L’UNESCO et les Peuples Autochtones

Politique de l’UNESCO concernant l’engagement
en faveur des Peuples Autochtones

Réunion d’information avec les délégations permanentes
Jeudi 2 février 2017 à l’UNESCO


La réunion d’information vise à informer les Délégations permanentes sur l’élaboration de la politique de l’UNESCO concernant l’engagement en faveur les peuples autochtones, y compris les bases pour le développement de la politique, et les activités de l’UNESCO en relation avec les peuples autochtones.

L’événement contribue à la célébration du 10e anniversaire de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones (2007-2017).

C’est dans le cadre de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) 2007, que l’UNESCO travaille avec les peuples indigènes quant à leur droit à la culture, à l’éducation…


En quoi consiste la politique de l’UNESCO pour l’application de la DNUDPA ?

Le Tchad : Une coordination des peuples indigènes engage un travail sur la météorologie et le climat. Plusieurs organismes comme la banque mondiale, la FAO, contribuent à l’aide des peuples autochtones. La Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail relative aux peuples indigènes et tribaux constitue une base qui permet de mettre en œuvre les droits collectifs. Dans ces régions il y a beaucoup de crises environnementales. Il convient d’harmoniser les efforts pour que les impacts des actions menées soient efficaces. Les peuples autochtones doivent pouvoir participer à leur mise en œuvre d’où le besoin d’une reconnaissance de leurs connaissances traditionnelles. Plusieurs pays en voie de développement agissent en conséquence avec toutes ces politiques pour affronter les changements climatiques. La vie des peuples autochtones dépend des décisions prises et mises en œuvre. Nous connaissons les ressources des peuples, il est nécessaire d’harmoniser les actions de l’UNESCO et des autres acteurs au niveau national et international.

L’Association des chefs de village du Surinam : souligne l’importance de la promotion et du développement des politiques de formation. Tous les accords internationaux doivent pouvoir s’appliquer au niveau national. Le travail de l’Association s’attache à la reconnaissance des droits juridiques. Par exemple le droit de participer aux décisions qui concernent les peuples indigènes. Ces peuples étaient menacés par les exploitations minières, par la construction de routes, par l’exploitation des forêts… Les programmes scolaires qui instruisaient les peuples autochtones n’existent plus.

Ces peuples ont beaucoup souffert de l’esclavage, de l’exploitation. La DNUDPA protège ces peuples. Ils sont heureux du partenariat ONU, Banque mondiale, FAO. Les domaines d’activités de l’UNESCO sont importants pour ces peuples. Ils leurs permet d’avancer quant à la compréhension de leur mode de vie souvent oublié. Par exemple, la propriété est une propriété collective et les décisions sont prises collectivement. Les projets et les programmes aident mais dans le cadre des cultures locales. Les peuples autochtones peuvent aider à l’application des travaux et sont heureux que l’UNESCO mette en valeur les actions inclusives.

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La parole est donnée aux différentes délégations présentes et il est souligné qu’il s’agit d’une réunion d’information qui se terminera sans prise de décision.

1ère série de questions :

– Qu’appelle t-on un peuple autochtone ?
– Quel est le rôle de l’UNESCO pour assurer une éducation de qualité à ceux qui subissent des difficultés ?
– Quelles sont les initiatives prises pour promouvoir les droits émanant des différentes instantes de l’ONU ?

Le Congo souhaite que l’UNESCO le soutienne dans l’application des mêmes droits du peuple congolais au peuple autochtone des savanes comme à celui des forêts.

Les réponses sont les suivantes :

La question de la scolarisation est un défi par rapport aux objectifs. Pour aider à la réussite scolaire, la langue maternelle est promue comme langue de l’enseignement.

Pour permettre cet enseignement , des jeunes issus de ces populations sont formés. A travers la Convention 169 ces projets pour l’éducation sont pleinement pris en compte. Pour ce qui concerne le contenu, l’UNESCO encourage la diversité culturelle avec un respect des coutumes familiales, des horaires qu’imposent les activités quotidiennes.

Il existe des initiatives en faveur des populations autochtones. Des experts mènent des études et se rendent dans les pays concernés. Il existe une reconnaissance de l’ONU des peuples indigènes au sujet du changement climatique qui entraîne des risques pour eux. Enfin l’article 42 de la DNUDPA insiste sur la garantie d’assurer son efficacité à ces peuples.

Il n’existe pas de définition du peuple autochtone comme ceux-ci le souhaite. Mais il existe des critères que définit la Convention 169 de l’OIT. L’identité doit être distincte de la population du territoire. Il s’agit de populations qui subissent la marginalisation, l’oppression, qui sont vulnérable, qui suscite la protection…

2ème série de questions :

Le Canada appuie sans réserve les dispositions de la DNUDPA qui s’applique à ses trois unités autochtones. Mais ces populations sont moins scolarisées et ont une moins bonne santé. Il demande un document qui site les bonnes pratiques qui ont été expérimentées surtout concernant les femmes ;

La Nouvelle Zélande demande que soit organisée une coordination entre les actions menées dans les différents peuples autochtones ;

ONG « Traditions pour demain » ,les peuples autochtones d’Amérique latine ont des représentants présents à New York, à Genève et à Paris et ils promeuvent leurs savoirs traditionnels. Toutefois la convention relative au patrimoine culturel ne parle pas d’eux. Un groupe de travail réunit des représentants de ces peuples autochtones et les ONG concernées pour la reconnaissance de leur territoire, de la propriété intellectuelle, des agressions à leur patrimoine culturel immatériel suite aux conflits armés. Le document n’est pas encore abouti. Il n’est plus question de peuples autochtones mais de populations autochtones.

Les réponses sont les suivantes :

La mise en application de la diversité culturelle implique les dispositions de la Convention Collective de 2002 qui inclut le consentement libre et éclairé des populations. Ces deux caractères constituent le point d’entrée de l’engagement des peuples autochtones.

En ce qui concernent les conflits armés, ce sont les directives de l’UNESCO qui s’appliquent.

3ème série de questions :

Le Paraguay insiste sur la question de la diversité linguistique qui rend difficile l’accès à l’information ;

La Bolivie rend compte de la difficulté d’une définition d’un peuple autochtone au vu du nombre de ce type de peuple. En Bolivie 36 sont dénombrés avec leurs droits tous différents et leur langue maternelle. Ces peuples sont le résultats des temps coloniaux ;

Les Philippines et l’Équateur demandent une plus grande consultation avant les prises de position de Conseil Exécutif ;

Grenade met en valeur le travail inter sectoriel et salue le secteur communication quant au multilinguisme, sur l’importance de la transmission par le biais des nouvelles technologies ;

Le Mexique appuie l’importance des traductions pour faciliter la divulgation de l’information.

Les réponses sont les suivantes :

Un certain nombre de consultations avec les peuples autochtones se sont déjà tenues. Mais le document du Conseil Exécutif sera diffusé et il sera revu ultérieurement.

La question de la définition des peuples autochtones apparaît devoir être un point important à traiter au Conseil Exécutif.

La réunion d’information en faveur des peuples autochtones s’est terminée à 13h.


Pour en savoir plus sur les Peuples Autochtones :

L'ONU et les droits de l'Homme

Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples Autochtones

Peuples autochtones - Voix autochtones : Foire aux questions

C169 - Convention (n° 169) relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989

Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

UNESCO – Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste

« Éduquer pour un futur meilleur : le rôle de sites historiques et des musées dans l’enseignement de l’Holocauste »

Jeudi 26 Janvier 2017

Chaque année, le 27 janvier, date anniversaire de la libération en 1945 du camp de concentration et d’extermination allemand nazi d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques, l’UNESCO rend hommage à la mémoire des victimes de l’Holocauste et réaffirme son engagement contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les autres formes d’intolérance qui peuvent conduire à une violence collective ciblée, voire à des génocides.

La commémoration – qui s’est en fait tenue cette année le 26 janvier – s’est déroulée sur quatre événements : une conférence dans le cadre du « Campus UNESCO » sur le thème : « Comment déconstruire les discours de haine »i, l’inauguration de l’exposition Archeologia présentée par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenauii, une table ronde, point central de la journée, sur le thème : « Éduquer pour un futur meilleur : le rôle de sites historiques et des musées dans l’enseignement de l’Holocauste » et enfin une cérémonie finale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocausteiii.

Dans le discours publié à l’occasion de cette journée, Mme Irina Bokova, Directrice-générale de l’UNESCO, insistait sur le fait que : « dans la violence qui se déchaîne aujourd’hui sur les populations civiles et les discours de haine qui se déploient sur les réseaux sociaux, nous retrouvons sans mal les échos de ces idéologies totalitaires… Plus nous connaissons notre histoire et celle des autres, plus nous tissons de liens avec l’humanité. La transmission de l’histoire favorise la solidarité et dessine une humanité plus unie, plus juste et plus pacifique. Les sites du patrimoine, les musées, les documents et les traces du passé jouent à ce titre un rôle fondamental dans l’éducation et peuvent aider chaque citoyen, à tout âge, à dénoncer les falsifications et les mensonges de ceux qui exploitent l’ignorance, la peur et la haine de l’autre. »

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Federico Mayor : « UN CHEMIN VERS LA PAIX »

« UN CHEMIN VERS LA PAIX »

Lundi 16 janvier a eu lieu au siège de l’UNESCO à Paris le vernissage de l’exposition de photos « Un chemin vers la paix », de la photographe Dominique Roger, ancien photographe de l’UNESCO. A cette occasion et invité par l’Association des anciens fonctionnaires de l’UNESCO (AAFU), Federico Mayor, ancien Directeur Général de l’UNESCO, a tenu une conférence sur ce même thème.

Georges Kutukdjian, président de l’AAFU, a accueilli et introduit les intervenants, Madame Dominique Roger et Monsieur Federico Mayor.

Madame Dominique Roger a présenté les photos de l’exposition, prises entre les années ‘70 et les années 2000 dans le monde entier pour illustrer le message et le travail de l’UNESCO : diffuser une éducation de qualité, encourager la coopération scientifique, partager la richesse des cultures, soutenir la liberté d’expression. Dominique Roger est convaincue que l’ignorance est le ferment de la haine et que l’éducation est la condition « sine qua non » pour cheminer vers la paix.

Monsieur Federico Mayor a mis l’accent sur la nécessité de l’action, au travers des attitudes et des comportements individuels : dans le monde d’aujourd’hui le pire peut être évité, nous dit-il, s’il y a une forte implication de chacun, quel que soit son niveau.

Federico Mayor
ancien Directeur Général de l’UNESCO

Pour Federico Mayor, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, avec de grands changements aux effets négatifs potentiellement irréversibles. L’un d’entre eux tient aux risques du réchauffement climatique. Pour la première fois dans l’histoire, nous faisons face à un phénomène menaçant qui rend probable le danger d’atteindre un point de non retour. Des terres habitées pourraient disparaître. Les températures pourraient monter fortement dans certaines zones géographiques jusqu’à 50, 60 degrés. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le pape dans l’encyclique « Laudato si » ait appelé à s’inquiéter de ces désordres écologiques. Partageant cette inquiétude, Barak Obama, a averti à propos de ces dérèglements : « demain il sera peut-être trop tard ».

La calotte glacière de l’Arctique fond, mais nous ne changeons rien à nos styles de vie qui peuvent expliquer ce phénomène. C’est en cela que l’implication et l’action personnelles sont nécessaires si nous voulons éviter les affrontements que pourraient déclencher les dérèglements climatiques.

Une autre préoccupation mérite toute notre attention, à savoir le sujet militaire. Partout les questions touchant au Pouvoir pour la défense des intérêts des pays sont placées au rang des priorités stratégiques. C’est en somme l’application d’un principe assez paradoxal que l’on pourrait énoncer ainsi « Si vous voulez avoir la paix faites la guerre ». Résultat : on investit chaque jour 4 milliards de dollars dans l’armement. Et cette soif d’investir dans l’armement ne semble pas devoir s’estomper.

Le rôle des médias est à regarder de près, dans ce contexte : il est un fait que nous sommes soumis à leur influence. D’une certaine manière, on peut parler d’un conditionnement implicite. Les média en tout cas peuvent guider notre pensée dans la sélection ou la hiérarchisation des sujets qu’ils traitent: il y a beaucoup de suivi du football, mais quelle part consacrent ils pour se faire l’écho d’initiatives de paix ?

Il est hautement souhaitable de changer les états d’esprit. On doit concevoir autrement notre approche des questions de sécurité, en prenant bien la mesure des nouvelles menaces, qui sont loin d’être essentiellement militaires, pour se donner les meilleures chances de préserver la paix. On le voit bien, de nos jours cette paix est conditionnée par plusieurs autres facteurs : scientifique, géopolitique, environnemental.

Pour faire face à tous les risques de conflits, il faut résolument miser sur l’action et l’implication de chacun, quel que soit son niveau dans la société et en sachant cultiver de façon appropriée tout ce qui fait la singularité et l’essence de l’être humain : la parole, au travers des réseaux sociaux aussi, l’imagination, la capacité de créer!

Pour Federico Mayor, l’Éducation est essentielle,. Le verbe « apprendre » se conjugue pour lui de la sorte : apprendre à être, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble, apprendre à connaître, apprendre à entreprendre.

Pour la promotion de la paix, on ne saurait trop insister sur le rôle bénéfique que peuvent jouer les femmes. Mandela disait « les femmes utilisent la force seulement exceptionnellement tandis que les hommes seulement exceptionnellement ne l’utilisent pas. » Aujourd’hui, 20 % seulement des décisions sont prises par des femmes, ce qui est mieux que l’ancien 3,5 %.

Dernier point mis en exergue : la prévention qui est un puissant antidote face à tous les risques de déstabilisation. Une culture de la prévention de la violence est nécessaire partout : ville, quartier, entreprise, etc. et en ce domaine l’utilité des médiateurs, qui sont souvent des femmes, n’est plus à démontrer.

O.B.

Union Nationale des Directeurs de Conservatoire de Musique


60 ème Congrès de l’Union Nationale
des Directeurs de Conservatoire de Musique


Maison de l’UNESCO le 27 janvier 2017

Table ronde :  «  Enseignement individuel et collectif, faut il les opposer ? »


Le thème choisi pour l’ouverture de ce Congrès a donné lieu à des échanges très riches avec des contributions d’acteurs intéressés par les questions éducatives, sans être des professionnels de l’enseignement artistique ou musical : un ancien professionnel du football réputé devenu acteur et metteur en scène – Frank LEBOEUF – une élue du Conseil de Paris (Mme BOULAY-ESPERONNIER) , un professeur de neurosciences cognitives. (M E BIGAND). La discussion introduite par Mme ANDRE présidente de l’Union Nationale des directeurs de Conservatoire)ne s’est pas limitée à répondre à la question posée, ou plus exactement le thème soulevé a permis d’énoncer un certain nombre d’idées fortes sur la musique dans son rapport à l’éducation en général mais aussi de faire apparaître certaines spécificités françaises qui révèlent des anomalies.


La complémentarité des enseignements individuels et collectifs

Une première idée fait consensus à propos de l’enseignement de la musique mais elle est généralisable, et s’applique tout aussi bien à l’exercice d’un sport aussi collectif que le football si on veut le pratiquer sérieusement : il y a toujours besoin d’une base fondée sur la Personne qui doit travailler sur soi, apprendre individuellement, avec nécessairement une discipline personnelle que l’on ne doit pas voir comme une peine mais comme une base sur laquelle on peut construire une trajectoire pour progresser, et bien s’insérer dans des parcours plus collectifs : au lieu de raisonner en termes d’oppositions « individuel-collectif », on doit miser sur la complémentarité des approches, s’agissant des conservatoires de musique, il ne faut pas éliminer les cours individuels ( et là il y a danger lorsque les choses sont vues sous un angle purement budgétaire ou même idéologique : cela coûte cher, l’enseignement individualisé favoriserait l’élitisme).


Les exigences : nécessité de l’effort, viser la qualité, l’excellence

La Musique s’apprend, s’enseigne comme une discipline dont il faut maîtriser les règles, et là il a été bien rappelé qu’on ne peut pas confondre l’éducation musicale avec le jeu : les conservatoires ne sont pas des centres de loisir, ce qui au demeurant ne doit pas amener comme conclusion que les uns doivent ignorer les autres.

Une partie de l’échange a traité de la question de l’excellence, du risque de discrimination au travers de visées supposées élitistes qui seraient défavorables aux populations défavorisées. De façon convaincante, il a été avancé qu’on ne doit pas opposer culture de masse et recherche de l’excellence, les jeunes doivent se voir tous offerts la possibilité pour eux d’aller le plus loin possible, sans qu’aucun préjugé ne freine les trajectoires qui vont dépendre de la personne, de l’enfant dont on va découvrir le potentiel au cours de son apprentissage, un apprentissage qu’il faut savoir présenter ( à l’enfant, aux parents) positivement, simplement.


Les pressions qui pèsent sur les jeunes : fatigue, dispersion, trop peu d’attention pour les matières artistiques


Les difficultés n’ont pas été ignorées, et tout particulièrement, il a été fait allusion à certains des méfaits de notre temps : d’abord précisément, on a rappelé cette question (pression) du temps qui manque, qui est consacré à trop d’activités, qui ne permet plus assez de sérénité ; les élèves arrivent fatigués à leurs cours de musique.

Autre difficulté soulignée, et qui semble particulièrement aiguë en France : l’état d’esprit dominant à propos des parcours éducatifs ou scolaires dans un monde où on ne parle que de chômage ; les parents vont se concentrer sur ce qui leur parait essentiel pour réussir, et qui ne va pas privilégier les matières artistiques loin s’en faut, ce qui est regrettable : les enfants peuvent être mis sous pression se trouver éventuellement privés d’accès au domaine de la musique, et forcés de se concentrer sur des matières jugées comme les seules valables pour leur avenir.


Les responsabilités du système : trop de complexité, pas assez d’écoute

Le système au demeurant ne fait rien pour atténuer les choses, comme en témoigne la réduction au fil du temps, du nombre d’heures allouées aux activités artistiques. De ce point de vue, sans que cela ait été dit aussi explicitement, la situation en France contraste avec celle d’autres pays européens, plus ouverts semble-t-il, à l’enseignement de l’art.

De certains échanges, il ressort une critique implicite de l’organisation ministérielle dans son approche ou traitement des questions artistiques : outre un déficit de considération sur ce sujet pourtant important pour aider à l’épanouissement de’ l’enfant, il y a ici comme ailleurs une difficulté qui tient à la complexité : qu’il s’agisse des statuts, des termes employés, des priorités, des institutions on comprend de ce qui est dit qu’il y a des silos hermétiques l’un à l’autre, une absence de dialogue, une diversité, toutes choses qui nuisent à une approche satisfaisante des choses : les secteurs artistiques, notamment dans la partie Musique , gagneraient à ce qu’il y ait plus de clarté et d’unité, et là, sans doute, des progrès pourraient être réalisés si du côté de l’Éducation nationale et du Ministère de la culture on savait plus et mieux organiser des dialogues avec toutes les parties prenantes en les mettant en réseau de façon appropriée.


La musique et ses facultés de transformation cognitive avec des effets positifs

Une contribution tout à fait intéressante a été donnée par l’expert en sciences cognitive à propos des effets de la musique sur les personnes.

De façon succincte on retiendra les idées suivantes :
Sans disconvenir de l’importance de la pratique individuelle ( technique) pour vraiment maîtriser la matière musicale, M BIGAND, à partir des résultats d’analyses des fonctions cérébrales testées sur des groupes de personnes, a mis en évidence tout l’impact qu’ont l’apprentissage et la maîtrise de la musique sur les fonctions cognitives. Les analyses menées ( analyse des circuits et connexions neurologiques, avec effet de substances biochimiques au niveau du cerveau comme la dopamine) montrent qu’il ne s’agit pas d’incidences banales, la musique apparaît comme capable d’activer les parties du cerveau dédiées au langage, et l’examen systématiques des fonctions de réaction montre clairement un effet sur ce qu’on pourrait qualifier l’intériorité, ce qui finalement renvoie à l’essence de l’humain.
Ces interactions ne sont pas réduites à un rapport solitaire entre « la personne et la musique », et là émerge la principale idée mise en évidence par les travaux scientifiques, celle du rapport à l’autre tout à fait essentiel dans tout exercice musical, et marqueur avéré de l’essence de l’humain .

Deux exemples nous ont été donnés issus de travaux scientifiques :
le premier montre que l’incidence positive de la musique ou du chant peut commencer dès le plus jeune âge, comme l’a attesté un test des relations de la mère avec son bébé au travers du chant : on a fait ressortir ainsi l’effet rassurant des sons harmonieux ( berceuses), l’enfant au travers du son musical perçoit une parole apaisante avant même la maîtrise du langage parlé.(analyse des fonctions cérébrales).
L’autre restitution qui nous a été donnée concerne les concertistes, et fait ressortir à quel point la musique parvient à activer les fonctions cérébrales de façon synchronisées lorsqu’on analyse les profils des liaisons neurologiques : il y a une similitude, une harmonie du profil des concertistes, qui fonctionnent chacun en résonance avec les autres .


Conclusion retenue par l’intervenant : la musique a une incidence forte sur les personnes, cette incidence est positive elle renvoie fondamentalement aux notions de communication, de relation à l’autre ; elle est un langage, langage d’harmonie, d’empathie que l’on discerne partout ( des expériences ont montré qu’il n’y a pas de différences selon les origines). Autre constat révélateur d’un impact positif : on tend à vérifier que les personnes immergées dans la matière musicale sont souvent plus à même de maîtriser les problèmes complexes. Ces découvertes permises par les progrès de la science ( IRM) confirment les intuitions selon lesquelles la musique, langage universel, est tout à fait importante en termes civilisationnels en ce qu’elle génère et cultive dans l’esprit humain des vertus d’empathie et de synchronie favorisant le « vivre ensemble »  pour l’enfant et sa mère, les musiciens ensemble, mais aussi, cela a été dit, le musicien et le public.

Voir le site internet de l’UNDC

Vœux du CCIC pour 2017

ccic_voeux
Peinture de KIM EN JOONG

L’espérance, c’est la même chose
que la gratuité
mais elle n’est pas l’utopie

Godfried Card. Danneels



Le 16 janvier, à « l’Accueil Louise de Marillac » où se trouve notre siège, Christine Roche a présenté les vœux du CCIC.

Après avoir remercié les nombreux invités de leur présence Christine Roche a déclaré :


« Nous percevons votre présence comme un encouragement à poursuivre le chemin, à s’engager toujours plus pour entendre, recevoir, et relayer les appels du monde en attente de paix et de justice.

Le temps traditionnel des vœux c’est le temps donné à la parole d’espérance fondée sur la réalité du présent et sur le désir de faire mieux demain.

Le présent du CCIC est riche du bilan d’une année de travail avec le réseau des ONG membres en relation avec l’UNESCO.

Grâce aux multiples propositions du calendrier de l’UNESCO,

que de séances de travail sur la priorité « éducation 2030 »,
que de rencontres, colloques ou forum sur les thèmes allant de la
pensée complexe aux défis de la révolution numérique en passant par la protection des patrimoines matériels et immatériels et le droit à la liberté d’expression et d’information.

Notre équipe de veilleurs a pu relayer les contenus de tous ces événements grâce à leurs comptes rendus diffusés sur notre site. Par ailleurs les Objectifs du Développement Durable « les ODD » sont aussi nos guides pour penser le futur proche 2030 et au delà.

Et toujours cette préoccupation majeure proclamée sans cesse par la Directrice générale Madame Irina Bokova : la construction de la paix dans le monde en instabilité permanente, le dialogue entre les cultures et le respect de la diversité culturelle.

La perspective 2017 de la célébration de 70 années de notre coopération avec l’UNESCO a mobilisé les ONG membres du CCIC. L’interrogation lancinante sur le monde de demain s’est imposée.

Pour cela, nous avons choisi de travailler sur des grands défis de notre monde happé par une modernité qui semble déshumaniser l’humain et oublier que Homme et Création sont indissociables.

Les cinq conférences données en 2016 ont ainsi préparé les contributions du CCIC en réponse à la question titre du forum qui se tiendra en mars « Quel monde voulons-nous construire ensemble ? ». Nous y réaffirmerons notre espérance en une humanité réconciliée grâce à l’amour fraternel et au pardon.

Nous avons aussi souhaité recueillir auprès de témoins connus ou inconnus des messages d’espérance pour agir aujourd’hui et demain. La diversité des réponses est en elle même une grande source d’espérance. La confiance avec laquelle les auteurs ont dévoilé leur espérance nous a interpellés et bouleversés.

Ce recueil sera offert comme un trésor le jour du forum.

L’Espérance c’est une force, une passion qui entraîne le monde dans le combat pour plus de beau, plus de bon, plus de vrai. L’espérance est vaillante et inventive.

L’espérance est amoureuse des femmes et des hommes.

Il faut pour cela une mesure bien pleine… de confiance, un brin d’utopie et une pointe d’humour !

A l’UNESCO, aux associations membres et amies, à chacune et à chacun, un grand merci pour la convivialité avec laquelle nous cheminons ensemble.

Je vous souhaite au nom du CCIC « une année vécue dans la joie, dans l’espérance et dans le succès de vos projets respectifs.»

 

Les défis de la révolution numérique pour les ONG


Conférence internationale des ONG 2016
« Les défis de la révolution numérique pour les ONG »


Tel était le thème de la Conférence internationale des ONG 2016 qui s’est tenue du 12 au 14 décembre 2016 au Siège de l’UNESCO et qui a rassemblé 250 représentants d’ONG du monde entier.  


La Conférence internationale des ONG a pour objectif de réunir tous les deux ans l’ensemble des ONG partenaires officiels de l’UNESCO.

affiche-comite-ongPendant trois jours, sous l’impulsion d’une vingtaine de panélistes reconnus du monde académique, philosophique et institutionnel, les discussions ont porté sur quatre axes : « Les défis de l’accès numérique à l’information» ; «La révolution numérique et son impact sur la diversité des expressions culturelles» ; «La science face à la révolution numérique : quelle éthique » et «La formation en ligne relève-t-elle les défis des systèmes éducatifs dans le monde ? », sujets au cœur du mandat de l’UNESCO et partagés par les ONG.

Lieu privilégié de rencontre et de dialogue entre les ONG, et avec des représentants de l’UNESCO et des États membres, la Conférence représentait une occasion d’évaluer leur coopération collective, d’établir le bilan des deux dernières années, de définir une feuille de route pour les deux années à venir et d’élire son nouveau président et une partie des membres du Comité de Liaison.

A l’issue de ses travaux, la Conférence a appelé à un partenariat renforcé avec la société civile conformément à l’objectif 17 (ODD17) de l’Agenda 2030 pour le développement durable et a engagé les ONG à consolider leur rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda.

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Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé

11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé
8 et 9 décembre 2016

UNESCO


Le 14 mai 1954 à la Haye a été adoptée la Convention sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Cette convention a été signée par 127 pays. Le 26 mars 1954, un premier protocole, signé par 104 pays, prévoyait surtout la création d’un comité consultatif national qui intervienne auprès de son gouvernement en cas de conflit armé. Un deuxième protocole, adopté en 1999, signé par 69 états prévoyait surtout la création du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, composé de 12 membres élus parmi les 69 états signataires. Le Deuxième Protocole de 1999 complète les dispositions de la Convention de La Haye de 1954 relatives à la sauvegarde, au respect des biens culturels et à la conduite des hostilités. Le statut de « protection renforcée » peut être demandé par les Etats parties pour les biens culturels en péril qui revêtent la plus grande importance pour l’humanité, qui bénéficient de mesures de protection juridiques et administratives adéquates au niveau national, qui ne sont pas utilisés à des fins militaires, et pour lesquels des sanctions spécifiques sont prévues en cas de sérieuses violations. Le même protocole prévoit la création d’un Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Ce mois de décembre a eu lieu la 11e réunion annuelle du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, créé par le protocole de 1999 qui est entré en vigueur en 2004 . Parmi les sujets discutés, il y a eu surtout :

  • L’examen des demandes d’octroi de la protection renforcée : Monuments historiques de Mtskheta (Géorgie) et Tombeau des Askia (Mali),

  • La demande d’assistance internationale au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé soumise par le Mali en rapport à la demande d’octroi de la protection renforcée pour le Tombeau des Askia,

  • Le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation,

  • Le développement des synergies avec les autres instruments normatifs et programmes pertinents de l’UNESCO et renforcement des partenariats (la coopération avec la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et avec la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels).

Après avoir élu son nouveau Président, M. Sophann Ket (Cambodge), le Comité a pris plusieurs décisions, parmi lesquelles l’octroi de la protection renforcée au Tombeau des Askia au Mali et aux Monuments historiques de Mtskheta en Géorgie, tous deux sites du patrimoine mondial.

La demande de Mali de financement (pour le tombeau des Askia) au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé a été approuvée. L’aide consiste en une somme de 35 mille dollars des États-Unis qui devra financer des activités comme :

  • la sensibilisation des communautés locales,

  • la documentation pour une législation pénale,

  • un inventaire détaillé,

  • plan de formation continue des forces armées maliennes (FAMA).

La Libye s’est vue octroyée, elle-aussi, la somme de 50 000 dollars pour des mesures d’urgence liées à des fouilles illicites, érosions, pour des aspects pratiques comme le renforcement des portes et des fenêtres dans les musées.

Dans le même temps, le Secrétariat a encouragé les autorités libyennes compétentes à soumettre une demande d’octroi de protection renforcée, et a demandé aux deux requérants de fournir des rapports détaillés sur l’utilisation qui sera faite de l’assistance financière. On a évoqué aussi la possibilité d’intégrer cette demande dans le programme Heritage at risk dédié aux monuments en péril, programme de l’ICOMOS (Conseil International pour les Monuments et Sites culturels).

Le Comité a également discuté de la « Stratégie pour le renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé », qui a été adoptée en novembre 2015. Le Plan d’action développé dans le cadre de la Stratégie se concentre sur le développement de matériels de formation, le renforcement des capacités pour l’exécution des lois nationales, la protection des biens culturels par les forces armées et le secteur juridique, le trafic illicite des objets culturels, l’intégration de ces éléments dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies (incluant une composante policière et civile), l’évaluation des risques et la planification d’urgence du patrimoine dans les zones à risques.

Le Comité international du Bouclier bleu (ICBS) est un comité de professionnels, international et indépendant, qui regroupe les musées, les archives, les archives audiovisuelles, les bibliothèques, les monuments et les sites historiques. Le Bouclier bleu est le symbole employé pour identifier les sites culturels protégés par la Convention de 1954 de la Haye, patrimoine culturel mondial menacé par les catastrophes naturelles ou d’origine humaine. Le Bouclier Bleu réunit l’expertise et les savoir-faire des réseaux internationaux de chacune de ces organisations non gouvernementales œuvrant en faveur du patrimoine culturel :

Lors de cette 11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation, rapport qui était prévu à être présenté lors de cette réunion n’a pas pu être présenté, à cause des retards dans le travail de l’UNESCO avec l’ICOM et à cause de problèmes budgétaires.

Le délégué de la Géorgie auprès de l’UNESCO a accentué que deux régions en Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud se trouvent encore sous occupation russe et il suggère que le rapport du Bouclier Bleu devrait retenir le cas des biens culturels sous occupation comme ceux des territoires occupés de Géorgie.

L’Italie a mis en exergue le fait que la protection des biens culturels est aussi une action humanitaire. Les déplacements humains peuvent être assimilés à un déplacement de biens culturels puisque les communautés humaines se déplacent avec leur culture, leur genre de vie, leurs habitudes.

Pour conclure, Mechtild Rössler, la Directrice de la Division du patrimoine a encouragé tous les participants à promouvoir la Convention de 1954 et à joindre leurs forces dans la mise en œuvre de la Stratégie pour le « renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé ».

Nous pouvons remarquer, quant à nous, que les pays les plus concernés par le besoin de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, tels que la Syrie, l’Irak, l’Israël, bien que signataires de la Convention de 1954, ne sont pas signataires du deuxième protocole de 1999, alors que des pays comme Mali, Libye ou Palestine le sont !
Les biens culturels des pays comme Syrie, Irak, Israël ne peuvent pas bénéficier, en cas de conflit, des mesures de protection prévues par la Convention de 1954 et le Protocole de 1999 !
Il serait intéressant de savoir quels efforts sont faits pour encourager l’adhésion des pays qui n’ont pas encore signé cette Convention. Ou plus spécifiquement encore, comment encourager l’adhésion à cette Convention des pays où il y a conflit et où des biens culturels chrétiens sont menacés par ces situations de conflit ?

MCL et OB

Comité de liaison ONG-UNESCO : Élections du Président et des membres

La Conférence internationale des ONG 2016 s’est tenue les 12, 13 et 14 décembre 2016 à Paris, Maison de l’UNESCO, avec l’organisation des élections des membres du comité de liaison et de son Président.

En voici les résultats :

Président : Philippe Beaussant CCIOFF
Élu par 85 voix sur 105 voix exprimées (124 électeurs)

Patrick Gallaud : AFAL Région Europe/ Amérique du Nord
Richard Francis APEH : JECI (Jeunesse étudiante catholique internationale) France
Marie Christine Gries de la Barbelais : SOROPTIMIST – Grande Bretagne
Térésa Kennedy : ICASE (International Council of Associations for Science Education) USA
Victoria Lovelock : CCSVI (Comité de Coordination du service volontaire International)
Marie Claude Machon Honoré : BPW International
Pablo Gentili : FLASCO (Faculté sciences sociales) Région Amérique latine et Caraïbe. Argentine
M Shen Che : CFPA Asie Pacifique (China Folklore Photographic Association) Chine
Mbuyamba Lupwishi : OCPA   Région Afrique (Observatoire de Politique Culturelle en Afrique) Mozambique
Abdelbasset Ben Hassen : IADH Région Etats arabes (International Association for Disability and Oral Health) Tunisie

La pensée complexe « Les défis d’un monde globalisé »

Premier colloque mondial organisé à l’UNESCO
les 9 et 10 décembre 2016
par la Commission nationale française pour l’UNESCO

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Les 9 et 10 décembre dernier plus de 350 personnes ont participé au premier colloque mondial sur la pensée complexe qui doit sa tenue à la Commission nationale française pour l’UNESCO : de larges échanges de vue portant sur des thèmes à la fois conceptuels et ancrés dans la réalité du monde d’aujourd’hui ; Une journée d’un intérêt exceptionnel.

edgar-morinGrand penseur moderne de la Complexité, Edgar Morin a, en quelque sorte, été l’âme de ce colloque. Il l’a accompagné tout au long de ces deux journées de réflexions, réflexions denses, variées, allant au-delà du discours philosophique. On l’a célébré à la fois lors de certains témoignages, et par la remise d’un nouveau titre de docteur honoris causa (université de Monterrey-Mexique).

Le colloque était placé sous le double patronage du gouvernement français (présence à l’ouverture du secrétaire d’état à la recherche M. Mandon) et de l’UNESCO, qui, à l’occasion de cet événement, a officialisé la création de la « Chaire internationale de la complexité ».

Plusieurs autres institutions ont concouru au succès de l’événement : l’Association pour la pensée complexe, l’ESSEC (qui compte parmi ses enseignements un module « analyse de la complexité »), l’Insituto Piaget (réseau d’institutions éducatives d’origine portugaise), le réseau CANOPE (réseau de création et d’accompagnement pédagogique). A signaler aussi un hommage posthume au fondateur de la MULTIVERSIDAD Mundo Real, M RubenReynaga, une université dont le contenu et l’organisation des enseignements sont largement inspirés des préceptes ou principes de la pensée complexe qu’Edgar Morin a développés au cours des vingt dernières années au travers de nombreuses publications.

L’une de ces publications a été citée à de nombreuses reprises : « les sept savoirs nécessaires pour l’éducation du futur »… Rédigée à la fin des années 90 en réponse à une demande du directeur général de l’UNESCO Frederico Major qui voulait une réflexion d’ensemble sur les programmes éducatifs de l’UNESCO, cette contribution aura été opportunément mentionnée car elle illustre bien ce que l’on peut dire de la pensée complexe en général, singulièrement dans notre temps, et, au-delà de cette généralité, parce que, conformément à la commande de l’époque, elle concentre l’analyse sur l’éducation, qui, finalement apparaît comme essentielle pour aider à maîtriser toutes les dimensions de la complexité dans notre monde moderne.

Si la complexité a toujours fait partie intégrante de notre monde, et implicitement ou non a retenu l’attention des grands penseurs dès l’antiquité – ont été cités Platon, Socrate, Héraclite – il y a assurément à actualiser ces approches, revoir aussi nos « discours de la méthode ».

On a aussi rappelé un propos de J. Maritain qui, lors de la seconde conférence générale de l’UNESCO, disait au sortir de la seconde guerre mondiale qu’il fallait revoir la façon d’organiser les réflexions… et puis, nouvel impératif, avec les immenses changements de ces dernières années, on doit certainement se remettre à l’ouvrage. Les présentations problématiques qui nous ont été données montrent bien à quel point les approches peuvent et doivent changer, en délivrant des messages inspirants, en donnant des clefs pour éviter les erreurs et les illusions, et réduire les risques de dérives que pourrait induire un monde qui, il faut s’y faire, est fragile.

Jack Lang a rendu hommage à Edgar Morin qui a contribué à faire évoluer les approches éducatives en France dans les années 90. Un peu à l’image de cette complexité thème des discussions, le colloque a été nourri de regards croisés : croisée géographique – une douzaine de nationalités représentées à la tribune (venant surtout d’Europe et d’Amérique latine, d’Afrique aussi), plus de trente intervenants aux profils variés : philosophes sociologues, politiques, scientifiques, experts en sciences de l’éducation, en systèmes d’information, consultants etc.

La philosophie était très présente, mais pas de façon abstraite même si on a parlé d’épistémologie, d’ontologie, de dialectique et de dialogique. Les thèmes des quatre tables rondes et l’approche des intervenants ont été plus concrets et ancrés dans le réel que purement conceptuels, mais n’est ce pas ainsi qu’il faut approcher la complexité de nos jours ?

Des nombreux propos tenus, notamment ceux de Edgar Morin, on retiendra les éléments les plus mis en évidence pour faciliter le traitement des questions problématiques et pratiques soulevées par la complexité.

En complément de cet article, lire :
La maîtrise de la pensée complexe :
quelques principes, recommandations, voire évidences
Les quatre tables rondes :
–  Table ronde I : l’éducation et l’apprendre à vivre
– Table ronde II : Au-delà de la connaissance : la Connaissance de la connaissance
– Table ronde III : La décision, l’action, l’éthique
– Table ronde IV : L’ère planétaire, plus que la globalisation

Voir/écouter Edgar Morin sur Youtube
Visiter le site web de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO

Comment prévenir l’antisémitisme par l’éducation, la culture et la communication ?


Mardi 6 décembre 2016 à l’UNESCO


Table ronde organisée conjointement par l’UNESCO et l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste (IHRAInternational Holocaust Remembrance Alliance) avec le soutien de la Shoah Fundation – University of Southern California.
La table ronde réunissait sept experts internationaux, professeurs d’universités, responsables d’ONGs pour la paix et contre le racisme, et de responsables juifs.1

La séance été introduite par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO et par S.E. M. Mihéna Constantinescu, Ambassadeur, Président de l’IHRA. Le discours d’ouverture a été prononcé par M. Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux, Ancien Président du Conseil Constitutionnel (France).

Mme. Irina Bokova a indiqué immédiatement que l’antisémitisme était « au cœur de l’actualité », faisant allusion au terrorisme à visées antisémites contre des enfants, en France, et au climat général de critiques haineuses et systématiques contre Israël. Dès lors elle a réaffirmé la vocation de l’UNESCO à lutter contre le racisme, la xénophobie, par un travail éducatif sur tous les continents, le rôle fondamental de la culture, le dialogue et la tolérance. Elle a enfin réaffirmé que : « Cette lutte appelle à une action commune car l’antisémitisme n’est pas seulement le problème des communautés juives. Il nous concerne tous, quelles que soient nos origines ».

M. Mihéna Constantinescu a rappelé le rôle de l’IHRA. Fondée en 1998, l’Alliance regroupe 31 pays membres, 11 pays observateurs et 7 partenaires internationaux permanents. Elle coopère avec l’UNESCO et elle est ouverte aux ONGs. Le fondement est l’adhésion des membres sur les termes de la Déclaration du Forum International de Stockholm sur l’Holocauste de janvier 2000. L’objectif de l’Alliance est d’élaborer et de promouvoir des politiques relatives à l’enseignement, à la recherche et la commémoration de l’Holocauste au niveau national et international. Elle vise en particulier l’éducation des jeunes. L’assemblée plénière de l’IHRA en Roumanie, en mai 2016, vient d’adopter une Définition Concrète l’Antisémitisme. Selon Mme Irina Bokova, il s’agit : « d’une avancée considérable pour aider à mettre des mots précis sur le sujet et un socle de tout engagement contre toutes les formes d’antisémitisme ». Cette définition sera adoptée formellement par l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OSCE) à sa prochaine assemblée de Hambourg.

M. Robert Badinter a fait une présentation plus historique. Il dénonce l’antisémitisme comme un mal « multiséculaire », depuis la prise de Jérusalem :

  • un antisémitisme religieux remontant à l’édit de Constantin en 315, et fondé sur la haine du peuple « déicide »,

  • un antisémitisme national, « l’étranger suspect » dans les nations, le complot international, l’affaire Dreyfus,

  • un antisémitisme « scientifique et racial », en référence à la race supérieure.

D’où 2 aspects historiques opposés : la révolution et la constituante de 1791 où les juifs de France sont citoyens français à part entière, et l’antisémitisme forcené nazi, avec le IIIème Reich et les lois de Nuremberg en 1933, avec la loi allemande de la protection de la race par la loi du sang.

Robert Badinter tire de ce rappel historique une question et une conclusion : comment un peuple, chrétien, civilisé, cultivé, scientifique, comptant de nombreux génies dans toutes les disciplines a-t-il pu basculer dans le racisme et l’antisémitisme le plus cruel et le plus inhumain ?

A l’évidence, la culture et l’enseignement ne sont pas suffisants pour éradiquer l’antisémitisme.

Actuellement il faut aussi prendre en compte le conflit israëlo-palestinien qui n’a jamais cessé depuis la création de l’État d’Israël. Aujourd’hui, l’antisémitisme s’alimente de tout ce climat, même si certains veulent faire une différence entre l’antisémitisme à caractère communautaire et religieux et l’antisionisme à caractère politique et conflictuel.

Le décor est planté : comment lutter contre l’antisémitisme, le racisme, la haine de certaines minorités ?

Les différents orateurs déclineront cette question sous différents aspects. L’éducation à la connaissance des faits, aux risques des haines qui conduisent aux catastrophes telles que la Shoah, l’éducation à l’empathie, l’éducation positive montrant l’apport des juifs à la science et à l’art… ne suffisent pas à conjurer les haines et les violences.

Dès lors, que faire d’autre ?

  • des programmes éducatifs pour les enfants mais aussi pour les enseignants et les parents.

  • sensibiliser les responsables des médias et les politiques, et étendre ces questions à toutes les formes de racisme.

  • combattre l’antisémitisme par les témoignages et l’actualité ; faire réfléchir les enfants lors des attentats : ex. attaque de la grande synagogue de Copenhague.


En conclusion, la recherche de la paix par les champs couverts par l’UNESCO, notamment grâce à l’éducation et la culture, montre ses limites, même si elle permet d’entretenir une prise de conscience pour le présent et le futur.

L’antisémitisme et la Shoah reste un thème permanent pour l’UNESCO.

Denis Chaigne/Dominique Glorieux


Lien vers l’IHRA
Déclaration de Stockholm du 28 janvier 2000

Compte rendu de l’UNESCO


1 Professeur Steven Katz, Conseiller auprès de l’IHRA, Professeur d’études juives et d’histoire de l’Holocauste, Université de Boston; Professeur Dinat Porat, Directrice du Centre Kantor pour l’étude de la communauté juive européenne, Université de Tel Aviv (Israël); M. Jean-Yves Camus, Chercheur associé à l’IRIS (France); Mme. Katharina von Schnurbein, Coordinatrice de l’Union Européenne chargée de la lutte contre l’antisémitisme; M. Dervis Hizarci, Président de l’Initiative Kreutzberg contre l’antisémitisme (KlgA) (Allemagne); Mme Cristina Finch, Directrice du Département de la tolérance et de la non-discrimination, OSCE ; Mme Mariane Lère, Chaire UNESCO pour l’enseignement des génocides, Shoah Foundation – University of Southern California.