

Elle a été marquée par plusieurs brèves allocutions : celle de Mme Lydia Ruprecht, Division pour la paix et le développement durable, Secteur de l’éducation, UNESCO, de Mme Soo-Hyang Choi, Directrice, Division de l’éducation pour la paix et le développement durable, UNESCO, de S.E. M. Kazi Imtiaz Hossain, Ambassadeur du Bangladesh en France et Délégué permanent auprès de l’UNESCO, de M. Evgeny Kuzmin, VP du Conseil intergouvernemental du Programme de l’UNESCO sur l’information pour tous (PIPT) et de Mme Véronique Taveau, Directrice de la communication de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Les intervenants ont souligné que les langues sont un élément fondateur de l’identité de toutes personnes. Dans son message à l’occasion de la Journée, Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO, déclarait : « Une langue est bien plus qu’un moyen de communication : c’est la condition même de notre humanité. En elles se sédimentent nos valeurs, nos croyances, notre identité. Grâce à elles se transmettent nos expériences, nos traditions nos savoirs. La diversité des langues reflète la richesse irréductible de nos imaginaires et de nos modes de vie.»

Des programmes concrets mis en place par les pays ont été évoqués. Le Bangladesh s’est engagé à fournir un accès à l’éducation à tous les groupes ethniques et linguistiques dans leurs propres langues. Des manuels dans les langues locales sont distribués gratuitement. En Russie, il y a 100 langues autochtones, même si le russe est la langue nationale, chacune de ces langues est représentée dans le système éducatif. La Francophonie soutient l’initiative École et Langues Nationales en Afrique (ELAN) qui vise à la promotion et à l’introduction progressive de l’enseignement bilingue articulant une langue africaine et la langue française au primaire. Elle a également lancé un cours en ligne ouvert et massif (MOOC) « Comprendre et analyser les enjeux du développement durable » que 12 000 participants ont déjà suivi.

Vidéo – UNESCO Green Citizens – Les savoirs locaux au Nicaragua

Promouvoir et transmettre les savoirs autochtones. La réserve de Bosawas est le lieu d’habitation des autochtones Mayangna. Après plusieurs séries d’entretiens, de discussions et de commentaires avec les membres de la communauté, le projet a débouché sur la publication d’un livre de plus de 400 pages sur les connaissances et savoir-faire mayangna. Le livre publié est en deux langues : Mayangna et espagnole. Il capture minutieusement l’étendue et la profondeur des connaissances autochtones sur le monde aquatique. La vidéo témoigne en 10 minutes d’une mise en pratique de ces connaissances avec des jeunes enfants sur le terrain.

Présentation et Débat 

Présentation : M. Billal Fouad Barakat, Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM Report), UNESCO : Langue d’enseignement et alphabétisation en contexte multilingues.

Comment apprendre quand on ne comprend pas ? Un très grand nombre d’enfants ne reçoivent pas un enseignement dans la langue qu’ils parlent à la maison. Au niveau mondial, 40% des jeunes enfants ne sont pas scolarisés dans une langue qu’ils comprennent. Aujourd’hui dans 21 pays d’Afrique sub-saharienne, l’enseignement est donné dès le primaire dans la langue internationale de la région. Les enquêtes montrent pour ces enfants un retard significatif dans leur niveau d’alphabétisation par rapport aux enfants dont l’enseignement a été donné jusqu’au niveau du secondaire dans leur langue maternelle.

Le travail d’enquête et les conclusions du Rapport mondial de suivi sur l’éducation insistent sur le fait que l’enseignement devrait être donné en langue maternelle pendant 5 ans, qu’il est nécessaire que les professeurs soient formés à enseigner en langues maternelles et que des manuels scolaires en langues maternelles soient mis à leur disposition et à celle des enfants.

Débat : « Nos langues, nos atouts »

Quatre intervenants sont venus apporter leur expérience sur la défense des langues locales.

Mme Capucine Boidin, Anthropologue, Institut des Hautes Études d’Amérique Latine (IHEAL), Sorbonne. Elle a travaillé longuement au Paraguay (et reste en lien avec ce pays) sur la question de la langue guarani dans le contexte d’un pays où l’espagnol était la langue dominante. Les personnes parlaient guarani mais écrivaient en espagnol. En 1992 le guarani a été reconnu comme langue nationale au même titre que l’espagnol. C’est un défi énorme qui a marqué un tournant pour le pays avec un renforcement du sentiment d’identité et d’estime de soi.

M. Patrick Mouguiama-Daouda, Linguiste, Professeur à l’université Omar Bongo, Libreville, Gabon. Quelle place a la langue locale dans le pays ? Il peut y avoir un sentiment de refus, qu’est-ce que représente l’identité ancienne pour des populations qui n’ont plus de territoires et de culture ? Pour que vivent les langues locales il faut un engagement des communautés locales. Les langues du Gabon et du sud Togo sont en danger et il est difficile de trouver un financement pour les promouvoir, mais quel est le nombre de personnes qui les parlent ?

Mlle Victoria Exley, Chargée des politiques et des plaidoyers en matière d’éducation, représentante de « Global book Alliance » (GBA). S’il n’existe pas de livres en langue locale il y a évidemment un problème de fond. L’Alliance mondiale du livre est un partenariat d’agences donatrices, d’institutions multilatérales et d’organisations de la société civile qui se sont engagées à apporter des livres à tous les enfants du monde d’ici 2030, dans la langue que les enfants utilisent et comprennent (y compris le braille et la langue des signes). Pour promouvoir plus largement l’accès aux livres, GBA vient de lancer le projet d’une bibliothèque numérique mondiale (Global Digital Library – GDL) avec un accès en ligne et des licences libres. Un partenariat spécifique est à l’essai au Cambodge, où les besoins sont vastes du fait de la multiplicité des langues. Il s’agirait de fournir des livres et de créer un poste de radio.

M. Sebastian Drude, Linguiste, Centre international Vigdis des langues du monde, Islande. Il y a 7000 langues dans le monde, tous les 15 jours une langue disparaît. Cela est particulièrement vrai aux États-Unis et en Australie. Les langues ne seront utilisées que si les populations sont fières de leurs langues et disposeront de livres dans la langue locale. Pour ce qui est des migrants, quel est le respect de leur langue dans le pays d’accueil, dans quelle langue s’exprimeront leurs enfants ?

Conclusion

Le multilinguisme a été le fondement des sociétés pendant des siècles, ce n’est qu’à l’époque moderne que sont apparus des langues dites « dominantes ». Le phénomène est encore plus marqué aujourd’hui avec la prédominance de l’anglais en particulier dans les sphères du scientifique et du numérique.

La diversité des langues, comme la diversité culturelle, est à protéger. S’il existe des arguments éducatifs forts en faveur de l’enseignement dans la langue maternelle, il est également nécessaire de veiller à ce que l’éducation assure à la fois, et d’une manière équilibrée, la capacité à employer les langues locales et un accès aux langues mondiales de communication.

DG/27-02-18

 

Programme hydrologique international : PHI – 56ème session

 Bureau du Programme hydrologique international (PHI)

56ème session du 20 au 22 février 2018


AGENDA :
Le Bureau a examiné les développements institutionnels au sein de l’UNESCO, y compris la proposition d’une Nouvelle architecture mondial de l’eau, la mise en œuvre du programme et son aspect budgétaire

Résumé :
L’impression générale après avoir assisté à 2 journées de présentations est que le PHI est, à l’heure actuelle, dans une mauvaise phase et cela pour 2 raisons qui seront développées ci-dessous :

  • Une concurrence effrénée entre pas moins de 70 institutions qui gravitent autour de l’eau et souvent sur les mêmes sujets.
  • La coupe de son budget de 70%, suite au retrait récent des USA, Israël. La réaction à ce retrait dicté unilatéralement par le président des USA Donald Trump est l’explosion des dépenses extra-budgétaires financées directement par certains État Membres sur des sujets spécifiques, par compensation.

Quatre sujets sélectionnés dans les débats :

 1. Trois exemples sur la concurrence au sein de l’ONU entre acteurs « Eau »

1.1 Proposition d’une Nouvelle Architecture Globale de l’Eau (sous-point 3.2 de l’ordre du jour)

Le compte rendu du CCIC de la réunion du PHI en date 20 Septembre 2017 finissait dans ces termes :

« La NOUVELLE ARCHITECTURE GLOBALE DE L’EAU (NAG) n’est pas un concurrent du PHI, mais devrait le rendre plus efficace. Tous les États membre qui ont pris la parole lors de cette réunion ont souligné l’importance du PHI et de son maintien.
A suivre… »

Rappel historique (document UNESCO) :

Dans son rapport final de novembre 2015, le Conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement (UNSGAB) du Secrétaire général de l’ONU propose l’établissement, dans le cadre des Nations Unies, d’un comité intergouvernemental sur l’eau et l’assainissement et d’un groupe de haut niveau sur la recherche scientifique et les pratiques relatives à l’eau et à l’assainissement ; il préconise en outre le renforcement d’ONU-Eau afin que ce mécanisme joue son rôle de secrétariat pour les nouveaux organes.

Sur la base de la proposition de l’UNSGAB, plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suisse ont lancé “Une initiative en faveur d’un organe intergouvernemental des Nations Unies sur l’eau” et plaidé pour la création d’un tel organisme afin :

  • d’encourager le suivi et l’examen de la mise en œuvre de l’ensemble des ODD (Objectifs de Développement Durable) et cibles relatifs à l’eau ;
  • de fournir des apports thématiques essentiels au Forum politique de haut niveau pour le développement durable mis en place par les Nations Unies.

La principale raison qui a incité à proposer la création d’une nouvelle agence de l’eau et l’établissement d’un dialogue est l’absence d’un organe intergouvernemental consacré à l’eau. Le dialogue au niveau opérationnel aidera en outre les États membres à discuter et décider de la future mise en place d’une architecture globale de l’eau au niveau mondial.

Au cours des dialogues suivants, à New York (le 22 mars et le 30 mai), les participants ont suggéré et consigné dans le document final des consultations des “Moyens possibles d’améliorer l’intégration et la coordination”, comme suit:

  • Procéder à un examen des activités en cours des organismes et mécanismes des Nations Unies en vue d’identifier les lacunes potentielles, les chevauchements et les domaines où la coopération pourrait être intensifiée,
  • Renforcer ONU-Eau et son mandat et accroître les contributions à ONU-Eau des membres d’autres organismes des Nations Unies, afin d’améliorer l’interaction avec les États membres,
  • Examiner la valeur ajoutée et les faiblesses des différentes plateformes, y compris la Décennie de l’eau ; formuler des orientations cohérentes et superviser les activités de contrôle et de suivi,
  • Faciliter l’utilisation des initiatives et cadres existants auxquels pourraient être intégrées les activités et ressources pertinentes par le partage des données d’expérience et des meilleures pratiques, mobiliser de nouvelles sources de financement et renforcer les capacités (également aux niveaux national et local),
  • Assurer une meilleure intégration des objectifs et cibles relatifs à l’eau dans le cadre plus général du HLPF,
  • Utiliser les examens nationaux volontaires au sein du HLPF pour s’assurer que les pays relèvent les défis liés à l’eau,
  • Inviter les commissions économiques régionales des Nations Unies à accueillir des discussions sur les ressources en eau et à partager les meilleures pratiques et les leçons de l’expérience,
  • Examiner les liens avec la réforme en cours du système des Nations Unies pour le développement.

Rôle actuel du PHI (document UNESCO) :

Il y a quarante-deux ans, considérant les résultats de la première Décennie hydrologique internationale, les États membres de l’UNESCO ont décidé de créer le premier programme intergouvernemental relatif à l’eau, le Programme hydrologique international (PHI), afin de relever les défis mondiaux.

Aujourd’hui le PHI est le seul programme intergouvernemental du système des Nations Unies consacré à la recherche hydrologique, à la gestion des ressources en eau et à l’éducation et au renforcement des capacités dans le domaine de l’eau. Si, depuis sa création, il a évolué pour adapter ses orientations thématiques aux besoins des États membres, de programme purement axé sur la collecte des données et la recherche scientifique à programme de gestion des ressources en eau et de renforcement des capacités, il n’en va pas de même de sa gouvernance.
Le PHI compte 168 pays membres, dont 70 % sont représentés au niveau ministériel et 30 % le sont par des universitaires ou des chercheurs. Les membres du système de gouvernance du PHI sont des techniciens (généralement du niveau de directeur ou d’expert technique), d’où un déficit de gouvernance au niveau ministériel.
La création récente de la NAG parallèlement au PHI montre la concurrence exacerbée entre de nombreuses institutions sur le sujet de l’Eau.

1.2 Concurrence/ collaboration sur les bassins transfrontaliers.

Dans le cadre de l’ODD 6.5.2, l’inventaire récent des aquifères au niveau mondial a mis en évidence 592 réservoirs aquifères partagés entre plusieurs pays. Cela concerne 153 états.

Un dialogue a été initié avec ces pays et le PHI en collaboration avec l’UNECE à Genève (United Nations Economic Commission for Europe). L’UNECE est un organisme européen qui n’est donc pas de compétence mondiale comme l’UNESCO.

Lors des débats, la Turquie et l’Allemagne ont soulevé l’approche différente de l’UNECE qui a adressé un questionnaire diffèrent à ses états membre et a ceux qui ne le sont pas, ce qui est diffèrent de la méthode de travail de l’UNESCO.
Néanmoins 106 rapports (sur 153 pays) ont été reçus aujourd’hui.
Une fois ces différentes approches réglées, des indicateurs de coopération pour faciliter la gestion des aquifères partagés entre pays sera proposé pour être approuvés par les membres du PHI en 2020.

1.3 Concurrence / collaboration au sujet des Océans (COI)

La Commission Océanographique Intergouvernementale a été créé en 1960 et regroupe 149 états membres.
Elle étudie la santé des Océans, l’impact des changements climatiques sur les océans et a développé en particulier récemment une alerte tsunami.

Systèmes d’observation des océans

La première carte (cliquer pour agrandir) montre la densité énorme de points d’observation installés dans les océans.

Source : Intergovernmental Oceanographic Commission

La COI est l’autorité de tutelle de l’ONU pour l’ODD 14 – préservation de la vie aquatique –
Elle collabore avec le PHI.
La COI dispose de nombreux programmes qui sont référencés par des acronymes très nombreux.

 2. Coupe de 70% dans le budget du PHI pour les 6 derniers mois de 2017 et conséquences

Or, malgré cette compétition accrue entre acteurs dépendants de l’ONU, les fonds pour les gérer se sont évanouis…

D’après un document UNESCO, à la fin du mois de juin 2017, le Secrétariat de l’UNESCO a été informé par l’Équipe dirigeante de l’Organisation de ce que, par suite du non-paiement des montants dus par trois des 25 plus gros contributeurs de l’UNESCO, un plan d’urgence était mis en place en vue de recouvrer 50 millions de dollars des États-Unis.
À cette date, le PHI disposait, dans les unités hors Siège et au Siège, de 843 039 dollars. Un montant global de 592 206 dollars, soit 70 % du total, a été “gelé”.
La Division des sciences de l’eau, qui disposait de 407 150 dollars, a subi une coupe globale de 312 615 dollars représentant 77 % du budget total disponible

2.1 Conséquences des coupes budgétaires :

Le gel d’une part de ses ressources a empêché le PHI de mener à bien l’évaluation de ses initiatives et programmes et d’être adéquatement représenté au 9e Forum international de l’eau à Jeju (Corée du Sud), à la Semaine mondiale de l’eau et à la réunion d’ONU-Eau (Suède, août-septembre), ainsi qu’aux réunions sur les eaux souterraines dans les zones arides et le changement climatique (Tunis) et sur la qualité de l’eau en Asie centrale.

Le travail qu’il était prévu d’accomplir pour évaluer la gestion des eaux en milieu rural et soutenir les populations les plus vulnérables a été annulé, les travaux relatifs aux effets du changement climatique sur les glaciers et une activité conjointe sur la rareté et la qualité de l’eau ont été suspendus, ainsi que la contribution à l’organisation d’un colloque international sur l’éco-hydrologie et l’économie circulaire. Enfin, une réunion planifiée en vue de définir les priorités des comités nationaux du PHI a été annulée.

Les bureaux hors Siège ont été également affectés, ce qui a affaibli l’impact de l’UNESCO sur le terrain, notamment en Asie, où se tenaient une réunion sur les écosystèmes en vue du Forum mondial sur l’eau et le Sommet sur l’eau pour l’Asie et le Pacifique.

Ont également été annulées des réunions du PHI sur la réponse aux crues dans les pays en développement, la revitalisation de l’initiative “Du conflit potentiel au potentiel de coopération” en vue d’une nouvelle stratégie de diplomatie de l’eau. Le recrutement d’un expert pour la Section des systèmes d’eaux souterraines a été suspendu.

2.2 Explosion des financements extra-budgétaires 

Le Secrétariat du PHI a préparé l’établissement d’un compte spécial. Celui-ci permettra au PHI de recevoir l’aide financière extérieure dont il a besoin pour répondre aux demandes des États membres, principalement dans le domaine des activités de renforcement des capacités à l’appui des États membres et des initiatives majeures approuvées pour la Huitième phase du PHI. L’établissement du compte spécial a été approuvé par la Conférence générale à sa 39e session en novembre 2017.

Pour illustrer cette dérive, en ce qui concerne l’axe d’action 6 – renforcer la sécurité de l’eau – le financement extra-budgétaire (8,3 M US$) est devenu trois fois plus important que le budget ordinaire (2,8 M US$).

 3. Actions entreprises par le PHI depuis la 55eme session du bureau (Juin 2017)

Voir la définition des Thèmes ci-dessous sur le compte-rendu de la réunion du PHI en date du 29 Septembre 2017.

Thème 1 : préparation du forum sécurité Eau en Octobre 2017. Publication de la stratégie PHI de gestion de l’eau, des écosystèmes, de la gestion des inondations.
Thème 2: Les eaux souterraines dans un environnement en évolution.

Publication de nouvelles cartes :
La carte mondiale des aquifères karstiques,
la carte du changement des précipitations de 1981 à 2010,
la carte du transfert de populations de 1980 à 2010

Participation au projet sur les aquifères côtiers et de Nubie. En Septembre 2017 coopération avec le Sahel.

Thème 3 : Qualité de l’eau. Publication sur la sécurité de l ‘approvisionnement de l’eau, diplomatie de l’eau. Démarrage du portail IIWQ (International Initiative on Water Quality). Classification des polluants au forum en Suède. Priorité dans le développement des aquifères en Octobre 2017.

Thème 4 : Global Water Pathogen Project. Processus de certification de l’eau. Gestion de l ’eau dans les très grandes ville (megacities).

Thème 5 : 21 sites PHI y participent aux activités d’éco-hydrologie. Formation de développement de solutions naturelles. Publication des activités.

Thème 6 : Éducation. 32 états membres sont concernés pour le profit de 18 universités. Projet FREEWAT a été clos en Octobre 2017. Il a formé 650 personnes.

 4. Remarques et Questions du président :

  • Comment présenter le travail du PHI de façon synthétique pour intéresser les politiques ?
  • Il faut « civiliser » les rapports au-delà des jargons scientifiques et des acronymes…
  • Le président déplore que sur 36 sites PHI seulement 20 ont publié un rapport en 2017. C’est largement insuffisant.

Il faut noter que l’impact des coupes budgétaires ne semble pas encore totalement intégré sur le budget 2018. De nombreux arrêts de projets sont donc à prévoir.

NETEXPLO : le Forum des TALENTS Journées du 14 et 15 février 2018

Le Forum UNESCO/Netexplo constitue une opportunité de découvrir les nouvelles tendances émergentes de l’utilisation de la technologie numérique, et de rencontrer les créateurs de ces innovations.
Ce Forum a été l’occasion de découvrir les innovateurs internationaux les plus prometteurs d’aujourd’hui dans le domaine de la technologie numérique, et qui inventent de nouvelles formes d’éducation, de communication, d’information, de solidarité et de gestion dans le monde entier. Ces innovations ont un impact sur la manière dont les acteurs des secteurs public et privé réfléchissent aux questions de développement, au dialogue et à la diversité. Elles influencent l’élaboration de nouveaux programmes et stratégies.
Le 11ème Forum UNESCO Netexplo a eu lieu les 13, 14 et 15 février 2018 à la Maison de l’UNESCO à Paris. Il récompense les innovations et les talents émergents du monde numérique dans 10 domaines clés : Intelligence Artificielle, Big Data, Bioech, Blockchain, Cybersécurité, Jeux, IoT, Robotique, Médias Sociaux et impression 3D.


NETEXPLO : le Forum des TALENTS Journées du 14 et 15 février 2018

Un monde en pleine transformation/Nouvelles techniques, nouvelles façons de travailler, nouvelles compétences, nouvel esprit

Introduction

Les bienfaits de la révolution numérique sont fantastiques. La consultation des sites, l’utilisation des applications, les achats sur Amazon, les messages sur Facebook, les objets connectés… Mais à côté de cette face de lumière, il y a l’ombre. Des algorithmes puissants traitent des milliards de données laissées sur Internet. Ils nous rendent complètement transparents pour les plateformes. Celles-ci connaissent ce que nous mangeons et aimons, notre statut matrimonial, notre religion… Facebook, qui compte deux milliards d’utilisateurs, détient en moyenne 98 renseignements sur chacun d’entre eux… et les recoupe pour nous «profiler».

Notre civilisation européenne et plus encore française, a inventé, avec les Lumières, l’idéal de la transparence: en finir avec le secret du pouvoir…

Comment la transparence s’est-elle transformée en tyrannie pour l’homme ?

Alors oui, Big Data pourrait devenir Big Brother. 

Et pourtant comment un monde de plus en plus technologique peut-il quand même devenir un monde plus humain ?


FORUM DES TALENTS les 14 et 15 Février

Un nouveau vocabulaire du Digital a éclos. Le milieu parle de :

Intelligence Artificielle, Big Data, Biotech, IoT, Gaming, Blockchain, Impression 3D, Cyber sécurité.

Ces termes ont et vont avoir un impact majeur sur la relation client, l’accompagnement des collaborateurs, les nouvelles formes de travail. Ils bouleversent les habitudes, renversent les organisations et les hiérarchies existantes et plus encore métamorphosent les mentalités.

Avant de récompenser des talents sur chacun de ces termes, des experts mondialement reconnus se sont succédé pendant 2 journées pour exposer l’état de l’art sur ces sujets.


Mais d’abord que veulent dire tous ces termes ?

  1. IA : Intelligence Artificielle

Peu croyait à l’utilisation importante de l’IA il y a 20 ans, comme peu croyait au développement de la toile (web) avant l’avènement de la bulle internet.

Trop de données sont sur Internet, ce qui les rend rapidement inutilisables sans recours aux outils informatiques. Il faut les structurer et en extraire des tendances par type d’utilisateur, pour certaines activités ciblées. C’est le but de l’IA : faciliter la vie des utilisateurs en leur proposant des choix s’adaptant à leur profil.

Aujourd’hui les experts déplorent trop d’automatisation dans les processus pas assez « mise en capacité » (empowerment) des utilisateurs. Dans l’avenir, la relation entre les 2 acteurs devra être plus interactive.

Exemple d’objectif de l’IA en matière médicale : avoir un chirurgien en contact avec des endroits différents pour aider à opérer plutôt que de remplacer le chirurgien actuel. L’IA aidera un chirurgien sur place à opérer à distance grâce à l’expérience de centaines d’autres chirurgiens stockée dans le programme.

Pour les consommateurs, l’IA propose des actions adaptées à un profil prédéterminé. De plus elle permet de faire plusieurs choses en même temps et par exemple en ne se déplacent plus pour rechercher et réserver un train.

Les algorithmes sont des outils programmés qui déterminent d’abord votre profil d’utilisateur au milieu de centaines de millions d’autres personnes en fonction des choix (relatifs à des achats, des goûts…) ou des questionnaires auxquels vous avez répondus auparavant. Ensuite ils vous proposent de nouveaux choix (par exemple, vous aimez tel chanteur, alors l’IA vous proposera d’acheter le CD d’un autre chanteur du même style).

Les algorithmes pourront aussi renseigner une entreprise où se trouve le marché pour chaque type de produit qu’elle veut mettre en vente et ainsi déclencher une campagne de publicité.

Or aujourd’hui, ces algorithmes sont basés sur des maths d’il y a 20 ans… Il n’y a pas eu de changement majeur dans la construction de ces algorithmes depuis longtemps.

Malheureusement, l’IA peut aussi donner un résultat biaisé par une mauvaise sélection des data (par exemple, on ne prend en considération que les attentes des hommes et non des femmes pour proposer des vacances) ou un algorithme est influencé par des prescripteurs (on oublie les données d’un compétiteur dans le choix proposé entre différents produits). On est alors dans la manipulation.

AI peut aussi rendre bête (!), par exemple dans le guidage par GPS car rapidement on ne sait plus se servir d’une carte, ni mémoriser un parcours.

Le marché américain est leader car il prend d’avantage en compte l’importance de la rapidité de la mise en œuvre de l’IA. De plus, les autorités américaines interviennent très peu pour ne pas freiner les applications, quelques fois sans exercer le principe de précaution. L’Europe rattrape son retard… l’IA est maintenant omniprésente et très peu sont les secteurs ou elle n’est pas utilisée.

Certains comme Luc Julia VP innovation chez Samsung / fondateur de Siri pensent que l’IA n’est qu’une automatisation d’une connaissance, et ne mérite pas encore le nom d’intelligence. Ce le sera quand elle sera capable de créer un objet ou un service qui n’existe pas.


  1. BIG DATA

Le Big Data est simplement la mise en commun massive de données collectives procurées gratuitement par les individus et les groupes humains pour le profit de grandes Sociétés, le plus souvent américaines (Facebook, Tweeter, Amazon…) Cela représente des quantités de données phénoménales.

Dans le cadre des activités des Entreprises, le Big Data améliore leurs 2 objectifs : tout d’abord la production, en optimisant la chaîne d’approvisionnement en dégageant les tendances de consommateurs et leurs attentes. Ensuite et avec la même démarche, les services sont plus efficaces en prédisant le comportement de chacun : on le fait acheter mieux et plus.

La pertinence des algorithmes est plus importante que leur performance. Comprendre les paramètres qui rentrent dans la confection d’un algorithme permet de détecter quel sera le paramètre décisif pour tel type d’utilisateur et ainsi de contrôler la pertinence de la réponse.


  1. ROBOT

Ce mot vient du mot russe « rabota » qui veut dire travail.

« un robot d’agrément » (comme il y a des chiens d’agrément), qu’on peut caresser et qui vous parle en anticipant les besoins de son maître grâce à l’intelligence artificielle.

La plupart des robots reproduisent des tâches industrielles répétitives (découpe du tissu, du métal, la soudure…) souvent fatigantes et qui pouvaient être dangereuses pour les opérateurs dans le chimique ou le nucléaire par exemple. On y gagne en rapidité, en précision et en qualité constante. Une révolution dans les compétences requises chez les opérateurs a été nécessaire.

Parallèlement a ce changement, le besoin de développer un certain type de robot s’est fait sentir au Japon.

En effet la population vieillit et les jeunes comme les vieux souffrent de solitude. Les chercheurs japonais ont alors développé le « robot compagnon ».

C’est donc une présence humaine que la technique apporte ici grâce à une relation visuelle et orale avec un objet qui peut se toucher.

Pour les personnes âgées, le robot répond aux questions, aide à la décision, rappelle ce qui est oublié. Il combat la solitude.

Les jeunes, habitants des grandes villes, viennent souvent de la province (seulement 25% des habitants de Paris sont d’origine parisienne). Les citadins sont souvent seuls. Ils recherchent de la chaleur humaine dans le robot qui est en quelque sorte un chien qui peut en plus être caressé mais peut aussi parler, répondre, proposer des sorties, des achats, danser, chanter… La photo ci-joint montre un exemple de robot présenté à Netexplo par une japonaise de 22 ans : on dirait un petit fantôme blanc… Sa société vient de lever 80 millions de dollars pour continuer à son développement.


  1. IMPRESSION 3D

Les photocopieurs sont des machines d’impression 2D. L’impression 3D permet de produire un objet qui ne pourrait pas être moulé, à partir d’un fichier électronique qu’on peut donc envoyer presque partout. La machine développée à cet effet projette de la poudre sur une petite couche de quelques microns d’épaisseurs qui représente une tranche de l’objet final. Grace a un rayon laser très précis, cette poudre photosensible durcit à certains endroits définis dans le fichier électronique. Finalement la juxtaposition des couches reproduit l’objet demandé avec une grande précision. De nombreux matériaux peuvent être imprimés et colorés, du nylon au métal. Par exemple des pièces d’avion en titane sont imprimées sur les porte-avions américains en tout endroit du monde, ce qui évite d’avoir à bord un stock de pièces détachées importants. Le milieu médical est aussi très friand de cette technologie pour les prothèses comme l’illustre la photo ci-contre. Des laboratoires cherchent aujourd’hui à imprimer des cellules vivantes.

Au niveau du grand public, le défi actuel de l’impression 3D est de passer de la production de prototypes de petites séries à la grande série pour abaisser la barrière des coûts. Deux obstacles existent aujourd’hui, qui sont un frein pour les utilisateurs : d’une part le coût des machines qui produisent des pièces de bonne taille (de 200 000 à 1 million d’US$), d’autre part la compétence élevée de l’opérateur pour le maniement des fichiers 3D et pour le fonctionnement du programme qui pilote la machine. Des simplifications sont attendues sur ce sujet.

En ce qui concerne l’imprimante elle-même, les deux difficultés techniques d’aujourd’hui sont la lenteur de l’impression des grosses pièces en métal, très gourmande en énergie et aussi la finesse du rendu qui nécessite une explosion du nombre de données à traiter.

A noter que, dans les entreprises non équipées, par simple peur du changement, les ingénieurs production freinent l’impression 3D d’une seule pièce qui remplacerait l’assemblage de plusieurs pièces moulables.

La réduction des coûts sera sans doute dans le partage de parcs de machines pour les PME dans le futur.

Enfin le sujet de la défense de la propriété industrielle sur un fichier envoyé électroniquement semble moins important qu’évoqué il y a quelques années grâce aux nouveaux algorithmes de chiffrage et aux difficultés d’utilisation.


  1. CYBERSÉCURITE

Chaque jour illustre la vulnérabilité des Systèmes Informatiques vis-à-vis de hackers. La prise en compte de leur sécurité survient malheureusement après la découverte des problèmes et non avant.

L’aspect sécurité doit être intégrée dès la conception d’un produit car il est plus difficile ensuite de rattraper les inconvénients.

La vulnérabilité est liée à la technologie employée. Par exemple les centrales nucléaires sont plus vulnérables aux attaques et aux accidents que les centrales classiques.

La sophistication des cyber-attaques augmente plus vite que leurs parades.

Les PME sont moins bien protégées que les Grands Groupes. C’est une question de moyens.

Les startups spécialisées dans la Sécurité travaillent d’abord pour les Grands Groupes qui sont souvent seuls capables de les rémunérer pour développer leur cyber-sécurité. Les PME ont ici aussi intérêt à se grouper et développer en commun des produits innovants, ce qui parallèlement peut représenter le risque d’être copié.

Habituellement, les start-ups ne déposent pas de brevets pour protéger leur savoir-faire. En effet le dépôt de brevet nécessite de détailler leur design et processus qui seront alors accessibles à tous. Elles préfèrent travailler dans le secret.

La rapidité d’exécution de la mise en œuvre est essentielle.

Les cyberattaques se traduisent le plus souvent en demande de rançons (par exemple : « si vous ne payez pas, alors votre fichier client sera détruit ») et en détournements de paiements.


  1. IoT : Internet on Things

L’IoT relie les outils connectés grâce à la toile. L’interconnectivité entre smartphone, ordinateur, montres, etc est leur raison d’être.

L’IoT est ce qui permet aux Big Data d’exister.

Du point de vue de l’industrie du digital, les sociétés de hardware (imprimante 3D par exemple) vont devenir des sociétés de service. Ce sont les sociétés de software (les GAFA, désormais GAFAM, acronyme constitué des géants les plus connus : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui donnent de la valeur aux sociétés de hardware et sont infiniment plus puissantes et riches. La matière grise est toujours mieux rémunérée que les mains…

Doter l’industrie de standards est perçu comme un obstacle à l’innovation. L’Europe sera toujours en retard à ce sujet sur les USA, même si les innovations des américains viennent souvent des étrangers… auxquels ils rachètent les brevets et importent le personnel qualifié…

L’avenir affiché par les spécialistes est d’ouvrir les datas entre eux mais rarement les softwares qui restent la propriété de leur créateur. Ceci semble en contradiction avec une volonté de savoir ce qui compose les algorithmes, sujet combattu par les puissants GAFA. De plus l’interconnexion de données semble aussi difficile à mettre en œuvre par les même GAFA qui protègent chacune leur pré carré.

Finalement les GAFA ont bouclé elles même le système, au lieu de l’ouvrir. En effet les conditions légales d’utilisation de leurs softwares stipulent que les utilisateurs renoncent à être propriétaires de leurs propre data pour le seul bénéfice de l’éditeur du software.


  1. BLOCKCHAIN

Le Blockchain est un tableur (du type Excel) décentralisé (et donc qui n’est pas la propriété des GAFA) avec des macros (petits programmes internes faisant des calculs sur des cellules du tableur) accessible par chacun depuis son ordinateur personnel.

Les utilisateurs ont accès à des données transparentes (communes a tous), éditables (qu’on peut récupérer facilement…). Les blockchains sont améliorés en permanence par les utilisateurs (de la même façon qu’avec Wikipedia pour le savoir encyclopédique).

Ces changements sont validés (ou rejetés) par la majorité des utilisateurs. Ils ont permis le développement des Bitcoins, cette monnaie virtuelle, d’où le buzz actuel…

A noter qu’après l’exposé de 40 minutes fait par un des fondateurs (français…) du Blockchain, la première question posée par l’audience du Netexplo a été : « plus on m’explique ce que sont les Blockchains, moins je comprends… », ce qui prouverait que les experts ont du mal à se mettre au niveau du quidam non geek…


Ce qu’il faut retenir…

Quel sont les futurs talents nécessaires à l’Industrie du Digital pour demain ?

Ces talents devront développer une nouvelle vision de l’avenir, auront une approche globale (systémique) grâce à la connectivité des appareils. Les savoirs seront universels et seront mis en œuvre par des équipes complémentaires.

Ces futurs talents seront reconnaissables à 7 marqueurs :

  1. Travailler en Interdisciplinarité
  2. Faire éclore l’imagination
  3. Repenser les vieilles organisations et les processus de décisions
  4. Être persistent
  5. Avoir un esprit de partage
  6. Donner du sens a son action
  7. Se faire confiance

Quelques messages au management :

Schématiquement, un récent sondage a montré qu’il y a 3 types de personnes dans l’industrie du Digital :

  1. Les geeks qui sont des virtuoses de la technique, souvent solitaires à l’origine,
  2. Les pragmatiques qui ont les pieds sur terre et qui font avancer les sujets en écoutant chacun,
  3. Les pédagogues qui parlent à chacun pour qu’il apporte sa pierre à l’édifice commun.

Ce sondage a aussi montré que les entreprises disent rechercher 10% de geek, 80% de pragmatiques et 10% de pédagogues. Alors que les individus eux pensent qu’il faut 20% de geek, 30% de pragmatiques et 50% de pédagogues.

L’innovation n’a pas de méthode. C’est une attitude fondée sur le détournement de l’existant.

Il est nécessaire de retrouver sa part d’enfant, faire preuve d’agilité et de précocité.

En ce qui concerne le Business model du digital, tout a déjà été écrit dans les années 70-80. Maintenant il faut le faire !

Just do it !

Soyez rebelles… collectivement

FORUM NETEXPLO 2018 Journée du 13 février 2018

FORUM NETEXPLO 2018
Journée du 13 février 2018


Panorama du numérique, Présentation des dix innovations sélectionnées, désignation du lauréat

Innovations, transformation des usages, universalité, vers quel Monde allons nous ? «intégrer les facteurs humains, garder un Monde à visage humain »

C’était la dixième session NETEXPLO. Ce grand rendez vous du Numérique (plus de mille participants) est parrainé par le Sénat et le Ministère de l’Économie et du Numérique. Y concourent le Monde UNESCO, le Monde universitaire (une vingtaine de grandes institutions de réputation internationale), le Monde de l’Entreprise et des Media.

Comme les années précédentes, le FORUM introduit par l’UNESCO et Mme Catherine Morin-Desailly, Présidente de la Commission Culture du Sénat a été structuré autour de trois axes : une présentation des grandes tendances, la présentation des dix meilleures innovations retenues à l’issue d’une sélection de plusieurs centaines de projets (sélection menée avec le concours des Universités du réseau NETEXPLO), et Témoignages ou Analyses donnés par de Grands invités.

Reposant sur les travaux de l’observatoire NETEXPLO organisateur et animateur de l’évènement, le millésime n’a pas failli à sa réputation. Les projets présentés, dans la forme comme sur le fond, les analyses ou témoignages donnés ont renvoyé une richesse inspirante et captivante, qu’il s’agisse des aspects les plus concrets (les projets) ou des réflexions sur l’actualité du numérique, et la métamorphose qui s’opère avec d’extraordinaires avancées. Mais ce qui se dessine n’est pas sans risques.


I Les discours Introductif

UNESCO – M. Getachew Engida Adjoint Directeur Général

L’important est de ne pas confondre le Moyen et la Finalité : la Technique doit être mise à sa juste place, au service de l’Homme et des Valeurs fondamentales qui fondent l’Humanité et la dignité des Personnes, et qui donne du sens. C’est la préoccupation qu’il faut avoir lorsqu’on réfléchit au numérique, une préoccupation qui rejoint les objectifs que vise l’UNESCO (la liberté, l’accès à l’information pour tous, la diversité, l’éducation) et que l’on retrouve dans les ODD de l’agenda 2030.

On pourra aussi rappeler opportunément les bienfaits du concept d’universalité du « net » qu’avait soulignés la Conférence Générale de 2015 en énonçant quatre conditions pour qu’il serve vraiment l’Humanité :le respect de la personne, l’ouverture, l’accès à tous, le respect de règles éthiques.

Voir les défis à relever : la Protection «privée » (privacy), les atteintes à la Personne et les discours de haine, la capacité ou l’incapacité à exercer son jugement critique.

Tout reste ambivalent et nourri à la fois d’espoir et de crainte. Il faut réfléchir sur le numérique pour trouver ce qu’il y a de meilleur dans ce que peut apporter le numérique, atteindre l’optimum en ayant avant tout le souci de lui conserver un visage humain, un ancrage culturel qui appelle à aller au-delà des techniques et fixer des repères, une organisation du monde qui n’accentue pas les inégalités.


SÉNAT Mme Morin-Dessailly Présidente de la Commission Culture et Éducation

Il faut saluer NETEXPLO avec ses fondateurs de l’observatoire du net, Thierry Happe et Martine Bidegain : ces rencontres sont sources d’inspiration, révélatrices de Talents et des grandes Tendances.

Le numérique nous assure une révolution : on entrevoit de belles perspectives au service de l’homme (santé, entreprises, éducation, économie), mais on doit se poser la question de son encadrement, juridique ou éthique, singulièrement là où l’intelligence artificielle étend son emprise. Le Sénat a produit un rapport à ce sujet, un sujet qu’il faut démystifier.


OBSERVATOIRE NETEXPLO M. Thierry Happe

En présentant l’organisation de la journée, annonce de la partie « analyse » et « innovation », le Président de l’observatoire NETEXPLO rappelle que les projets retenus sur la shortlist sont sélectionnés pour leur portée et leur sens , en considérant tout particulièrement les impacts sur la vie des gens, notamment la santé. Signe des temps, 6 des dix projets ont recours à l’Intelligence artificielle. Thierry Happe a aussi introduit les deux journées qui suivent celle du FORUM NETEXPLO, une nouveauté qui prolonge l’événement habituel avec le FORUM DES TALENTS NUMÉRIQUES.

Deux coups de projecteurs nous sont donnés sur respectivement « les données » et « BITCOIN et le « BLOCKCHAIN » :

  • Les « data » : énormité des volumes collectés (messages, photos), gratuitement au profit d’un petit nombre d’entreprises qui les exploitent en profitant de la rente qu’elles se créent (hégémonie) et à l’insu des « producteurs » qui voient leur intimité atteinte. Il faut réguler, l’Europe a commencé. Deux enjeux majeurs : économique (risque avéré de création d’une rente) et démocratique (risque de servitude). Il faut que les personnes puissent contrôler « leurs » données
  • Les « blockchain et bitcoin » : une innovation « technique blockchain » (décentralisation sécurisée des gestions de registres de données) a été exploitée par les promoteurs des cryptomonnaies avec le BITCOIN comme élément emblématique, sorte d’alchimie qui donne à penser que la fortune est à portée de main sans effort. Cet avatar du numérique devenu objet d’une spéculation frénétique révèle les désordres que peuvent causer les innovations numériques alors que les mêmes technologies (blockchain) ont aussi été exploitées pour des services à valeur ajoutée (exemple : organisation d’un cadastre). On est un peu comme dans le Far-west d’antan. Il faut se préoccuper de réguler, ou de gouvernance de tous ces dispositifs qui se créent. On doit aussi se préoccuper parfois de la consommation d’énergie (rappel que pour sécuriser les transactions BITCOIN le système de cryptage mobilise au travers des dits « mineurs de données à vérifier » un volume considérable d’énergie.

II Le Zéro ou/et l’Infini ? Trois tendances… de l’importance de l’Humain

Sandrine Cathelat de l’observatoire NETEXPLO a synthétisé les trois phénomènes qui paraissent ressortir de l’examen de la situation actuelle, elle l’a fait de façon originale et accrocheuse mais très opportunément en retenant le zéro comme élément commun des trois titres traités :

I Interface 0

On avance vers un monde qui utilisera moins d’outils intermédiaires (type écran, clavier, souris) pour remplir certaines fonctions : on fusionne le corps et le numérique en mobilisant les sens (la voix, les yeux, le geste-toucher, les vaisseaux sanguins, etc) ou même la pensée (analyse des activités cérébrales). Ces nouveaux modes opérationnels vont faire disparaître les interfaces pour leur substituer une relation symbiotique que s’approprie le corps et qui est imperceptible, légère à mettre en œuvre.

Via des implants, caméras miniatures, puces, prothèses, oreillettes, etc le corps s’imprègne du numérique qui va capturer les signes, les mouvements, l’intensité des gestes ou de l’attention pour remplir des fonctions (ex un mot de passe) ou les restaurer (activer une main paralysée), ou prévenir (avec des vêtements capables de mesurer les risques de survenance d’un cancer). Autre application de numérique immergé directement dans le vivant : l’installation de capteurs de la chaîne alimentaire permettant d’apprécier l’état d’un fruit ou légume depuis son éclosion jusqu’à sa maturité ou encore la lecture des comportements d’une foule de clients dans un magasin, à partir de l’analyse de leurs regards et gestes pour percevoir les goûts ou intentions d’achat…

Multiples progrès, extraordinaire complicité entre le corps et le digital, avec du potentiel… mais jusqu’où veut on aller, quelle atteinte à notre liberté ? Quelle est notre vision des relations que nous avons au Monde : autant de questions qu’il faut se poser devant la survenance de toutes ces inventions disruptives qui nous touchent « corps et âme »

Que voulons- nous ? Un dernier exemple mérite ici d’être mentionné : la mise au point d’une « chatbox » (robot vocal) qui serait capable de parler avec un malade dans sa phase terminale, d’une façon apaisée et en tout cas non affectée par la charge émotionnelle qui peut envahir un proche de la famille. Qu’en pense-t-on ?

II Décision 0

Avec notamment l’avènement de l’Intelligence artificielle, on peut se demander si les décisions ne sont pas en passe d’être de plus en plus prises par la Machine (les logiciels, les algorithmes, les systèmes d’assistance automatisés etc) : médecine prédictive, voitures autonomes, processus de recrutement formaté, interprétation de textes par la machine, production artificielles d’écrits… tous ces produits issus du numériques pourront être demain notre lot quotidien, des produits déduits de l’exploitation massive des données, d’un codage organisé selon les règles de modèles conceptuels obéissant à une vision du monde (business model) avec des objectifs prédéterminés. Ces dispositifs incisifs ou intrusifs peuvent amener à contrôler les comportements et guider plus ou moins impérativement les actions (analyse de l’intensité ou de l’attention pour commander de faire, pour présumer un risque, prévoir un choc, une crise etc). Ce nouvel ordre du monde qui parait se dessiner invite là aussi à réfléchir à la place laissée à l’Homme en tant que personne. Va-t-on, au vu de toutes ces expériences, abdiquer toute responsabilité ? Se dirige-t-on vers un modèle orwellien gouverné par la machine ? Là sont des questions essentielles auxquelles il faudra apporter une bonne réponse, à savoir l’acceptation de solutions préservant la part de l’humain dans tout ce que produit le numérique (avec ses algorithmes, robots, serveurs vocaux etc). La clef est bien le contrôle de ce qui est délégué aux systèmes. Il faut savoir organiser une saine coopération entre l’Homme et ce qui doit rester un outil à son service et sous son contrôle. L’Humain ne doit pas sortir de la boucle, être mis hors circuit. Cet état d’esprit doit prévaloir tout aussi bien pour notre appréciation des données manipulées par les systèmes et des fonctions qu’ils remplissent (organisation des process et les objectifs qu’on leurs assigne) . Tout se ramène alors à la même question fondamentale, quel Monde voulons-nous ?

III Humain 0

Dans l’immense bouleversement qui s’opère avec le « big data » combiné « aux puissances des ordinateurs » pour offrir (imposer ?) de nouveaux modes de vie, il faut absolument prendre du recul ou de la hauteur et être capable de contrer ce qui menace : les mensonges, les manipulations, les détournements, les confiscations, les abandons du sens, des responsabilités.

Il faut se garder de se laisser prendre au piège des fausses avancées, celles qui emprisonnent et font perdre le sens de l’humain, comme être vivant, avec ses richesses et ses faiblesses : dans le grand désordre qui caractérise encore le monde de l’intelligence artificielle, il faut pouvoir discerner les risques, car nous sommes parfois « en terrain miné », et derrière d’apparents chefs d’œuvres issus de ces nouvelles technologies qui font rêver peuvent se cacher des produits ou des services dont on ne mesure pas qu’ils finissent par éliminer l’humain .

De l’importance alors du regard porté sur toutes ces inventions issues du numérique. Le monde a besoin de vigies pour éviter toutes dérives dont certaines pourraient générer des guerres, c’est une affaire de professionnels mais pas seulement, la société civile comme les gouvernements doivent se préoccuper des phénomènes et des modèles numériques entrain d’émerger, pour sécuriser le monde, réconcilier la machine et l’homme, le facteur humain doit toujours l’emporter sur les considérations techniques, l’Homme doit rester la mesure de toute chose, avec toute ses spécificités culturelles, émotionnelles, spirituelles aussi (ce dernier point est NDLR) et une pleine conscience de ses responsabilités.

Face aux évolutions en cours, les enjeux sont d’une extrême importance, ils appellent des réponses assurées pour préserver l’essence de notre humanité :

  • la montée du contrôle tous azimuts impose de rejeter les modèles uniformes, il faut conserver un principe d’ouverture, avec toujours des alternatives, la possibilité de partages
  • face au risque de « l’obsolescence de l’homme » on doit réagir, et, en dehors de la responsabilité individuelles qui restent essentielles, trois leviers seront importants :
    • la loi, quand bien même il est difficile de réguler le domaine à cause de son ubiquité et de l’inconvénient de trop normer (frein à l’innovation notamment) ;
    • l’éthique, élément indispensable à considérer à la source, avec nécessairement une vision du Monde que nous souhaitons ;
    • une saine mise en concurrence, dans un univers où l’Homme doit trouver pleinement sa place, dignement et non comme un objet exploité par des organisations hégémoniques.

Placer l’Homme au centre, et non le situer comme un vague appendice de la machine ou comme une sorte de pion manipulé, c’est vouloir absolument aller au-delà du pur logique, rationnel, où tout ce qui compterait serait ce qui est efficace au terme de processus codés, simples réplications d’une partition. Alors il faut promouvoir d’autres formes d’intelligence que celle que comprend la machine : il s’agit donc d’entrer dans un monde qui, certes, sera de plus en plus numérisé, mais qui saura aussi préserver et surtout valoriser ce qui ressort de la créativité, du relationnel, du collaboratif, de l’émotion, de la motivation (mais aussi de l’aspiration NDLR)et nous pourrons ainsi gagner la bataille de l’intelligence artificielle, car nous n’aurons pas oublié « l’imagination » qui est le « vrai signe de l’intelligence » (EINSTEIN).


III Les Innovations : dix projets en lice, un vainqueur « CATAKI »

Les centaines de projets soumis à la sélection traduisent toujours une grande diversité, qu’il s’agisse des origines géographiques de leurs promoteurs qui viennent de tous les continents, des thèmes et des outils, du profil des « inventeurs » (start-ups, universités ou centres de recherche, et dans une moindre mesure entreprises traditionnelles ou ONG).

L’élément commun à ceux qui ont été finalement retenus est la valeur de leur potentiel et leur portée sociale (le service à la société).

Cette année, les innovations ont porté sur les éléments suivants :

  • une innovation frugale au service des professeurs et élèves permettant d’utiliser leurs smartphones pour découvrir le monde avec un matériel pédagogique qui n’est plus le manuel scolaire traditionnel (Birmanie) 360ED ;

  • un système (plateforme et smartphone) permettant aux collecteurs individuels (pauvres) de repérer les déchets et de les valoriser (Brésil) CATAKI (projet qui à l’issue d’un vote de l’ensemble des participants a été le lauréat du « millésime 2018 ») ;

  • un dispositif d’aide auditive permettant aux mal- entendants de mieux s’insérer dans des conversations à plusieurs, avec un filtrage du bruit ;

  • une main artificielle fonctionnant à partir d’impulsions venant du cerveau (les intentions commandent le geste) ;

  • contrôle des mouvements à partir de la détection des intentions/pensées (actions d’un exosquelette) ;

  • un drone intelligent capable de repérer des opérations de braconnages ;

  • une plateforme ouverte pour permettre de façon « démocratique » de développer des applications d’intelligence artificielle ;

  • une application de chiffrage ;

  • à partir de l’exploitation des bases de données moléculaires, reconstitution artificielle du goût et de la texture de produits alimentaires ;

  • un dispositif permettant de monétiser ses données individuelles auprès des marques (inversion du modèle actuel où les données individuelles sont fournies gratuitement aux grands opérateurs type AMAZONE qui les valorisent à leur profit).


IV Témoignages et Commentaires : L’Humain dans son essence avant tout

-un expert du numérique/consultant

Face au déferlement du numérique , un ancien de la « Singularity  university » appelle à rester réaliste, à bien mesurer les conséquences sociale et économiques avec tous leurs impacts sur la vie des personnes, il concentre aussi son attention sur les liens entre les nouvelles technologies de l’information et la géostratégie ou les relations internationales (voir la propagation d’idées dangereuses, les fausses nouvelles qui peuvent influencer le cours des évènements etc) qui peuvent être gravement affectées.

réflexions à partir du témoignage de MC Pietragalla et un autre danseur étoile

La technique (que l’on peut travailler avec des systèmes d’imagerie 3D) et le génie de la création artistique, le code artistique – la technique – n’est pas la conscience de l’artiste, échange original pour parler de l’intelligence artificielle sous cette forme métaphorique, et parler du sens de l’humain et de l’esprit créatif qui joue avec l’outil, et qui trouve son accomplissement lorsque tout se combine harmonieusement sur scène avec toujours une part d’inattendu et de merveilleux.

Une experte des sciences cognitives : le rationnel n’épuise pas l’humain

Sujet délicat sur lequel entrent les promoteurs/concepteurs/développeurs des systèmes basés sur l’intelligence artificielle que l’on pourrait dire « sophistiqués ». A partir de l’analyse UX (l’expérience utilisateur), on cherche à intégrer ce qui fonde les comportements avec (autant que possible) intégration de tous les facteurs humains qui les régissent (émotion, biologie, attention, mémoire, perception) en mobilisant les informations (signaux) sensorielles, cérébrales…

Alors les dispositifs interviennent pour aider à mieux « gérer les fonctions cognitives ( ex : fiabiliser la mémoire des choses, surtout la mémoire immédiate, soutenir l’attention en évitant la dispersion, neutraliser ce qui trouble la perception d’un phénomène )

On peut parler ici de performances augmentées, qui peuvent s’obtenir de façon invasive (exemple : implants dans le cerveau)et qui finalement, sous couvert d’amélioration cachent un certain contrôle de l’esprit…il y a là matière à réfléchir, étant observé qu’on touche un sujet d’une extrême complexité, qu’il faut certainement aborder avec une grande prudence ( voir notamment les effets secondaires que peuvent produire ces intrusions du numériques dans le domaine cognitif)

La fondatrice d’un réseau d’écoles de codage au profit de populations défavorisées ou discriminées

Le numérique est un facteur d’émancipation, c’est en considération de cette évidence qu’a été créé aux États Unis une école spécialisée ouvertes aux jeunes femmes de couleurs.

Succès de l’expérience avec une audience qui va grandissant, un succès qui n’est pas sans lendemain Il concrétise l’objectif de ce projet éducatif qui plus qu’enseigner le numérique vise l’insertion sociale des élèves.

Quatre facteurs contribuent aux progrès de cette entreprise, aucun n’est purement technique : garantir un accès académique (on doit pouvoir assurer les élèves de cette possibilité), faire en sorte que les élèves aient une bonne perception d’eux-mêmes, soutenir les apprenants quelles que soient leurs origines et positions sociales, compter sur l’aide de mentors et de professionnels qui peuvent témoigner de leur réussite (vertu de l’exemplarité)

Le message (donné en vidéo) de Joël de Rosnay

Toujours avec enthousiasme J de R invite à positiver, au vu des extraordinaires progrès que génère le numérique notamment dans le domaine de la santé : le rapprochement entre le monde de la biologie et le monde numérique n’est pas une menace, il va permettre la généralisation d’outils au service de l’homme qui saura mieux se surveiller, se soigner et entrer en dialogue avec le monde médical.

L’intelligence artificielle ne doit pas être vue comme l’altération de notre Intelligence humaine, dès lors que l’on aura bien compris ce qu’elle est dans son essence : un outil, une aide, un complément.

Il faut se convaincre de cette idée simple : une Machine ne sera jamais complètement autonome.

Il faut aussi se dire et là aussi se convaincre d’un autre élément fondamental : nonobstant tous les apports du Numérique (comme de toute autre technique), l’Humain reste et doit rester présent partout avec tout ce qui l’habite et qui le distingue fondamentalement : l’empathie, l’émotion et la sensibilité.

Quel avenir se dessine ? Rester optimistes sur les grandes transformations qui s’annoncent.

Assurément on va travailler avec de plus en plus d’assistance, misant sur l’intelligence artificielle y compris la possibilité de dialogues robotisés à des fins pratiques (chatbox), les innovations vont multiplier de nouveaux produits et services, et, les grands acteurs du moment GAFA ou grands du numérique en Chine vont chercher à consolider leur position.

Dans ce contexte, l’Europe doit consacrer sa présence numérique, et à cette fin, pour affirmer son engagement, elle gagnera à agir dans deux directions :

  • L’investissement massif :1/ dans la formation, 2/dans tout ce qui a trait aux algorithmes et 3/dans l’organisation des échanges internes au niveau de l’espace européen

  • L’appropriation des usages par les individus : l’important pour demain n’est pas de viser obsessionnellement à créer des champions sur le mode des GAFAM mais de faire en sorte que le plus grand nombre, maîtrise bien les outils numériques pour mieux travailler et plus généralement évoluer ou se situer dans la Société dans tous les aspects de sa vie (organisation de son temps, entrée en relation avec les autres, surveillance de sa santé ou de son alimentation etc).


Conclusion et Observations :

L’évènement a été d’un grand intérêt . S’il ne s’est tenu que sur une journée (à cause de la nouveauté de cette année avec le FORUM des Talents qui a suivi , cf la seconde restitution)), les quelques sept heures de ce premier volet ont encore beaucoup apporté : découvertes d’innovation ou réflexions qui n’ont pas manqué d’interpeller.

Le FORUM ne perd pas de vue la partie technique et/ou pratique, c’est son fondement à l’origine et cela constitue toujours le « cœur » de l’évènement, avec notamment les innovations présentées par leurs promoteurs, leurs accompagnateurs (souvent de grandes universités)et leurs « parrains » (des responsables d’entreprises ou de média), mais cette année, peut être plus encore que les précédentes, ont été posées des questions quasiment anthropologiques, ce qui semble normal finalement avec la montée en régime spectaculaire de l’intelligence artificielle, des algorithmes et des systèmes automatisés (robotisés).

L’invasion (l’intrusion) du numérique appelle opportunément à réfléchir à l’Humain, et à son avenir, le sujet a été bien mis en évidence tout au long de la journée, sans que l’on ait épuisé le débat bien entendu tant sont nombreux et sensibles les éléments en jeu. Un regret néanmoins, ou plutôt une dernière observation en conclusion : on a, à juste titre, parlé des rapports du numérique à la vie, au monde du vivant…et on l’a fait de façon positive, avec optimisme (cf le propos de M J de Rosnay), mais on a été incomplet sur un point : la biogénétique, et les manipulations cellulaires discutable que permet maintenant l’exploitation en laboratoire des big data…sans doute était ce trop ambitieux de traiter cette question essentielle entrain de toucher l’humanité, au moins aurait on pu la suggérer.

Journée internationale des femmes et filles de sciences

Égalité des genres et autonomisation des femmes par et pour la science

UNESCO – 9 février 2018


Aujourd’hui les femmes et les filles continuent d’être exclues d’une participation pleine et équitable à la science : moins de 30% des chercheurs dans le monde sont des femmes, et elles demeurent rares aux échelons supérieurs de la recherche et de la prise de décision en science.
Promulguée par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2015, la Journée internationale des femmes et des filles de sciences s’inscrit dans le travail de fond engagé pour que soit respecté le droit de l’égalité homme-femme énoncé dans la DUDH et pour que la grande richesse des talents des femmes et des filles ne soit pas mise de côté alors qu’il s’agit de relever les défis de l’Agenda 2030 du développement durable.


L’évènement a réuni des responsables de l’UNESCO (Flavia Schegel, SDG en charge des sciences exactes et naturelles, Inedrajit Banergie, Directeur, Division des sociétés du savoir, Nada Al-Nashif, SGD en charge des sciences sociales et humaines, et Saniye Güsler Corat, Directrice, Division pour l’égalité des genres), la Directrice Générale de la Fondation l’Oréal, Mme Alexandra Palt, la Déléguée permanente adjointe de la Suède à l’OCDE et à l’Unesco, Mme Ulrika Ferenius, et un large groupe d’ONG et institutions privées dont Microsoft.

Dans leurs allocutions d’ouverture, Flavia Schegel et Alexandra Palt ont rappelé les contributions des femmes à la recherche et aux avancées de la science (ex :Marie Curie),et leur large présence dans l’industrie informatique à ses débuts, mais elles ont souligné également une déperdition de talents préoccupante (53% des bachelières et masters en science sont des femmes, le pourcentage tombe à 43% en doctorat et à 28% en recherche), la masculinisation de la profession de l’industrie informatique à partir des années 60 correspondant à un changement d’image, les barrières sociétales ou invisibles : le « plafond de verre ». 

Suivait une table ronde centrée sur une question «comment réduire les écarts entre les hommes et les femmes en informatique » avec, comme réponses, la présentation de toute une série de projets :

Regina Agyare, fondatrice au Ghana de Soronko Foundation a lancé « Tech Needs Girls », un programme de formation informatique (3500 filles inscrites) avec accompagnement de « mentors » qui sont des ingénieurs ou experts en informatique (www.soronkosolutions.com). En coopération avec UNESCO/IFAP, vient également d’être lancé en janvier le projet « Girls can code » qui s’adresse à des filles niveau collège (300 inscrites).

Reine Essobmadje, cofondatrice au Cameroun de Coalition Digitale (www.coalition-digitale.com) , une ONG présente aussi en France et en Allemagne, a précisé l’objectif de son organisation, à savoir 1/ rapprocher tous les acteurs de « l’écosystème digital », avec un programme mobilisant collèges, lycées, universités, également former des femmes à l’entrepreneuriat avec l’aide de « mentors » et 2/leur faire rencontrer des « VIP ». L’ONG est soutenue par l’ambassade de France au Cameroun.

Katheleen Noonan, Microsoft Europe, Directrice de la philanthropie et communication sur l’éducation rappelle combien les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM) sont importantes et à quel point elles peuvent aider à assurer un bel l’avenir pour la jeunesse en Europe comme ailleurs. Microsoft a commissionné une étude sur le phénomène préoccupant que représente une évidente perte d’intérêt pour les sciences chez les filles et les femmes (11000 personnes interrogées). Ce désintérêt débute avec l’âge de l’adolescence et apparaît influencé par les modèles que la société ou la famille présentent aux filles. Le but de cette étude pour Microsoft est de voir comment ces résultats peuvent finalement déterminer leurs activités.

Hana Y. AlSyead, VP Diversity, Olayan Women Network, Olayan Financing Company, Arabie Saoudite. Par sa formation, experte en science et technologie de l’informatique, met en valeur le fait que la formation et les compétences « STEM » développent toutes les qualités et mènent à tous les secteurs d’activités.

Clarisse Angelier, Déléguée générale, Association nationale de la recherche et de la technologie, (ANTR), Elle insiste sur les inégalités de salaires à l’égard des femmes : 25% des femmes de sciences travaillent dans le secteur public où, à formation égale, leur salaire est 10% inférieur à celui des hommes.

Pascal Griset, Directeur Institut des sciences de la communication, CNRS/Sorbonne rappelle la prédominance des femmes aux débuts de l’informatique jusqu’au tournant des années 60 et depuis lors l’existence du « plafond de verre » qui a renversé la situation. Il note que les hommes eux-aussi mais dans une moindre mesure sont de moins intéressés par des carrières scientifiques.

Conclusion de la table ronde : il faut rendre l’informatique plus humaine, il y a un risque aujourd’hui de traiter plutôt les symptômes que le fond, l’attitude des hommes et des garçons joue un rôle évident. Concernant l’égalité femme-homme, pour faire changer la société, il faut travailler sur des questions pratiques et ne pas rester au niveau de débats théoriques.

Recommandation concernant la science et les chercheurs scientifiques

L’UNESCO, à l’occasion de la 39ieme session de son Assemblée Générale (octobre-novembre 2017), a publié un texte de recommandations concernant la science et les chercheurs scientifiques venant remplacer le texte de 1974. Le texte rappelle les questions d’indépendance, de statut, de coopération internationale, les questions d’éthique, d’égalité des genres. Il met particulièrement en exergue le respect des droits inscrits dans la DUDH, et notamment le droit pour les femmes et les filles à une égalité de chances par rapport aux hommes, et il encourage les femmes à poursuivre dans les domaines des sciences.

Conclusions de la session

Pourquoi assiste-t-on à une quasi « disparition des femmes et des filles » dans le domaine des sciences ? De nombreux facteurs ont été mentionnés : les conditions d’éducation, 2/3 des personnes illettrées sont des femmes, l’abandon des études après le niveau secondaire. L’un des principaux obstacles reste celui des stéréotypes, véhiculés dans les sociétés, et auxquels peuvent contribuer plus ou moins inconsciemment les media ou l’éducation. Pour corriger cette situation, Il faut rechercher de réels changements concrets et non pas des « pansements superficiels ».

DG-15-02-18

Planifier l’éducation, préparer le futur

IIPE – Institut International de Planification de l’Éducation de l’UNESCO

10ème Stratégie à Moyen Terme (SMT), 2018-2021


En annonçant le 8 février 2018 la Stratégie à Moyen Terme (SMT) de l’IIPE pour les années 2018-2021, Suzanne Grant Lewis, Directrice de l’IIPE, a rappelé la mission de toujours de l’IIPE de renforcer la capacité des États membres de l’UNESCO à planifier et à gérer leurs systèmes éducatifs et de les aider à atteindre leurs objectifs éducatifs dans le contexte des Objectifs de développement durable (ODD) et de l’agenda 2030 pour l’Éducation.

Madame Lewis a souligné ensuite qu’une réorientation était nécessaire dans la stratégie de l’IIPE. De nombreux obstacles empêchent toujours plus de 250 millions d’enfants d’exercer leur droit à une éducation de qualité. Cette situation conduit donc l’IIPE à concentrer ses interventions sur cinq priorités thématiques : réduire les inégalités sociales au sein de l’éducation, en particulier les inégalités de genre, améliorer les résultats cognitifs et non cognitifs de l’éducation, renforcer la résilience des systèmes éducatifs par une planification adaptée aux situations de crise, améliorer la gouvernance, la transparence et la responsabilité, assurer un financement équitable et durable de l’éducation.

La 10ème Stratégie à Moyen Terme témoigne du changement de vision nécessaire pour dépasser la priorité donnée jusqu’ici à la conception de plans strictement sectoriels de l’éducation au profit d’une approche plus intégrée et à plus long terme.

Déliter la violence – ouvrir des chemins de paix

CCIC – Rencontre des Consultants – 22 janvier 2018

« Déliter la violence – ouvrir des chemins de paix »

Maria Biedrawa (gauche) – Christine Roche (centre) – Lucie Agbo (droite)

Suite au travail déjà entrepris lors du Forum des 70 ans du CCIC en mars 2017 et de la rencontre des Consultants du 28 novembre dernier, la rencontre du 22 janvier 2018 avait pour objectif de poursuivre la réflexion sur le thème : « Déliter la violence ouvrir des chemins de paix » Elle a réuni les représentants de 21 ONG de la plateforme du CCIC ou proches (liste figurant en fin de ce compte rendu). La représentante de la mission permanente du Saint-Siège auprès de l’UNESCO était également présente, porteuse d’un message de Mgr Follo.

La rencontre a permis d’entendre les témoignages de Maria Biedrawa et de Lucie Agbo, toutes deux engagées en Afrique, sur le terrain, dans des démarches de paix et de guérisons. Un travail en ateliers suivait sur les engagements des ONG de la plateforme du CCIC et sur la coopération avec l’UNESCO sur le thème de la paix.


Témoignage de Maria Biedrawa

Membre du MIR-Mouvement International de la Réconciliation et de l’organisme œcuménique européen Church and Peace, Maria Biedrawa est engagée pour la paix depuis 15 ans, sur le terrain, dans des pays d’Afrique subsaharienne marqués par les guerres et les violences. A la demande de responsables locaux, elle y conduit des sessions de formation à la non-violence active et aux chemins de réconciliation. Son témoignage portait sur le Burundi, pays frappé par des massacres inter-ethniques entre Hutu et Tutsi, et où, entre 2012 et 2015, elle a régulièrement travaillé à Bujumbura avec la Commission Diocésaine Justice et Paix.     Lire le texte complet de son intervention.


Témoignage de Lucie Agbo

Lucie Agbo, Présidente de l’Association Fille-Mère et Femme Développement pour l’Avenir et le Progrès en Centrafrique – Fondatrice de « Femmes aux mille bras » (FIMER- FEDAPCA-FDD) Membre du Conseil Économique et Social, Présidente de la Commission des Affaires sociales.

« Depuis plusieurs années de crise récurrente, mon pays est dirigé par des groupes rebelles et les FEMMES sont devenues et demeurent des victimes silencieuses, passives et polytraumatisées de multiples exactions : viols, violences de tous genres, relégation à l’échelle zéro dans l’occupation des postes de responsabilité, discrimination puissante à l’endroit de la loi de la parité… ».


Groupe de réflexion N°1 : Actions de formation à la non-violence

AIC-UMOFC- Foyers N. Dame- AFC- ACISFJ- IT- Claire Amitié- Pax Romana.

En bref, c’est d’abord une formation comportementale : le Regard, le respect de Soi (pour respecter l’Autre) l’Écoute, l’Entraide, la volonté de parler avec, d’aller vers… C’est aussi une formation à l’ALTÉRITÉ. 

Toutes les ONG présentes mènent des actions pour la paix en interne, par une formation pas toujours formalisée (cf Mr Jourdain et sa prose) et des actions tournées vers un extérieur plus ou moins lointain.

On a eu l’impression que l’Afrique était principalement concernée. C’est dû au fait que les 2 intervenantes de l’après-midi, Maria Biedrawa et Lucie Agbo, avaient axé leurs propos sur la Centrafrique et le Burundi. L’Amérique latine, l’Asie, Madagascar et l’Europe ont aussi été évoqués comme terrains d’action.

Les ONG ayant une « cible » Femmes se retrouvent dans les paroles de 2 intervenantes.

– Femmes victimes de violences au quotidien, à cause du poids des pauvretés (économique, relationnelle, éducative, culturelle, biologique (connaissance du fonctionnement de son propre corps et présence dans la durée, de maladies/endémies : lèpre, malaria, tuberculose, troubles psychiques …)

– Femmes victimes en temps de conflits armés et de guerres déclarées (viol comme arme de guerre) – Femmes seules avec enfants, de tous temps, partout dans le monde.

Les ONG ayant une « cible » couples et familles, pratiquent et enseignent les relations inter générations dans la vie quotidienne, au plus près des réalités du terrain (pardon demandé, donné et reçu en couple et avec les enfants, pacification de son propre cœur –«  la Paix dans le monde commence dans ton propre cœur » – incarnation des valeurs évangéliques, dialogue œcuménique et inter religieux – Chantiers Éducation animés par les intéressés avec le soutien d’un professionnel, Universités d’été, devoir de s’asseoir – Le but étant de toucher l’ensemble de la société par la recherche active du bien commun. Importance de s’inscrire dans la durée car le monde change. Certains mettent en place des formations au service de la paix, aux droits humains, à la bonne gouvernance, à la médiation ….

En transversal, on a souligné l’importance de faire connaître et vivre la notion d’une juste altérité F/H bien comprise et bien transmise, car il s’agit d’un puissant facteur de Paix dans le monde entier.


Groupe de réflexion N° 2 : Actions sur le terrain pour déliter la violence.

ATD quart monde, AIC, Œuvre d’Orient, Institution Thérésienne, FAFCE, FONDACIO, ACISJF, OMAEC, JECI.

On peut considérer les actions entreprises selon les circonstances. Elles peuvent être préventives ou bien « réactives » face aux faits. Elles se chevauchent souvent.

  • Réaction : il s’agit principalement d’instaurer des structures de médiation, pour permettre la reprise d’une vie communautaire entre les diverses parties prenantes d’une population. De faire face par exemple, à la présence d’enfants soldats, à la dérive et déstructurés par la violence qui a été leur « pain quotidien » en favorisant leur réadaptation à la vie sociale. Par l’utilisation des histoires, de réapprendre à rêver, aux enfants victimes de conflits et ainsi leur faire évacuer leur addiction à la violence. De reconstruire la paix par les échanges et le dialogue, grâce à une formation à la non-violence. Reconstruire la vie des jeunes en les rassemblant à partir de critères de vie partagée (la même discipline pour des étudiants). Agir dans des écoles en utilisant le dialogue inter religieux (c’est le fait d’ADYANE qui a un comité de pilotage composé de prêtres, de femmes musulmanes, de druzes, de chrétiens et est sollicitée par de nombreux gouvernements). Le meilleur résultat étant de voir les « aidés » devenir des « aidants » à leur tour. Il a été souligné l’importance de pouvoir faire mémoire des victimes de tous les camps.

  • Prévention : certains moyens d’action sont aussi utilisés en prévention. C’est le cas de la formation au dialogue inter-ethnies, ou inter-religieux, puisque l’ignorance fait le lit de la violence. La présentation de Maria Biedrawa est très éclairante sur ce point.

Éducation et pas seulement instruction est un point central, car c’est toute la personne qui est concernée. Former à des métiers pour les jeunes et donner une deuxième chance aux adultes, pour lutter contre la violence du chômage d’une classe d’âge ou d’un pourcentage important de la population, les femmes bien souvent. Habituer par le jeu, les enfants à conceptualiser et à s’exprimer, à découvrir qu’ils ont des droits, au-delà des coutumes locales (Déclaration des Droits de l’Enfant). Faire l’école dans la rue, pour les enfants des rues, l’éducation à l’intériorité pouvant conduire à l’ouverture aux autres, à la spiritualité.


Groupe de réflexion N° 3 : Relations avec l’UNESCO

MMM, AIED, ACISJF, AIC, Religions pour la Paix, UNIAPAC, ACP.

Pendant les discussions, quelques idées récurrentes sont ressorties, dont le besoin de réfléchir ensemble et de construire dans les structures spécifiques de coopération entre les ONG et l’UNESCO (Comité de liaison, forums internationaux et journées à thème UNESCO/OING, Forums de la société civile organisés par quelques Conventions culturelles, dont celles de 2005 et de 2003).

Une autre manière de coopérer avec l’UNESCO est de proposer des projets pertinents élaborés par un groupe d’OING, s’intégrant aux programmes de l’UNESCO – par exemple la Paix – Le contact avec le Secteur de l’Organisation concerné est alors très important, une meilleure connaissance des points d’ancrage dans les diverses directions de l’UNESCO peut s’avérer utile.

Une autre proposition, pour le futur proche (les prochaines 5 années) a été que les ONG qui portent un message de paix synchronisent leurs efforts et proposent ensemble au Secteur concerné une action de paix, basée sur des valeurs communes, chrétiennes, présentant des composantes universelles.

Il serait utile, également, de « s’accrocher » aux grandes orientations exprimées par l’ONU et l’UNESCO, comme par exemple l’égalité des genres et d’y répondre en apportant des exemples d’interventions sur le terrain – se reporter à l’activité de Lucie Agbo et de son association, dédiée à la protection des femmes et des filles.

On pourrait très bien répondre aux attentes de l’UNESCO, en portant à sa connaissance les interventions concrètes sur le terrain faites par diverses ONG de notre plateforme.

La nécessité d’un plaidoyer commun, ressort en conclusion.


Conclusion :

  • Nécessité de bien se connaître entre OING, dans la durée, pour « faire corps »

  • Valoriser et faire connaître les expériences et initiatives sur l’éducation à la non-violence et le travail de dialogue en zones de conflits.

  • S’impliquer dans les grands forums de l’UNESCO.

  • Préparer ensemble des objectifs à présenter à l’UNESCO.

  • Se former aux interventions publiques, pour être pertinents et entendus.


Liste des ONG de la plateforme du CCIC, ou proches, ayant participé à la rencontre :

AIC International, AIED, AFC, ACISJF, JECI, ATD Quart Monde, Cercle de l’Académie Présidentielle (ACP), Claire Amitié, Crescendo, FAFCE, FIAMC, Fondacio, I T, MMM, Œuvre d’Orient, OMAEC, Pax Romana MIIC, Religions pour la paix, UMOFC.
Les intervenantes : MIR et Church and Peace ; FIMER-FEDAPCA
Un expert des programmes de l’UNESCO.
Mission permanente du Saint – Siège à l’UNESCO.