Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Convergence « Révolution numérique, Économie mondialisée, Technosciences »… Une transition fulgurante ?

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté par les technosciences

Cette conférence-débat tenue à l’Université Catholique d’Angers le 17 novembre s’inscrit dans le cycle de réflexion préparatoire à la célébration du 70 ème anniversaire du CCIC ; elle a été organisée avec le concours de Fondacio, de IFF Europe (Institut de Formation Fondacio Europe) et de l’Université Catholique de l’Ouest.

Monsieur Olivier Le Berre, vice-recteur de l’université Catholique De l’Ouest, Angers, Monsieur François Prouteau, président de Fondacio, et Madame Christine Roche, présidente du CCIC ont introduit l’échange. Monsieur Nathanaël Wallenhorst, directeur de l’Université Catholique à Nantes, en a été le modérateur.

La conférence a été donnée par le père Thierry Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, théologien et physicien qui a d’emblée insisté sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans des jugements binaires sur le transhumanisme du type « c’est bien ou c’est mal », pour traiter une question aussi controversée.

Il a rappelé que le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiologiques et mentales des êtres humains.

Sans aucun doute, les conditions du « devenir humain » vont profondément changer dans les années à venir. Cette mutation « transhumaniste » résultera de la conjonction de trois révolutions, à savoir celles des technosciences (ce qui relève du technique et du scientifique), de l’économique et du numérique. Ces révolutions commencent déjà de produire leurs effets avec les objets connectés, l’intelligence artificielle, les robots, les machines intelligentes, l’exploitation des Big Data et les algorithmes. Les nanotechnologies, les nano-biotechnologies, les neurotechnologies sont à l’origine de toutes sortes d’innovations qui vont jusqu’à la conception de produits vivants artificiels, d’hybrides homme–machine, et qui font émerger tout un univers où la réalité est augmentée et singulièrement celle qui touche à l’homme. Dans le domaine des neurotechnologies, par exemple, une puce électronique installée dans le cerveau pourrait améliorer l’état d’une personne atteinte par la maladie de Parkinson ou aider un paralysé à retrouver l’usage de ses membres. S’agissant des dommages causés par les AVC, l’implantation de circuits cérébraux pourrait restaurer certaines fonctions touchées grâce aux progrès des nanobiotechnologies.

Les efforts déployés pour « réparer » ou « augmenter » l’homme sont nombreux, et certains produisent déjà des effets spectaculaires :

Si on parle des efforts d’ « augmenter » l’homme, une société britannique, Cyborg Nest, veut enrichir nos cinq sens (l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue) avec un sixième, « North Sens », qui enrichit la perception de la réalité. C’est un implant qui vibre à chaque fois qu’il fait face au champ magnétique terrestre. Cet implant indique ainsi le nord magnétique (comme une boussole) et il ne dépend pas d’internet. C’est un organe sensoriel artificiel autonome.

Une des utilités de ce sixième sens est qu’il améliore le sens de l’orientation. Chez certaines espèces animales le sens de l’orientation est une condition de survie. Dotées d’une véritable boussole intégrée, ces espèces sont en mesure de retrouver le nord magnétique instinctivement. Les humains ne possèdent pas ce sixième sens. Bien sûr, ce sixième sens pourrait être utile aux personnes qui ont une déficience de l’un des autres cinq sens, comme la vue, mais l’utilité conçue par ses créateurs est probablement plus complexe, puisque c’est un sens qui peut enrichir la perception de la réalité de tout être humain.

La plupart de nos souvenirs sont aujourd’hui déclenchés par des fonctions sensorielles : l’odorat et la vue, principalement. Nous associons un lieu ou une expérience à une odeur, un gout, une image. En nous dotant d’un sixième sens, celui de notre orientation par rapport au champ magnétique terrestre, nous gagnerons de nouvelles facultés. Nos souvenirs seront aussi marqués par notre orientation sur la Terre.

  Le slogan de la société Cyborg Nest peut être résumé par la phrase : « si nous sentons plus, nous comprenons mieux, et nous allons vivre une expérience de vie plus profonde ».

Dans ce contexte d’innovations foisonnantes et de nature parfois à s’interroger sur leur bien fondé pour l’Homme en tant qu’Homme, il est important de se préoccuper des questions morales et éthiques ; c’est ce qu’étudie l’Humanity + – L’Institut pour l’avenir de l’Humanité (Future of Humanity Institute, FHI)- Ce centre de recherche interdisciplinaire de l’université d’Oxford se consacre plus généralement aux questions les plus sensibles qui concernent l’humanité et peuvent affecter voire bouleverser son avenir. Il fut fondé en 2005 et est dirigé par le philosophe Nick Bostrom. Le FHI s’intéresse surtout aux risques technologiques tels que le réchauffement climatique, la guerre nucléaire, ou les risques présentées par les nanotechnologies et l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux pandémies que pourraient provoquer des armes biologiques mais les chercheurs du FHI étudient aussi l’impact du progrès technologique sur les sociétés et les institutions, allant du totalitarisme à la montée du chômage, et aux risques liés à l’information.

L’Université de la Singularité a été fondée aux États-Unis, dédiée à la promotion du transhumanisme, elle soutient et développe l’étude de technologies émergentes qui ont pour ambition d’améliorer en profondeur et même radicalement le sort de l’humanité, jusqu’à abolir la maladie et le vieillissement, et ce faisant se rapprocher d’horizons d’éternité. Ce mouvement de la « Singularity » a été popularisé par Ray Kurzweil – auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google. Il revendique une approche transdisciplinaire, recouvrant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique -intelligence artificielle- et sciences cognitives).

Dans le cadre de cette convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le vivant est regardé comme une usine ou un objet susceptible d’être fabriqué, on saute un pas « décisif » avec l’audace et/ou l’ambition de pouvoir répliquer ou rééditer le matériel génétique, pour produire des cellules ou tissus vivants sur mesure (gene editing).

La méthode Crispr-Cas9, ou les « ciseaux à ADN », par exemple, permet ainsi de remplacer avec succès un gène endommagé par un autre créé artificiellement à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. C’est une technique qui peut être utilisée sur les végétaux, animaux, les humains pour améliorer des fonctionnalités, éradiquer des maladies (des modifications génétiques, par exemple, faites sur l’embryon pour prévenir des maladies chez le futur enfant).

Ce séquençage du génome est une avancée extraordinaire qui va permettre à terme une « médecine personnalisée », adaptée aux caractéristiques génétiques de chaque individu.

METACARDIS, un projet européen auquel Thierry Mangin a participé, décrypte les gènes de la flore intestinale responsables des maladies cardio-métaboliques. Le programme L’Homme et son Microbiote étudie des échantillons de microbiotes et les modes de vie de différentes personnes avec des affections différentes ; les bases de données recensant un très grand nombre d’informations tirées des échantillons observés (Big data) sont exploitées pour mettre en évidence les corrélations entre paramètres et aider ainsi à mieux poser les diagnostics et préconiser de meilleure façon les traitements.

L’épigénétique est une autre avancée ; elle se fonde sur le constat des interactions entre le psychique et la biologie ; si le premier influence le second, la relation inverse est tout aussi avérée : la biologie détermine notre comportement. La nutrition, l’exercice, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social ont une influence sur le psychique.

Des études en neurosciences sur la plasticité cérébrale montrent que le psychisme joue sur la génétique (évolution des circuits neuronaux en fonction du vécu). Ces études mettent en évidence de nouvelles ouvertures sur les liens réciproques biologie – psychisme.

Comment accueillir toutes ces technologies sans les diaboliser mais en discernant les utilisations qui peuvent être au service de l’homme et en disant « non » aux autres ? L’homme peut être réparé et même augmenté, cela entraîne de grands espoirs pour la médecine, l’industrie et l’économie (bioéconomie). Comment, pourtant, penser l’humain au moment où les technosciences peuvent toucher à la nature de l’homme lui-même ? Avons-nous le droit de modifier notre patrimoine génétique ?

Jusqu’où peut-on améliorer ? là est la question fondamentale. On améliore la vision de l’homme, son odorat, son système immunitaire. Améliorer la « nature humaine », arriver à une « humanité augmentée, une humanité supérieure, une post-humanité, jusqu’à un homme libéré pour partie de son corps » c’est aller ici bien plus loin et c’est là que doit être posée la question des limites dès lors que ces « progrès scientifiques et techniques » pourraient laisser entrevoir la réalisation de ce qui peut encore sembler invraisemblable, avec « la possibilité et même la concrétisation d’un artifice qui finirait par permettre d’opérer « un versement/transfert de sa conscience, son soi » dans une machine intelligente ?

Dans sa seconde encyclique, « Laudato si’ », le Pape François II, ne refuse pas le progrès et ses bienfaits, mais il met en garde contre ses excès, rappelant les avertissements de ses prédécesseurs, en particulier Saint Jean-Paul II, sur « une manipulation génétique menée sans discernement ».

La tentation de la perfection, du « sans limites » est grande pour l’homme « fatigué de ses limites ». Tenir l’équilibre s’avère nécessaire : devant la promesse d’immortalité on a besoin de plus de morale, de plus de frein à la violence. Dans le sens contraire, des formes de réductionnisme dangereux peuvent intervenir et sont à éviter.

Le public, constitué surtout d’étudiants, a posé plusieurs questions :

Q : Il ressort que le transhumanisme serait un matérialisme dur; est-ce qu’il y a des transhumanistes préoccupés par la spiritualité ?

R : L’augmentation des fonctionnalités de l’humain, l’idée de progrès, la technoscience pure est une vision très américaine. Les pays anglo-saxons sont très penchés vers l’innovation, vers le progrès technologique. L’habitude de la réflexion de type humaniste est propre plutôt aux pays latins.

On veut supprimer la souffrance grâce aux technologies. L’immortalité, à son tour, n’engendrerait-elle pas plus de violence, plus de problèmes sociaux ? Si les machines font tout pour nous, nous allons diminuer. Parce qu’on grandit dans l’épreuve. Etre assisté par des robots est-ce être libre ? Il faut se poser ce genre de questions ! Vive le lien entre les sciences et l’humanisme ! Nos facultés de théologie ont un grand rôle à jouer.

Q: Le transhumanisme occupe autant les esprits, alors que beaucoup de gens meurent de faim ! Ce phénomène va-t-il accroître les inégalités ?!

R: Plus on avance, plus ces techniques vont êtres accessibles. Des nouveaux traitements contre le paludisme ont été trouvés grâce à la nanotechnologie et sont utilisés en Afrique. Ces techniques vont très probablement devenir bon marché et donc bénéficier au plus grand nombre, mais ici il y a lieu aussi d’intégrer la dimension politique qui est très importante. Avec les technologies on corrige les erreurs de la nature, dit-on, donc on gomme les inégalités…mais dans le même temps on constate maintenant un retour à la nature – donc des tensions contraires, les forces tendent à s’équilibrer naturellement.

Q : Est-ce qu’on peut « fabriquer » des artistes ?

R : Il existe la musique synthétique.

Le lien entre la machine et l’être humain est fait via la raison. Penser s’est calculer. Les robots sont utiles, on peut les employer à toutes sorte de tâches, il y a des robots au service des personnes âgées. Les robots ont même un droit aujourd’hui.

Est-ce qu’on peut, en faire, pour autant, des machines à aimer, des machines à croire ou des machines à créer?…

Conclusion : Pour Thierry Magnin, Saint Irénées de Lyon donne la définition de l’homme parfait : « La chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constitue l’homme parfait. » (« Contre les hérésies », V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583). L’homme est donc un mélange de chair, d’âme et d’esprit. L’espoir pour le transhumanisme est qu’il pourra peut-être assurer une augmentation de l’harmonie corps-âme-esprit.

Entre les idées développées par les transhumanistes et les bioconservateurs Thierry Magnin ne prend pas parti. Son discours est une invitation à la réflexion. Il nous parle comme scientifique mais aussi comme prêtre. Le scientifique développe le sujet du transhumanisme, expose les faits, les courants, les directions de pensée et de recherche. Mais il n’est pas directif. Il n’a pas la prétention de celui qui considère qu’il sait et qu’avec ce statut d’expert il serait fondé à montrer la voie. En vrai prêtre, il sait que l’adhésion à une option ne peut être acquise que si on choisit librement, sincèrement et en vérité et que c’est bien ce libre-arbitre qui construit le plus l’être humain dans son essence.

La seule petite indication qu’il se permet de donner est le signe de questionnement : « Tous les possibles sont-ils souhaitables ? ». A chacun de se donner la réponse à cette question, en toute liberté et connaissance de cause !

O. B. 19 novembre 2016

JMJ 2016 : « Mémoire, courage et espérance »

Entretien avec Mgr Tony Anatrella
Monseigneur Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé, analyse pour Zenit les enjeux de ces Journées Mondiales de la Jeunesse.

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Attentat de Saint Étienne du Rouvray le 26 juillet 2016 – Communiqué du CCIC

Communiqué  du CCIC  suite à l’attentat perpétré  à Saint Étienne du Rouvray

Le CCIC, marqué une fois de plus par l’horreur d’un nouvel attentat qui a visé cette fois-ci l’Église catholique, prend pleinement part à la douleur de la petite ville de Saint Étienne du Rouvray, de la famille du Père Hamel, de celles des otages dont l’un a été grièvement blessé lors de l’agression meurtrière revendiquée par DAECH. Il s’associe à la prière des fidèles des différentes religions manifestée ce jour lors de la messe présidée par le Cardinal Vingt Trois à la Cathédrale Notre Dame  de Paris.

Le père Hamel a été sacrifié par la haine, au moment où il célébrait la mémoire de la mort et la résurrection de Celui qui est au cœur de notre foi. La sidération dans laquelle nous plonge cet acte de barbarie ne doit pas se transformer en résignation face au mal qui cherche à détruire la vie à laquelle nous sommes appelés. Le mal existera toujours mais les faits récents nous conduisent à nous dresser pour oser l’affronter et participer pleinement à une prise de responsabilité. Toutes les composantes de la société : les États, les croyants des différentes religions, les familles, les associations,  chacune a une tâche à laquelle elle ne peut déroger.

Nous voulons avec d’autres accentuer la culture de la paix qui met en œuvre avec conviction et détermination les moyens de neutraliser toute attitude sectaire, en restant unis face aux discours de haine, en inventant de nouveaux savoir-être-ensemble, en ouvrant les cœurs à la transcendance qui conduit à la réconciliation.

Paris le 27 juillet 2016

Attentat de Nice le 14 juillet 2016 – Communiqué du CCIC

Le Centre Catholique International de Coopération avec l’UNESCO, réseau d’organisations non gouvernementales (ONG) d’inspiration catholique partenaires de l’UNESCO, a été bouleversé comme l’ensemble de la communauté internationale par le nouvel attentat horrible du 14 juillet à Nice en France. La stratégie terroriste du Groupe État Islamique ou DAECH a atteint encore une fois de nombreux innocents dont des enfants heureux de vivre une fête en famille.

Le CCIC tient à exprimer sa compassion et son soutien aux familles et amis des victimes. Il veut y associer les très nombreux secouristes qui ont mis en œuvre spontanément une solidarité profonde, les centres hospitaliers ainsi que les services de l’État et de la ville écrasés par les conséquences de cet événement d’une cruauté calculée.

Les membres du CCIC refusent sans relâche une attitude de passivité devant ces drames qui endeuillent aveuglement la planète. Ils recherchent avec d’autres de nouveaux moyens de développer une pédagogie de la fraternité, de la non-violence et du respect sacré de la vie humaine. Il est temps que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme ne soit plus bafouée et que s’ouvrent les frontières pour la proclamer et agir pour sa mise en œuvre.

Paris le 21 juillet 2016

Christine Roche
Présidente

« L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Comme cela avait été convenu entre le CCIC et les EDC Île de France, le Professeur Jean Caron, normalien agrégé de philosophie est venu le 21/06/2016, au 67 rue de Sèvres, illustrer le thème : « L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Ses propos prenaient sens par rapport aux deux chantiers initiés dans les deux mouvements, pour deux célébrations distinctes en mars 2017, et devaient contribuer à une réflexion, sur hommes et femmes en reconnaissance mutuelle au service d’un plus grand bien.

En analysant la question posée, 3 axes de réflexion émergent :

– une problématique de gouvernance vue à travers l’expérience d’un professeur de classes préparatoires dédiées,
– les réponses apportées sont elles une bonne nouvelle pour les chrétiens ?
– l’anthropologie humaine basée sur « homme et femme Il le créa » c’est-à-dire « être relationnel »invite à penser une parité qui mérite d’être dite dans un contexte nouveau.

I ) Dans les classes préparatoires, un recul de 25 ans d’enseignement, permet de dire que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à réussir dans la filière « management ». Elles ont à la fois l’aspiration et les qualités pour le faire. Les garçons acceptent cette situation et le temps d’études vécu ensemble les enrichit mutuellement et se déroule sans heurts. Pour autant la réalité homme/femme se vit toujours au singulier.

Au début de la vie professionnelle des uns et des autres les choses changent, surtout si des relations se nouent menant à la naissance d’enfants. Les vieux stéréotypes ont tendance à reprendre le dessus. L’arrivée des premiers enfants est souvent vécue comme un blocage dans la carrière de leur mère. Elle valorise sa qualité de vie au travail et sa vie personnelle, ne cherchant pas à crever le plafond de verre, qui la sépare des hautes sphères de gouvernance, alors qu’elle en a les capacités. Les garçons eux font la course au statut, au salaire, au prestige et décrochent pour la moitié d’entre eux leur premier poste à l’étranger.

Ces constats provoquent l’étonnement :

  • Il se vit une belle altérité pendant les études tandis que les modèles changent moins vite dans la vie active. Les hommes aspirent cependant à un univers plus différencié, plus mixé et les femmes souhaitent y déployer tous leurs talents.

  • L’évolution dans l’organisation des entreprises (en droit et en pratique) affiche un désir de « plus de femmes » pour des raisons d’efficacité : là où les femmes dirigent il y a moins de blocages. Ces dernières s’investissent assez naturellement dans le prendre soin, la mise en relation (le care) alors que ce domaine est moins bien évalué dans les catégories sociales, avec tous les inconvénients qui en découlent (niveau de salaire entre autre). L’articulation entre les différents types de compétences devrait être favorisée dans les entreprises.

II) Quelle réactions des chrétiens face à ces constats ? S’agit il d’une bonne nouvelle ?

Il faut se souvenir qu’en son temps le Christ a eu des relations très fortes avec des femmes, peu considérées en général dans la culture de l’époque. Il a été attentif au charisme féminin, cet apport spécifique a marqué le christianisme. Par le passé, des femmes ont apporté une contribution non négligeable à l’évangélisation: fondation de monastères, de missions, de lieux d’éducation, de soins… Le christianisme a été libérateur d’énergies féminines et a introduit l’égalité dans le jeu des différenciations.

Dans un contexte actuel d’évangélisation, le « talent » des femmes, leur charisme est il reconnu ? Se sentent elles épaulées ? Les africaines répondraient par l’affirmative sans hésiter, mais dans notre monde occidental, qu’en est il ?

III) Qu’a à nous dire l’anthropologie ?

Son enjeu est important puisqu’il s’agit de la conception fondamentale de l’être humain. Elle cherche à « unifier en chacun le corps et l’esprit », la seule différenciation culturelle de base étant d’être homme ou femme.

  • Si nous nous plaçons dans une vision individualiste, l’affirmation de l’égalité des individus conduirait à l’indifférenciation entre eux.

  • Dans une vision communautariste la différence homme/femme complémentaires, ne pourrait être pensée que comme inégalitaire.

  • Dans une vision naturaliste les pôles seraient pensés une fois pour toutes, alors que la réalité est plus complexe.

Il nous faut penser une anthropologie qui délivre de l’indifférenciation totale, comme de la complémentarité, puisqu’elle aboutit à une hiérarchisation.

La différence homme/femme est irréductible et chaque personne est une réalité unique, chaque réalité étant différente. L’unicité de la personne n’est pas indépendante de ses multiples identités qui l’engagent dans sa lignée, sa langue, sa culture, sa santé… Le « gender » a en partie raison en parlant d’identités construites, mais il ne tient pas compte du fait que ces identités sont secondes et variables dans le temps.

Malgré cette diversité irréductible d’individus et cette diversité d’appartenances, « l’essence humaine » qui nous caractérise est la même, que l’on soit homme ou femme. Nous recevons notre nature et ne l’accaparons pas. Un être ne saurait se réduire à son corps complexe. Il y a un manque en chacun de nous, qui à lui seul ne peut pas être « l’Être Humain ». Ce manque, qui introduit un désir d’altérité en chacun, est aussi la promesse d’une rencontre possible, d’une co – humanité pour exister. Ne pas vouloir ou pouvoir le reconnaître, alimente chez certains de nos contemporains un désir jamais satisfait d’autosuffisance, de toute puissance.

Cependant il ne faut pas hypertrophier la différence. Masculin et féminin ne peuvent se découvrir qu’en se rencontrant, dans la famille en tout premier lieu et en travaillant ensemble. Nous sommes dans « l’espérance de la fécondité » dans la rencontre du JE et du TU.

L’homme occidental contemporain « crève » car il a construit une « anthropologie de la solitude, autonome, solitaire, affirmation arrogante de soi même » et non une anthropologie de la solidarité.

Nous avons à être témoins de la relation féconde et heureuse du masculin et du féminin. Nos adolescents ont envie de vivre la complémentarité des dons, qu’ils découvrent dans la famille. Il nous faut changer nos manières d’être, car la fracture que nous portons en nous nous oblige tous à entrer en communion. Telle est la conclusion à laquelle nous avons été brillamment menés, avant de passer à l’exercice questions/réponses.

Visiter le site web des EDC

Françoise Meauzé.

L’hydrologie et les Objectifs du millénium

Colloque KOVACS  : le 15 juin 2016

Sous l’égide de l’international Hydrological Program (IHP) de l’UNESCO et de l’association des sciences de l’hydrologie ( IAHS), s’est tenue à Paris la douzième rencontre internationale de l’hydrologie (réunion bis-annuelle) connue comme le colloque KOVACS (nom d’un hydrologue éminent à l’origine de cet événement). Cette année le thème du forum a été retenu sous l’angle nouveau que définissent les SGD 2030 de l’ONU pour cette ressource vitale qu’est l’eau , en mettant particulièrement l’accent sur les indicateurs retenir. La question de la « mesure par des indicateurs » n’est pas triviale  car s’interroger sur un sujet en apparence aussi anodin amène à prendre conscience des changements majeurs entrain de survenir et qui ne sont pas faciles à appréhender.

Retenons alors tout ce que recouvre « la matière » eau, et mesurons en l’importance pour l’humanité et notre planète : c’est l’une des principales idées qui ressort de beaucoup des présentations entendues. Il y a des bouleversements dont on doit s’efforcer de mesurer les effets, des phénomènes qu’il faut essayer de prévoir au bénéfice des populations. L’hydrologie est au cœur de problématiques qui ne recouvrent plus de simples sujets techniques ou scientifiques que l’on va traiter dans des rapports réservés à un cercle restreint, centrés sur l’eau et rien que l’eau.

Il y a maintenant une évidence : l’eau est devenue une préoccupation qui n’est plus l’apanage des seuls experts hydrologues ou plus exactement les études qui sont faites à son sujet doivent de plus en plus mobiliser d’autres champs de connaissance et intégrer des interactions nombreuses et réciproques avec une large variété de domaines, dans un monde de plus en plus complexe, soumis à des risques jusque là insuffisamment pris en compte ou inexistants.

Dans ces conditions, le SGD 6 (sustainable development goal) qui appelle explicitement à réaliser des objectifs relatifs à l’eau au service des populations, a, d’une manière ou d’une autre, un rapport avec au moins une dizaine d’autres objectifs du millénium (évidemment le changement climatique, la santé, la nutrition, l’environnement et les écosystèmes, l’urbanisation etc).

Durant ce colloque ont été présentés les résultats de travaux et études appliquées visant à mieux maîtriser des phénomènes qui, avec notamment les effets du changement climatique, par leur fréquence, leur magnitude et leur amplitude peuvent toucher sérieusement des centaines de millions de personnes chaque année.

Les statistiques données reflètent la dimension des problèmes à résoudre, qu’il s’agisse par exemple du nombre de personnes n’ayant pas accès à une eau correctement filtrée, des victimes de sinistres et épidémies liées à l’eau, des effets de la survenance des risques extrêmes (inondations ou sécheresse).

Ont été entendus le témoignage d’experts ( au Liban , au Japon par exemple) présentant leurs travaux de modélisation qui peuvent donner des résultats (exemples : prévision de certains phénomènes) mais qui peuvent aussi souffrir de difficultés liées à l’instabilité intrinsèque des situations observées et aussi, dans une large mesure à la question des données.

Un autre point est souligné : la nécessité du dialogue avec les parties les plus proches du terrain pour aider à bien comprendre les données des sujets à traiter, il est aussi essentiel de sensibiliser les populations aux questions touchant à l’eau (décisions concernant les plantations,, comportements eco-responsables, irrigation, stockage de l’eau etc).

Un point essentiel a été traité, à savoir le traitement des espaces partagés. Nombre de bassins, nappes phréatiques, cours d’eau sont partagés entre plusieurs pays. La communauté internationale gagnera à traiter correctement les problématiques qui découlent de ces situations par les traités, mais ici les choses ne sont pas aisées, ou par le biais de solutions plus pragmatiques où sont correctement réglées les questions de gouvernance et d’échanges d’informations.

Sur ce sujet « transfrontalier » comme sur bien d’autres, il y a à considérer très souvent la dimension politique. Dans le domaine qui est le leur, il importe que les scientifiques puissent présenter aux responsables politiques leurs travaux d’une manière suffisamment convaincante pour amener les décideurs à arrêter les mesures que peuvent suggérer les études menées.

Israël – Palestine : Le CCIC analyse la décision du 199ème Conseil exécutif de l’UNESCO

Les décisions 19 et suivantes du 199ème Conseil Exécutif de l’Unesco tenu du 4 au 15 avril 2016, ont provoqué de multiples réactions.

Le Conseil avait été saisi d’une demande de la Palestine, soutenue par 6 pays amis. Cela concernait l’aggravation des relations entre israéliens et palestiniens, en particulier à Jérusalem. L’émotion suscitée a été telle que la délégation permanente de la Palestine auprès de l’UNESCO a publié un communiqué de presse mettant en cause « l’emballement médiatique » ayant fait suite au Conseil Exécutif.

Depuis octobre 2015, la situation à Jérusalem est très tendue au point que l’on craint une nouvelle intifada, celle des couteaux, car les violences de part et d’autre sont quotidiennes. Le cycle provocation / réaction ne semble pas vouloir se calmer. En octobre 2015 déjà, Madame Bokova parlait « d’une tentative honteuse et trompeuse de réécrire l’Histoire » à propos de la décision de l’autorité palestinienne de transformer le nom du mur des lamentations sur le Mont du Temple à Jérusalem.

Les juifs ont accès à ce lieu, mais n’ont pas le droit d’y prier, alors qu’il s’agit du lieu le plus révéré dans le judaïsme. Seuls les musulmans peuvent y prier, alors que c’est le troisième lieu saint de l’islam, sous le nom d’esplanade des mosquées.

Un rappel de l’Histoire semble nécessaire. C’est en effet en ce lieu que les deux temples ont été érigés pendant 1.000 ans, bien avant l’Hégire. Jérusalem est la capitale du judaïsme comme la Mecque est celle de l’islam.

Madame Bokova préconisait aussi de « prendre des décisions qui n’alimentent pas davantage les tensions sur le terrain ».

Les décisions du 199ème Conseil Exécutif vont-elles dans ce sens ?

Il est précisé dès les premières lignes que les recommandations issues du Conseil, « n’affecteront en rien les résolutions et décisions pertinentes du Conseil de Sécurité et des Nations Unies, concernant les deux sites palestiniens à Hébron et Bethléem ».

Après cette mise au point, le texte regrette entre autre, le refus d’Israël de mettre en œuvre les précédentes décisions de l’Unesco, concernant Jérusalem en particulier (185 EX/11). Il regrette aussi la continuation de travaux et de fouilles par Israël et prie la Directrice Générale de « maintenir et dynamiser ses efforts »

En ce qui concerne la vieille ville de Jérusalem et ses remparts, il est regretté qu’Israël « puissance occupante » ne se soit pas conformée aux 11 décisions du Conseil Exécutif, ni aux 6résolutions du Comité du patrimoine mondial.

En ce qui concerne la Mosquée al-Aqsa/Al Haram al/Sharif, Ie texte dénonce « les agressions sur civils, les arrestations de fidèles musulmans et blessures sur des gardes jordaniens de la force Waq, ce qui viole le caractère sacré et l’intégrité de la mosquée »

Le texte regrette aussi le refus par Israël d’accorder « des visas  sans concessions » aux experts de l’Unesco chargés de restaurer les manuscrits islamiques. S’ajoute à ces regrets l’approbation par Israël d’une ligne de funiculaire à 2 voies ainsi que d’autres constructions à Jérusalem Est.

Le texte remercie la Directrice Générale des initiatives déjà prises à Gaza dans les domaines de la culture, l’éducation et de la jeunesse, ainsi que pour la protection et la sécurité des professionnels des médias.

Il est précisé ensuite, que le tombeau des patriarches à Hébron et la tombe de Rachel à Bethléem, font partie intégrante de la Palestine. Celle-ci désapprouve « les fouilles illicites, la construction de routes et de murs de séparation ». Il est demandé d’empêcher les agressions contre les résidents et les écoliers palestiniens.

Commentaire :

La vérité historique paraît n’avoir aucune prise sur des protagonistes qui semblent ignorer le contenu des manuels d’Histoire et la chronologie d’événements fondateurs d’une civilisation.

L’Unesco doit être sensible aux risques de manipulations, tout en répondant aux demandes formulées selon ses règles de fonctionnement, sans prendre le risque d’alimenter davantage les tensions sur le terrain, où le dialogue entre les deux belligérants semble dramatiquement absent.

« BROTHERS », huile sur toile, 162 X 130 cm par Cornel Barsan
« BROTHERS », huile sur toile, 162 X 130 cm par Cornel Barsan

L’utilisation des sentiments d’humiliation et de colère ne peut contribuer à « construire dans le cœur des hommes les barrières de la paix », mission première de l’Unesco, paix dont l’avenir de l’ensemble des habitants a un urgent besoin.

Le Pape François dans son invocation pour la Paix faite en présence de Shimon Peres, Mahmoud Abbas et Bartolomeo Ier, dans les jardins du Vatican le 8 juin 2014 déclarait déjà : « pour faire la paix, il faut du courage, bien plus que pour faire la guerre. Il faut du courage pour dire….oui au dialogue et non à la violence… oui au respect des accords et non aux provocations ; oui à la sincérité et non à la duplicité ».

Lien vers la décision du Conseil exécutif

 

BROTHERS : Le peintre d’origine roumaine Cornel Barsan aspire à l’unité et à la paix entre tous les hommes: « Dans la pratique de sa religion, chacun vient avec « son » mur, psychologique, spirituel. C’est là que réside le drame de la séparation des hommes. Notre foi et notre amour feront de sorte qu’en priant devant notre mur, nous avancerons et rencontrerons l’autre à un moment donné, dans l’unité et l’amour, en nous libérant des préjugés et de la haine ».

 

Altérité Homme/Femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants

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« Altérité Homme/Femme

chez les entrepreneurs

et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »


par Jean Caron

normalien, agrégé de philosophie


Une conférence proposée par

le Centre Catholique international de Coopération avec l’UNESCO

en partenariat avec

les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens

d’Île de France


Le mardi 21 juin 2016 à 18h30

67 rue de Sèvres 75006 PARIS


Inscription recommandée :  secretariat@ccic-paris-unesco.org

Participation aux frais