Les défis de la révolution numérique pour les ONG


Conférence internationale des ONG 2016
« Les défis de la révolution numérique pour les ONG »


Tel était le thème de la Conférence internationale des ONG 2016 qui s’est tenue du 12 au 14 décembre 2016 au Siège de l’UNESCO et qui a rassemblé 250 représentants d’ONG du monde entier.  


La Conférence internationale des ONG a pour objectif de réunir tous les deux ans l’ensemble des ONG partenaires officiels de l’UNESCO.

affiche-comite-ongPendant trois jours, sous l’impulsion d’une vingtaine de panélistes reconnus du monde académique, philosophique et institutionnel, les discussions ont porté sur quatre axes : « Les défis de l’accès numérique à l’information» ; «La révolution numérique et son impact sur la diversité des expressions culturelles» ; «La science face à la révolution numérique : quelle éthique » et «La formation en ligne relève-t-elle les défis des systèmes éducatifs dans le monde ? », sujets au cœur du mandat de l’UNESCO et partagés par les ONG.

Lieu privilégié de rencontre et de dialogue entre les ONG, et avec des représentants de l’UNESCO et des États membres, la Conférence représentait une occasion d’évaluer leur coopération collective, d’établir le bilan des deux dernières années, de définir une feuille de route pour les deux années à venir et d’élire son nouveau président et une partie des membres du Comité de Liaison.

A l’issue de ses travaux, la Conférence a appelé à un partenariat renforcé avec la société civile conformément à l’objectif 17 (ODD17) de l’Agenda 2030 pour le développement durable et a engagé les ONG à consolider leur rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda.

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La pensée complexe « Les défis d’un monde globalisé »

Premier colloque mondial organisé à l’UNESCO
les 9 et 10 décembre 2016
par la Commission nationale française pour l’UNESCO

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Les 9 et 10 décembre dernier plus de 350 personnes ont participé au premier colloque mondial sur la pensée complexe qui doit sa tenue à la Commission nationale française pour l’UNESCO : de larges échanges de vue portant sur des thèmes à la fois conceptuels et ancrés dans la réalité du monde d’aujourd’hui ; Une journée d’un intérêt exceptionnel.

edgar-morinGrand penseur moderne de la Complexité, Edgar Morin a, en quelque sorte, été l’âme de ce colloque. Il l’a accompagné tout au long de ces deux journées de réflexions, réflexions denses, variées, allant au-delà du discours philosophique. On l’a célébré à la fois lors de certains témoignages, et par la remise d’un nouveau titre de docteur honoris causa (université de Monterrey-Mexique).

Le colloque était placé sous le double patronage du gouvernement français (présence à l’ouverture du secrétaire d’état à la recherche M. Mandon) et de l’UNESCO, qui, à l’occasion de cet événement, a officialisé la création de la « Chaire internationale de la complexité ».

Plusieurs autres institutions ont concouru au succès de l’événement : l’Association pour la pensée complexe, l’ESSEC (qui compte parmi ses enseignements un module « analyse de la complexité »), l’Insituto Piaget (réseau d’institutions éducatives d’origine portugaise), le réseau CANOPE (réseau de création et d’accompagnement pédagogique). A signaler aussi un hommage posthume au fondateur de la MULTIVERSIDAD Mundo Real, M RubenReynaga, une université dont le contenu et l’organisation des enseignements sont largement inspirés des préceptes ou principes de la pensée complexe qu’Edgar Morin a développés au cours des vingt dernières années au travers de nombreuses publications.

L’une de ces publications a été citée à de nombreuses reprises : « les sept savoirs nécessaires pour l’éducation du futur »… Rédigée à la fin des années 90 en réponse à une demande du directeur général de l’UNESCO Frederico Major qui voulait une réflexion d’ensemble sur les programmes éducatifs de l’UNESCO, cette contribution aura été opportunément mentionnée car elle illustre bien ce que l’on peut dire de la pensée complexe en général, singulièrement dans notre temps, et, au-delà de cette généralité, parce que, conformément à la commande de l’époque, elle concentre l’analyse sur l’éducation, qui, finalement apparaît comme essentielle pour aider à maîtriser toutes les dimensions de la complexité dans notre monde moderne.

Si la complexité a toujours fait partie intégrante de notre monde, et implicitement ou non a retenu l’attention des grands penseurs dès l’antiquité – ont été cités Platon, Socrate, Héraclite – il y a assurément à actualiser ces approches, revoir aussi nos « discours de la méthode ».

On a aussi rappelé un propos de J. Maritain qui, lors de la seconde conférence générale de l’UNESCO, disait au sortir de la seconde guerre mondiale qu’il fallait revoir la façon d’organiser les réflexions… et puis, nouvel impératif, avec les immenses changements de ces dernières années, on doit certainement se remettre à l’ouvrage. Les présentations problématiques qui nous ont été données montrent bien à quel point les approches peuvent et doivent changer, en délivrant des messages inspirants, en donnant des clefs pour éviter les erreurs et les illusions, et réduire les risques de dérives que pourrait induire un monde qui, il faut s’y faire, est fragile.

Jack Lang a rendu hommage à Edgar Morin qui a contribué à faire évoluer les approches éducatives en France dans les années 90. Un peu à l’image de cette complexité thème des discussions, le colloque a été nourri de regards croisés : croisée géographique – une douzaine de nationalités représentées à la tribune (venant surtout d’Europe et d’Amérique latine, d’Afrique aussi), plus de trente intervenants aux profils variés : philosophes sociologues, politiques, scientifiques, experts en sciences de l’éducation, en systèmes d’information, consultants etc.

La philosophie était très présente, mais pas de façon abstraite même si on a parlé d’épistémologie, d’ontologie, de dialectique et de dialogique. Les thèmes des quatre tables rondes et l’approche des intervenants ont été plus concrets et ancrés dans le réel que purement conceptuels, mais n’est ce pas ainsi qu’il faut approcher la complexité de nos jours ?

Des nombreux propos tenus, notamment ceux de Edgar Morin, on retiendra les éléments les plus mis en évidence pour faciliter le traitement des questions problématiques et pratiques soulevées par la complexité.

En complément de cet article, lire :
La maîtrise de la pensée complexe :
quelques principes, recommandations, voire évidences
Les quatre tables rondes :
–  Table ronde I : l’éducation et l’apprendre à vivre
– Table ronde II : Au-delà de la connaissance : la Connaissance de la connaissance
– Table ronde III : La décision, l’action, l’éthique
– Table ronde IV : L’ère planétaire, plus que la globalisation

Voir/écouter Edgar Morin sur Youtube
Visiter le site web de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO

Les technologies numériques et l’aide aux personnes handicapées


Autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées
Journées internationales des personnes handicapées
2 décembre 2016

UNESC0


prix-handicap-redimensionneLe prix UNESCO/Emir Jaber Al-Ahmad Al Jaber-Al-Sabah pour l’autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées a été créé en 2003 par le père du présent Emir du Koweït.
Aujourd’hui 1 milliard de personnes souffrent d’un handicap soit 15 % de la population mondiale dont 100 millions d’enfants.

S.E.M. Meshal Hayat – ambassadeur, Délégué permanent de l’État du Koweït auprès de l’UNESCO – a ouvert la cérémonie en insistant sur l’importance de relever le défi d’ouvrir de nouveaux horizons aux personnes handicapées par les moyens qu’offrent les récentes technologies numériques.

Au cours de la table ronde plusieurs personnalités ont souligné les difficultés qu’elles rencontraient pour répondre aux besoins exprimés par les personnes handicapées. La lutte contre la pauvreté est importante.

Mme Saima Wazed Hossain – Présidente du Comité consultatif national sur l’autisme, psychologue, membre du tableau d’experts sur la santé mentale de l’Organisation Mondiale de la santé (Bangladesh) – a précisé qu’elle avait été aidée par sa mère 1er ministre pour intervenir en faveur des personnes dont le handicap n’était pas visible. Les maladies mentales survenues après la guerre étaient mal comprises. Le diagnostic était difficile. Un énorme besoin de recherche était nécessaire.

Mme May Chidiac – Fondatrice de la May Chidiac Foundation, Journaliste libanaise et Lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano en 2006 (Liban) – a différencié les personnes nées avec un handicap et celles qui sont devenues handicapées suite à un accident ou suite à un attentat. Toutefois, dans les deux cas, la technologie peut offrir un sentiment d’indépendance qui permet une intégration plus facile au sein de la société.

M. Klaus Miesenberger – Professeur à l’Institut des études intégrées à l’Université Johannes Kepler de Linz et à l’International Conference on computers helping people with Special Needs (Autriche) – Le potentiel technologique augmente plus vite que les systèmes éducatifs. Bien que les personnes handicapées pourraient adopter très vite cette technologie, il existe de gros problèmes d’accès à la disposition de tous.

M. Martin Babu Mwesigwa – Membre et rapporteur du Comité de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et ancien responsable des programmes de la National Union of Disabled Persons in Uganda – La situation des personnes handicapées est difficile en Afrique. Beaucoup de personnes doivent leur handicap à 6 ans de guerre. Tous les niveaux de la société sont touchés par ces handicaps, du village au gouvernement. Des difficultés, tant économiques que culturelles, se posent dans le domaine de la santé comme dans le domaine de l’emploi.

Le prix a été remis à deux personnes non voyantes. La première a été reconnue pour une innovation informatique permettant aux personnes non voyantes un accès à des fichiers d’études. La seconde récipiendaire a créé un bibliothèque « universelle » pour non voyants. Pour faciliter la mise en œuvre de cette innovation, l’Argentine a introduit par voie législative la possibilité de publication de tout ouvrage sous une forme accessible à un handicapé visuel.

Lire le communiqué de presse sur le site de l’UNESCO

UNESCO : 16 novembre 2016 Journée Internationale de la Tolérance

16 novembre 2016 :
Journée Internationale de la Tolérance
Attribution du Prix Madanjeet Singh
pour la promotion de la tolérance et de la non-violence

Siège de l’UNESCO

La cérémonie pour l’attribution de l’édition 2016 du prix Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a eu lieu au siège de l’UNESCO le 16 novembre, Journée internationale de la tolérance.

Le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a été décerné pour la première fois en 1996. Il a été créé en 1995 pour marquer l’Année des Nations Unies pour la Tolérance et le 125ème anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi. Il porte le nom de Madanjeet Singh, en reconnaissance de cet Ambassadeur de bonne volonté auprès de l’UNESCO, artiste, écrivain et diplomate indien dont on a voulu ainsi saluer le dévouement et l’engagement au service de la paix et de la tolérance. En effet, son engagement contre la violence date depuis la révolte Quit India contre le colonialisme, de 1942, quand il a été emprisonné, puis libéré et expulsé. Pendant 30 ans il a été ambassadeur de l’Inde dans différents pays et depuis 1982 il a rejoint l’UNESCO où il a été nommé Directeur du Secteur culturel. En 2000, Madanjeet Singh crée la South Asia Foundation pour la promotion de la coopération régionale entre les huit pays de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Depuis son décès, en 2013, c’est la South Asia Foundation qui a pour mission de perpétuer son message de dialogue et de tolérance.

Ce prix vise à promouvoir l’esprit de tolérance dans les arts, l’éducation, la culture, la science et la communication. Doté d’un montant de 100 000 dollars, il est décerné tous les deux ans à des personnes ou des institutions pour leurs contributions exceptionnelles en faveur de la cause de la tolérance et de la non-violence.

Pour cette année 2016 le Prix a été décerné au Musée Juif et Centre de recherche et de méthodologie pour la tolérance, la psychologie et l’éducation (Centre de tolérance) de la Fédération de Russie, de Moscou.

Le jury a été formé du Professeur Nadia Bernoussi (Maroc), M. Marek Halter (France), et Dr Kamal Hossain (Bangladesh).

Des allocutions ont été prononcées par Madame Golda El-Khoury, Secrétaire du Prix UNESCO-Madanjeet Singh, Madame Nada Al-Nashif, Sous-Directrice Générale de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines, Madame France Marquet, Administratrice principale de la Fondation Madanjeet Singh, Monsieur Alexander Boroda, Directeur Général du Centre de la Tolérance, Madame la Professeur Nadia Bernoussi, Présidente du Jury International.

Des moments artistiques ont été assurés par le Chœur Philharmonique International, désigné comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix », placé sous la direction d’Olivier Kontogom, et par le pianiste Serguei Markarov, lui aussi distingué comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix ».

Madame Nadia Bernoussi a précisé les critères d’appréciation qui ont amené le jury à choisir le lauréat de cette année parmi une cinquantaine de candidatures :

la qualité du dossier,
des méthodes modernes d’éducation,
lien entre le centre et les valeurs de la non-violence,
multiplicité des méthodes,
ces valeurs promues dans un espace multiethnique.

Monsieur Alexander Boroda, directeur du Musée Juif et Centre de la Tolérance qui est aussi le président de la fédération des communautés juives de Russie a souligné la nécessité de préserver dans toute société la tolérance sociale et religieuse. Il a mis tout particulièrement l’accent sur l’idée que la tolérance doit viser une plus grande harmonie. Cet objectif d’harmonie est, selon lui, la seule voie pour avancer vers un monde meilleur, en misant sur l’entente entre les personnes et le soutien mutuel. Pour cela, des techniques modernes de communication doivent être mises en place et le Centre de la Tolérance le fait. L’éducation des jeunes générations est essentielle pour l’harmonie du monde futur. Dans ses quatre ans d’existence, le Centre de la Tolérance a œuvré en ce sens par le biais de plus de 60 programmes portant sur la tolérance face à la xénophobie ou au racisme, et sur le dialogue interculturel.

A noter que Le musée juif et centre de tolérance est le plus grand musée juif du monde (17 000 m2) et la plus grande surface d’exposition en Europe (4 500 m2 réservés aux expositions).

L’ensemble « Musée Juif et Centre de la Tolérance » se distingue par des programmes pédagogiques et de recherche qui assurent la promotion du dialogue entre les religions et les autres visions du monde avec un accent particulier sur la jeunesse. Des programmes d’éducation civique et de tolérance sociale sont mis en place à l’adresse des enfants et des jeunes, en partenariat avec les écoles de Russie.

A titre d’illustration, nous pouvons citer une action conduite en septembre 2014 dédiée à la prise d’otages de Beslan, qui, en 2004, avait fait 187 victimes ; 100 enfants des écoles de Moscou ont ainsi participé à cette initiative de sensibilisation et de prévention sur la base d’une idée-force « Nous pouvons vaincre le terrorisme », expression retenue comme intitulé de ce programme. Les enfants ont parlé de ce que le terrorisme signifie pour eux, comment il faut agir dans de telles situations de crise, qu’est-ce que chacun d’eux peut faire à son niveau pour prévenir ces actes, transformer la haine et l’exclusion dans des actes d’amour et d’acceptation, de tolérance. Ils ont emporté les affiches qu’ils ont faites pendant cette séance pour les exposer dans leurs écoles.

Un autre programme intitulé « 5 pas vers la Tolérance » a réuni, toujours en 2014, des spécialistes de l’éducation. Parmi les sujets traités, on aura noté particulièrement : conciliation et respect des cultures et des traditions ethniques, consolidation de la responsabilité sociale et de l’attitude civique chez les les enfants, les moyens de populariser les valeurs de la tolérance dans les institutions éducatives, les moyens de créer dans les écoles une atmosphère psychologique propice à la prévention du mépris mutuel et de l’agressivité.

Plus d’informations sur les activités du Musée Juif et Centre de la Tolérance peuvent être trouvées sur leur site internet (en anglais et en russe).

Il est à noter que c’est pour la première fois depuis la création de ce prix, que le récipiendaire est un organisme dédié à la culture juive (les autres lauréats proviennent des pays comme Rwanda, Pakistan, Égypte, Bangladesh, Sri Lanka, Palestine, Chili, Mali).
Voir la liste des lauréats passés

17 novembre 2016 : Table ronde sur la tolérance avec pour thème « Parler haut et fort, ensemble pour la tolérance » organisée au siège de l’UNESCO.

Plus de tolérance, mieux la comprendre, plus la pratiquer, tous concernés, les risques de l’intolérance, conflits, endoctrinement, quel avenir ? un espoir à cultiver : la formation des jeunes.

Table ronde modérée par John Crowley, chef de section dans le Secteur des sciences sociales et humaines, avec les intervenants :

Madame Catherine Audrain, Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, Université du Québec à Montréal

Monsieur Tom Rockmore, Distinguished Professor, University of Beijing

Madame Dandan Jiang, Associate Professor, Shanghai Jiao Tong University

Monsieur Lionel Veer, Ambassador of the Kingdom of the Netherlands to UNESCO

Madame Catherine Audrain est l’initiatrice du programme « PhiloJeunes » à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), programme centré sur l’éducation aux valeurs démocratiques et civiques à travers le dialogue philosophique pour les jeunes de 5 à 16 ans.

Ce programme vise à développer l’esprit critique pour rendre les enfants moins exposés aux manipulations intégristes. Cela développe l’estime de soi des enfants et le raisonnement moral. Ils deviennent plus aptes à détecter les germes de la violence et à s’en éloigner. Ils acquièrent une identité plus solide, qui leur permet de se réaliser et s’intégrer dans les sociétés actuelles. Ce sont les jeunes de 11 à 16 ans qui sont les plus ciblés, parce que c’est cette classe d’ âge qui est le mieux à même de recevoir ces « enseignements » sur la violence et qui, partant, est celle qui peut le plus bénéficier d’un « discours » de prévention de la radicalisation et de l’intégrisme. Des équipes de philosophes, des pédagogues interviennent. Les jeunes sont invités à écrire des textes, en faisant jouer leur esprit critique sur les sujets abordés (la religion, la radicalisation, l’intégrisme, etc.), ces textes sont discutés dans les écoles.

La philosophie pour les enfants consiste finalement à revenir au dialogue socratique. Par ce truchement, les jeunes sont amenés à réfléchir sur des questions importantes avec leurs mots. On parvient par exemple alors à leur faire entrevoir la différence entre foi et connaissance. On les amène à chercher comment ils peuvent soutenir un énoncé par un raisonnement, comment argumenter pour défendre un avis, et aussi, toujours pour apprendre à mieux échanger, faire découvrir comment nuancer éventuellement une première opinion, réfléchir avec les autres, se mettre à la place de l’autre, en empathie, comment développer une éthique collective.

Catherine Audrain est également à l’origine du programme éducatif Prévention de la violence et philosophie pour enfants, implanté aujourd’hui dans 20 écoles à Montréal, de la maternelle à la sixième année. Lancé en 2005, le programme Prévention de la violence et philosophie pour enfants s’inspire des travaux du philosophe américain Matthew Lippman, menés il y a 40 ans. La méthode consiste à susciter des discussions avec les enfants à partir de courts romans abordant les thèmes de la violence, du conflit et de la justice. «En amenant l’enfant à porter un jugement moral et critique sur le monde qui l’entoure, le programme participe à la construction de son identité, en tant que sujet de droit et pensant. C’est ce qui fait sa beauté», souligne Catherine Audrain.

Tom Rockmore a parlé de l’interaction entre la religion et la tolérance. En principe les religions devraient être tolérantes. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Le conflit israelo-palestinien en est un exemple illustratif avec, in situ, deux religions qui ne donnent pas toujours vraiment de signes de tolérance l’une avec l’autre. Ce conflit en fait est souvent exploité par les parties concernées, des deux côtés, avec comme expression de cette réalité l’opposition entre les occidentaux et Pays arabes qui poursuivent d’autres buts que la défense d’intérêts purement religieux, et là émergent le plus souvent les considérations politiques. Le développement sans entrave du capitalisme libéral a aussi sa part de responsabilité dans les tensions que l’on observe avec notamment les effets négatifs qu’il a pu produire sur l’islam. Dans ce contexte, l’intervenant juge avec un certain scepticisme la situation actuelle et ne voit pas une issue proche et positive aux conflits persistants qui perdurent.

Dandan Jiang a abordé la question de la mansuétude dans la pensée confucéenne – « n’inflige pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige » : exigence envers soi-même et mansuétude envers l’autre.

Lionel Veer a particulièrement insisté sur l’ambivalence du terme « tolérance », son aspect contradictoire, avec les deux idées sous-jacentes qu’elle recouvre : permettre quelque chose qu’on désapprouve, et respecter quelque chose qu’on n’accepte pas spontanément. Cet aspect contradictoire est visible aussi dans l’évolution sémantique de ce concept : du terme plus ancien de « tolération », dont le sens a plutôt une connotation négative (l’accent est mis sur le fait qu’on désapprouve, au fond, ce qu’on accepte) vers le terme actuel de « tolérance », qui a plutôt une connotation positive (l’accent est mis sur le fait qu’on accepte ce qu’on désapprouve au fond).

Il a aussi tracé un court historique du phénomène de la tolérance depuis son inexistence pendant les Guerres de religions en Europe, jusqu’à son instauration par l’Édit de Nantes, la Constitution des États-Unis, la Déclaration des droits de l’homme. Il a souligné le caractère caméléonique de la tolérance, le fait que dans la société occidentale la tolérance peut être une forme de domination très subtile, un moyen de s’accrocher au pouvoir. La tolérance peut aussi se transformer en instrument de pouvoir et de domination1.

La tolérance risque de devenir paresseuse (le concept de Nietzsche, qui n’appréciait pas une tolérance passive, réduite à l’acceptation). Le monde est globalisé, mais est-ce que nous nous rapprochons vraiment les uns des autres ?

De tout ce qui a été développé au cours de ces manifestations de l’UNESCO à propos de la tolérance, on retiendra tout particulièrement ce qui a été dit des programmes à l’attention des jeunes : ils sont l’avenir et on comprend tout le potentiel qu’il y a à leur faire découvrir comme de vraies valeurs et avec des méthodes éducatives appropriées ce qu’est et ce qu’apporte la tolérance. Les ouvrir à la tolérance est sans aucun doute un excellent moyen pour les détourner des endoctrinements et des méfaits qui en découlent.

O.B.

Lire le message de Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

1 Ce qui est vrai surtout pour les États-nations, d’où l’importance de la consolidation des institutions internationales (N.d.A.)

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Révolution numérique, Transhumanisme et Devenir humain

Convergence « Révolution numérique, Économie mondialisée, Technosciences »… Une transition fulgurante ?

Penser l’humain au temps de l’homme augmenté par les technosciences

Cette conférence-débat tenue à l’Université Catholique d’Angers le 17 novembre s’inscrit dans le cycle de réflexion préparatoire à la célébration du 70 ème anniversaire du CCIC ; elle a été organisée avec le concours de Fondacio, de IFF Europe (Institut de Formation Fondacio Europe) et de l’Université Catholique de l’Ouest.

Monsieur Olivier Le Berre, vice-recteur de l’université Catholique De l’Ouest, Angers, Monsieur François Prouteau, président de Fondacio, et Madame Christine Roche, présidente du CCIC ont introduit l’échange. Monsieur Nathanaël Wallenhorst, directeur de l’Université Catholique à Nantes, en a été le modérateur.

La conférence a été donnée par le père Thierry Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, théologien et physicien qui a d’emblée insisté sur la nécessité de ne pas s’enfermer dans des jugements binaires sur le transhumanisme du type « c’est bien ou c’est mal », pour traiter une question aussi controversée.

Il a rappelé que le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiologiques et mentales des êtres humains.

Sans aucun doute, les conditions du « devenir humain » vont profondément changer dans les années à venir. Cette mutation « transhumaniste » résultera de la conjonction de trois révolutions, à savoir celles des technosciences (ce qui relève du technique et du scientifique), de l’économique et du numérique. Ces révolutions commencent déjà de produire leurs effets avec les objets connectés, l’intelligence artificielle, les robots, les machines intelligentes, l’exploitation des Big Data et les algorithmes. Les nanotechnologies, les nano-biotechnologies, les neurotechnologies sont à l’origine de toutes sortes d’innovations qui vont jusqu’à la conception de produits vivants artificiels, d’hybrides homme–machine, et qui font émerger tout un univers où la réalité est augmentée et singulièrement celle qui touche à l’homme. Dans le domaine des neurotechnologies, par exemple, une puce électronique installée dans le cerveau pourrait améliorer l’état d’une personne atteinte par la maladie de Parkinson ou aider un paralysé à retrouver l’usage de ses membres. S’agissant des dommages causés par les AVC, l’implantation de circuits cérébraux pourrait restaurer certaines fonctions touchées grâce aux progrès des nanobiotechnologies.

Les efforts déployés pour « réparer » ou « augmenter » l’homme sont nombreux, et certains produisent déjà des effets spectaculaires :

Si on parle des efforts d’ « augmenter » l’homme, une société britannique, Cyborg Nest, veut enrichir nos cinq sens (l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher, la vue) avec un sixième, « North Sens », qui enrichit la perception de la réalité. C’est un implant qui vibre à chaque fois qu’il fait face au champ magnétique terrestre. Cet implant indique ainsi le nord magnétique (comme une boussole) et il ne dépend pas d’internet. C’est un organe sensoriel artificiel autonome.

Une des utilités de ce sixième sens est qu’il améliore le sens de l’orientation. Chez certaines espèces animales le sens de l’orientation est une condition de survie. Dotées d’une véritable boussole intégrée, ces espèces sont en mesure de retrouver le nord magnétique instinctivement. Les humains ne possèdent pas ce sixième sens. Bien sûr, ce sixième sens pourrait être utile aux personnes qui ont une déficience de l’un des autres cinq sens, comme la vue, mais l’utilité conçue par ses créateurs est probablement plus complexe, puisque c’est un sens qui peut enrichir la perception de la réalité de tout être humain.

La plupart de nos souvenirs sont aujourd’hui déclenchés par des fonctions sensorielles : l’odorat et la vue, principalement. Nous associons un lieu ou une expérience à une odeur, un gout, une image. En nous dotant d’un sixième sens, celui de notre orientation par rapport au champ magnétique terrestre, nous gagnerons de nouvelles facultés. Nos souvenirs seront aussi marqués par notre orientation sur la Terre.

  Le slogan de la société Cyborg Nest peut être résumé par la phrase : « si nous sentons plus, nous comprenons mieux, et nous allons vivre une expérience de vie plus profonde ».

Dans ce contexte d’innovations foisonnantes et de nature parfois à s’interroger sur leur bien fondé pour l’Homme en tant qu’Homme, il est important de se préoccuper des questions morales et éthiques ; c’est ce qu’étudie l’Humanity + – L’Institut pour l’avenir de l’Humanité (Future of Humanity Institute, FHI)- Ce centre de recherche interdisciplinaire de l’université d’Oxford se consacre plus généralement aux questions les plus sensibles qui concernent l’humanité et peuvent affecter voire bouleverser son avenir. Il fut fondé en 2005 et est dirigé par le philosophe Nick Bostrom. Le FHI s’intéresse surtout aux risques technologiques tels que le réchauffement climatique, la guerre nucléaire, ou les risques présentées par les nanotechnologies et l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux pandémies que pourraient provoquer des armes biologiques mais les chercheurs du FHI étudient aussi l’impact du progrès technologique sur les sociétés et les institutions, allant du totalitarisme à la montée du chômage, et aux risques liés à l’information.

L’Université de la Singularité a été fondée aux États-Unis, dédiée à la promotion du transhumanisme, elle soutient et développe l’étude de technologies émergentes qui ont pour ambition d’améliorer en profondeur et même radicalement le sort de l’humanité, jusqu’à abolir la maladie et le vieillissement, et ce faisant se rapprocher d’horizons d’éternité. Ce mouvement de la « Singularity » a été popularisé par Ray Kurzweil – auteur de The age of spiritual machines, aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google. Il revendique une approche transdisciplinaire, recouvrant les avancées des technologies émergentes dites NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique -intelligence artificielle- et sciences cognitives).

Dans le cadre de cette convergence NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le vivant est regardé comme une usine ou un objet susceptible d’être fabriqué, on saute un pas « décisif » avec l’audace et/ou l’ambition de pouvoir répliquer ou rééditer le matériel génétique, pour produire des cellules ou tissus vivants sur mesure (gene editing).

La méthode Crispr-Cas9, ou les « ciseaux à ADN », par exemple, permet ainsi de remplacer avec succès un gène endommagé par un autre créé artificiellement à un endroit précis du chromosome, au sein du génome de n’importe quelle cellule. C’est une technique qui peut être utilisée sur les végétaux, animaux, les humains pour améliorer des fonctionnalités, éradiquer des maladies (des modifications génétiques, par exemple, faites sur l’embryon pour prévenir des maladies chez le futur enfant).

Ce séquençage du génome est une avancée extraordinaire qui va permettre à terme une « médecine personnalisée », adaptée aux caractéristiques génétiques de chaque individu.

METACARDIS, un projet européen auquel Thierry Mangin a participé, décrypte les gènes de la flore intestinale responsables des maladies cardio-métaboliques. Le programme L’Homme et son Microbiote étudie des échantillons de microbiotes et les modes de vie de différentes personnes avec des affections différentes ; les bases de données recensant un très grand nombre d’informations tirées des échantillons observés (Big data) sont exploitées pour mettre en évidence les corrélations entre paramètres et aider ainsi à mieux poser les diagnostics et préconiser de meilleure façon les traitements.

L’épigénétique est une autre avancée ; elle se fonde sur le constat des interactions entre le psychique et la biologie ; si le premier influence le second, la relation inverse est tout aussi avérée : la biologie détermine notre comportement. La nutrition, l’exercice, la gestion du stress, le plaisir et le réseau social ont une influence sur le psychique.

Des études en neurosciences sur la plasticité cérébrale montrent que le psychisme joue sur la génétique (évolution des circuits neuronaux en fonction du vécu). Ces études mettent en évidence de nouvelles ouvertures sur les liens réciproques biologie – psychisme.

Comment accueillir toutes ces technologies sans les diaboliser mais en discernant les utilisations qui peuvent être au service de l’homme et en disant « non » aux autres ? L’homme peut être réparé et même augmenté, cela entraîne de grands espoirs pour la médecine, l’industrie et l’économie (bioéconomie). Comment, pourtant, penser l’humain au moment où les technosciences peuvent toucher à la nature de l’homme lui-même ? Avons-nous le droit de modifier notre patrimoine génétique ?

Jusqu’où peut-on améliorer ? là est la question fondamentale. On améliore la vision de l’homme, son odorat, son système immunitaire. Améliorer la « nature humaine », arriver à une « humanité augmentée, une humanité supérieure, une post-humanité, jusqu’à un homme libéré pour partie de son corps » c’est aller ici bien plus loin et c’est là que doit être posée la question des limites dès lors que ces « progrès scientifiques et techniques » pourraient laisser entrevoir la réalisation de ce qui peut encore sembler invraisemblable, avec « la possibilité et même la concrétisation d’un artifice qui finirait par permettre d’opérer « un versement/transfert de sa conscience, son soi » dans une machine intelligente ?

Dans sa seconde encyclique, « Laudato si’ », le Pape François II, ne refuse pas le progrès et ses bienfaits, mais il met en garde contre ses excès, rappelant les avertissements de ses prédécesseurs, en particulier Saint Jean-Paul II, sur « une manipulation génétique menée sans discernement ».

La tentation de la perfection, du « sans limites » est grande pour l’homme « fatigué de ses limites ». Tenir l’équilibre s’avère nécessaire : devant la promesse d’immortalité on a besoin de plus de morale, de plus de frein à la violence. Dans le sens contraire, des formes de réductionnisme dangereux peuvent intervenir et sont à éviter.

Le public, constitué surtout d’étudiants, a posé plusieurs questions :

Q : Il ressort que le transhumanisme serait un matérialisme dur; est-ce qu’il y a des transhumanistes préoccupés par la spiritualité ?

R : L’augmentation des fonctionnalités de l’humain, l’idée de progrès, la technoscience pure est une vision très américaine. Les pays anglo-saxons sont très penchés vers l’innovation, vers le progrès technologique. L’habitude de la réflexion de type humaniste est propre plutôt aux pays latins.

On veut supprimer la souffrance grâce aux technologies. L’immortalité, à son tour, n’engendrerait-elle pas plus de violence, plus de problèmes sociaux ? Si les machines font tout pour nous, nous allons diminuer. Parce qu’on grandit dans l’épreuve. Etre assisté par des robots est-ce être libre ? Il faut se poser ce genre de questions ! Vive le lien entre les sciences et l’humanisme ! Nos facultés de théologie ont un grand rôle à jouer.

Q: Le transhumanisme occupe autant les esprits, alors que beaucoup de gens meurent de faim ! Ce phénomène va-t-il accroître les inégalités ?!

R: Plus on avance, plus ces techniques vont êtres accessibles. Des nouveaux traitements contre le paludisme ont été trouvés grâce à la nanotechnologie et sont utilisés en Afrique. Ces techniques vont très probablement devenir bon marché et donc bénéficier au plus grand nombre, mais ici il y a lieu aussi d’intégrer la dimension politique qui est très importante. Avec les technologies on corrige les erreurs de la nature, dit-on, donc on gomme les inégalités…mais dans le même temps on constate maintenant un retour à la nature – donc des tensions contraires, les forces tendent à s’équilibrer naturellement.

Q : Est-ce qu’on peut « fabriquer » des artistes ?

R : Il existe la musique synthétique.

Le lien entre la machine et l’être humain est fait via la raison. Penser s’est calculer. Les robots sont utiles, on peut les employer à toutes sorte de tâches, il y a des robots au service des personnes âgées. Les robots ont même un droit aujourd’hui.

Est-ce qu’on peut, en faire, pour autant, des machines à aimer, des machines à croire ou des machines à créer?…

Conclusion : Pour Thierry Magnin, Saint Irénées de Lyon donne la définition de l’homme parfait : « La chair modelée, à elle seule, n’est pas l’homme parfait, elle n’est que le corps de l’homme, donc une partie de l’homme. L’âme, à elle seule, n’est pas davantage l’homme, elle n’est que l’âme de l’homme, donc une partie de l’homme. L’esprit non plus n’est pas l’homme, on lui donne le nom d’esprit, non celui d’homme. C’est le mélange et l’union de toutes ces choses qui constitue l’homme parfait. » (« Contre les hérésies », V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583). L’homme est donc un mélange de chair, d’âme et d’esprit. L’espoir pour le transhumanisme est qu’il pourra peut-être assurer une augmentation de l’harmonie corps-âme-esprit.

Entre les idées développées par les transhumanistes et les bioconservateurs Thierry Magnin ne prend pas parti. Son discours est une invitation à la réflexion. Il nous parle comme scientifique mais aussi comme prêtre. Le scientifique développe le sujet du transhumanisme, expose les faits, les courants, les directions de pensée et de recherche. Mais il n’est pas directif. Il n’a pas la prétention de celui qui considère qu’il sait et qu’avec ce statut d’expert il serait fondé à montrer la voie. En vrai prêtre, il sait que l’adhésion à une option ne peut être acquise que si on choisit librement, sincèrement et en vérité et que c’est bien ce libre-arbitre qui construit le plus l’être humain dans son essence.

La seule petite indication qu’il se permet de donner est le signe de questionnement : « Tous les possibles sont-ils souhaitables ? ». A chacun de se donner la réponse à cette question, en toute liberté et connaissance de cause !

O. B. 19 novembre 2016

JMJ 2016 : « Mémoire, courage et espérance »

Entretien avec Mgr Tony Anatrella
Monseigneur Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé, analyse pour Zenit les enjeux de ces Journées Mondiales de la Jeunesse.

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Attentat de Saint Étienne du Rouvray le 26 juillet 2016 – Communiqué du CCIC

Communiqué  du CCIC  suite à l’attentat perpétré  à Saint Étienne du Rouvray

Le CCIC, marqué une fois de plus par l’horreur d’un nouvel attentat qui a visé cette fois-ci l’Église catholique, prend pleinement part à la douleur de la petite ville de Saint Étienne du Rouvray, de la famille du Père Hamel, de celles des otages dont l’un a été grièvement blessé lors de l’agression meurtrière revendiquée par DAECH. Il s’associe à la prière des fidèles des différentes religions manifestée ce jour lors de la messe présidée par le Cardinal Vingt Trois à la Cathédrale Notre Dame  de Paris.

Le père Hamel a été sacrifié par la haine, au moment où il célébrait la mémoire de la mort et la résurrection de Celui qui est au cœur de notre foi. La sidération dans laquelle nous plonge cet acte de barbarie ne doit pas se transformer en résignation face au mal qui cherche à détruire la vie à laquelle nous sommes appelés. Le mal existera toujours mais les faits récents nous conduisent à nous dresser pour oser l’affronter et participer pleinement à une prise de responsabilité. Toutes les composantes de la société : les États, les croyants des différentes religions, les familles, les associations,  chacune a une tâche à laquelle elle ne peut déroger.

Nous voulons avec d’autres accentuer la culture de la paix qui met en œuvre avec conviction et détermination les moyens de neutraliser toute attitude sectaire, en restant unis face aux discours de haine, en inventant de nouveaux savoir-être-ensemble, en ouvrant les cœurs à la transcendance qui conduit à la réconciliation.

Paris le 27 juillet 2016

Attentat de Nice le 14 juillet 2016 – Communiqué du CCIC

Le Centre Catholique International de Coopération avec l’UNESCO, réseau d’organisations non gouvernementales (ONG) d’inspiration catholique partenaires de l’UNESCO, a été bouleversé comme l’ensemble de la communauté internationale par le nouvel attentat horrible du 14 juillet à Nice en France. La stratégie terroriste du Groupe État Islamique ou DAECH a atteint encore une fois de nombreux innocents dont des enfants heureux de vivre une fête en famille.

Le CCIC tient à exprimer sa compassion et son soutien aux familles et amis des victimes. Il veut y associer les très nombreux secouristes qui ont mis en œuvre spontanément une solidarité profonde, les centres hospitaliers ainsi que les services de l’État et de la ville écrasés par les conséquences de cet événement d’une cruauté calculée.

Les membres du CCIC refusent sans relâche une attitude de passivité devant ces drames qui endeuillent aveuglement la planète. Ils recherchent avec d’autres de nouveaux moyens de développer une pédagogie de la fraternité, de la non-violence et du respect sacré de la vie humaine. Il est temps que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme ne soit plus bafouée et que s’ouvrent les frontières pour la proclamer et agir pour sa mise en œuvre.

Paris le 21 juillet 2016

Christine Roche
Présidente

« L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Comme cela avait été convenu entre le CCIC et les EDC Île de France, le Professeur Jean Caron, normalien agrégé de philosophie est venu le 21/06/2016, au 67 rue de Sèvres, illustrer le thème : « L’altérité homme/femme chez les entrepreneurs et chez les dirigeants : une bonne nouvelle ?! »

Ses propos prenaient sens par rapport aux deux chantiers initiés dans les deux mouvements, pour deux célébrations distinctes en mars 2017, et devaient contribuer à une réflexion, sur hommes et femmes en reconnaissance mutuelle au service d’un plus grand bien.

En analysant la question posée, 3 axes de réflexion émergent :

– une problématique de gouvernance vue à travers l’expérience d’un professeur de classes préparatoires dédiées,
– les réponses apportées sont elles une bonne nouvelle pour les chrétiens ?
– l’anthropologie humaine basée sur « homme et femme Il le créa » c’est-à-dire « être relationnel »invite à penser une parité qui mérite d’être dite dans un contexte nouveau.

I ) Dans les classes préparatoires, un recul de 25 ans d’enseignement, permet de dire que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à réussir dans la filière « management ». Elles ont à la fois l’aspiration et les qualités pour le faire. Les garçons acceptent cette situation et le temps d’études vécu ensemble les enrichit mutuellement et se déroule sans heurts. Pour autant la réalité homme/femme se vit toujours au singulier.

Au début de la vie professionnelle des uns et des autres les choses changent, surtout si des relations se nouent menant à la naissance d’enfants. Les vieux stéréotypes ont tendance à reprendre le dessus. L’arrivée des premiers enfants est souvent vécue comme un blocage dans la carrière de leur mère. Elle valorise sa qualité de vie au travail et sa vie personnelle, ne cherchant pas à crever le plafond de verre, qui la sépare des hautes sphères de gouvernance, alors qu’elle en a les capacités. Les garçons eux font la course au statut, au salaire, au prestige et décrochent pour la moitié d’entre eux leur premier poste à l’étranger.

Ces constats provoquent l’étonnement :

  • Il se vit une belle altérité pendant les études tandis que les modèles changent moins vite dans la vie active. Les hommes aspirent cependant à un univers plus différencié, plus mixé et les femmes souhaitent y déployer tous leurs talents.

  • L’évolution dans l’organisation des entreprises (en droit et en pratique) affiche un désir de « plus de femmes » pour des raisons d’efficacité : là où les femmes dirigent il y a moins de blocages. Ces dernières s’investissent assez naturellement dans le prendre soin, la mise en relation (le care) alors que ce domaine est moins bien évalué dans les catégories sociales, avec tous les inconvénients qui en découlent (niveau de salaire entre autre). L’articulation entre les différents types de compétences devrait être favorisée dans les entreprises.

II) Quelle réactions des chrétiens face à ces constats ? S’agit il d’une bonne nouvelle ?

Il faut se souvenir qu’en son temps le Christ a eu des relations très fortes avec des femmes, peu considérées en général dans la culture de l’époque. Il a été attentif au charisme féminin, cet apport spécifique a marqué le christianisme. Par le passé, des femmes ont apporté une contribution non négligeable à l’évangélisation: fondation de monastères, de missions, de lieux d’éducation, de soins… Le christianisme a été libérateur d’énergies féminines et a introduit l’égalité dans le jeu des différenciations.

Dans un contexte actuel d’évangélisation, le « talent » des femmes, leur charisme est il reconnu ? Se sentent elles épaulées ? Les africaines répondraient par l’affirmative sans hésiter, mais dans notre monde occidental, qu’en est il ?

III) Qu’a à nous dire l’anthropologie ?

Son enjeu est important puisqu’il s’agit de la conception fondamentale de l’être humain. Elle cherche à « unifier en chacun le corps et l’esprit », la seule différenciation culturelle de base étant d’être homme ou femme.

  • Si nous nous plaçons dans une vision individualiste, l’affirmation de l’égalité des individus conduirait à l’indifférenciation entre eux.

  • Dans une vision communautariste la différence homme/femme complémentaires, ne pourrait être pensée que comme inégalitaire.

  • Dans une vision naturaliste les pôles seraient pensés une fois pour toutes, alors que la réalité est plus complexe.

Il nous faut penser une anthropologie qui délivre de l’indifférenciation totale, comme de la complémentarité, puisqu’elle aboutit à une hiérarchisation.

La différence homme/femme est irréductible et chaque personne est une réalité unique, chaque réalité étant différente. L’unicité de la personne n’est pas indépendante de ses multiples identités qui l’engagent dans sa lignée, sa langue, sa culture, sa santé… Le « gender » a en partie raison en parlant d’identités construites, mais il ne tient pas compte du fait que ces identités sont secondes et variables dans le temps.

Malgré cette diversité irréductible d’individus et cette diversité d’appartenances, « l’essence humaine » qui nous caractérise est la même, que l’on soit homme ou femme. Nous recevons notre nature et ne l’accaparons pas. Un être ne saurait se réduire à son corps complexe. Il y a un manque en chacun de nous, qui à lui seul ne peut pas être « l’Être Humain ». Ce manque, qui introduit un désir d’altérité en chacun, est aussi la promesse d’une rencontre possible, d’une co – humanité pour exister. Ne pas vouloir ou pouvoir le reconnaître, alimente chez certains de nos contemporains un désir jamais satisfait d’autosuffisance, de toute puissance.

Cependant il ne faut pas hypertrophier la différence. Masculin et féminin ne peuvent se découvrir qu’en se rencontrant, dans la famille en tout premier lieu et en travaillant ensemble. Nous sommes dans « l’espérance de la fécondité » dans la rencontre du JE et du TU.

L’homme occidental contemporain « crève » car il a construit une « anthropologie de la solitude, autonome, solitaire, affirmation arrogante de soi même » et non une anthropologie de la solidarité.

Nous avons à être témoins de la relation féconde et heureuse du masculin et du féminin. Nos adolescents ont envie de vivre la complémentarité des dons, qu’ils découvrent dans la famille. Il nous faut changer nos manières d’être, car la fracture que nous portons en nous nous oblige tous à entrer en communion. Telle est la conclusion à laquelle nous avons été brillamment menés, avant de passer à l’exercice questions/réponses.

Visiter le site web des EDC

Françoise Meauzé.

L’hydrologie et les Objectifs du millénium

Colloque KOVACS  : le 15 juin 2016

Sous l’égide de l’international Hydrological Program (IHP) de l’UNESCO et de l’association des sciences de l’hydrologie ( IAHS), s’est tenue à Paris la douzième rencontre internationale de l’hydrologie (réunion bis-annuelle) connue comme le colloque KOVACS (nom d’un hydrologue éminent à l’origine de cet événement). Cette année le thème du forum a été retenu sous l’angle nouveau que définissent les SGD 2030 de l’ONU pour cette ressource vitale qu’est l’eau , en mettant particulièrement l’accent sur les indicateurs retenir. La question de la « mesure par des indicateurs » n’est pas triviale  car s’interroger sur un sujet en apparence aussi anodin amène à prendre conscience des changements majeurs entrain de survenir et qui ne sont pas faciles à appréhender.

Retenons alors tout ce que recouvre « la matière » eau, et mesurons en l’importance pour l’humanité et notre planète : c’est l’une des principales idées qui ressort de beaucoup des présentations entendues. Il y a des bouleversements dont on doit s’efforcer de mesurer les effets, des phénomènes qu’il faut essayer de prévoir au bénéfice des populations. L’hydrologie est au cœur de problématiques qui ne recouvrent plus de simples sujets techniques ou scientifiques que l’on va traiter dans des rapports réservés à un cercle restreint, centrés sur l’eau et rien que l’eau.

Il y a maintenant une évidence : l’eau est devenue une préoccupation qui n’est plus l’apanage des seuls experts hydrologues ou plus exactement les études qui sont faites à son sujet doivent de plus en plus mobiliser d’autres champs de connaissance et intégrer des interactions nombreuses et réciproques avec une large variété de domaines, dans un monde de plus en plus complexe, soumis à des risques jusque là insuffisamment pris en compte ou inexistants.

Dans ces conditions, le SGD 6 (sustainable development goal) qui appelle explicitement à réaliser des objectifs relatifs à l’eau au service des populations, a, d’une manière ou d’une autre, un rapport avec au moins une dizaine d’autres objectifs du millénium (évidemment le changement climatique, la santé, la nutrition, l’environnement et les écosystèmes, l’urbanisation etc).

Durant ce colloque ont été présentés les résultats de travaux et études appliquées visant à mieux maîtriser des phénomènes qui, avec notamment les effets du changement climatique, par leur fréquence, leur magnitude et leur amplitude peuvent toucher sérieusement des centaines de millions de personnes chaque année.

Les statistiques données reflètent la dimension des problèmes à résoudre, qu’il s’agisse par exemple du nombre de personnes n’ayant pas accès à une eau correctement filtrée, des victimes de sinistres et épidémies liées à l’eau, des effets de la survenance des risques extrêmes (inondations ou sécheresse).

Ont été entendus le témoignage d’experts ( au Liban , au Japon par exemple) présentant leurs travaux de modélisation qui peuvent donner des résultats (exemples : prévision de certains phénomènes) mais qui peuvent aussi souffrir de difficultés liées à l’instabilité intrinsèque des situations observées et aussi, dans une large mesure à la question des données.

Un autre point est souligné : la nécessité du dialogue avec les parties les plus proches du terrain pour aider à bien comprendre les données des sujets à traiter, il est aussi essentiel de sensibiliser les populations aux questions touchant à l’eau (décisions concernant les plantations,, comportements eco-responsables, irrigation, stockage de l’eau etc).

Un point essentiel a été traité, à savoir le traitement des espaces partagés. Nombre de bassins, nappes phréatiques, cours d’eau sont partagés entre plusieurs pays. La communauté internationale gagnera à traiter correctement les problématiques qui découlent de ces situations par les traités, mais ici les choses ne sont pas aisées, ou par le biais de solutions plus pragmatiques où sont correctement réglées les questions de gouvernance et d’échanges d’informations.

Sur ce sujet « transfrontalier » comme sur bien d’autres, il y a à considérer très souvent la dimension politique. Dans le domaine qui est le leur, il importe que les scientifiques puissent présenter aux responsables politiques leurs travaux d’une manière suffisamment convaincante pour amener les décideurs à arrêter les mesures que peuvent suggérer les études menées.