Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé

11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé
8 et 9 décembre 2016

UNESCO


Le 14 mai 1954 à la Haye a été adoptée la Convention sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Cette convention a été signée par 127 pays. Le 26 mars 1954, un premier protocole, signé par 104 pays, prévoyait surtout la création d’un comité consultatif national qui intervienne auprès de son gouvernement en cas de conflit armé. Un deuxième protocole, adopté en 1999, signé par 69 états prévoyait surtout la création du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, composé de 12 membres élus parmi les 69 états signataires. Le Deuxième Protocole de 1999 complète les dispositions de la Convention de La Haye de 1954 relatives à la sauvegarde, au respect des biens culturels et à la conduite des hostilités. Le statut de « protection renforcée » peut être demandé par les Etats parties pour les biens culturels en péril qui revêtent la plus grande importance pour l’humanité, qui bénéficient de mesures de protection juridiques et administratives adéquates au niveau national, qui ne sont pas utilisés à des fins militaires, et pour lesquels des sanctions spécifiques sont prévues en cas de sérieuses violations. Le même protocole prévoit la création d’un Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Ce mois de décembre a eu lieu la 11e réunion annuelle du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, créé par le protocole de 1999 qui est entré en vigueur en 2004 . Parmi les sujets discutés, il y a eu surtout :

  • L’examen des demandes d’octroi de la protection renforcée : Monuments historiques de Mtskheta (Géorgie) et Tombeau des Askia (Mali),

  • La demande d’assistance internationale au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé soumise par le Mali en rapport à la demande d’octroi de la protection renforcée pour le Tombeau des Askia,

  • Le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation,

  • Le développement des synergies avec les autres instruments normatifs et programmes pertinents de l’UNESCO et renforcement des partenariats (la coopération avec la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et avec la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels).

Après avoir élu son nouveau Président, M. Sophann Ket (Cambodge), le Comité a pris plusieurs décisions, parmi lesquelles l’octroi de la protection renforcée au Tombeau des Askia au Mali et aux Monuments historiques de Mtskheta en Géorgie, tous deux sites du patrimoine mondial.

La demande de Mali de financement (pour le tombeau des Askia) au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé a été approuvée. L’aide consiste en une somme de 35 mille dollars des États-Unis qui devra financer des activités comme :

  • la sensibilisation des communautés locales,

  • la documentation pour une législation pénale,

  • un inventaire détaillé,

  • plan de formation continue des forces armées maliennes (FAMA).

La Libye s’est vue octroyée, elle-aussi, la somme de 50 000 dollars pour des mesures d’urgence liées à des fouilles illicites, érosions, pour des aspects pratiques comme le renforcement des portes et des fenêtres dans les musées.

Dans le même temps, le Secrétariat a encouragé les autorités libyennes compétentes à soumettre une demande d’octroi de protection renforcée, et a demandé aux deux requérants de fournir des rapports détaillés sur l’utilisation qui sera faite de l’assistance financière. On a évoqué aussi la possibilité d’intégrer cette demande dans le programme Heritage at risk dédié aux monuments en péril, programme de l’ICOMOS (Conseil International pour les Monuments et Sites culturels).

Le Comité a également discuté de la « Stratégie pour le renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé », qui a été adoptée en novembre 2015. Le Plan d’action développé dans le cadre de la Stratégie se concentre sur le développement de matériels de formation, le renforcement des capacités pour l’exécution des lois nationales, la protection des biens culturels par les forces armées et le secteur juridique, le trafic illicite des objets culturels, l’intégration de ces éléments dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies (incluant une composante policière et civile), l’évaluation des risques et la planification d’urgence du patrimoine dans les zones à risques.

Le Comité international du Bouclier bleu (ICBS) est un comité de professionnels, international et indépendant, qui regroupe les musées, les archives, les archives audiovisuelles, les bibliothèques, les monuments et les sites historiques. Le Bouclier bleu est le symbole employé pour identifier les sites culturels protégés par la Convention de 1954 de la Haye, patrimoine culturel mondial menacé par les catastrophes naturelles ou d’origine humaine. Le Bouclier Bleu réunit l’expertise et les savoir-faire des réseaux internationaux de chacune de ces organisations non gouvernementales œuvrant en faveur du patrimoine culturel :

Lors de cette 11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation, rapport qui était prévu à être présenté lors de cette réunion n’a pas pu être présenté, à cause des retards dans le travail de l’UNESCO avec l’ICOM et à cause de problèmes budgétaires.

Le délégué de la Géorgie auprès de l’UNESCO a accentué que deux régions en Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud se trouvent encore sous occupation russe et il suggère que le rapport du Bouclier Bleu devrait retenir le cas des biens culturels sous occupation comme ceux des territoires occupés de Géorgie.

L’Italie a mis en exergue le fait que la protection des biens culturels est aussi une action humanitaire. Les déplacements humains peuvent être assimilés à un déplacement de biens culturels puisque les communautés humaines se déplacent avec leur culture, leur genre de vie, leurs habitudes.

Pour conclure, Mechtild Rössler, la Directrice de la Division du patrimoine a encouragé tous les participants à promouvoir la Convention de 1954 et à joindre leurs forces dans la mise en œuvre de la Stratégie pour le « renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé ».

Nous pouvons remarquer, quant à nous, que les pays les plus concernés par le besoin de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, tels que la Syrie, l’Irak, l’Israël, bien que signataires de la Convention de 1954, ne sont pas signataires du deuxième protocole de 1999, alors que des pays comme Mali, Libye ou Palestine le sont !
Les biens culturels des pays comme Syrie, Irak, Israël ne peuvent pas bénéficier, en cas de conflit, des mesures de protection prévues par la Convention de 1954 et le Protocole de 1999 !
Il serait intéressant de savoir quels efforts sont faits pour encourager l’adhésion des pays qui n’ont pas encore signé cette Convention. Ou plus spécifiquement encore, comment encourager l’adhésion à cette Convention des pays où il y a conflit et où des biens culturels chrétiens sont menacés par ces situations de conflit ?

MCL et OB

Comité de liaison ONG-UNESCO : Élections du Président et des membres

La Conférence internationale des ONG 2016 s’est tenue les 12, 13 et 14 décembre 2016 à Paris, Maison de l’UNESCO, avec l’organisation des élections des membres du comité de liaison et de son Président.

En voici les résultats :

Président : Philippe Beaussant CCIOFF
Élu par 85 voix sur 105 voix exprimées (124 électeurs)

Patrick Gallaud : AFAL Région Europe/ Amérique du Nord
Richard Francis APEH : JECI (Jeunesse étudiante catholique internationale) France
Marie Christine Gries de la Barbelais : SOROPTIMIST – Grande Bretagne
Térésa Kennedy : ICASE (International Council of Associations for Science Education) USA
Victoria Lovelock : CCSVI (Comité de Coordination du service volontaire International)
Marie Claude Machon Honoré : BPW International
Pablo Gentili : FLASCO (Faculté sciences sociales) Région Amérique latine et Caraïbe. Argentine
M Shen Che : CFPA Asie Pacifique (China Folklore Photographic Association) Chine
Mbuyamba Lupwishi : OCPA   Région Afrique (Observatoire de Politique Culturelle en Afrique) Mozambique
Abdelbasset Ben Hassen : IADH Région Etats arabes (International Association for Disability and Oral Health) Tunisie

La pensée complexe « Les défis d’un monde globalisé »

Premier colloque mondial organisé à l’UNESCO
les 9 et 10 décembre 2016
par la Commission nationale française pour l’UNESCO

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Les 9 et 10 décembre dernier plus de 350 personnes ont participé au premier colloque mondial sur la pensée complexe qui doit sa tenue à la Commission nationale française pour l’UNESCO : de larges échanges de vue portant sur des thèmes à la fois conceptuels et ancrés dans la réalité du monde d’aujourd’hui ; Une journée d’un intérêt exceptionnel.

edgar-morinGrand penseur moderne de la Complexité, Edgar Morin a, en quelque sorte, été l’âme de ce colloque. Il l’a accompagné tout au long de ces deux journées de réflexions, réflexions denses, variées, allant au-delà du discours philosophique. On l’a célébré à la fois lors de certains témoignages, et par la remise d’un nouveau titre de docteur honoris causa (université de Monterrey-Mexique).

Le colloque était placé sous le double patronage du gouvernement français (présence à l’ouverture du secrétaire d’état à la recherche M. Mandon) et de l’UNESCO, qui, à l’occasion de cet événement, a officialisé la création de la « Chaire internationale de la complexité ».

Plusieurs autres institutions ont concouru au succès de l’événement : l’Association pour la pensée complexe, l’ESSEC (qui compte parmi ses enseignements un module « analyse de la complexité »), l’Insituto Piaget (réseau d’institutions éducatives d’origine portugaise), le réseau CANOPE (réseau de création et d’accompagnement pédagogique). A signaler aussi un hommage posthume au fondateur de la MULTIVERSIDAD Mundo Real, M RubenReynaga, une université dont le contenu et l’organisation des enseignements sont largement inspirés des préceptes ou principes de la pensée complexe qu’Edgar Morin a développés au cours des vingt dernières années au travers de nombreuses publications.

L’une de ces publications a été citée à de nombreuses reprises : « les sept savoirs nécessaires pour l’éducation du futur »… Rédigée à la fin des années 90 en réponse à une demande du directeur général de l’UNESCO Frederico Major qui voulait une réflexion d’ensemble sur les programmes éducatifs de l’UNESCO, cette contribution aura été opportunément mentionnée car elle illustre bien ce que l’on peut dire de la pensée complexe en général, singulièrement dans notre temps, et, au-delà de cette généralité, parce que, conformément à la commande de l’époque, elle concentre l’analyse sur l’éducation, qui, finalement apparaît comme essentielle pour aider à maîtriser toutes les dimensions de la complexité dans notre monde moderne.

Si la complexité a toujours fait partie intégrante de notre monde, et implicitement ou non a retenu l’attention des grands penseurs dès l’antiquité – ont été cités Platon, Socrate, Héraclite – il y a assurément à actualiser ces approches, revoir aussi nos « discours de la méthode ».

On a aussi rappelé un propos de J. Maritain qui, lors de la seconde conférence générale de l’UNESCO, disait au sortir de la seconde guerre mondiale qu’il fallait revoir la façon d’organiser les réflexions… et puis, nouvel impératif, avec les immenses changements de ces dernières années, on doit certainement se remettre à l’ouvrage. Les présentations problématiques qui nous ont été données montrent bien à quel point les approches peuvent et doivent changer, en délivrant des messages inspirants, en donnant des clefs pour éviter les erreurs et les illusions, et réduire les risques de dérives que pourrait induire un monde qui, il faut s’y faire, est fragile.

Jack Lang a rendu hommage à Edgar Morin qui a contribué à faire évoluer les approches éducatives en France dans les années 90. Un peu à l’image de cette complexité thème des discussions, le colloque a été nourri de regards croisés : croisée géographique – une douzaine de nationalités représentées à la tribune (venant surtout d’Europe et d’Amérique latine, d’Afrique aussi), plus de trente intervenants aux profils variés : philosophes sociologues, politiques, scientifiques, experts en sciences de l’éducation, en systèmes d’information, consultants etc.

La philosophie était très présente, mais pas de façon abstraite même si on a parlé d’épistémologie, d’ontologie, de dialectique et de dialogique. Les thèmes des quatre tables rondes et l’approche des intervenants ont été plus concrets et ancrés dans le réel que purement conceptuels, mais n’est ce pas ainsi qu’il faut approcher la complexité de nos jours ?

Des nombreux propos tenus, notamment ceux de Edgar Morin, on retiendra les éléments les plus mis en évidence pour faciliter le traitement des questions problématiques et pratiques soulevées par la complexité.

En complément de cet article, lire :
La maîtrise de la pensée complexe :
quelques principes, recommandations, voire évidences
Les quatre tables rondes :
–  Table ronde I : l’éducation et l’apprendre à vivre
– Table ronde II : Au-delà de la connaissance : la Connaissance de la connaissance
– Table ronde III : La décision, l’action, l’éthique
– Table ronde IV : L’ère planétaire, plus que la globalisation

Voir/écouter Edgar Morin sur Youtube
Visiter le site web de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO

Comment prévenir l’antisémitisme par l’éducation, la culture et la communication ?


Mardi 6 décembre 2016 à l’UNESCO


Table ronde organisée conjointement par l’UNESCO et l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste (IHRAInternational Holocaust Remembrance Alliance) avec le soutien de la Shoah Fundation – University of Southern California.
La table ronde réunissait sept experts internationaux, professeurs d’universités, responsables d’ONGs pour la paix et contre le racisme, et de responsables juifs.1

La séance été introduite par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO et par S.E. M. Mihéna Constantinescu, Ambassadeur, Président de l’IHRA. Le discours d’ouverture a été prononcé par M. Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux, Ancien Président du Conseil Constitutionnel (France).

Mme. Irina Bokova a indiqué immédiatement que l’antisémitisme était « au cœur de l’actualité », faisant allusion au terrorisme à visées antisémites contre des enfants, en France, et au climat général de critiques haineuses et systématiques contre Israël. Dès lors elle a réaffirmé la vocation de l’UNESCO à lutter contre le racisme, la xénophobie, par un travail éducatif sur tous les continents, le rôle fondamental de la culture, le dialogue et la tolérance. Elle a enfin réaffirmé que : « Cette lutte appelle à une action commune car l’antisémitisme n’est pas seulement le problème des communautés juives. Il nous concerne tous, quelles que soient nos origines ».

M. Mihéna Constantinescu a rappelé le rôle de l’IHRA. Fondée en 1998, l’Alliance regroupe 31 pays membres, 11 pays observateurs et 7 partenaires internationaux permanents. Elle coopère avec l’UNESCO et elle est ouverte aux ONGs. Le fondement est l’adhésion des membres sur les termes de la Déclaration du Forum International de Stockholm sur l’Holocauste de janvier 2000. L’objectif de l’Alliance est d’élaborer et de promouvoir des politiques relatives à l’enseignement, à la recherche et la commémoration de l’Holocauste au niveau national et international. Elle vise en particulier l’éducation des jeunes. L’assemblée plénière de l’IHRA en Roumanie, en mai 2016, vient d’adopter une Définition Concrète l’Antisémitisme. Selon Mme Irina Bokova, il s’agit : « d’une avancée considérable pour aider à mettre des mots précis sur le sujet et un socle de tout engagement contre toutes les formes d’antisémitisme ». Cette définition sera adoptée formellement par l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OSCE) à sa prochaine assemblée de Hambourg.

M. Robert Badinter a fait une présentation plus historique. Il dénonce l’antisémitisme comme un mal « multiséculaire », depuis la prise de Jérusalem :

  • un antisémitisme religieux remontant à l’édit de Constantin en 315, et fondé sur la haine du peuple « déicide »,

  • un antisémitisme national, « l’étranger suspect » dans les nations, le complot international, l’affaire Dreyfus,

  • un antisémitisme « scientifique et racial », en référence à la race supérieure.

D’où 2 aspects historiques opposés : la révolution et la constituante de 1791 où les juifs de France sont citoyens français à part entière, et l’antisémitisme forcené nazi, avec le IIIème Reich et les lois de Nuremberg en 1933, avec la loi allemande de la protection de la race par la loi du sang.

Robert Badinter tire de ce rappel historique une question et une conclusion : comment un peuple, chrétien, civilisé, cultivé, scientifique, comptant de nombreux génies dans toutes les disciplines a-t-il pu basculer dans le racisme et l’antisémitisme le plus cruel et le plus inhumain ?

A l’évidence, la culture et l’enseignement ne sont pas suffisants pour éradiquer l’antisémitisme.

Actuellement il faut aussi prendre en compte le conflit israëlo-palestinien qui n’a jamais cessé depuis la création de l’État d’Israël. Aujourd’hui, l’antisémitisme s’alimente de tout ce climat, même si certains veulent faire une différence entre l’antisémitisme à caractère communautaire et religieux et l’antisionisme à caractère politique et conflictuel.

Le décor est planté : comment lutter contre l’antisémitisme, le racisme, la haine de certaines minorités ?

Les différents orateurs déclineront cette question sous différents aspects. L’éducation à la connaissance des faits, aux risques des haines qui conduisent aux catastrophes telles que la Shoah, l’éducation à l’empathie, l’éducation positive montrant l’apport des juifs à la science et à l’art… ne suffisent pas à conjurer les haines et les violences.

Dès lors, que faire d’autre ?

  • des programmes éducatifs pour les enfants mais aussi pour les enseignants et les parents.

  • sensibiliser les responsables des médias et les politiques, et étendre ces questions à toutes les formes de racisme.

  • combattre l’antisémitisme par les témoignages et l’actualité ; faire réfléchir les enfants lors des attentats : ex. attaque de la grande synagogue de Copenhague.


En conclusion, la recherche de la paix par les champs couverts par l’UNESCO, notamment grâce à l’éducation et la culture, montre ses limites, même si elle permet d’entretenir une prise de conscience pour le présent et le futur.

L’antisémitisme et la Shoah reste un thème permanent pour l’UNESCO.

Denis Chaigne/Dominique Glorieux


Lien vers l’IHRA
Déclaration de Stockholm du 28 janvier 2000

Compte rendu de l’UNESCO


1 Professeur Steven Katz, Conseiller auprès de l’IHRA, Professeur d’études juives et d’histoire de l’Holocauste, Université de Boston; Professeur Dinat Porat, Directrice du Centre Kantor pour l’étude de la communauté juive européenne, Université de Tel Aviv (Israël); M. Jean-Yves Camus, Chercheur associé à l’IRIS (France); Mme. Katharina von Schnurbein, Coordinatrice de l’Union Européenne chargée de la lutte contre l’antisémitisme; M. Dervis Hizarci, Président de l’Initiative Kreutzberg contre l’antisémitisme (KlgA) (Allemagne); Mme Cristina Finch, Directrice du Département de la tolérance et de la non-discrimination, OSCE ; Mme Mariane Lère, Chaire UNESCO pour l’enseignement des génocides, Shoah Foundation – University of Southern California.

Les technologies numériques et l’aide aux personnes handicapées


Autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées
Journées internationales des personnes handicapées
2 décembre 2016

UNESC0


prix-handicap-redimensionneLe prix UNESCO/Emir Jaber Al-Ahmad Al Jaber-Al-Sabah pour l’autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées a été créé en 2003 par le père du présent Emir du Koweït.
Aujourd’hui 1 milliard de personnes souffrent d’un handicap soit 15 % de la population mondiale dont 100 millions d’enfants.

S.E.M. Meshal Hayat – ambassadeur, Délégué permanent de l’État du Koweït auprès de l’UNESCO – a ouvert la cérémonie en insistant sur l’importance de relever le défi d’ouvrir de nouveaux horizons aux personnes handicapées par les moyens qu’offrent les récentes technologies numériques.

Au cours de la table ronde plusieurs personnalités ont souligné les difficultés qu’elles rencontraient pour répondre aux besoins exprimés par les personnes handicapées. La lutte contre la pauvreté est importante.

Mme Saima Wazed Hossain – Présidente du Comité consultatif national sur l’autisme, psychologue, membre du tableau d’experts sur la santé mentale de l’Organisation Mondiale de la santé (Bangladesh) – a précisé qu’elle avait été aidée par sa mère 1er ministre pour intervenir en faveur des personnes dont le handicap n’était pas visible. Les maladies mentales survenues après la guerre étaient mal comprises. Le diagnostic était difficile. Un énorme besoin de recherche était nécessaire.

Mme May Chidiac – Fondatrice de la May Chidiac Foundation, Journaliste libanaise et Lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano en 2006 (Liban) – a différencié les personnes nées avec un handicap et celles qui sont devenues handicapées suite à un accident ou suite à un attentat. Toutefois, dans les deux cas, la technologie peut offrir un sentiment d’indépendance qui permet une intégration plus facile au sein de la société.

M. Klaus Miesenberger – Professeur à l’Institut des études intégrées à l’Université Johannes Kepler de Linz et à l’International Conference on computers helping people with Special Needs (Autriche) – Le potentiel technologique augmente plus vite que les systèmes éducatifs. Bien que les personnes handicapées pourraient adopter très vite cette technologie, il existe de gros problèmes d’accès à la disposition de tous.

M. Martin Babu Mwesigwa – Membre et rapporteur du Comité de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et ancien responsable des programmes de la National Union of Disabled Persons in Uganda – La situation des personnes handicapées est difficile en Afrique. Beaucoup de personnes doivent leur handicap à 6 ans de guerre. Tous les niveaux de la société sont touchés par ces handicaps, du village au gouvernement. Des difficultés, tant économiques que culturelles, se posent dans le domaine de la santé comme dans le domaine de l’emploi.

Le prix a été remis à deux personnes non voyantes. La première a été reconnue pour une innovation informatique permettant aux personnes non voyantes un accès à des fichiers d’études. La seconde récipiendaire a créé un bibliothèque « universelle » pour non voyants. Pour faciliter la mise en œuvre de cette innovation, l’Argentine a introduit par voie législative la possibilité de publication de tout ouvrage sous une forme accessible à un handicapé visuel.

Lire le communiqué de presse sur le site de l’UNESCO

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

Les grandes migrations dans l’ancienne Asie Mineure
Circulation, échanges et transformations sociales

29-30 novembre 2016
Maison de l’UNESCO
Paris

20161130smallIl s’agit de la 6ème conférence relative aux migrations dans l’ancienne Asie Mineure dont l’objectif est de participer au progrès de l’humanité en favorisant le rapprochement des cultures, de mieux appréhender les origines communes.

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

M. Olzhas Suleimenov – Président de la Fondation « culture », poète, auteur, diplomate et fondateur du mouvement Nevada Semipalatinsk au Kazakhstan :
Le thème de la conférence est apparu il y a environ 25 ans quand les peuples des nouveaux États se sont intéressés à leur histoire, à leur origine. La méditerranée est un « patrie » intermédiaire de notre humanité. C’est là que sont apparues les langues, les écritures…

Dr George Busby – post-doctorant associé de recherche au département de zoologie de l’Université d’Oxford :
La génétique est un outil qui permet de dater les échantillons que sont les fossiles, les ossements. L’ère des chasseurs cueilleurs se situe entre 10 000 et 5 000ans avant Jésus-Christ. L’ère des « fermiers » qui succède, se répand sur le territoire européen à partir de l’Anatolie. L’Asie Mineure a joué un rôle essentiel.

Yessetzhan Kossubaev – ancien Ministre de la Culture du Kazakhstan, Co-Président de la Fondation Universal Media Service :
En politique, sans connaissance de ses racines profondes on ne peut pas comprendre les problèmes à régler.Les processus migratoires méritent d’être connus. Aujourd’hui tout a besoin d’être monétisé. Or il est difficile de monétiser les sciences humaines. C’est pour cela que les Etats doivent s’investirent. Le Kazakhstan pourrait servir de plate forme pour la recherche en sciences humaines.

Dr Luiz Oosterbeek – archéologue et secrétaire général du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines Portugal :
Le processus de l’immigration s’étudie selon 2 mécanismes : l’assimilation, la conservation, la mémoire d’un coté, et de l’autre l’accommodation, la flexibilité de comportement, l’incorporation, l’histoire. Le changement de comportement présente d’abord une résistance qui implique souvent la mort que suscitent les affrontements. Les grandes migrations sont associées aux changements climatiques et notamment aux réchauffements climatiques. Avec les migrations, des frontières sont construites pour garder l’identité du territoire « conquis » mais les mariages exogamiques engendrent une nouvelle identité.

 – Débat –

Il est indispensable de ne pas dissocier l’étude génétique, qui est une science récente, des études archéologiques qui regroupent plusieurs disciplines sur des territoires plus étendus.


Changement linguistique et culturel


Dr Zhaken Taimagambetov :– directeur adjoint du Musée National du Kazakhstan :
Tout le monde sait que l’homme est apparu en Afrique et qu’il s’est propagé. En Géorgie, on a trouvé une boîte crânienne et une mâchoire d’environ 1,6 millions d’années. On trouve l’itinéraire du nouvel homme d’1million d’années en Eurasie. En Turquie, en Afghanistan, au Kazakhstan, on trouve des campements où sont concentrés de petits objets. La datation est difficile parce que ces objets ne sont pas enfouis. Ils sont comparables à ceux que l’on trouve en Afrique.

Dr Marsil Farkhshatov – directeur de département à l’institut d’Histoire, Langue et Littérature du Centre Scientifique d’Oufa, Académie Russe des Sciences : L’identification des découvertes est difficiles. Zedi Validi Togan fut un homme politique et un scientifique, un « turcologue » spécialiste du 11ème et 14 ème siècle. Il reconnaît que ce qui est le plus controversé dans les recherches est la question de la datation. Les objets sont à la surface du sol. Il est difficile de les comparer à ceux qui existent en Asie ou en Afrique. Donc on parle de « datation relative ». Mais il est reconnu que l’homme vient de l’Afrique.

Dr Tsagaan Turbat – chef du département de l’ère du Fer et du Bronze à l’Institut d’Histoire et d’Archéologie, Académie Mongole des Sciences :
Au 1
er millénaire avant Jésus-Christ, un échange intensif de biens précieux a eu lieu entre le monde méditerranéen et le monde asiatique. On trouve aujourd’hui en Mongolie de grands sites aux découvertes prestigieuses : tombes d’élite, tombes circulaires, art rupestre. Certains sites sont inscrits au patrimoine mondial. Les nécropoles des élites sont liées à la culture chinoise. Dans les années 1920 des objets chinois ont été trouvés dans les tombes de nomades. Certains objets viennent de bien plus loin : par exemple un tapis « serait » d’origine occidental. Les chercheurs se posent beaucoup de questions sur l’origine de ces objets. Dans les tombeaux circulaires datés de l’âge du fer, on constate des restes de sacrifices d’animaux. Des objets s’y trouvent, qui viennent du monde méditerranéen oriental : perles, poteries, céramiques.

Dr Farhad Guliyev – archéologue spécialisé dans l’histoire de l’Antiquité et l’archéologie du Caucase et de l’Asie Mineure à l’Académie Azerbaïdjanaise des sciences :
Les premières sociétés néolithiques datent de 5950 à 5450 avant Jésus-Christ. Les fouilles au sud du Caucase ont commencé en 2008 et ont mis en évidence des pratiques agricoles datant de 8000 ans. Les populations d’agriculteurs « seraient » parties du Moyen Orient lors de changements climatiques. On trouve des objets qui ont des points communs avec ceux trouvés au Moyen Orient : silex, des pointes, des frondes.

– Débat –

Plus tard d’autres analyses permettront de différencier ce qui est de la transmission et ce qui est des mutations locales. Les échanges ne seraient pas tant des actes de commerce que du pillage.


Savoirs, développement et avancées technologiques


Prof. Leyla B. Djansugurova – directrice générale de l’Institut de génétique et cytologie Kazakhstan :
Le Kazakhstan est au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Ce pays est peuplé de tribus diverses : iraniens, turcs, irakiens puis plus tard de mongols. Les projets d’études des mouvements de ces tribus sont récents (de 2013 et 2014) et sont menés à partir des découvertes archéologiques.

Dr Mehmet Ozdogan – archéologue et professeur émérite à l’Université d’Istanbul Turquie :
L’Anatolie est importante à cause de sa position géographique. Il s’agit à la fois d’un pont et d’une barrière. Du néolithique à l’âge de bronze, on passe d’une société de chasseur cueilleur durant laquelle ont eu lieu plusieurs déplacements, une dissémination des populations vers le centre de l’Anatolie, région peu peuplée à une société qui se tourne vers l’ouest, qui commerce, pour laquelle la métallurgie joue un rôle important d’où le commerce des métaux. C’est à cette époque qu’apparaît la domestication du cheval, que des caravanes assurent des échanges.

Dr Garret Hellenthal – chercheur Sir Henry Dale à l’Institut de Génétique, University College London :
Le problème de la recherche est que nous disposons de peu d’échantillons en raison du froid climatique. Mais les 800 échantillons disponibles sont de très grande qualité. On ne peut remonter que sur 5000 à 4000 avant Jésus-Christ parce que les segment de recherche sont trop petits. Les brassages les plus anciens sont cachés.

 – Débat –

On ne sait pas grand-chose de la population anatolienne avant l’âge de bronze. Il s’agit d’étudier ce que dit l’ADN et, pour l’interpréter, d’utiliser d’autres disciplines.

UNESCO : 16 novembre 2016 Journée Internationale de la Tolérance

16 novembre 2016 :
Journée Internationale de la Tolérance
Attribution du Prix Madanjeet Singh
pour la promotion de la tolérance et de la non-violence

Siège de l’UNESCO

La cérémonie pour l’attribution de l’édition 2016 du prix Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a eu lieu au siège de l’UNESCO le 16 novembre, Journée internationale de la tolérance.

Le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a été décerné pour la première fois en 1996. Il a été créé en 1995 pour marquer l’Année des Nations Unies pour la Tolérance et le 125ème anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi. Il porte le nom de Madanjeet Singh, en reconnaissance de cet Ambassadeur de bonne volonté auprès de l’UNESCO, artiste, écrivain et diplomate indien dont on a voulu ainsi saluer le dévouement et l’engagement au service de la paix et de la tolérance. En effet, son engagement contre la violence date depuis la révolte Quit India contre le colonialisme, de 1942, quand il a été emprisonné, puis libéré et expulsé. Pendant 30 ans il a été ambassadeur de l’Inde dans différents pays et depuis 1982 il a rejoint l’UNESCO où il a été nommé Directeur du Secteur culturel. En 2000, Madanjeet Singh crée la South Asia Foundation pour la promotion de la coopération régionale entre les huit pays de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Depuis son décès, en 2013, c’est la South Asia Foundation qui a pour mission de perpétuer son message de dialogue et de tolérance.

Ce prix vise à promouvoir l’esprit de tolérance dans les arts, l’éducation, la culture, la science et la communication. Doté d’un montant de 100 000 dollars, il est décerné tous les deux ans à des personnes ou des institutions pour leurs contributions exceptionnelles en faveur de la cause de la tolérance et de la non-violence.

Pour cette année 2016 le Prix a été décerné au Musée Juif et Centre de recherche et de méthodologie pour la tolérance, la psychologie et l’éducation (Centre de tolérance) de la Fédération de Russie, de Moscou.

Le jury a été formé du Professeur Nadia Bernoussi (Maroc), M. Marek Halter (France), et Dr Kamal Hossain (Bangladesh).

Des allocutions ont été prononcées par Madame Golda El-Khoury, Secrétaire du Prix UNESCO-Madanjeet Singh, Madame Nada Al-Nashif, Sous-Directrice Générale de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines, Madame France Marquet, Administratrice principale de la Fondation Madanjeet Singh, Monsieur Alexander Boroda, Directeur Général du Centre de la Tolérance, Madame la Professeur Nadia Bernoussi, Présidente du Jury International.

Des moments artistiques ont été assurés par le Chœur Philharmonique International, désigné comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix », placé sous la direction d’Olivier Kontogom, et par le pianiste Serguei Markarov, lui aussi distingué comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix ».

Madame Nadia Bernoussi a précisé les critères d’appréciation qui ont amené le jury à choisir le lauréat de cette année parmi une cinquantaine de candidatures :

la qualité du dossier,
des méthodes modernes d’éducation,
lien entre le centre et les valeurs de la non-violence,
multiplicité des méthodes,
ces valeurs promues dans un espace multiethnique.

Monsieur Alexander Boroda, directeur du Musée Juif et Centre de la Tolérance qui est aussi le président de la fédération des communautés juives de Russie a souligné la nécessité de préserver dans toute société la tolérance sociale et religieuse. Il a mis tout particulièrement l’accent sur l’idée que la tolérance doit viser une plus grande harmonie. Cet objectif d’harmonie est, selon lui, la seule voie pour avancer vers un monde meilleur, en misant sur l’entente entre les personnes et le soutien mutuel. Pour cela, des techniques modernes de communication doivent être mises en place et le Centre de la Tolérance le fait. L’éducation des jeunes générations est essentielle pour l’harmonie du monde futur. Dans ses quatre ans d’existence, le Centre de la Tolérance a œuvré en ce sens par le biais de plus de 60 programmes portant sur la tolérance face à la xénophobie ou au racisme, et sur le dialogue interculturel.

A noter que Le musée juif et centre de tolérance est le plus grand musée juif du monde (17 000 m2) et la plus grande surface d’exposition en Europe (4 500 m2 réservés aux expositions).

L’ensemble « Musée Juif et Centre de la Tolérance » se distingue par des programmes pédagogiques et de recherche qui assurent la promotion du dialogue entre les religions et les autres visions du monde avec un accent particulier sur la jeunesse. Des programmes d’éducation civique et de tolérance sociale sont mis en place à l’adresse des enfants et des jeunes, en partenariat avec les écoles de Russie.

A titre d’illustration, nous pouvons citer une action conduite en septembre 2014 dédiée à la prise d’otages de Beslan, qui, en 2004, avait fait 187 victimes ; 100 enfants des écoles de Moscou ont ainsi participé à cette initiative de sensibilisation et de prévention sur la base d’une idée-force « Nous pouvons vaincre le terrorisme », expression retenue comme intitulé de ce programme. Les enfants ont parlé de ce que le terrorisme signifie pour eux, comment il faut agir dans de telles situations de crise, qu’est-ce que chacun d’eux peut faire à son niveau pour prévenir ces actes, transformer la haine et l’exclusion dans des actes d’amour et d’acceptation, de tolérance. Ils ont emporté les affiches qu’ils ont faites pendant cette séance pour les exposer dans leurs écoles.

Un autre programme intitulé « 5 pas vers la Tolérance » a réuni, toujours en 2014, des spécialistes de l’éducation. Parmi les sujets traités, on aura noté particulièrement : conciliation et respect des cultures et des traditions ethniques, consolidation de la responsabilité sociale et de l’attitude civique chez les les enfants, les moyens de populariser les valeurs de la tolérance dans les institutions éducatives, les moyens de créer dans les écoles une atmosphère psychologique propice à la prévention du mépris mutuel et de l’agressivité.

Plus d’informations sur les activités du Musée Juif et Centre de la Tolérance peuvent être trouvées sur leur site internet (en anglais et en russe).

Il est à noter que c’est pour la première fois depuis la création de ce prix, que le récipiendaire est un organisme dédié à la culture juive (les autres lauréats proviennent des pays comme Rwanda, Pakistan, Égypte, Bangladesh, Sri Lanka, Palestine, Chili, Mali).
Voir la liste des lauréats passés

17 novembre 2016 : Table ronde sur la tolérance avec pour thème « Parler haut et fort, ensemble pour la tolérance » organisée au siège de l’UNESCO.

Plus de tolérance, mieux la comprendre, plus la pratiquer, tous concernés, les risques de l’intolérance, conflits, endoctrinement, quel avenir ? un espoir à cultiver : la formation des jeunes.

Table ronde modérée par John Crowley, chef de section dans le Secteur des sciences sociales et humaines, avec les intervenants :

Madame Catherine Audrain, Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, Université du Québec à Montréal

Monsieur Tom Rockmore, Distinguished Professor, University of Beijing

Madame Dandan Jiang, Associate Professor, Shanghai Jiao Tong University

Monsieur Lionel Veer, Ambassador of the Kingdom of the Netherlands to UNESCO

Madame Catherine Audrain est l’initiatrice du programme « PhiloJeunes » à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), programme centré sur l’éducation aux valeurs démocratiques et civiques à travers le dialogue philosophique pour les jeunes de 5 à 16 ans.

Ce programme vise à développer l’esprit critique pour rendre les enfants moins exposés aux manipulations intégristes. Cela développe l’estime de soi des enfants et le raisonnement moral. Ils deviennent plus aptes à détecter les germes de la violence et à s’en éloigner. Ils acquièrent une identité plus solide, qui leur permet de se réaliser et s’intégrer dans les sociétés actuelles. Ce sont les jeunes de 11 à 16 ans qui sont les plus ciblés, parce que c’est cette classe d’ âge qui est le mieux à même de recevoir ces « enseignements » sur la violence et qui, partant, est celle qui peut le plus bénéficier d’un « discours » de prévention de la radicalisation et de l’intégrisme. Des équipes de philosophes, des pédagogues interviennent. Les jeunes sont invités à écrire des textes, en faisant jouer leur esprit critique sur les sujets abordés (la religion, la radicalisation, l’intégrisme, etc.), ces textes sont discutés dans les écoles.

La philosophie pour les enfants consiste finalement à revenir au dialogue socratique. Par ce truchement, les jeunes sont amenés à réfléchir sur des questions importantes avec leurs mots. On parvient par exemple alors à leur faire entrevoir la différence entre foi et connaissance. On les amène à chercher comment ils peuvent soutenir un énoncé par un raisonnement, comment argumenter pour défendre un avis, et aussi, toujours pour apprendre à mieux échanger, faire découvrir comment nuancer éventuellement une première opinion, réfléchir avec les autres, se mettre à la place de l’autre, en empathie, comment développer une éthique collective.

Catherine Audrain est également à l’origine du programme éducatif Prévention de la violence et philosophie pour enfants, implanté aujourd’hui dans 20 écoles à Montréal, de la maternelle à la sixième année. Lancé en 2005, le programme Prévention de la violence et philosophie pour enfants s’inspire des travaux du philosophe américain Matthew Lippman, menés il y a 40 ans. La méthode consiste à susciter des discussions avec les enfants à partir de courts romans abordant les thèmes de la violence, du conflit et de la justice. «En amenant l’enfant à porter un jugement moral et critique sur le monde qui l’entoure, le programme participe à la construction de son identité, en tant que sujet de droit et pensant. C’est ce qui fait sa beauté», souligne Catherine Audrain.

Tom Rockmore a parlé de l’interaction entre la religion et la tolérance. En principe les religions devraient être tolérantes. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Le conflit israelo-palestinien en est un exemple illustratif avec, in situ, deux religions qui ne donnent pas toujours vraiment de signes de tolérance l’une avec l’autre. Ce conflit en fait est souvent exploité par les parties concernées, des deux côtés, avec comme expression de cette réalité l’opposition entre les occidentaux et Pays arabes qui poursuivent d’autres buts que la défense d’intérêts purement religieux, et là émergent le plus souvent les considérations politiques. Le développement sans entrave du capitalisme libéral a aussi sa part de responsabilité dans les tensions que l’on observe avec notamment les effets négatifs qu’il a pu produire sur l’islam. Dans ce contexte, l’intervenant juge avec un certain scepticisme la situation actuelle et ne voit pas une issue proche et positive aux conflits persistants qui perdurent.

Dandan Jiang a abordé la question de la mansuétude dans la pensée confucéenne – « n’inflige pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige » : exigence envers soi-même et mansuétude envers l’autre.

Lionel Veer a particulièrement insisté sur l’ambivalence du terme « tolérance », son aspect contradictoire, avec les deux idées sous-jacentes qu’elle recouvre : permettre quelque chose qu’on désapprouve, et respecter quelque chose qu’on n’accepte pas spontanément. Cet aspect contradictoire est visible aussi dans l’évolution sémantique de ce concept : du terme plus ancien de « tolération », dont le sens a plutôt une connotation négative (l’accent est mis sur le fait qu’on désapprouve, au fond, ce qu’on accepte) vers le terme actuel de « tolérance », qui a plutôt une connotation positive (l’accent est mis sur le fait qu’on accepte ce qu’on désapprouve au fond).

Il a aussi tracé un court historique du phénomène de la tolérance depuis son inexistence pendant les Guerres de religions en Europe, jusqu’à son instauration par l’Édit de Nantes, la Constitution des États-Unis, la Déclaration des droits de l’homme. Il a souligné le caractère caméléonique de la tolérance, le fait que dans la société occidentale la tolérance peut être une forme de domination très subtile, un moyen de s’accrocher au pouvoir. La tolérance peut aussi se transformer en instrument de pouvoir et de domination1.

La tolérance risque de devenir paresseuse (le concept de Nietzsche, qui n’appréciait pas une tolérance passive, réduite à l’acceptation). Le monde est globalisé, mais est-ce que nous nous rapprochons vraiment les uns des autres ?

De tout ce qui a été développé au cours de ces manifestations de l’UNESCO à propos de la tolérance, on retiendra tout particulièrement ce qui a été dit des programmes à l’attention des jeunes : ils sont l’avenir et on comprend tout le potentiel qu’il y a à leur faire découvrir comme de vraies valeurs et avec des méthodes éducatives appropriées ce qu’est et ce qu’apporte la tolérance. Les ouvrir à la tolérance est sans aucun doute un excellent moyen pour les détourner des endoctrinements et des méfaits qui en découlent.

O.B.

Lire le message de Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

1 Ce qui est vrai surtout pour les États-nations, d’où l’importance de la consolidation des institutions internationales (N.d.A.)

Pratiques de la philosophie avec les enfants : Cérémonie d’ouverture de la Chaire UNESCO

 .

Pratiques de la philosophie avec les enfants :
une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale

18 novembre 2016

Une grande nouvelle pour la Philosophie avec les enfants ! A l’occasion de la Journée mondiale de la philosophie 2016, l’UNESCO vient d’officialiser une Chaire sur les « Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale ». C’est la première et seule Chaire UNESCO sur le sujet dans le monde. Établie à l’Université de Nantes, Mme Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l’Université de Nantes, en est la coordinatrice avec le parrainage du philosophe Michel Serres. Cette Chaire mettra en réseau une dizaine d’universités et d’associations dans le monde entier.

Trop souvent réduite à l’enseignement secondaire ou universitaire, la pratique de la philosophie est pourtant un des moteurs essentiels pour développer l’esprit critique, les compétences démocratiques, l’empathie, l’ouverture et le respect des cultures des autres.

Lors de ce lancement Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, rappelant une confidence de Pablo Picasso « J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant », déclarait : « Ce matin nous vous proposons une ambition du même type, dans l’espoir de philosopher comme les enfants et avec des enfants. Car si le questionnement et l’étonnement sont au fondement de la philosophie, les enfants sont les plus qualifiés dans l’art de poser des questions tranchantes, qui nous surprennent et qui nous font redécouvrir notre capacité à nous étonner. »

Outre Mme Irina Bokova et Mme Edwige Chirouter, participaient à cette cérémonie d’ouverture M. Laurent Stéfanini, ambassadeur de France auprès de l’UNESCO, M. Daniel Janicot, président de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO, des représentants des Universités de Nantes et d’Angers, du Ministère de l’Education Nationale, et des personnalités comme le philosophe Frédéric Lenoir et l’essayiste et philosophe Abdennour Bidar, inspecteur général de l’Éducation Nationale.

Un amphithéâtre comble (Salle IV de l’UNESCO) témoignait de l’intérêt porté aujourd’hui aux « pratiques de la philosophie avec les enfants » dans le monde de l’éducation, institutionnel et associatif, en France et dans les pays francophones.

Intervention de Mme Chirouter : finalités et objectifs de la Chaire UNESCO

L’actualité est venu confirmer la nécessité d’ouvrir les enfants dès le plus jeune âge à l’esprit critique, aux valeurs humanistes, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la nécessité d’un dialogue apaisé et respectueux entre toutes les cultures.

La Chaire sur les pratiques de la philosophie avec les enfants (de 4 à 18 ans) a pour objectif d’aider au développement de ces pratiques par la recherche, l’enseignement, la formation, la diffusion d’outils pédagogiques dans les écoles et la Cité.

A cette fin, la Chaire permettra d’assurer une coordination et de mettre en relation les différentes équipes et structures francophones qui travaillent déjà sur ce sujet, ainsi que de consolider des coopérations entre chercheurs et praticiens dans le cadre des relations Nord/Sud. En plus de la formation des animateurs et le développement de la recherche, la Chaire a aussi pour objectif de faire dialoguer des enfants dans le cadre des échanges Nord et Sud (par le biais de plate-formes collaboratives et des réseaux sociaux).

Aujourd’hui le réseau de la Chaire ne touche encore, outre la France, que les trois pays du Maghreb, la Belgique et le Québec. L’objectif est de l’étendre largement au niveau international. De nombreux projets et associations en sont proches comme l’ont montré les intervenants aux Journées de la philosophie 2016 sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP). Parmi eux il faut citer PhiloJeunes (partenariat France-Québec), Enjeu[x] Enfance & Jeunesse (porté par l’Université d’Angers) et Philolab (fondé en 2006 et qui regroupe entre autres Villes Philosophes).

Table ronde, deux témoignages du terrain

Frédéric Lenoir – Dernier livre : « Pratique de la philosophie avec les enfants » résultat de son expérience pendant un an auprès de 400 élèves dans 18 classes à travers le monde. A fondé la Fondation Sève dont l’objectif est de favoriser le développement d’aptitudes au savoir être et au vivre ensemble, et de former des formateurs qui puissent rejoindre les enseignants. Témoigne de l’élaboration à l’occasion d’ateliers d’une « pensée collective » entre les enfants. Exemples de thèmes d’atelier : « le bonheur -> le désir -> être soi », « qu’est-ce qu’une vie réussie ? »

Michel Tozzi – Professeur émérite en sciences de l’éducation et spécialiste de la pratique philosophique avec les enfants depuis 20 ans. A contribué au développement de la Discussion à Visée Démocratique et Philosophique (DVDP). L’atelier discussion : pour l’enfant, une occasion d’apprentissage à s’exprimer, s’écouter, se connaître et se reconnaître tout en réfléchissant à des sujets normalement abordés dans le système français… en classe de terminale. En lien avec le lancement de la Chaire, Michel Tozzi a conduit un atelier « démonstration » avec une classe de CM2 de Meudon sur le thème : « Savoir et croire, ou Science et religion ». Thème qui pouvait paraître hors de la portée d’enfants de CM2 et sensible en ce qui touche à la religion, mais dont la qualité de la conduite de Michel Tozzi a montré qu’il était à la portée des enfants et que la réflexion sur le thème de la religion n’a bloqué aucun d’eux.

En forme de conclusion

La Chaire UNECO sur les «Pratiques de la philosophie avec les enfants : une base éducative pour le dialogue interculturel et la transformation sociale » répond aux multiplicités d’initiatives déjà existantes et à une attente manifeste de la société face aux enjeux de la formation des enfants et adolescents. Elle a devant elle un domaine novateur, un programme considérable et qui ne pourra se réaliser que sur le long terme.

DG – 21-11-16

Aristote et Éducation : Enseigner Aristote

ARISTOTE ET ÉDUCATION

Rencontre avec la Modernité, aide à l’enseignement
UNESCO le vendredi 18 novembre 2016

Trois heures d’échanges sur un thème original – « Enseigner Aristote » – qui pouvait sembler limité dans son objet et un peu daté … Or, il n’en est rien et, à vrai dire, à l’écoute de six experts issus du monde académique européen, les écrits de ce grand penseur de l’antiquité ne sont pas frappés d’un risque d’obsolescence et leur intégration sous des formes appropriées dans nos méthodes éducatives n’ est pas une idée incongrue : 2000 ans après la mort d’Aristote, cet auteur extraordinairement fécond aura apporté un corpus d’idées tout à fait intéressantes qui, singulièrement de nos jours, en un temps si « tourmenté » par les mutations en cours, peuvent aider à la formation des élèves ou des étudiants : il y a bel et bien place pour exploiter les richesses de cet apport pour peu qu’on sache les adapter aux spécificités de notre époque.

Certes, les expériences qui ont été rapportées ne peuvent témoigner que d’une présence limitée des enseignements et de l’étude d’Aristote, avec même parfois un certain déclin qui est regretté, mais il y a toujours un grand intérêt à découvrir ce legs incomparable que constituent les œuvres considérables et extraordinairement variées de cette grande figure intellectuelle et humaniste de l’antiquité. Aristote a quasiment abordé tous les domaines de la connaissance de l’époque et, sur certains points il a même été un précurseur… Ce fut un philosophe, un homme de lettres, mais il aura aussi réfléchi à la politique, l’esthétique, l’éthique, la physique, la biologie etc.

A partir des présentations données par des experts en provenance de Belgique, de Grèce, du Royaume Uni, d’Allemagne, d’Italie, on pourra retenir un certain nombre d’idées forces qui tendent à mettre en évidence la modernité et l’applicabilité pour ainsi dire universelle des enseignements aristotéliciens :

  • une rigueur d’analyse, avec l’exploration de concepts ou l’explicitation d’idées qui aident à structurer la pensée, et même à « penser la pensée » : Aristote fournit ainsi des cadres, des matrices mais aussi des méthodes (par exemple pour organiser les questionnements, favoriser les débats, développer le jugement critique, savoir construire logiquement etc) qui servent à mieux ou bien réfléchir.
  • si on considère le purement réflexif, et pour être plus précis, on relèvera ce qu’il propose comme modes de pensée avec par exemple 1/la distinction entre le un et le multiple ou l’analyse du  « tout et de ses composantes » 2/l’analyse du  « bien » qui ne se circonscrit pas au seul aspect moral, ce qui l’amène à considérer la dimension du lieu (l’habitat) et le conduit jusqu’à évoquer l’ordre du divin 3/les dimensions du continu et du discontinu 4/la question des spécificités ou du genre.
  • Mais les messages d’Aristote ne se réduisent pas au purement abstrait ou au métaphysique : il y a aussi chez lui une démarche et un état d’esprit qui peuvent très bien faire écho aux interrogations et aux préoccupations éducatives actuelles comme par exemple l’idée de promouvoir des approches interdisciplinaires, développer les qualités et les propriétés propices à l’harmonie dans la Cité, l’ouverture d’esprit et corrélativement le refus de s’enfermer dans un domaine.

L’accent a été mis sur quelques autres idées très caractéristiques de la pensée d’Aristote et tout à fait pertinentes vues sous un angle éducatif :

D’abord, le souci constant de rester ancré dans la vraie vie, celle de l’homme ordinaire ou des choses de la vie, avec la vertu de l’exemplarité ou de l’expérimentation, et partant, une réflexion sur la nature humaine et la nature dans leurs vulnérabilités et sans leur grandeur (la beauté, le génie créatif de l’homme etc)

Ensuite, lorsqu’il s’agit des sciences, ne pas omettre d’y réfléchir en termes éthique, savoir garder une certaine distance par rapport à des vérités qui seraient purement calculatoires ou virtuelles.

Dans le même esprit, ne pas réduire la vision du monde au seul domaine rationnel, et laisser la place à l’émotion, au sentiment pour pouvoir trouver du sens, à répondre à d’évidentes aspirations en mobilisant les sens positivement, c’est-à-dire avec une quête du Beau (on retrouve l’importance de l’art, de la poésie).

Finalement, Aristote apporte des clefs pour envisager un monde meilleur. Il le fait au travers d’une multiplicité d’approches qui donnent toute sa valeur à une œuvre qu’il est bon de continuer de cultiver, notamment auprès des jeunes. Ce patrimoine spirituel et intellectuel fait partie de ces « humanités » que l’on gagnera à préserver, en surmontant tous les obstacles (difficulté de la traduction –les textes de Aristote ne sont pas toujours faciles à traduire ou/et interpréter-, concurrence d’idées à la mode et faciles à assimiler, et aussi, hélas, restrictions budgétaires).

Dernier point que l’on aura noté, l’observation sous forme de question de J Crowley, directeur de la division « culture et éducation » de l’UNESCO, faisant référence à l’acronyme « TVET » qui pourrait sembler caractériser les orientations de l’UNESCO (« Technical, Vocational Education, Training ») : n’est on pas un peu trop « instrumental » ? ne devrait-t-on pas mettre plus en évidence certaines des dimensions promues par Aristote ?
Y.N

Lire/relire Aristote par Charles Hummel

Le patrimoine mondial et les musées – UNESCO 2 et 3 novembre 2016

« Le patrimoine mondial et les musées »
Conférence internationale à l’UNESCO

2 & 3 novembre 2016

Cette conférence a été co-organisé par l’UNESCO et le Centre régional arabe pour le patrimoine mondial (ARCWH), en collaboration avec l’ALECSO, l’ICCROM, ICOM, ICOMOS et l’UICN.

« Deux jours pour évoquer les liens intrinsèques entre les sites du patrimoine mondial et les musées liés à ces sites : les musées médiateurs, porteurs de valeurs universelles exceptionnelles, vecteurs d’une histoire et de devoirs communs ; les musées gardiens des sites du patrimoine mondial, de leur intégrité et de leur valorisation, dans un contexte de développement durable social et environnemental. »

Continuer la lecture de Le patrimoine mondial et les musées – UNESCO 2 et 3 novembre 2016