Vœux du CCIC pour 2017

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Peinture de KIM EN JOONG

L’espérance, c’est la même chose
que la gratuité
mais elle n’est pas l’utopie

Godfried Card. Danneels



Le 16 janvier, à « l’Accueil Louise de Marillac » où se trouve notre siège, Christine Roche a présenté les vœux du CCIC.

Après avoir remercié les nombreux invités de leur présence Christine Roche a déclaré :


« Nous percevons votre présence comme un encouragement à poursuivre le chemin, à s’engager toujours plus pour entendre, recevoir, et relayer les appels du monde en attente de paix et de justice.

Le temps traditionnel des vœux c’est le temps donné à la parole d’espérance fondée sur la réalité du présent et sur le désir de faire mieux demain.

Le présent du CCIC est riche du bilan d’une année de travail avec le réseau des ONG membres en relation avec l’UNESCO.

Grâce aux multiples propositions du calendrier de l’UNESCO,

que de séances de travail sur la priorité « éducation 2030 »,
que de rencontres, colloques ou forum sur les thèmes allant de la
pensée complexe aux défis de la révolution numérique en passant par la protection des patrimoines matériels et immatériels et le droit à la liberté d’expression et d’information.

Notre équipe de veilleurs a pu relayer les contenus de tous ces événements grâce à leurs comptes rendus diffusés sur notre site. Par ailleurs les Objectifs du Développement Durable « les ODD » sont aussi nos guides pour penser le futur proche 2030 et au delà.

Et toujours cette préoccupation majeure proclamée sans cesse par la Directrice générale Madame Irina Bokova : la construction de la paix dans le monde en instabilité permanente, le dialogue entre les cultures et le respect de la diversité culturelle.

La perspective 2017 de la célébration de 70 années de notre coopération avec l’UNESCO a mobilisé les ONG membres du CCIC. L’interrogation lancinante sur le monde de demain s’est imposée.

Pour cela, nous avons choisi de travailler sur des grands défis de notre monde happé par une modernité qui semble déshumaniser l’humain et oublier que Homme et Création sont indissociables.

Les cinq conférences données en 2016 ont ainsi préparé les contributions du CCIC en réponse à la question titre du forum qui se tiendra en mars « Quel monde voulons-nous construire ensemble ? ». Nous y réaffirmerons notre espérance en une humanité réconciliée grâce à l’amour fraternel et au pardon.

Nous avons aussi souhaité recueillir auprès de témoins connus ou inconnus des messages d’espérance pour agir aujourd’hui et demain. La diversité des réponses est en elle même une grande source d’espérance. La confiance avec laquelle les auteurs ont dévoilé leur espérance nous a interpellés et bouleversés.

Ce recueil sera offert comme un trésor le jour du forum.

L’Espérance c’est une force, une passion qui entraîne le monde dans le combat pour plus de beau, plus de bon, plus de vrai. L’espérance est vaillante et inventive.

L’espérance est amoureuse des femmes et des hommes.

Il faut pour cela une mesure bien pleine… de confiance, un brin d’utopie et une pointe d’humour !

A l’UNESCO, aux associations membres et amies, à chacune et à chacun, un grand merci pour la convivialité avec laquelle nous cheminons ensemble.

Je vous souhaite au nom du CCIC « une année vécue dans la joie, dans l’espérance et dans le succès de vos projets respectifs.»

 

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Convergence « Révolution numérique, Économie mondialisée, Technosciences »… Une transition fulgurante ?

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté par les technosciences

Cette conférence-débat tenue à l’Université Catholique d’Angers le 17 novembre s’inscrit dans le cycle de réflexion préparatoire à la célébration du 70 ème anniversaire du CCIC ; elle a été organisée avec le concours de Fondacio, de IFF Europe (Institut de Formation Fondacio Europe) et de l’Université Catholique de l’Ouest.

Monsieur Olivier Le Berre, vice-recteur de l’université Catholique De l’Ouest, Angers, Monsieur François Prouteau, président de Fondacio, et Madame Christine Roche, présidente du CCIC ont introduit l’échange. Monsieur Nathanaël Wallenhorst, directeur de l’Université Catholique à Nantes, en a été le modérateur.

La conférence a été donnée par le père Thierry Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, théologien et physicien qui a d’emblée insisté sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans des jugements binaires sur le transhumanisme du type « c’est bien ou c’est mal », pour traiter une question aussi controversée.

Il a rappelé que le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiologiques et mentales des êtres humains.

Sans aucun doute, les conditions du « devenir humain » vont profondément changer dans les années à venir. Cette mutation « transhumaniste » résultera de la conjonction de trois révolutions, à savoir celles des technosciences (ce qui relève du technique et du scientifique), de l’économique et du numérique. Ces révolutions commencent déjà de produire leurs effets avec les objets connectés, l’intelligence artificielle, les robots, les machines intelligentes, l’exploitation des Big Data et les algorithmes. Les nanotechnologies, les nano-biotechnologies, les neurotechnologies sont à l’origine de toutes sortes d’innovations qui vont jusqu’à la conception de produits vivants artificiels, d’hybrides homme–machine, et qui font émerger tout un univers où la réalité est augmentée et singulièrement celle qui touche à l’homme. Dans le domaine des neurotechnologies, par exemple, une puce électronique installée dans le cerveau pourrait améliorer l’état d’une personne atteinte par la maladie de Parkinson ou aider un paralysé à retrouver l’usage de ses membres. S’agissant des dommages causés par les AVC, l’implantation de circuits cérébraux pourrait restaurer certaines fonctions touchées grâce aux progrès des nanobiotechnologies.

Les efforts déployés pour « réparer » ou « augmenter » l’homme sont nombreux, et certains produisent déjà des effets spectaculaires :

Si on parle des efforts d’ « augmenter » l’homme, une société britannique, Cyborg Nest, veut enrichir nos cinq sens (l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue) avec un sixième, « North Sens », qui enrichit la perception de la réalité. C’est un implant qui vibre à chaque fois qu’il fait face au champ magnétique terrestre. Cet implant indique ainsi le nord magnétique (comme une boussole) et il ne dépend pas d’internet. C’est un organe sensoriel artificiel autonome.

Une des utilités de ce sixième sens est qu’il améliore le sens de l’orientation. Chez certaines espèces animales le sens de l’orientation est une condition de survie. Dotées d’une véritable boussole intégrée, ces espèces sont en mesure de retrouver le nord magnétique instinctivement. Les humains ne possèdent pas ce sixième sens. Bien sûr, ce sixième sens pourrait être utile aux personnes qui ont une déficience de l’un des autres cinq sens, comme la vue, mais l’utilité conçue par ses créateurs est probablement plus complexe, puisque c’est un sens qui peut enrichir la perception de la réalité de tout être humain.

La plupart de nos souvenirs sont aujourd’hui déclenchés par des fonctions sensorielles : l’odorat et la vue, principalement. Nous associons un lieu ou une expérience à une odeur, un gout, une image. En nous dotant d’un sixième sens, celui de notre orientation par rapport au champ magnétique terrestre, nous gagnerons de nouvelles facultés. Nos souvenirs seront aussi marqués par notre orientation sur la Terre.

  Le slogan de la société Cyborg Nest peut être résumé par la phrase : « si nous sentons plus, nous comprenons mieux, et nous allons vivre une expérience de vie plus profonde ».

Dans ce contexte d’innovations foisonnantes et de nature parfois à s’interroger sur leur bien fondé pour l’Homme en tant qu’Homme, il est important de se préoccuper des questions morales et éthiques ; c’est ce qu’étudie l’Humanity + – L’Institut pour l’avenir de l’Humanité (Future of Humanity Institute, FHI)- Ce centre de recherche interdisciplinaire de l’université d’Oxford se consacre plus généralement aux questions les plus sensibles qui concernent l’humanité et peuvent affecter voire bouleverser son avenir. Il fut fondé en 2005 et est dirigé par le philosophe Nick Bostrom. Le FHI s’intéresse surtout aux risques technologiques tels que le réchauffement climatique, la guerre nucléaire, ou les risques présentées par les nanotechnologies et l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux pandémies que pourraient provoquer des armes biologiques mais les chercheurs du FHI étudient aussi l’impact du progrès technologique sur les sociétés et les institutions, allant du totalitarisme à la montée du chômage, et aux risques liés à l’information.

L’Université de la Singularité a été fondée aux États-Unis, dédiée à la promotion du transhumanisme, elle soutient et développe l’étude de technologies émergentes qui ont pour ambition d’améliorer en profondeur et même radicalement le sort de l’humanité, jusqu’à abolir la maladie et le vieillissement, et ce faisant se rapprocher d’horizons d’éternité. Ce mouvement de la « Singularity » a été popularisé par Ray Kurzweil – auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google. Il revendique une approche transdisciplinaire, recouvrant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique -intelligence artificielle- et sciences cognitives).

Dans le cadre de cette convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le vivant est regardé comme une usine ou un objet susceptible d’être fabriqué, on saute un pas « décisif » avec l’audace et/ou l’ambition de pouvoir répliquer ou rééditer le matériel génétique, pour produire des cellules ou tissus vivants sur mesure (gene editing).

La méthode Crispr-Cas9, ou les « ciseaux à ADN », par exemple, permet ainsi de remplacer avec succès un gène endommagé par un autre créé artificiellement à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. C’est une technique qui peut être utilisée sur les végétaux, animaux, les humains pour améliorer des fonctionnalités, éradiquer des maladies (des modifications génétiques, par exemple, faites sur l’embryon pour prévenir des maladies chez le futur enfant).

Ce séquençage du génome est une avancée extraordinaire qui va permettre à terme une « médecine personnalisée », adaptée aux caractéristiques génétiques de chaque individu.

METACARDIS, un projet européen auquel Thierry Mangin a participé, décrypte les gènes de la flore intestinale responsables des maladies cardio-métaboliques. Le programme L’Homme et son Microbiote étudie des échantillons de microbiotes et les modes de vie de différentes personnes avec des affections différentes ; les bases de données recensant un très grand nombre d’informations tirées des échantillons observés (Big data) sont exploitées pour mettre en évidence les corrélations entre paramètres et aider ainsi à mieux poser les diagnostics et préconiser de meilleure façon les traitements.

L’épigénétique est une autre avancée ; elle se fonde sur le constat des interactions entre le psychique et la biologie ; si le premier influence le second, la relation inverse est tout aussi avérée : la biologie détermine notre comportement. La nutrition, l’exercice, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social ont une influence sur le psychique.

Des études en neurosciences sur la plasticité cérébrale montrent que le psychisme joue sur la génétique (évolution des circuits neuronaux en fonction du vécu). Ces études mettent en évidence de nouvelles ouvertures sur les liens réciproques biologie – psychisme.

Comment accueillir toutes ces technologies sans les diaboliser mais en discernant les utilisations qui peuvent être au service de l’homme et en disant « non » aux autres ? L’homme peut être réparé et même augmenté, cela entraîne de grands espoirs pour la médecine, l’industrie et l’économie (bioéconomie). Comment, pourtant, penser l’humain au moment où les technosciences peuvent toucher à la nature de l’homme lui-même ? Avons-nous le droit de modifier notre patrimoine génétique ?

Jusqu’où peut-on améliorer ? là est la question fondamentale. On améliore la vision de l’homme, son odorat, son système immunitaire. Améliorer la « nature humaine », arriver à une « humanité augmentée, une humanité supérieure, une post-humanité, jusqu’à un homme libéré pour partie de son corps » c’est aller ici bien plus loin et c’est là que doit être posée la question des limites dès lors que ces « progrès scientifiques et techniques » pourraient laisser entrevoir la réalisation de ce qui peut encore sembler invraisemblable, avec « la possibilité et même la concrétisation d’un artifice qui finirait par permettre d’opérer « un versement/transfert de sa conscience, son soi » dans une machine intelligente ?

Dans sa seconde encyclique, « Laudato si’ », le Pape François II, ne refuse pas le progrès et ses bienfaits, mais il met en garde contre ses excès, rappelant les avertissements de ses prédécesseurs, en particulier Saint Jean-Paul II, sur « une manipulation génétique menée sans discernement ».

La tentation de la perfection, du « sans limites » est grande pour l’homme « fatigué de ses limites ». Tenir l’équilibre s’avère nécessaire : devant la promesse d’immortalité on a besoin de plus de morale, de plus de frein à la violence. Dans le sens contraire, des formes de réductionnisme dangereux peuvent intervenir et sont à éviter.

Le public, constitué surtout d’étudiants, a posé plusieurs questions :

Q : Il ressort que le transhumanisme serait un matérialisme dur; est-ce qu’il y a des transhumanistes préoccupés par la spiritualité ?

R : L’augmentation des fonctionnalités de l’humain, l’idée de progrès, la technoscience pure est une vision très américaine. Les pays anglo-saxons sont très penchés vers l’innovation, vers le progrès technologique. L’habitude de la réflexion de type humaniste est propre plutôt aux pays latins.

On veut supprimer la souffrance grâce aux technologies. L’immortalité, à son tour, n’engendrerait-elle pas plus de violence, plus de problèmes sociaux ? Si les machines font tout pour nous, nous allons diminuer. Parce qu’on grandit dans l’épreuve. Etre assisté par des robots est-ce être libre ? Il faut se poser ce genre de questions ! Vive le lien entre les sciences et l’humanisme ! Nos facultés de théologie ont un grand rôle à jouer.

Q: Le transhumanisme occupe autant les esprits, alors que beaucoup de gens meurent de faim ! Ce phénomène va-t-il accroître les inégalités ?!

R: Plus on avance, plus ces techniques vont êtres accessibles. Des nouveaux traitements contre le paludisme ont été trouvés grâce à la nanotechnologie et sont utilisés en Afrique. Ces techniques vont très probablement devenir bon marché et donc bénéficier au plus grand nombre, mais ici il y a lieu aussi d’intégrer la dimension politique qui est très importante. Avec les technologies on corrige les erreurs de la nature, dit-on, donc on gomme les inégalités…mais dans le même temps on constate maintenant un retour à la nature – donc des tensions contraires, les forces tendent à s’équilibrer naturellement.

Q : Est-ce qu’on peut « fabriquer » des artistes ?

R : Il existe la musique synthétique.

Le lien entre la machine et l’être humain est fait via la raison. Penser s’est calculer. Les robots sont utiles, on peut les employer à toutes sorte de tâches, il y a des robots au service des personnes âgées. Les robots ont même un droit aujourd’hui.

Est-ce qu’on peut, en faire, pour autant, des machines à aimer, des machines à croire ou des machines à créer?…

Conclusion : Pour Thierry Magnin, Saint Irénées de Lyon donne la définition de l’homme parfait : « La chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constitue l’homme parfait. » (« Contre les hérésies », V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583). L’homme est donc un mélange de chair, d’âme et d’esprit. L’espoir pour le transhumanisme est qu’il pourra peut-être assurer une augmentation de l’harmonie corps-âme-esprit.

Entre les idées développées par les transhumanistes et les bioconservateurs Thierry Magnin ne prend pas parti. Son discours est une invitation à la réflexion. Il nous parle comme scientifique mais aussi comme prêtre. Le scientifique développe le sujet du transhumanisme, expose les faits, les courants, les directions de pensée et de recherche. Mais il n’est pas directif. Il n’a pas la prétention de celui qui considère qu’il sait et qu’avec ce statut d’expert il serait fondé à montrer la voie. En vrai prêtre, il sait que l’adhésion à une option ne peut être acquise que si on choisit librement, sincèrement et en vérité et que c’est bien ce libre-arbitre qui construit le plus l’être humain dans son essence.

La seule petite indication qu’il se permet de donner est le signe de questionnement : « Tous les possibles sont-ils souhaitables ? ». A chacun de se donner la réponse à cette question, en toute liberté et connaissance de cause !

O. B. 19 novembre 2016

Ouagadougou (Burkina Faso) Assemblée Générale du MIAMSI

miamsiLe MIAMSI a tenu du 28 octobre au 1 novembre 2016 à Ouagadougou (Burkina Faso) son Assemblée Générale et un Forum international dont le thème était : « Le dialogue, la paix et la réconciliation : Familles, religions, citoyenneté, cultures et peuples en dialogues ».

200 participants venus de 15 pays ont écouté les interventions de l’économiste Pierre Claver Damiba sur la situation de l’Afrique dans la mondialisation. Le Cardinal Peter Turkson, préfet du nouveau dicastère pour le service du développement intégral est venu spécialement du Vatican et est intervenu sur « paix et réconciliation en lien avec la Doctrine Sociale de l’Église ». Enfin le Père Imad Twal, de Jérusalem, a partagé son expérience de dialogue inter-religieux. Le Cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque d’Ouagadougou, a été présent et très attentif aux conclusions du Forum dont voici le communiqué final.

Lire le compte rendu final

Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain – Débat le 17 novembre à Angers

Après la table ronde, « De la violence vers la paix, Utopie ou espoir ? » le CCIC poursuit son cycle de soirées préparatoires à la célébration de ses 70 années de collaboration avec l’UNESCO.
Il organise à Angers, avec l’Université catholique de l’ouest et Fondacio jeudi
 17 novembre prochain, une soirée sur le thème « Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain » avec Thierry MAGNIN, physicien et théologien, recteur de l’Université Catholique de Lyon et François PROUTEAU, ingénieur sup’telecom et docteur en sciences de l’éducation, président de Fondacio


Révolution numérique, transhumanisme et devenir humain


La révolution numérique bouleverse nos vies et nos vérités. Elle pulvérise la durée, promeut les réseaux, plonge chacun de nous dans un maillage et un flux d’informations qui affectent nos activités tant privées que professionnelles. Les années 2000 semblent marquées par le passage fulgurant (Pierre Giorgini, La transition fulgurante) à une ère nouvelle du tout connecté et de la capacité d’accéder d’un clic aux savoirs universels en tout lieu et à tout instant.

La puissance de calcul, de stockage (Big data) et de transmission des données a explosé. Ordinateurs, réseaux et opérateurs humains interconnectés font partie d’un maillage d’une forme d’intelligence hybride de plus en plus puissante (Joël de Rosnay , L’homme symbiotique). De nouvelles possibilités semblent offertes à l’homme pour étendre ses capacités d’accès à une source quasi infinie d’informations qu’il peut traiter et qu’il peut mettre en interaction dynamique avec d’autres, de manière illimitée, sans aucune frontière.

Chaque jour grandit le nombre des personnes vivant en permanence reliées à un réseau internet via un smartphone. Les Google Glass et les montres connectées préfigurent les objets intelligents de demain, avant que ceux-ci soient eux-mêmes remplacés par des puces de plus en plus petites (nanotechnologies), puissantes et reliées en permanence au cerveau. Leur développement et les avancées des recherches médicales annoncent l’apparition du cyborg (être humain à qui on a incorporé des greffons technologiques pour démultiplier sa force et augmenter la longévité). Un « homme augmenté » naît sous nos yeux, transformé par des liaisons numériques qui poussent comme autant d’excroissances porteuses de nouvelles potentialités de connexions et d’échanges. Cette « augmentation » de l’homme va de l’échelle nanoscopique (nanomachines agissant à l’intérieur du corps humain ) à la dimension planétaire à travers un maillage d’une infinité de combinaisons possibles entre chacun des objets et acteurs intelligents, reliés entre eux.

De nouveaux modes de coopération humaine et technique ne cessent de transformer en profondeur tous les domaines d’activités : logement (airb&nb) ; énergétique (smartgrid) ; économie (co-working ; économie créative) ; construction, production et commercialisation (simulation & conception 3D , e-commerce) ; santé (services à distance à haute valeur ajoutée, nanosciences et nanorobots pour la chirurgie) ; enseignement (cours en ligne ouvert et massif « mooc » ; communautés d’apprentissages d’étudiants-acteurs en lien avec des professeurs-avatars) ; moyens de transport (blablacar, uber, etc.). Partout, le consommateur-acteur-connecté impose un nouveau modèle économique, au point que « tout le monde commence à craindre de se faire ubériser » (Maurice Lévy, PDG de Publicis).

La révolution techno-scientifique aplatit la hiérarchisation des savoirs et des valeurs, privilégie la communication, livre tout et à tout le monde sans médiation. La forme de cette communication instantanée qui aurait réponse à tout n’est-elle pas souvent aux dépends de la qualité de l’information véhiculée et d’une réflexion critique ? Quels sont les impacts (économiques, sociaux, éthiques) de ces échanges uniquement à distance et sans que se rencontrent physiquement les interlocuteurs des transactions ? Cet espace d’échanges numérisés produit-il un nouvel eldorado propice à de nouvelles collaborations constructives et créatives ? Ou le retour au Far West sans foi ni loi où règne le pouvoir du plus fort ? Où les plus fragiles sont systématiquement les victimes de ce nouveau système ?

Cette révolution permet des bonds prodigieux dans le domaine des techniques, des services, ou encore de l’autonomie des personnes. Elle crée des métiers dont l’on ne sait rien encore mais en disqualifie beaucoup d’autres. Elle métamorphose la répartition des tâches et l’organisation sociale qui lui sont liées. Elle s’emballe et emballe nos vies. De quel paradigme humain sortons-nous pour aller vers quel autre ? Quels enthousiasmes pouvons- nous mobiliser dans ce temps de passage ? Avec quelle intériorité ? Vers quelle spiritualité ?

Cet emballement pourrait-il mener l’homme au-delà de ce qu’il souhaiterait pour lui-même, pour les autres ou pour les générations à venir ? Devant cette question, il convient de prendre un temps de recul et de s’interroger sur l’apparition d’une nouvelle manière d’être humain qui se dessine sous nos yeux, à travers les mutations techno-scientifiques qui bouleversent nos sociétés en ce début de 3ème millénaire. C’est l’humanité de l’homme qui est en question, notre nouvelle manière d’être humain qui est en jeu. La définition de l’humain n’est-elle pas devenue trouble ? Il nous faut l’interroger dans ce nouveau paradigme pour accueillir une nouvelle manière collaborative de concevoir, représenter et mettre en œuvre notre humanité. Il convient de coupler ce regard anthropologique avec une réflexion éthique, « le mouvement même de la liberté qui cherche une vie bonne, dans la sollicitude envers autrui et dans un juste usage des institutions sociales » (Paul Ricœur, Soi-même comme un autre).

Chacune des étapes de cette problématique est une occasion d’aiguiser notre vigilance et de nous interroger nous-mêmes, nos partenaires et l’UNESCO sur autant de questions d’actualité où se joue l’avenir du monde et des hommes.

Il ne s’agit pas seulement d’organisation et de moyens nouveaux mais surtout des conditions de notre libération quand les risques d’aliénation se multiplient.
Il s’agit de
l’humanisation grandissante à laquelle nous appelle le sens d’une vie à redécouvrir, à annoncer et à proposer dans les formes du monde à naître.
Cette démarche exigeante et nécessaire est notre manière de participer, avec d’autres et dans le respect de tous, à l’évangélisation du monde.

 

Deux jeunes étudiantes découvrent le travail des ONG à l’UNESCO

A l’invitation du CCIC, deux jeunes étudiantes (à Sciences Po Paris et à Dauphine) découvrent le travail des ONG à l’UNESCO.

« Le 2 juin 2016, accompagnée d’une amie qui étudie à Dauphine, j’ai franchi les portes de l’UNESCO pour assister à la réunion inter-ONG de préparation du forum sur la paix qui aura lieu au Mexique à la rentrée prochaine.
 
Nous y avons découvert une diversité d’associations telles que Peace And Sport qui vise à promouvoir la paix via les rencontres sportives. Toutes ces associations et leurs représentants ont à cœur de favoriser la paix dans le monde. Ainsi souhaitent-ils faire de ce forum une réussite d’où naîtront des mesures et des résolutions concrètes dans le sens du pacifisme. Cette réussite passe par une organisation optimale du forum et c’est pourquoi la réunion à laquelle j’ai assisté était en majorité de l’ordre logistique. Les principaux thèmes de ce forum ont été également rappelés : éducation – sport – dialogues interculturels…
 
Nous avons été agréablement marquées par la solidarité entre les associations. Celles qui avaient des antennes au Mexique ont spontanément proposé leur aide à l’organisation du forum et à l’accueil des participants. Cependant nous avons été étonnées par l’amplitude des sujets à traiter lors de ce forum qui ne durera que deux jours. Nous craignions que cela soit trop ambitieux pour pouvoir aller en profondeur des thèmes afin d’en tirer des mesures précises et réalisables.
 
Assister à une réunion de préparation d’un forum de l’UNESCO fut une riche expérience bien qu’il soit frustrant de ne pouvoir se rendre à ce forum pour y observer la tournure que prendront les discutions là-bas. Ce fut également l’occasion de rencontrer des membres d’ONG de diverses nationalités qui nous ont fait partager les causes de leur engagement associatif.
 
Espérons en tout cas que ce forum portera les fruits attendus ! »

C.M.

lien vers le Forum

JMJ 2016 : « Mémoire, courage et espérance »

Entretien avec Mgr Tony Anatrella
Monseigneur Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé, analyse pour Zenit les enjeux de ces Journées Mondiales de la Jeunesse.

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« L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Comme cela avait été convenu entre le CCIC et les EDC Île de France, le Professeur Jean Caron, normalien agrégé de philosophie est venu le 21/06/2016, au 67 rue de Sèvres, illustrer le thème : « L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Ses propos prenaient sens par rapport aux deux chantiers initiés dans les deux mouvements, pour deux célébrations distinctes en mars 2017, et devaient contribuer à une réflexion, sur hommes et femmes en reconnaissance mutuelle au service d’un plus grand bien.

En analysant la question posée, 3 axes de réflexion émergent :

– une problématique de gouvernance vue à travers l’expérience d’un professeur de classes préparatoires dédiées,
– les réponses apportées sont elles une bonne nouvelle pour les chrétiens ?
– l’anthropologie humaine basée sur « homme et femme Il le créa » c’est-à-dire « être relationnel »invite à penser une parité qui mérite d’être dite dans un contexte nouveau.

I ) Dans les classes préparatoires, un recul de 25 ans d’enseignement, permet de dire que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à réussir dans la filière « management ». Elles ont à la fois l’aspiration et les qualités pour le faire. Les garçons acceptent cette situation et le temps d’études vécu ensemble les enrichit mutuellement et se déroule sans heurts. Pour autant la réalité homme/femme se vit toujours au singulier.

Au début de la vie professionnelle des uns et des autres les choses changent, surtout si des relations se nouent menant à la naissance d’enfants. Les vieux stéréotypes ont tendance à reprendre le dessus. L’arrivée des premiers enfants est souvent vécue comme un blocage dans la carrière de leur mère. Elle valorise sa qualité de vie au travail et sa vie personnelle, ne cherchant pas à crever le plafond de verre, qui la sépare des hautes sphères de gouvernance, alors qu’elle en a les capacités. Les garçons eux font la course au statut, au salaire, au prestige et décrochent pour la moitié d’entre eux leur premier poste à l’étranger.

Ces constats provoquent l’étonnement :

  • Il se vit une belle altérité pendant les études tandis que les modèles changent moins vite dans la vie active. Les hommes aspirent cependant à un univers plus différencié, plus mixé et les femmes souhaitent y déployer tous leurs talents.

  • L’évolution dans l’organisation des entreprises (en droit et en pratique) affiche un désir de « plus de femmes » pour des raisons d’efficacité : là où les femmes dirigent il y a moins de blocages. Ces dernières s’investissent assez naturellement dans le prendre soin, la mise en relation (le care) alors que ce domaine est moins bien évalué dans les catégories sociales, avec tous les inconvénients qui en découlent (niveau de salaire entre autre). L’articulation entre les différents types de compétences devrait être favorisée dans les entreprises.

II) Quelle réactions des chrétiens face à ces constats ? S’agit il d’une bonne nouvelle ?

Il faut se souvenir qu’en son temps le Christ a eu des relations très fortes avec des femmes, peu considérées en général dans la culture de l’époque. Il a été attentif au charisme féminin, cet apport spécifique a marqué le christianisme. Par le passé, des femmes ont apporté une contribution non négligeable à l’évangélisation: fondation de monastères, de missions, de lieux d’éducation, de soins… Le christianisme a été libérateur d’énergies féminines et a introduit l’égalité dans le jeu des différenciations.

Dans un contexte actuel d’évangélisation, le « talent » des femmes, leur charisme est il reconnu ? Se sentent elles épaulées ? Les africaines répondraient par l’affirmative sans hésiter, mais dans notre monde occidental, qu’en est il ?

III) Qu’a à nous dire l’anthropologie ?

Son enjeu est important puisqu’il s’agit de la conception fondamentale de l’être humain. Elle cherche à « unifier en chacun le corps et l’esprit », la seule différenciation culturelle de base étant d’être homme ou femme.

  • Si nous nous plaçons dans une vision individualiste, l’affirmation de l’égalité des individus conduirait à l’indifférenciation entre eux.

  • Dans une vision communautariste la différence homme/femme complémentaires, ne pourrait être pensée que comme inégalitaire.

  • Dans une vision naturaliste les pôles seraient pensés une fois pour toutes, alors que la réalité est plus complexe.

Il nous faut penser une anthropologie qui délivre de l’indifférenciation totale, comme de la complémentarité, puisqu’elle aboutit à une hiérarchisation.

La différence homme/femme est irréductible et chaque personne est une réalité unique, chaque réalité étant différente. L’unicité de la personne n’est pas indépendante de ses multiples identités qui l’engagent dans sa lignée, sa langue, sa culture, sa santé… Le « gender » a en partie raison en parlant d’identités construites, mais il ne tient pas compte du fait que ces identités sont secondes et variables dans le temps.

Malgré cette diversité irréductible d’individus et cette diversité d’appartenances, « l’essence humaine » qui nous caractérise est la même, que l’on soit homme ou femme. Nous recevons notre nature et ne l’accaparons pas. Un être ne saurait se réduire à son corps complexe. Il y a un manque en chacun de nous, qui à lui seul ne peut pas être « l’Être Humain ». Ce manque, qui introduit un désir d’altérité en chacun, est aussi la promesse d’une rencontre possible, d’une co – humanité pour exister. Ne pas vouloir ou pouvoir le reconnaître, alimente chez certains de nos contemporains un désir jamais satisfait d’autosuffisance, de toute puissance.

Cependant il ne faut pas hypertrophier la différence. Masculin et féminin ne peuvent se découvrir qu’en se rencontrant, dans la famille en tout premier lieu et en travaillant ensemble. Nous sommes dans « l’espérance de la fécondité » dans la rencontre du JE et du TU.

L’homme occidental contemporain « crève » car il a construit une « anthropologie de la solitude, autonome, solitaire, affirmation arrogante de soi même » et non une anthropologie de la solidarité.

Nous avons à être témoins de la relation féconde et heureuse du masculin et du féminin. Nos adolescents ont envie de vivre la complémentarité des dons, qu’ils découvrent dans la famille. Il nous faut changer nos manières d’être, car la fracture que nous portons en nous nous oblige tous à entrer en communion. Telle est la conclusion à laquelle nous avons été brillamment menés, avant de passer à l’exercice questions/réponses.

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Françoise Meauzé.