La Gouvernance de l’UNESCO – 3ème réunion de travail du sous groupe 2

Structure, composition et méthodes de travail
des organes internationaux et intergouvernementaux de l’UNESCO
Réunion du Mardi, 9 Mai 2017

C’est la troisième et avant-dernière réunion avant celle du 9 juin qui statuera sur les Recommandations et Propositions.

Les échanges ont été toujours aussi nourris et bien pilotés par les deux  vice-présidents et la discussion étayée grâce notamment à l’existence d’une matrice d’analyse qui a permis de donner ex ante un regard sur la complexité organisationnelle et aussi la multiplicité des structures examinées (8 Conventions, un Fonds international, deux Programmes de suivi, trois Comités, 7 Instituts dits de catégorie1 et un Centre international de recherche).

La discussion pour cette session a porté sur la Convention 2005 (promotion et protection de la diversité des expressions culturelles), les programmes et fonds, ainsi que les instituts de catégorie 1 (les instituts de catégories 2 n’ont été qu’incidemment évoqués).

Lire le compte rendu

 

Les ateliers

Culture et Religions Les promesses de l’Art

 

Altérité Homme Femme  Enjeux spirituels et culturels
                                Homme et Création
Révolution numérique et devenir humain
De la violence vers la paix Utopie ou espoir ?

70ème anniversaire du CCIC : L’espérance au cœur du  Monde

Le CCIC et ses amis ont vécu le 23 mars 2017, à la maison de l’UNESCO, une belle journée d’échanges pour célébrer soixante dix ans d’une existence bien remplie en coopération avec l’UNESCO.

Plus de quatre cent cinquante personnes ont participé au Forum : « Quel monde voulons-nous construire ensemble ? » organisé à cette occasion.

Dans l’assemblée il faut noter tout particulièrement la présence de plus 35 présidents d’ONG internationales membres du réseau du CCIC, 45 auteurs du recueil « Paroles d’espérance », des représentants de l’Église, de l’UNESCO, et de plusieurs États membres sans oublier de nombreux invités venus des quatre coins du monde.

Mgr Follo – Cardinal Maradiaga – Mme C. Roche – M. Éric Falt

Au cours de la journée se sont succédé les comptes rendus des travaux des ateliers de réflexion internes au CCIC puis les tables rondes sur des thèmes privilégiés de l’UNESCO : le dialogue interculturel et interreligieux, l’espérance éducative, les enjeux des mutations socio-économiques et des évolutions scientifiques.

Les intermèdes musicaux très appréciés ont été assurés par le chœur African Bach Christi et la violoncelliste Marie Deremble-Wauquiez . Grâce à un partenariat avec l’Institut Catholique de Paris un accueil souriant était assuré par une quinzaine d’étudiantes enthousiastes de l’ICP Com Challenge.

 Dans son adresse introductive, la présidente du CCIC, Madame Christine Roche a rappelé que « seuls, nous sommes à la merci du découragement, ensemble nous pouvons tout oser ».

Elle a annoncé aussi la publication du recueil « Paroles d’Espérance » qui a été distribué en fin d’après midi à tous les participants. La lecture d’extraits choisis par Emmanuelle Dancourt animatrice de la journée a ponctué les débats, révélant la diversité et la richesse de l’inspiration des auteurs, d’authentiques passeurs d’espérance.

SE Cardinal Maradiaga

Message du Cardinal Parolin au nom du Pape François , lu par Monseigneur Francesco Follo, Observateur permanent du Saint Siège auprès de l’UNESCO, allocution inaugurale et conclusion chaleureuses du Cardinal Oscar Andrès Rodrigez Maradiaga, témoignages de personnes engagées dans divers pays : ces quelques heures de rencontres ont été riches en contenu. Elles ont favorisé la reconnaissance d’intérêts communs et de visions porteuses d’espérance.

Mgr Francesco Follo

Voici quelques extraits des paroles prononcées :

« L’éducation authentique, c’est la vie, elle est le moyen de sortir de la pauvreté, des enfermements et de toutes les dérives qui nous menacent dans un monde plein de risques ou de dangers : exploitation des femmes, réductionnisme, mépris de l’humain, purisme fanatique… »

« L’éducation c’est aussi l’ouverture à la liberté et à la transcendance…  »

« Il faut viser une société résiliente, ouverte à l’autre, respectueuse des identités, capable de dialoguer, inclusive, rayonnante et plurielle, sachant accueillir l’autre : importance de l’hospitalité, de la responsabilité individuelle, où l’on reconnaît les Personnes, pleinement et à tous les niveaux… »

« Chacun est un et unique, avec sa richesse, une richesse qu’il faut savoir reconnaître et promouvoir, singulièrement du côté des jeunes, à l’école et dans la vie : c’est la meilleure voie pour assurer le développement… »

Pour conclure, le Cardinal Maradiaga a salué la richesse des thèmes abordés, leur pertinence ainsi que l’esprit dans lequel ils ont été traités : avec bienveillance, réalisme et toujours avec des vues positives. Il faut aller dans ce sens, nous dit-il. Il nous invite à continuer pour découvrir sans cesse des chemins d’espérance pour la Paix et pour la grandeur de la personne en restant à l’écoute du Monde dans un dialogue ouvert. « Sachons œuvrer pour un Monde moins égoïste et obsédé par la richesse ou la domination violente, soyons plus soucieux d’éthique. »

Le CCIC, comme laboratoire de pensées et de réflexion, comme plate-forme de dialogue peut contribuer avec l’UNESCO à la construction d’un Monde de Paix.
Y. Nachbaur

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Lire les « rendus » des cinq ateliers

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Convergence « Révolution numérique, Économie mondialisée, Technosciences »… Une transition fulgurante ?

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté par les technosciences

Cette conférence-débat tenue à l’Université Catholique d’Angers le 17 novembre s’inscrit dans le cycle de réflexion préparatoire à la célébration du 70 ème anniversaire du CCIC ; elle a été organisée avec le concours de Fondacio, de IFF Europe (Institut de Formation Fondacio Europe) et de l’Université Catholique de l’Ouest.

Monsieur Olivier Le Berre, vice-recteur de l’université Catholique De l’Ouest, Angers, Monsieur François Prouteau, président de Fondacio, et Madame Christine Roche, présidente du CCIC ont introduit l’échange. Monsieur Nathanaël Wallenhorst, directeur de l’Université Catholique à Nantes, en a été le modérateur.

La conférence a été donnée par le père Thierry Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, théologien et physicien qui a d’emblée insisté sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans des jugements binaires sur le transhumanisme du type « c’est bien ou c’est mal », pour traiter une question aussi controversée.

Il a rappelé que le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiologiques et mentales des êtres humains.

Sans aucun doute, les conditions du « devenir humain » vont profondément changer dans les années à venir. Cette mutation « transhumaniste » résultera de la conjonction de trois révolutions, à savoir celles des technosciences (ce qui relève du technique et du scientifique), de l’économique et du numérique. Ces révolutions commencent déjà de produire leurs effets avec les objets connectés, l’intelligence artificielle, les robots, les machines intelligentes, l’exploitation des Big Data et les algorithmes. Les nanotechnologies, les nano-biotechnologies, les neurotechnologies sont à l’origine de toutes sortes d’innovations qui vont jusqu’à la conception de produits vivants artificiels, d’hybrides homme–machine, et qui font émerger tout un univers où la réalité est augmentée et singulièrement celle qui touche à l’homme. Dans le domaine des neurotechnologies, par exemple, une puce électronique installée dans le cerveau pourrait améliorer l’état d’une personne atteinte par la maladie de Parkinson ou aider un paralysé à retrouver l’usage de ses membres. S’agissant des dommages causés par les AVC, l’implantation de circuits cérébraux pourrait restaurer certaines fonctions touchées grâce aux progrès des nanobiotechnologies.

Les efforts déployés pour « réparer » ou « augmenter » l’homme sont nombreux, et certains produisent déjà des effets spectaculaires :

Si on parle des efforts d’ « augmenter » l’homme, une société britannique, Cyborg Nest, veut enrichir nos cinq sens (l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue) avec un sixième, « North Sens », qui enrichit la perception de la réalité. C’est un implant qui vibre à chaque fois qu’il fait face au champ magnétique terrestre. Cet implant indique ainsi le nord magnétique (comme une boussole) et il ne dépend pas d’internet. C’est un organe sensoriel artificiel autonome.

Une des utilités de ce sixième sens est qu’il améliore le sens de l’orientation. Chez certaines espèces animales le sens de l’orientation est une condition de survie. Dotées d’une véritable boussole intégrée, ces espèces sont en mesure de retrouver le nord magnétique instinctivement. Les humains ne possèdent pas ce sixième sens. Bien sûr, ce sixième sens pourrait être utile aux personnes qui ont une déficience de l’un des autres cinq sens, comme la vue, mais l’utilité conçue par ses créateurs est probablement plus complexe, puisque c’est un sens qui peut enrichir la perception de la réalité de tout être humain.

La plupart de nos souvenirs sont aujourd’hui déclenchés par des fonctions sensorielles : l’odorat et la vue, principalement. Nous associons un lieu ou une expérience à une odeur, un gout, une image. En nous dotant d’un sixième sens, celui de notre orientation par rapport au champ magnétique terrestre, nous gagnerons de nouvelles facultés. Nos souvenirs seront aussi marqués par notre orientation sur la Terre.

  Le slogan de la société Cyborg Nest peut être résumé par la phrase : « si nous sentons plus, nous comprenons mieux, et nous allons vivre une expérience de vie plus profonde ».

Dans ce contexte d’innovations foisonnantes et de nature parfois à s’interroger sur leur bien fondé pour l’Homme en tant qu’Homme, il est important de se préoccuper des questions morales et éthiques ; c’est ce qu’étudie l’Humanity + – L’Institut pour l’avenir de l’Humanité (Future of Humanity Institute, FHI)- Ce centre de recherche interdisciplinaire de l’université d’Oxford se consacre plus généralement aux questions les plus sensibles qui concernent l’humanité et peuvent affecter voire bouleverser son avenir. Il fut fondé en 2005 et est dirigé par le philosophe Nick Bostrom. Le FHI s’intéresse surtout aux risques technologiques tels que le réchauffement climatique, la guerre nucléaire, ou les risques présentées par les nanotechnologies et l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux pandémies que pourraient provoquer des armes biologiques mais les chercheurs du FHI étudient aussi l’impact du progrès technologique sur les sociétés et les institutions, allant du totalitarisme à la montée du chômage, et aux risques liés à l’information.

L’Université de la Singularité a été fondée aux États-Unis, dédiée à la promotion du transhumanisme, elle soutient et développe l’étude de technologies émergentes qui ont pour ambition d’améliorer en profondeur et même radicalement le sort de l’humanité, jusqu’à abolir la maladie et le vieillissement, et ce faisant se rapprocher d’horizons d’éternité. Ce mouvement de la « Singularity » a été popularisé par Ray Kurzweil – auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google. Il revendique une approche transdisciplinaire, recouvrant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique -intelligence artificielle- et sciences cognitives).

Dans le cadre de cette convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le vivant est regardé comme une usine ou un objet susceptible d’être fabriqué, on saute un pas « décisif » avec l’audace et/ou l’ambition de pouvoir répliquer ou rééditer le matériel génétique, pour produire des cellules ou tissus vivants sur mesure (gene editing).

La méthode Crispr-Cas9, ou les « ciseaux à ADN », par exemple, permet ainsi de remplacer avec succès un gène endommagé par un autre créé artificiellement à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. C’est une technique qui peut être utilisée sur les végétaux, animaux, les humains pour améliorer des fonctionnalités, éradiquer des maladies (des modifications génétiques, par exemple, faites sur l’embryon pour prévenir des maladies chez le futur enfant).

Ce séquençage du génome est une avancée extraordinaire qui va permettre à terme une « médecine personnalisée », adaptée aux caractéristiques génétiques de chaque individu.

METACARDIS, un projet européen auquel Thierry Mangin a participé, décrypte les gènes de la flore intestinale responsables des maladies cardio-métaboliques. Le programme L’Homme et son Microbiote étudie des échantillons de microbiotes et les modes de vie de différentes personnes avec des affections différentes ; les bases de données recensant un très grand nombre d’informations tirées des échantillons observés (Big data) sont exploitées pour mettre en évidence les corrélations entre paramètres et aider ainsi à mieux poser les diagnostics et préconiser de meilleure façon les traitements.

L’épigénétique est une autre avancée ; elle se fonde sur le constat des interactions entre le psychique et la biologie ; si le premier influence le second, la relation inverse est tout aussi avérée : la biologie détermine notre comportement. La nutrition, l’exercice, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social ont une influence sur le psychique.

Des études en neurosciences sur la plasticité cérébrale montrent que le psychisme joue sur la génétique (évolution des circuits neuronaux en fonction du vécu). Ces études mettent en évidence de nouvelles ouvertures sur les liens réciproques biologie – psychisme.

Comment accueillir toutes ces technologies sans les diaboliser mais en discernant les utilisations qui peuvent être au service de l’homme et en disant « non » aux autres ? L’homme peut être réparé et même augmenté, cela entraîne de grands espoirs pour la médecine, l’industrie et l’économie (bioéconomie). Comment, pourtant, penser l’humain au moment où les technosciences peuvent toucher à la nature de l’homme lui-même ? Avons-nous le droit de modifier notre patrimoine génétique ?

Jusqu’où peut-on améliorer ? là est la question fondamentale. On améliore la vision de l’homme, son odorat, son système immunitaire. Améliorer la « nature humaine », arriver à une « humanité augmentée, une humanité supérieure, une post-humanité, jusqu’à un homme libéré pour partie de son corps » c’est aller ici bien plus loin et c’est là que doit être posée la question des limites dès lors que ces « progrès scientifiques et techniques » pourraient laisser entrevoir la réalisation de ce qui peut encore sembler invraisemblable, avec « la possibilité et même la concrétisation d’un artifice qui finirait par permettre d’opérer « un versement/transfert de sa conscience, son soi » dans une machine intelligente ?

Dans sa seconde encyclique, « Laudato si’ », le Pape François II, ne refuse pas le progrès et ses bienfaits, mais il met en garde contre ses excès, rappelant les avertissements de ses prédécesseurs, en particulier Saint Jean-Paul II, sur « une manipulation génétique menée sans discernement ».

La tentation de la perfection, du « sans limites » est grande pour l’homme « fatigué de ses limites ». Tenir l’équilibre s’avère nécessaire : devant la promesse d’immortalité on a besoin de plus de morale, de plus de frein à la violence. Dans le sens contraire, des formes de réductionnisme dangereux peuvent intervenir et sont à éviter.

Le public, constitué surtout d’étudiants, a posé plusieurs questions :

Q : Il ressort que le transhumanisme serait un matérialisme dur; est-ce qu’il y a des transhumanistes préoccupés par la spiritualité ?

R : L’augmentation des fonctionnalités de l’humain, l’idée de progrès, la technoscience pure est une vision très américaine. Les pays anglo-saxons sont très penchés vers l’innovation, vers le progrès technologique. L’habitude de la réflexion de type humaniste est propre plutôt aux pays latins.

On veut supprimer la souffrance grâce aux technologies. L’immortalité, à son tour, n’engendrerait-elle pas plus de violence, plus de problèmes sociaux ? Si les machines font tout pour nous, nous allons diminuer. Parce qu’on grandit dans l’épreuve. Etre assisté par des robots est-ce être libre ? Il faut se poser ce genre de questions ! Vive le lien entre les sciences et l’humanisme ! Nos facultés de théologie ont un grand rôle à jouer.

Q: Le transhumanisme occupe autant les esprits, alors que beaucoup de gens meurent de faim ! Ce phénomène va-t-il accroître les inégalités ?!

R: Plus on avance, plus ces techniques vont êtres accessibles. Des nouveaux traitements contre le paludisme ont été trouvés grâce à la nanotechnologie et sont utilisés en Afrique. Ces techniques vont très probablement devenir bon marché et donc bénéficier au plus grand nombre, mais ici il y a lieu aussi d’intégrer la dimension politique qui est très importante. Avec les technologies on corrige les erreurs de la nature, dit-on, donc on gomme les inégalités…mais dans le même temps on constate maintenant un retour à la nature – donc des tensions contraires, les forces tendent à s’équilibrer naturellement.

Q : Est-ce qu’on peut « fabriquer » des artistes ?

R : Il existe la musique synthétique.

Le lien entre la machine et l’être humain est fait via la raison. Penser s’est calculer. Les robots sont utiles, on peut les employer à toutes sorte de tâches, il y a des robots au service des personnes âgées. Les robots ont même un droit aujourd’hui.

Est-ce qu’on peut, en faire, pour autant, des machines à aimer, des machines à croire ou des machines à créer?…

Conclusion : Pour Thierry Magnin, Saint Irénées de Lyon donne la définition de l’homme parfait : « La chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constitue l’homme parfait. » (« Contre les hérésies », V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583). L’homme est donc un mélange de chair, d’âme et d’esprit. L’espoir pour le transhumanisme est qu’il pourra peut-être assurer une augmentation de l’harmonie corps-âme-esprit.

Entre les idées développées par les transhumanistes et les bioconservateurs Thierry Magnin ne prend pas parti. Son discours est une invitation à la réflexion. Il nous parle comme scientifique mais aussi comme prêtre. Le scientifique développe le sujet du transhumanisme, expose les faits, les courants, les directions de pensée et de recherche. Mais il n’est pas directif. Il n’a pas la prétention de celui qui considère qu’il sait et qu’avec ce statut d’expert il serait fondé à montrer la voie. En vrai prêtre, il sait que l’adhésion à une option ne peut être acquise que si on choisit librement, sincèrement et en vérité et que c’est bien ce libre-arbitre qui construit le plus l’être humain dans son essence.

La seule petite indication qu’il se permet de donner est le signe de questionnement : « Tous les possibles sont-ils souhaitables ? ». A chacun de se donner la réponse à cette question, en toute liberté et connaissance de cause !

O. B. 19 novembre 2016

De la violence vers la paix: utopie ou espoir ? – Retour sur la table ronde du 17 octobre

« De la violence vers la paix : utopie ou espoir ? »

Table ronde organisée par le CCIC au Centre Sèvres, le 17 octobre 2016,
dans le cadre de la préparation de la célébration du 70° anniversaire de la coopération du CCIC avec l’UNESCO

Trois heures d’échanges pour une conférence du CCIC sur un thème qui ne laisse pas insensible…

Aujourd’hui comme hier le Monde est traversé de courants tour à tour violents et plus paisibles, mais n’y a-t-il pas permanence et prédominance de forces destructrices, agressives ? aujourd’hui comme hier ? hier plus qu’aujourd’hui ? Questions de toujours, questions d’actualité. Trois intervenants aux profils très différents, avec pour chacun des expériences vécues du sujet, nous apportent leur regard et leur réponse. Avec lucidité, leurs analyses ancrées dans le réel ne manquent pas d’interpeller. Oui, le Monde est difficile, dur, et pourtant il y a des raisons d’espérer ! La paix peut faire partie de ce Monde entre Hommes de bonne volonté. Des facultés de Paix sommeillent en nous, on doit pouvoir les éveiller.

conference-unesco-violence-ou-paix-1Près de cent cinquante personnes ont ainsi assisté à un débat nourri de trois contributions à la fois incisives, parfois inattendues et toutes trois singulières, et ne manquant pas d’interpeller l’auditoire.

Regard réaliste d’un expert en géostratégie – Pierre SERVENT –  fin observateur des relations internationales et grand connaisseur des questions militaires, présentation d’un court métrage (issu d’une émission donnée sur ARTE) par une écrivaine – productrice TV – Flore VASSEUR – qui donne un coup de projecteur surprenant sur « les médias et la société colombienne en marche vers la paix », enfin, dernier témoignage, celui de Jacques LECOMTE, philosophe et spécialiste de la psychologie positive, qui, tout à la fois par l’observation du monde et sa propre expérience, laisse entrevoir la possibilité de chemins de paix, si l’on touche l’humain en son cœur.

Avant d’inviter les orateurs à s’exprimer, on a rappelé cette contradiction fondamentale qui perdure avec d’une part la réalité des faits – toutes les convulsions et la misère du monde – et d’autre part une aspiration des peuples et des personnes au bonheur, à une vie meilleure, avec la paix comme promesse d’avenir.



Trois réactions, trois angles de vue complémentaires pour enrichir le débat


Un regard réaliste, trois évolutions peu encourageantes (Pierre SERVENT)

I – Inquiétudes grandissantes avec de plus en plus de « surprises stratégiques violentes »

Il suffit d’énoncer tous les conflits violents des dernières années, qui n’ont cessé de surprendre tant par leur forme (de plus en plus diffuse) que par leur ampleur ou leur localisation.
Du FIS en Algérie jusqu’à DAECH, de la Tchétchénie jusqu’au Moyen Orient, le radicalisme du Sahel, les p1060440avévénements du 11 septembre à New York, l’échec des Printemps arabes, des attentats partout : il y a une violence diffuse, mouvante, un chaos où se mêlent technologie et sauvagerie, des situations aléatoires, des conflits difficiles à endiguer car il ne s’agit plus de guerres ouvertes : on est plus face à l’ordre de chocs semblables à ce que peu produire une dissémination désordonnée de métastases susceptibles de produire leurs effets à tous moments, n’importe où, de façon imprévisible .

II – Le dialogue international perd de sa vigueur, montée des Puissances impériales

Les États tendent à se replier sur eux-mêmes, les opinions publiques deviennent inquiètes et nourrissent des courants bellicistes, nationalistes : l’ONU, l’Union Européenne n’ont pas les coudées franches… A l’inverse se développent des courants aux visées impériales (exemple : la Russie et l’annexion de la Crimée, la Chine et ses revendications territoriales ou maritimes).

III – Apparition d’imprécateurs auto-désignés appelant à la cassure, voire à la violence éventuellement barbare

On se désinhibe, on dénonce les sociétés dévoyées, on emprisonne, on censure, on appelle même au meurtre !
Ici l’agressivité avec des degrés d’intensité variable inspire tout aussi bien des responsables de gouvernement que des tribuns de partis populistes ou des prédicateurs propagandistes violents.

Sur cette toile de fond bien sombre, on peut néanmoins discerner quelques signes encourageants. Sans aller jusqu’à suivre Michel Serre qui – un peu provocant – a suggéré qu’on était dans une situation paradisiaque par rapport au(x) siècle(s) dernier(s) marqués par une extrême pauvreté et des génocides ou autres guerres – massacres, il y a des signes d’espoirs : des personnalités porteuses de messages de paix, les sociétés civiles qui souvent portent en elles des antidotes aux positions extrémistes, et aussi le rôle qu’ont pu jouer la diplomatie vaticane (sans même parler des messages du pape), ou le sultanat d’OMAN exemplaire en termes de tolérance. Même là où prévaut encore la dureté des relations internationales, il est parfois de petites avancées, comme par exemple l’accord avec l’Iran sur le nucléaire.


Les médias au service de la Paix : surprenante expérience colombienne (Flore VASSEUR)

Projection d’un documentaire que Flore VASSEUR a tourné en Colombie en 2015 où elle raconte une histoire assez exceptionnelle, originale et porteuse de sens, d’espérance en l’homme.
fvIl nous est montré ici comment un publicitaire colombien de renom a pu mobiliser toutes les ressources du monde de la communication au service d’une cause cette fois-ci non commerciale mais humanitaire, humaine dans son sens le plus fort puis-qu’aussi bien il s’agit d’une contribution au rétablissement de la paix civile dans un pays ravagé par 50 ans de conflits intérieurs qui ont fait plus de 200 000 morts et 4 millions de déplacés.
Avec un engagement fort de son agence, ce célèbre publicitaire a convaincu le gouvernement que l’on pouvait obtenir de bien meilleurs résultats avec des campagnes média sur une grande échelle qu’avec l’aide des armes. Avec tout un ensemble d’opérations médiatiques spectaculaires, originales et menées sur une grande échelle au cœur de la jungle, les résultats ont été au rendez vous, des milliers de rebelles se sont avisés de renoncer au combat violent.
Messages de paix par hélicoptère (pour faire parler le forêt), événements son et lumières au milieu de la jungle – arbres immenses illuminés au moment de Noël – témoignages apaisés de personnes revenues de leur dur passé, émotion suscitée par des images de paix et d’amour, amour d’une mère qui pleure son enfant perdu, envoi de cadeaux… mais aussi changement de comportement des forces de l’ordre, qui devenaient ici des vecteurs de ces messages destinés à ouvrir les cœurs. Tout cet ensemble d’initiatives imaginées par des communicants a porté ses fruits et fait revenir des milliers de jeunes qui, pour avoir sombré dans la délinquance, croyaient trouver dans la guérilla une solution à leurs tourments. Bien entendu, tout dans ces conversions n’a pas tenu seulement à ces actions médiatiques, mais ces dernières ont joué leur rôle et montré qu’avec l’émotion, une émotion saine faite de bienveillance et de compréhension mutuelle, on pouvait accomplir des miracles.


Regard d’un philosophe sensible à la bonté de l’homme (Jacques LECOMTE) : la Paix – un espoir réaliste

A la fois au travers de ses réflexions et recherches historiques et philosophiques mais aussi et surtout d’expériences personnelles, Jacques LECOMTE nous donne une vision réconfortante, convaincante aussi de l’humanité dans son essence. Ce n’est pas de l’angélisme, il ne nie pas les terribles expériences d’un passé qui n’est pas lointain (les génocides, le nazisme), mais il ne veut pas se contenter d’un constat qui conduirait à penser que ces situations ultra violentes sont dans la nature de l’homme. p1060448avRéagissant au témoignage de Flore VASSEUR, il trouve bien dans cette histoire colombienne toute récente la confirmation que l’homme n’est pas intrinsèquement mauvais, et que toutes les dérives violentes sont fondamentalement dues à des phénomènes de psyché sociale, de mimétisme, soumission qui ne sont en rien le produit d’un atavisme : Simon WIESENTHAL disait qu’on ne naît pas nazi, on le devient.
Cela étant précisé, plusieurs autres points sont exprimés comme éléments de nature à apaiser et prévenir la violence:

– il faut lier  « la politique et la morale », et savoir rentrer dans l’esprit de l’homme ;
– «la démocratie » est un régime qui prévient le mieux les situations violentes, dès lors que le citoyen est écouté ;
– au vu des expériences des pays ayant connu de sérieux affrontements (Afrique du Sud, Irlande) on comprend qu’il est important de mettre en place des instances (commissions) permettant de traiter avec justesse le cas des terroristes (voir la question des sanctions, des amodiations sont possibles mais pas au point de tout oublier) ;
– la société civile est essentielle, c’est bien souvent en elle qu’on trouve des ressources qui la rendent résiliente face aux défis d’une violence à éradiquer, et ici deux obstacles sont à éviter, à savoir la manipulation par les médias ou les politiques ;
– les succès face à la violence supposent de pouvoir miser sur la fraternité, de faire confiance en l’homme avec sa part de bonté.


Le débat : réactions des intervenants, questions

– il faut rester vigilant, savoir bien analyser. Le recours aux armes est souvent inévitable face à une violence fondamentale. Il n’est pas sain de trop baisser la garde… Mais assurément, ce n’est jamais le militaire qui a le dernier mot pour résoudre in fine un conflit (P. SERVENT).
– on confirme que le Président SANTOS est conseillé par le publicitaire dont il a été question; on rappelle que si le référendum a échoué de justesse, le gouvernement a bien passé un accord en 7 points avec les FARC (F. VASSEUR). C’est toujours elle qui précise que, au moment du référendum, trois grandes villes de Colombie étaient touchées par l’ouragan et les personnes ne pouvaient pas se rendre aux urnes.
– s’il a été beaucoup question de violence physique (militaire, terrorisme etc.), il ne faut pas omettre de parler des violences économiques ou sociales.
– le Militaire authentique n’est pas intrinsèquement violent, il lutte pour servir, il défend une cause noble (histoire racontée d’un officier qui a dû son engagement dans l’armée à la montée du nazisme) ; (J. LECOMTE rapportant son expérience d’objecteur de conscience sanctionné qui voit venir à sa rencontre son colonel, « à la bienveillance empathique »)
– dans nos sociétés qui peuvent sembler à bout de course, avec de la violence insidieuse (économique notamment), il y a tout de même des raisons d’espérer. Cet espoir est à mettre dans la richesse des jeunes (le partage, l’économie collaborative) (J. LECOMTE)
– intervention d’une personne pour appeler l’attention sur l’histoire : selon cette enseignante, il est dramatique qu’on ne parle plus vraiment des guerres, qu’on ne sache plus donner le sens de l’histoire ou qu’on y introduise des biais idéologiques.

Yves Nachbaur

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Cette table ronde s’inscrit dans le cycle préparatoire à la célébration des 70 années de coopération avec l’UNESCO qui aura lieu le 23 mars prochain, à l’UNESCO.

 « Quel monde voulons-nous construire, ensemble ? » un monde dans lequel toutes les facultés de recherche de la Paix qui sommeillent dans l’Homme pourraient être réveillée ? Habité de la volonté de progresser au-delà des différences dans le respect des convictions de chacun, le message du CCIC se veut source de propositions.

Retrouver la présentation des ouvrages et réalisations des intervenants

Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain – Débat le 17 novembre à Angers

Après la table ronde, « De la violence vers la paix, Utopie ou espoir ? » le CCIC poursuit son cycle de soirées préparatoires à la célébration de ses 70 années de collaboration avec l’UNESCO.
Il organise à Angers, avec l’Université catholique de l’ouest et Fondacio jeudi
 17 novembre prochain, une soirée sur le thème « Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain » avec Thierry MAGNIN, physicien et théologien, recteur de l’Université Catholique de Lyon et François PROUTEAU, ingénieur sup’telecom et docteur en sciences de l’éducation, président de Fondacio


Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain


La révolution numérique bouleverse nos vies et nos vérités. Elle pulvérise la durée, promeut les réseaux, plonge chacun de nous dans un maillage et un flux d’informations qui affectent nos activités tant privées que professionnelles. Les années 2000 semblent marquées par le passage fulgurant (Pierre Giorgini, La transition fulgurante) à une ère nouvelle du tout connecté et de la capacité d’accéder d’un clic aux savoirs universels en tout lieu et à tout instant.

La puissance de calcul, de stockage (Big data) et de transmission des données a explosé. Ordinateurs, réseaux et opérateurs humains interconnectés font partie d’un maillage d’une forme d’intelligence hybride de plus en plus puissante (Joël de Rosnay , L’homme symbiotique). De nouvelles possibilités semblent offertes à l’homme pour étendre ses capacités d’accès à une source quasi infinie d’informations qu’il peut traiter et qu’il peut mettre en interaction dynamique avec d’autres, de manière illimitée, sans aucune frontière.

Chaque jour grandit le nombre des personnes vivant en permanence reliées à un réseau internet via un smartphone. Les Google Glass et les montres connectées préfigurent les objets intelligents de demain, avant que ceux-ci soient eux-mêmes remplacés par des puces de plus en plus petites (nanotechnologies), puissantes et reliées en permanence au cerveau. Leur développement et les avancées des recherches médicales annoncent l’apparition du cyborg (être humain à qui on a incorporé des greffons technologiques pour démultiplier sa force et augmenter la longévité). Un « homme augmenté » naît sous nos yeux, transformé par des liaisons numériques qui poussent comme autant d’excroissances porteuses de nouvelles potentialités de connexions et d’échanges. Cette « augmentation » de l’homme va de l’échelle nanoscopique (nanomachines agissant à l’intérieur du corps humain ) à la dimension planétaire à travers un maillage d’une infinité de combinaisons possibles entre chacun des objets et acteurs intelligents, reliés entre eux.

De nouveaux modes de coopération humaine et technique ne cessent de transformer en profondeur tous les domaines d’activités : logement (airb&nb) ; énergétique (smartgrid) ; économie (co-working ; économie créative) ; construction, production et commercialisation (simulation & conception 3D , e-commerce) ; santé (services à distance à haute valeur ajoutée, nanosciences et nanorobots pour la chirurgie) ; enseignement (cours en ligne ouvert et massif « mooc » ; communautés d’apprentissages d’étudiants-acteurs en lien avec des professeurs-avatars) ; moyens de transport (blablacar, uber, etc.). Partout, le consommateur-acteur-connecté impose un nouveau modèle économique, au point que « tout le monde commence à craindre de se faire ubériser » (Maurice Lévy, PDG de Publicis).

La révolution techno-scientifique aplatit la hiérarchisation des savoirs et des valeurs, privilégie la communication, livre tout et à tout le monde sans médiation. La forme de cette communication instantanée qui aurait réponse à tout n’est-elle pas souvent aux dépends de la qualité de l’information véhiculée et d’une réflexion critique ? Quels sont les impacts (économiques, sociaux, éthiques) de ces échanges uniquement à distance et sans que se rencontrent physiquement les interlocuteurs des transactions ? Cet espace d’échanges numérisés produit-il un nouvel eldorado propice à de nouvelles collaborations constructives et créatives ? Ou le retour au Far West sans foi ni loi où règne le pouvoir du plus fort ? Où les plus fragiles sont systématiquement les victimes de ce nouveau système ?

Cette révolution permet des bonds prodigieux dans le domaine des techniques, des services, ou encore de l’autonomie des personnes. Elle crée des métiers dont l’on ne sait rien encore mais en disqualifie beaucoup d’autres. Elle métamorphose la répartition des tâches et l’organisation sociale qui lui sont liées. Elle s’emballe et emballe nos vies. De quel paradigme humain sortons-nous pour aller vers quel autre ? Quels enthousiasmes pouvons- nous mobiliser dans ce temps de passage ? Avec quelle intériorité ? Vers quelle spiritualité ?

Cet emballement pourrait-il mener l’homme au-delà de ce qu’il souhaiterait pour lui-même, pour les autres ou pour les générations à venir ? Devant cette question, il convient de prendre un temps de recul et de s’interroger sur l’apparition d’une nouvelle manière d’être humain qui se dessine sous nos yeux, à travers les mutations techno-scientifiques qui bouleversent nos sociétés en ce début de 3ème millénaire. C’est l’humanité de l’homme qui est en question, notre nouvelle manière d’être humain qui est en jeu. La définition de l’humain n’est-elle pas devenue trouble ? Il nous faut l’interroger dans ce nouveau paradigme pour accueillir une nouvelle manière collaborative de concevoir, représenter et mettre en œuvre notre humanité. Il convient de coupler ce regard anthropologique avec une réflexion éthique, « le mouvement même de la liberté qui cherche une vie bonne, dans la sollicitude envers autrui et dans un juste usage des institutions sociales » (Paul Ricœur, Soi-même comme un autre).

Chacune des étapes de cette problématique est une occasion d’aiguiser notre vigilance et de nous interroger nous-mêmes, nos partenaires et l’UNESCO sur autant de questions d’actualité où se joue l’avenir du monde et des hommes.

Il ne s’agit pas seulement d’organisation et de moyens nouveaux mais surtout des conditions de notre libération quand les risques d’aliénation se multiplient.
Il s’agit de
l’humanisation grandissante à laquelle nous appelle le sens d’une vie à redécouvrir, à annoncer et à proposer dans les formes du monde à naître.
Cette démarche exigeante et nécessaire est notre manière de participer, avec d’autres et dans le respect de tous, à l’évangélisation du monde.

 

« L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Comme cela avait été convenu entre le CCIC et les EDC Île de France, le Professeur Jean Caron, normalien agrégé de philosophie est venu le 21/06/2016, au 67 rue de Sèvres, illustrer le thème : « L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Ses propos prenaient sens par rapport aux deux chantiers initiés dans les deux mouvements, pour deux célébrations distinctes en mars 2017, et devaient contribuer à une réflexion, sur hommes et femmes en reconnaissance mutuelle au service d’un plus grand bien.

En analysant la question posée, 3 axes de réflexion émergent :

– une problématique de gouvernance vue à travers l’expérience d’un professeur de classes préparatoires dédiées,
– les réponses apportées sont elles une bonne nouvelle pour les chrétiens ?
– l’anthropologie humaine basée sur « homme et femme Il le créa » c’est-à-dire « être relationnel »invite à penser une parité qui mérite d’être dite dans un contexte nouveau.

I ) Dans les classes préparatoires, un recul de 25 ans d’enseignement, permet de dire que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à réussir dans la filière « management ». Elles ont à la fois l’aspiration et les qualités pour le faire. Les garçons acceptent cette situation et le temps d’études vécu ensemble les enrichit mutuellement et se déroule sans heurts. Pour autant la réalité homme/femme se vit toujours au singulier.

Au début de la vie professionnelle des uns et des autres les choses changent, surtout si des relations se nouent menant à la naissance d’enfants. Les vieux stéréotypes ont tendance à reprendre le dessus. L’arrivée des premiers enfants est souvent vécue comme un blocage dans la carrière de leur mère. Elle valorise sa qualité de vie au travail et sa vie personnelle, ne cherchant pas à crever le plafond de verre, qui la sépare des hautes sphères de gouvernance, alors qu’elle en a les capacités. Les garçons eux font la course au statut, au salaire, au prestige et décrochent pour la moitié d’entre eux leur premier poste à l’étranger.

Ces constats provoquent l’étonnement :

  • Il se vit une belle altérité pendant les études tandis que les modèles changent moins vite dans la vie active. Les hommes aspirent cependant à un univers plus différencié, plus mixé et les femmes souhaitent y déployer tous leurs talents.

  • L’évolution dans l’organisation des entreprises (en droit et en pratique) affiche un désir de « plus de femmes » pour des raisons d’efficacité : là où les femmes dirigent il y a moins de blocages. Ces dernières s’investissent assez naturellement dans le prendre soin, la mise en relation (le care) alors que ce domaine est moins bien évalué dans les catégories sociales, avec tous les inconvénients qui en découlent (niveau de salaire entre autre). L’articulation entre les différents types de compétences devrait être favorisée dans les entreprises.

II) Quelle réactions des chrétiens face à ces constats ? S’agit il d’une bonne nouvelle ?

Il faut se souvenir qu’en son temps le Christ a eu des relations très fortes avec des femmes, peu considérées en général dans la culture de l’époque. Il a été attentif au charisme féminin, cet apport spécifique a marqué le christianisme. Par le passé, des femmes ont apporté une contribution non négligeable à l’évangélisation: fondation de monastères, de missions, de lieux d’éducation, de soins… Le christianisme a été libérateur d’énergies féminines et a introduit l’égalité dans le jeu des différenciations.

Dans un contexte actuel d’évangélisation, le « talent » des femmes, leur charisme est il reconnu ? Se sentent elles épaulées ? Les africaines répondraient par l’affirmative sans hésiter, mais dans notre monde occidental, qu’en est il ?

III) Qu’a à nous dire l’anthropologie ?

Son enjeu est important puisqu’il s’agit de la conception fondamentale de l’être humain. Elle cherche à « unifier en chacun le corps et l’esprit », la seule différenciation culturelle de base étant d’être homme ou femme.

  • Si nous nous plaçons dans une vision individualiste, l’affirmation de l’égalité des individus conduirait à l’indifférenciation entre eux.

  • Dans une vision communautariste la différence homme/femme complémentaires, ne pourrait être pensée que comme inégalitaire.

  • Dans une vision naturaliste les pôles seraient pensés une fois pour toutes, alors que la réalité est plus complexe.

Il nous faut penser une anthropologie qui délivre de l’indifférenciation totale, comme de la complémentarité, puisqu’elle aboutit à une hiérarchisation.

La différence homme/femme est irréductible et chaque personne est une réalité unique, chaque réalité étant différente. L’unicité de la personne n’est pas indépendante de ses multiples identités qui l’engagent dans sa lignée, sa langue, sa culture, sa santé… Le « gender » a en partie raison en parlant d’identités construites, mais il ne tient pas compte du fait que ces identités sont secondes et variables dans le temps.

Malgré cette diversité irréductible d’individus et cette diversité d’appartenances, « l’essence humaine » qui nous caractérise est la même, que l’on soit homme ou femme. Nous recevons notre nature et ne l’accaparons pas. Un être ne saurait se réduire à son corps complexe. Il y a un manque en chacun de nous, qui à lui seul ne peut pas être « l’Être Humain ». Ce manque, qui introduit un désir d’altérité en chacun, est aussi la promesse d’une rencontre possible, d’une co – humanité pour exister. Ne pas vouloir ou pouvoir le reconnaître, alimente chez certains de nos contemporains un désir jamais satisfait d’autosuffisance, de toute puissance.

Cependant il ne faut pas hypertrophier la différence. Masculin et féminin ne peuvent se découvrir qu’en se rencontrant, dans la famille en tout premier lieu et en travaillant ensemble. Nous sommes dans « l’espérance de la fécondité » dans la rencontre du JE et du TU.

L’homme occidental contemporain « crève » car il a construit une « anthropologie de la solitude, autonome, solitaire, affirmation arrogante de soi même » et non une anthropologie de la solidarité.

Nous avons à être témoins de la relation féconde et heureuse du masculin et du féminin. Nos adolescents ont envie de vivre la complémentarité des dons, qu’ils découvrent dans la famille. Il nous faut changer nos manières d’être, car la fracture que nous portons en nous nous oblige tous à entrer en communion. Telle est la conclusion à laquelle nous avons été brillamment menés, avant de passer à l’exercice questions/réponses.

Visiter le site web des EDC

Françoise Meauzé.

Assemblée Générale Extraordinaire du CCIC le 24 juin 2016

Assemblée Générale Extraordinaire du CCIC
le
Vendredi 24 juin 2016 à 10h

Accueil Louise de Marillac salle Saint Vincent

67 rue de Sèvres

75006 PARIS

La tenue de cette AGE a été décidée à l’unanimité par l’Assemblée générale ordinaire du 24 mai 2016 pour approuver les nouveaux statuts canoniques et les statuts loi 1901 modifiés.

Après ce vote le CCIC pourra envoyer les Statuts canoniques à la Secrétairerie d’État pour étude afin d’obtenir la qualification « d’association privée internationale de fidèles de droit canonique ».