204ème session du Conseil exécutif – Algérie : expérience en matière de lutte contre le terrorisme islamique

 

Rencontre avec le Ministre des Affaires étrangères d’Algérie, Mr Abdelkadher Messahel
à propos de la question de l’éradication du terrorisme


En conclusion des deux premières journées de sa 204ème session le Conseil exécutif a entendu le discours du ministre algérien des Affaires étrangères d’Algérie sur l’expérience de son pays en matière de lutte contre le terrorisme islamique. Il répondait ainsi à une invitation de Madame Azoulay à traiter d’un thème sensible, intéressant pour l’UNESCO qui, dans le cadre de sa mission au service de la Paix et au titre de ses compétences a placé depuis plusieurs années la prévention de l’extrémisme violent parmi ses priorités.

Le Président du Conseil exécutif a dit la volonté du Conseil de donner plus d’importance à un sujet très sensible où les États sont essentiels à leur propre niveau mais aussi internationalement. On doit, a-t-il souligné, trouver des réponses politiques face aux phénomènes de radicalisation et on apprécie d’avoir l’occasion d’entendre, venant d’Algérie, le témoignage d’un acteur engagé sur les conditions d’un « mieux vivre ensemble » après la traversée d’épreuves tragiques.

Mme Azoulay, en souhaitant la bienvenue au Ministre, l’a remercié d’avoir accepté de livrer ses réflexions et a rappelé l’engagement de l’Unesco face aux excès fanatiques, un engagement qui passe dans une large mesure par l’éducation : éducation des jeunes à la citoyenneté, aux risques des media, et par toute action de prévention de l’extrémisme violent. Sur ce point, elle a rappelé le lancement d’une initiative Net Méditerranée qui associe 9 pays du pourtour méditerranéen.

Le discours du Ministre des Affaires étrangères d’Algérie : comment a-t-on éradiqué le terrorisme ?
L’Algérie a vécu dix années durant une tragédie qui a causé 200 000 victimes, et dont elle s’est sortie en puisant au fond d’elle-même les forces de l’apaisement. Il fallait exorciser les démons de la barbarie qui venaient casser des référents identitaires d’une valeur immémoriale et menacer la nation dans ce qu’elle avait au plus profond d’elle-même.

Pour relever ce défi – faire face à la Bête immonde et mettre fin ainsi à la violence – une stratégie d’envergure a été définie par le gouvernement et mise en œuvre résolument, systématiquement, en exploitant au mieux la volonté du Peuple de restaurer la Paix civile.

Les actions militaires ont évidemment joué leur rôle, mais les succès face à la violence exacerbée pour se confirmer dans la durée ne tiennent jamais à la force des Armes, l’important est ce qui contribue à la résilience et qui traduit ce que les populations ressentent lorsque le mal les touche avec une extrême intensité. C’est en considération de cette idée force que le gouvernement a mis en œuvre un plan de réconciliation conduit clairement et énergiquement :

  • D’abord a été passée une « loi pour la concorde civile » visant certaines amnisties, avec pour objectif l’engagement d’un retour à la normale, et à une amorce de reddition des éléments radicalisés
  • Pour accentuer le phénomène d’apaisement, a par la suite été adoptée par referendum une charte pour la Paix appelant à renouer avec une Histoire millénaire et à accepter le Pardon, la Tolérance. L’adhésion massive à cet engagement a été accompagnée de mesures s’inscrivant en cohérence avec l’esprit de la charte : association sur le terrain des imams modérés, de la société civile (universitaires, les femmes…), actions de sensibilisation soutenues auprès des jeunes, ouverture à l’enseignement de trois langues (et non plus seulement la langue arabe) .

Forte de la réussite d’une entreprise aussi importante pour obtenir la réconciliation de tout un peuple, l’Algérie a proposé et obtenu auprès de l’ONU qu’une « journée internationale du vouloir vivre en Paix » soit désormais célébrée le 13 mai de chaque année.


Échanges de vue avec les délégués


Une quinzaine de membres du Conseil se sont exprimés.
De ces propos et des réponses données par le Ministre, on aura relevé les points suivants :

  • l’expérience algérienne est éclairante et montre la voie à ceux qui s’attachent à lutter contre le terrorisme et les radicalisations extrémistes ;
  • il n’y a pas de doute à avoir, c’est par l’éducation et l’école, mais aussi au travers du levier culturel utilisé à bon escient au sein de la société, qu’on peut réellement endiguer le mal ;
  • la violence et la haine ne sont pas des éléments constitutifs de l’Homme à l’origine, il faut lutter contre tout ce qui les font émerger par le biais de l’éducation.

Sur l’ensemble de ces observations, le Ministre ajoute :

  • Il faut compter avec un « optimisme de la volonté » :
  • Si l’on est amené à faire la guerre face aux terroristes, il faut se persuader que ce n’est pas une fin en soi, le but est d’obtenir la Paix, et, finalement, la vraie victoire est celle qu’on finit par atteindre en touchant les cœurs.
  • De l’importance aussi du combat idéologique, et des actions à conduire contre les discours radicaux y compris dans les mosquées
  • Mais c’est certainement dans les écoles qu’il faut intervenir pour propager un esprit de paix et de tolérance car « qui sème les écoles récolte des Hommes ».

Deux dernières idées sont soulignées par le Ministre :

  • Il faut véritablement voir les choses de l’intérieur : on peut alors découvrir ce que les gens veulent au plus profond d’eux-mêmes, et là, c’est très largement un souhait d’harmonie, d’amour et d’apaisement
  • Le rôle des femmes est déterminant pour la justice et la réconciliation, parce que dans tous les drames du terrorisme radical ce sont le plus souvent elles qui sont à la fois victimes ( comme veuves, comme mères) et porteuses des germes du pardon et de la réconciliation.

204ème session du Conseil exécutif – réunion du Comité des Convention et des Recommandations

Réunion du 6 avril 2018

Journée essentiellement consacrée à l’examen des questions touchant au suivi des instruments normatifs pour lesquels aucune procédure spécifique n’est prévue quant à la mise en œuvre du contrôle de leur application. Sont concernées à ce titre les nombreuses recommandations émises par la Conférence générale et pilotées par les Secteurs. Le CRE [Comité des Convention et des Recommandations] a ainsi été appelé à débattre sur les sujets couverts par les Recommandations en question pour, in fine, aboutir à la validation de projets de décisions devant permettre le lancement de consultations en vue de l’élaboration de rapports de synthèse qui seront présentés pour la plupart à la prochaine Conférence Générale. Ces recommandations sont à situer par rapport aux grandes Conventions comme par exemple celle de 2005 concernant la diversité culturelle.


Secteur Éducation

Introduction UNESCO

A propos de la Convention 1960 « lutte contre la Discrimination des Enseignants », de nouvelles ratifications témoignent du « dynamisme » de cette cause, une cause qui s’inscrit bien dans le cadre des ODD 2030 (ODD4). L’Unesco est intervenue dans 11 pays pour les aider à élaborer des textes législatifs, des principes directeurs ou des plans d’action, des missions permettant un meilleur ancrage du droit à l’éducation.
Dans le souci d’obtenir des synergies ou d’améliorer l’efficacité de leurs actions l’UNESCO et le CESR [Comité des droits culturels, économiques et sociaux] ont élaboré une feuille de route visant notamment à développer les échanges d’information.
Autres travaux conduits par le secteur : les réflexions sur la Privatisation de l’enseignement, le Droit à l’éducation, et la définition de principes directeurs fondés sur les Droits de l’Homme.
Le 5 octobre 2018 se tiendra la 13ème session consacrée à l’évaluation du personnel enseignant, au cours de laquelle seront examinées les questions traitées par la recommandation 1974 (coopération, paix, droits de l’homme).

débat
Des échanges de vues exprimées par les délégués on retiendra :

  • la nécessité de bien articuler les suivis des recommandations ou conventions avec ce qui est fait au titre de l’agenda 2030, ou dans le rapport mondial sur l’éducation ;
  • lors des éventuelles actualisations se soucier de la cohérence des révisions ( entre les niveaux régionaux et le niveau global), fonder ces modifications sur des consultations ;
  • bien défendre le principe de l’usage des langues maternelles dans l’éducation, particulièrement pour la petite enfance ;
  • réfléchir aux raisons pour lesquelles la convention portant sur l’enseignement technique et professionnel est peu ratifiée ;
  • suivre de près la question « privatisation » sujet qui a été soulevé au niveau du Conseil des droits de l’Homme à l’ONU, il a été noté qu’il fallait ici un encadrement règlementaire, et que sur ce point l’Unesco avait vocation à être chef de file, le CRE pouvant alors être pleinement associé.

Secteur Culture

Échange sur la Recommandation HUL Les Paysages Urbains Historiques
A voir en lien avec la Convention 2005 (défense de la diversité culturelle)

  • Un rapport sur le développement urbain durable a été présenté à la session Habitat 3 de Quito ;
  • Un nouveau rapport fondé sur une large consultation va être publié ;
  • Le site web a été enrichi : on y trouve des études de cas, des bibliographie, une liste des décisions ;
  • Une idée bien mise en évidence : on ne doit pas s’en tenir aux patrimoines historiques en tant que tels ;
  • Il faut aller au-delà et réfléchir à leur intégration par rapport aux nouvelles formes d’urbanisme ;
  • Un manuel des bonnes pratiques en projet.

Un seul intervenant a pris la parole pour souligner la nécessité de former des experts, le rôle que jouent les « chaires UNESCO » et les établissements de catégorie 2.


Secteur Sciences et Sciences humaines

Débat autour de la Recommandation « chercheurs scientifiques et la science »
Le texte est à bien diffuser. Il faut sensibiliser les États pour qu’ils s’engagent à la mise en œuvre de cette recommandation.
C’est une recommandation qui doit gagner à faire l’objet d’approfondissement. Le Secteur va consulter (un questionnaire est en préparation).
On devrait déboucher sur des propositions pour la 4ème Conférence Générale (2021).

Recommandation sur « le Patrimoine documentaire »

Recommandation 2003 sur « le Multilinguisme y compris dans l’espace numérique »
L’Unesco a rappelé les initiatives récentes prises en rapport avec cette thématique : poursuite du travail sur l’Atlas des langues, campagne sur le défi linguistique en 2017 y compris sa dimension TIC et la particularité du sujet « langues autochtones » (2019 a été proclamée l’année internationale des langues autochtones).
Le texte est en partie obsolète compte tenu des bouleversement qu’introduit le numérique.

Recommandation « Accès aux archives y compris le numérique »
Des travaux sont conduits au niveau des circonscriptions régionales en 2017 (en Asie et Amérique latine) et début 2018 pour les Caraïbes.
Ont ensuite été examinées un certain nombre de Conventions pour lesquelles n’existe pas un suivi spécifique.

Convention Éducation Technique et Professionnel (1989 révisé en 2015)
Le domaine est jugé très important mais complexe.
Un regret est exprimé sur le faible nombre des États à avoir ratifié cette convention.
Proposition que soient recherchées les raison de cette faible adhésion et, au vu des résultats soit envisagé une éventuelle réécriture du texte.
Il est aussi demandé que l’on réfléchisse sur les aspects qualité et sur la possibilité de passerelles avec l’enseignement supérieur.
Convention 1993 concernant la Reconnaissance des études et des diplômes (de l’importance ici des réflexions menées au niveau régional).
Convention 1980 sur les artistes et Recommandation sur « la Promotion des conditions de l’Artiste »
L’Unesco est intervenue sur le sujet en faveur de l’île Maurice (aide à l’élaboration d’un projet de loi) et en Afrique (Sénégal notamment).
Dans l’optique d’obtenir des synergies, il est suggéré de bien gérer le sujet en rapport avec ce qui est fait au titre de la Convention 2005 (sur la diversité culturelle).
L’attention est attirée sur les Pays en développement qui peuvent avoir des difficultés à appliquer correctement les normes ou recommandations édictées (contraintes budgétaires, problèmes logistiques).
Un délégué insiste pour que l’on fasse maintenant ressortir (mise en valeur) le thème du mécénat, qui peut faire partie des leviers à mobiliser pour la promotion de la créativité artistique et améliorer les conditions de l’artiste.
Le CRE a finalement convenu des textes à soumettre au Conseil exécutif en séance plénière, le Président du Comité les a présentés de façon succincte. Ils ont tous été adoptés sans débat le 16 avril avec prise en compte des amendements discutés au sein du CRE . Pour l’essentiel, ils vont permettre au secrétariat de lancer les consultations suivant les principes directeurs entérinés et d’élaborer des rapports de synthèse qui seront soumis à l’appréciation du Conseil lors de ses 205ème et 206ème session pour ensuite être soumis à la Conférence Générale de 2019 ou de 2021. Les décisions adoptées fixent plus précisément les dates des consultations et de diffusion des rapports.

Colloque au Sénat – Citoyenneté et Justice : un défi pour le Moyen Orient

Colloque au Sénat le jeudi 12 avril 2018

« Citoyenneté et Justice  : un défi pour le Moyen Orient
Quel enseignement pour l’avenir de l’Irak ? »

le jeudi 12 avril 2018


De l’importance du respect et de la tolérance. Savoir pardonner mais tout ne peut rester impuni. Une issue favorable de toute démarche pour une réelle réconciliation doit venir des Peuples concernés. Pas d’ingérence extérieure et nécessité d’un ancrage dans les valeurs culturelles qui sont les leurs. Exigence aussi de séparation entre ce qui est politique et le domaine religieux.

-§-

Le CCIC faisait partie des invités à ce colloque organisé au Sénat après une mission en Irak et au Liban de sénateurs français, conduite par M. Bruno Retailleau, sénateur de Vendée.

Comme l’indique le programme, la qualité des intervenants ne permet guère de faire un compte rendu exhaustif et précis de cette journée très riche en informations.

C’est ainsi que des représentants politiques et religieux du Moyen Orient, ont témoigné de leur expérience pour tenter de définir les moyens de sortir de la situation actuelle de violences, et notamment religieuses, dans laquelle se trouve l’Irak, au sortir de la défaite de Daech et de l’État Islamique.

Les échanges ont été structurés selon trois axes de discussion :

  • Citoyenneté et Religion
  • Citoyenneté et Politique
  • Justice et Réconciliation

En voici les éléments les plus saillants :

Au plan religieux

Il est fondamental et prioritaire de séparer le religieux du politique, et de respecter la liberté d’appartenance et d’exercice sans contrainte extérieure de chaque religion et communauté de pensée. Les membres de chaque religion ont vocation à rester sur les terres qui les ont vu naître, ainsi que leurs familles, sans discrimination, et encore moins sans pression à l’exil.

La question de l’enseignement des religions doit être redéfinie, de telle sorte que l’état ne puisse seulement qu’en rappeler l’existence mais sans aucun jugement d’exclusion ou de valeur.

L’enseignement religieux et les formations spécifiques afférentes sont du seul domaine de la religion choisie, et doivent rester respectés de tous.

Au plan politique

Il convient d’instaurer un régime politique où tous les courants, ethniques ou religieux soient respectés : chrétiens, musulmans, chiites, sunnites, yézidis, kurdes, juifs… de même que l’égalité homme/femme.
A cet égard, il faut veiller aux concepts, par exemple à celui de démocratie, dont l’acceptation occidentale ne correspond pas à la réalité sociologique des pays du moyen Orient.

Les expériences récentes ont montré que la volonté d’instaurer par la force des régimes politiques d’exception fondés sur une pensée monolithique ne conduit qu’à des dictatures violentes et éphémères.

Sur ces deux plans, l’exemple du Liban a brillamment été développé par M. Antoine Messara, membre du conseil constitutionnel du Liban, et titulaire de la chaire UNESCO d’études comparées des religions, de la médiation et du dialogue, et de l’Université Saint Joseph de Beyrouth.

A plusieurs reprises, dans les débats, il a été rappelé qu’en dépit de certaines déclarations plusieurs pays du Moyen Orient, qui se prévalent d’une organisation politique ouverte, disposent encore dans leurs constitutions ou leurs lois fondamentales d’éléments religieux explicites ou implicites en référence à la charia. (Égypte par exemple).

Au plan de la réconciliation et de la justice

L’expérience montre qu’il n’est guère possible de retrouver ou de créer un « vivre ensemble », après de graves violences subies, sans opération de justice, de pardon et de réconciliation. Aucune de ces étapes ne peut être gommée. Plusieurs intervenants ont fait référence à la réconciliation des peuples en Europe après la seconde guerre mondiale, réconciliation qui a été précédée de jugements prononcés par la Cour de Nuremberg.
D’où de nombreux développements et considérations sur des structures judiciaires à mettre en place, en vue de traiter les crimes contre l’humanité, ce qui est peut être comme un préalable ou une condition pour parvenir à une véritable réconciliation.

Tels sont les trois volets incontournables pour l’instauration d’une paix durable en Irak.

A noter également la mise en garde de plusieurs orateurs sur la nécessité d’éviter, dans ce processus, toute ingérence extérieure au peuple irakien.

Denis Chaigne

Visiter le site web du Sénat
Lire le programme du colloque (français/anglais)

L’enseignement supérieur en tant que bien commun

L’enseignement supérieur a connu une croissance exponentielle ces quarante dernières années. Les inscriptions ont plus que doublé en dix ans (avec 214 millions d’étudiants en 2015 contre 100 millions en 2000), dépassant de loin le taux de croissance de la population ou des PIB dans le monde.

Le 2ème débat stratégique de 2018 organisé par l’IIPE Institut International de Planification de l’Éducation tenu le 12 mars 2018 examinait deux sujets de fond :

  • A qui bénéficie l’enseignement supérieur ?
  • S’agit-il d’un bien public ou privé ?

Lire le compte rendu des débats

Vers une plus grande participation des ONG aux sessions du Conseil exécutif ?

Réunion du Conseil des Partenaires Non gouvernementaux

le 5 avril 2018


Réunion au cours de laquelle il a été fait le point de la situation, annoncé les prochains évènements organisés conjointement entre l’UNESCO et les PNG [Partenaires Non Gouvernementaux] représentés par le Comité de liaison, organisé un débat sur l’éventualité et les modalités d’une plus grande participation des ONG aux sessions du Comité exécutif, débat qui s’est conclu par la formulation d’une Résolution.


I Présentation générale :

Introduction par le Président du Conseil

Déclaration liminaire pour souligner l’importance de la coopération avec la société civile, tout particulièrement pour ce qui touche aux objectifs de l’agenda 2030, présider à la désignation du représentant du Cameroun comme suppléant.

Le représentant de la Directrice générale

Même insistance pour dire combien il est important de travailler avec les ONG et plus généralement la société civile (les universités, les experts, la jeunesse etc), rappel à cet égard des positions exprimées par Mme Azoulay qui a fait allusion à cette nécessaire contribution dans le cadre des transformations stratégiques qu’il va falloir engager. Il est fait mention des nouvelles admissions comme organisations associées (3 ONG et 2 Fondations)

Il est aussi rappelé que la Conférence générale et le Conseil exécutif souhaitent que soient examinés les voies et moyens pour améliorer la qualité du dialogue entre les États/l UNESCO et les ONG. Il est signalé que le Secrétariat a conduit un travail sur les pratiques collaboratives en la matière, et précisé qu’actuellement ses actions sont menées dans deux domaines : 1/travail sur l’existant, et plus spécifiquement sur les dialogues informels organisés au niveau des « programmes », en réfléchissant notamment à la contrainte des coûts 2/réflexion sur les formes de la participation des ONG aux Propositions avancées dans les Comités (conseil, suivi, information etc) avec l’idée de rendre cet exercice plus inclusif et plus structuré. A ce stade, trois options sont envisagées pour ce qui est de la participation uniquement comme observateur aux réunions du Conseil lors des séances plénières : accès très ouvert, accès plus limité, accès uniquement réservé au Comité de liaison (CDL).

Le représentant du Président du Comité de Liaison M. Philippe Gallo (lecture du discours que devait prononcer le Président, M. Beaussant, empêché).

On se félicite de voir le Conseil exécutif ouvert à une plus grande implication des ONG, étant observé que beaucoup a déjà été fait conjointement entre les ONG et l’UNESCO au cours des dernières années, notamment avec l’organisation de huit Forums dont les thèmes ont porté sur huit grandes priorités de l’UNESCO (la Femme et la pauvreté, le rapprochement culturel, la Paix, le réchauffement climatique, l’éducation, l’eau, la jeunesse, le patrimoine).

Les deux prochains forums sont annoncés. Ils seront organisés respectivement en Grèce (forum sur la question des migrants) et en Russie (Forum sur les Sciences et Techniques. Ces deux évènements sont préparés par des groupes de travail, pilotés conjointement par le CDL et l’UNESCO. S’agissant du forum « migrants », l’objectif est de déboucher sur des propositions innovantes qui pourront être suivies d’effets (follow up). S’agissant du forum sur « les sciences et techniques », deux préoccupations seront privilégiées : les impacts sur les Populations et les défis éthiques à l’aune de l’intelligence artificielle et de la robotique. A noter la prochaine réunion annuelle du Comité de Liaison et des ONG qui aura lieu les 17 et 18 décembre 2018 au siège.

Il est aussi fait allusion à la participation active des ONG et du Comité de liaison aux Journées internationales comme, sur la période récente, la journée de l’alphabétisation ou la journée internationale de la Paix. Sont à venir la Journée de la Fille et la journée de la Paix 2018, avec un thème spécifique, actuel et original : « Drones et Robots au service de la Paix ».

En conclusion, tout en reconnaissant la complexité qui peut caractériser l’organisation d’une plus active participation des ONG aux travaux ou réflexions du Conseil exécutif, le Comité de liaison a bon espoir que puissent être trouvées des réponses simples et constructives susceptibles d’aller de l’avant pour de meilleures interactions entre les États et les ONG.


II Débat : sur la question d’une plus grande implication des ONG dans les travaux du Conseil exécutif

Des interventions d’une quinzaine de délégués, on aura retenu tout particulièrement les points suivants :

  • d’abord mieux exploiter ce qui existe déjà dans le corpus des textes et des pratiques habituelles, sachant que certains membres du comité préféreraient s’en tenir là, tandis que d’autres seraient plus allants pour innover ;
  • bien préserver la nature intergouvernementale des travaux du Conseil exécutif : s’il y a des délégations extrêmement soucieuses à cet égard et qui l’ont fait savoir à plusieurs reprises, il y a bel et bien consensus : les ONG ne sauraient interférer dans le processus décisionnel, elles ont vocation à être uniquement observateur, voire conseiller (comme cela a été suggéré par une ONG, pourraient par exemple être envisagées des auditions), mais même avec cette limitation, il y a matière à progresser dans le dialogue et les interactions pour ainsi enrichir et éclairer les débats : meilleure compréhension des orientations stratégiques ou des décisions prises par les organes directeurs, ou, s’agissant des ONG, possibles contributions au titre de leur expertise technique et de leur connaissance du terrain ;
  • tout en soutenant bien évidemment toutes éventuelles améliorations concernant la participation aux travaux du Conseil exécutif, plusieurs délégations ont rappelé tout l’intérêt que peut revêtir la contribution des ONG à la conception ou l’exécution des programmes, cette dimension ne doit pas être perdue de vue ;
  • deux autres thèmes, nécessité d’une grande transparence de la part des ONG mais aussi des services en relation avec leur relation avec les ONG, et les considérations budgétaires ont fait l’objet de commentaires, parfois très incisifs, surtout le premier ;
  • comme dans d’autres domaines, il y aura lieu de bien consulter les parties prenantes, certains appellent à ne pas précipiter les choses, au demeurant les jalons sont quasiment fixés (2019 et la prochaine Conférence Générale) ; un délégué tend à plutôt positiver en suggérant qu’on peut progresser sans bouleverser les choses. Un délégué salue les effort conduits pour mieux associer les ONG et la société civile aux travaux de l’UNESCO et estime que le CDL est la meilleure instance pour aider à faire progresser la « cause » des ONG.

III Adoption d’un projet de Résolution

Au terme des échanges, a été mis au point un projet de résolution qui sera soumis au Conseil exécutif et qui fixe les grandes lignes directrices de la marche à suivre pour parvenir à une proposition concernant le dialogue avec les ONG et les interactions entre le Conseil exécutif et les ONG.

L’élaboration de la version finale a été laborieuse dans la mesure où certaines propositions d’amendements étaient loin de faire l’unanimité.

La discussion a bien fait ressortir l’existence de certaines réticences à l’ouverture, pour ne pas dire une certaine méfiance qui a conduit dans un premier temps à des propositions d’amendements visant à encadrer très précisément toute avancée, avec deux points suggérés : insistance pour s’en tenir à l’existant (avec mention explicite des outils disponibles à mobiliser prioritairement) et multiplication des exigences en matière d’information à fournir. De surcroît, une proposition de modification du texte visait à introduire de nouvelles exigences concernant les admissions de nouvelles ONG ou à demander des statistiques et même un rapport sur l’activité de toutes les ONG ce qui manifestement était hors sujet.

Finalement, la version retenue a pu être remaniée en retenant certaines des suggestions initialement avancées mais en les atténuant : ce qui était hors sujet a été naturellement abandonné, les demandes excessivement détaillées ont été exprimées plus globalement et de façon plus mesurée (notamment pour ce qui est de la transparence). Enfin, une incise qui tendait à associer le point traité dans le projet de résolution aux Réformes de l’UNESCO actuellement étudiées à été retirée. Il a été simplement convenu que le Président du CPNG ferait allusion à cette préoccupation lors de sa présentation orale au Conseil exécutif.

 

Éducation : Relier les Objectifs de Développement Durable

Le rôle clé de l’Éducation
pour
Relier les Objectifs de Développement Durable

UNESCO – 28 février 2018


Éducation en crise ? Un domaine encore trop souvent sous-financé, alors pourtant qu’une éducation de qualité ouverte au plus grand nombre est garante de développement. Défis à relever singulièrement dans les zones de conflits ou celles qui sont les plus reculées. Difficultés à surmonter, les partenariats et l’entraide sont de puissants facteurs de progrès…
Selon les derniers chiffres de l’UNESCO, bien que la situation s’améliore, le nombre d’enfants de niveau du primaire non scolarisés dans le monde atteindrait encore 63 millions.


Dans une manifestation conjointe de haut niveau à l’UNESCO le 28 février, Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO et S.A. Sheikha Moza Bint Nasser, Présidente de la Fondation « Education Above All » (EAA), ont exhorté les responsables politiques et civils à donner la priorité à l’éducation dans leurs stratégies et projets de développement. L’événement, intitulé « Relier les Objectifs de développement durable : le rôle clé de l’éducation », a rassemblé des leaders internationaux de divers secteurs pour explorer les moyens de s’attaquer à la crise mondiale croissante de l’éducation, qui touche des millions d’enfants et menace le développement économique. Un groupe d’experts a discuté du rôle central que joue une éducation de qualité pour la promotion des objectifs de développement durable (ODD).

Dans le cadre de cet évènement, illustration concrète de cette ambition en faveur de l’éducation, l’UNESCO et la Fondation EAA ont signé un accord élargi visant les enfants irakiens non scolarisés. Une exposition de panneaux didactiques permettait par ailleurs à l’EAA de présenter ses quatre principaux programmes centrés sur les enfants et les adolescents les plus marginalisés, dans des situations de conflits ou des régions difficiles à atteindre.

Dans une courte intervention d’ouverture Mme Audrey Azoulay a souligné que la réalisation de l’objectif de développement durable en matière d’éducation conditionne la réalisation de l’ensemble des objectifs de l’Agenda 2030. Citant des statistiques très éloquentes sur la contribution de l’éducation à la réduction de la pauvreté (-50%), à baisse de la mortalité infantile (-50%) et à la lutte contre le mariage précoce (-60%), elle a rappelé que « la transformation de notre monde commence par l’éducation. Recevoir une éducation de qualité, c’est acquérir une mentalité ouverte à la compréhension des autres, c’est nourrir la pensée critique, le meilleur rempart contre la tentation de l’extrémisme. Il s’agit de développer une citoyenneté responsable afin de comprendre les défis auxquels nous sommes confrontés et d’élaborer des solutions pour un avenir durable. Dans la lignée de notre partenariat avec « Education Above All », c’est par la coopération et l’engagement de tous que nous avancerons pour atteindre nos objectifs. »

S.A.Sheika Moza bint Nasser s’est exprimée longuement et avec conviction. Elle a dit son « exaspération » face à la communauté internationale pour son manque d’engagement politique en faveur de la promotion de l’éducation et de la lutte contre le nombre croissant d’enfants non scolarisés, en particulier dans les zones touchées par les conflits. Elle a appelé les gouvernements à « respecter le droit de chaque enfant à l’éducation, que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre » et à « cesser de jouer avec l’éducation ». Pour montrer qu’il est possible de progresser vers une éducation universelle à laquelle tout enfant devrait avoir accès, S.A. Sheikha Moza s’est engagée en 2012 à fournir une éducation primaire à 10 millions d’enfants par le biais du programme « Educate A Child » (EAC) de la Fondation EAA. Alors que l’évolution rapide du contexte mondial continue amène une augmentation toujours plus grande du nombre d’écoliers à former, le travail de la Fondation EAA montre que l’on peut faire face à ce besoin. « Je savais que c’était ambitieux, mais je voulais montrer que même des objectifs audacieux peuvent être atteints. Ce qui a commencé comme un défi personnel s’est rapidement transformé en une coalition mondiale. Aujourd’hui, avec l’appui de nos nombreux partenaires, nous tiendrons bientôt notre promesse envers les enfants non-scolarisés ». L’approche de partenariat d’EAC et de collaborations avec des organisations de différents secteurs est fondamentale pour la réussite du projet. Dans le cadre du partenariat de longue date de l’EAA avec l’UNESCO, S.A. Sheikha Moza a annoncé un accord élargi pour atteindre 150 000 enfants non scolarisés de plus en Irak et un total de 335 000 enfants non scolarisés dans 11 pays d’ici 2021.


L’événement s’est poursuivi par une table ronde intitulée : « Atteindre les enfants les plus marginalisés: approches intégrées pour sortir de la crise de l’enfance non-scolarisée ». Parmi les participants, M. Qian Tang, Sous-Directeur général pour l’éducation à l’UNESCO, M. Jérémie Pellet, Directeur général adjoint de l’Agence française de développement, M. Jacky Lumarque, Membre du Conseil d’Administration International et Président de la Région Amérique Latine et Caraïbes d’Aide et Action, M. Manuel Patrouillard, Directeur Général de Humanité et Inclusion (anciennement Handicap International) et enfin Mme Valerie Guarnieri, Sous-Directrice Exécutive du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

M.Jérémie Pellet (AFD) a indiqué que la France a fait de l’éducation une priorité du quinquennat et qu’effectivement l’éducation est mondialement sous-financée. L’AFD a consacré 5 milliard d’euros au soutien de l’éducation. Elle agit à travers un vaste réseau de partenaires : pays et partenaires institutionnels comme l’UNESCO. Ses soutiens ont été apportés au Pôle de Dakar, au Partenariat Mondial pour l’Éducation, à la société civile et à des ONG.

M. Quian Tang (UNESCO) a insisté sur le rôle des ODD dans la définition par les pays de leurs programmes de développement. L’éducation est la pierre de touche du développement durable.

Comme l’a souligné Mme Valerie Guarnieri (PAM) l’éducation doit être considérée comme un écosystème : d’autres domaines influencent l’éducation et vice versa. A l’appui de son argument, elle a souligné l’importance de la nourriture dans les écoles pour encourager les enfants à rester à l’école et améliorer leurs résultats.

M. Patrouillard (Humanité et Inclusion) a insisté sur la situation des enfants handicapés : 95% des enfants handicapés sont non scolarisés. Il faut un environnement et des programmes pour les amener à l’école. C’est un travail qui doit être fait ensemble avec les parents, les travailleurs sociaux et les enseignants. Les enseignants doivent être formés à une éducation inclusive, puis qu’ensemble tous les enfants accueillent les enfants handicapés.

M. Jacky Lumarque (Aide et Action) a résumé leur action et celle de multiples partenariats pour la scolarisation des enfants au Cambodge : 23 000 enfants disséminés dans de petites communautés difficiles à atteindre. La mobilisation des familles est essentielle ainsi que les relations avec l’État.

En conclusion de ce rendu :

Le Rapport Mondial de Suivi sur l’Éducation (GEM Report) de 2016 a mis en exergue le fait que, malgré l’impact de la croissance démographique, le nombre d’enfants non scolarisés dans le monde a fortement baissé au cours des quinze dernières années (ils étaient environ 100 millions en 2000 contre 63 millions aujourd’hui) mais que la situation reste particulièrement préoccupante. Il faut féliciter la Fondation « Education above All » (EAA) pour son engagement et pour son programme « Educate a Child » (EAC). A l’heure actuelle, ses activités sont centrées principalement sur les pays du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est. Il est à souhaiter qu’elle puisse élargir son champ d’action à l’Afrique sub-saharienne où se trouvent 50% des enfants de niveau primaire non-scolarisés du monde.

DG/18-03-2018

Éducation et protection de la petite enfance : Berceau de la cohésion sociale

Colloque international du 5 et 6 mars


Miser sur une éducation de qualité en faveur de la Petite enfance pour avancer sur des chemins d’harmonie, dans des sociétés plus inclusives, plus justes : un défi à relever, une contribution décisive pour garantir la Paix.


Ce colloque a été organisé par la Délégation de la France auprès de l’UNESCO et la Commission nationale française pour l’UNESCO en partenariat avec le Secteur Éducation de l’UNESCO (dans le cadre des Objectifs du développement durable), l’UNICEF, la Caisse d’Allocations familiales, les éditions Nathan.


La Directrice Générale, introduisant le colloque, a fait remarquer que nous passions d’un luxe pour certains à une nécessité pour tous en traitant de l’Éducation de la petite enfance, car l’ensemble des jeunes enfants était concerné. Éduquer et protéger est un investissement plus économique que devoir réparer les dégâts dus aux manques. Pour les responsables misant sur la cohésion sociale, il s’agit de Bien Commun et de Responsabilité collective. Madame Azoulay a conclu en citant une chilienne : “ Beaucoup de choses peuvent attendre, mais les enfants ne peuvent pas attendre : leur nom est Aujourd’hui ”.


L’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE) est la deuxième cible de l’Objectif de Développement Durable (ODD 4) sur l’éducation. Dans le débat sur les questions éducatives et sociales, une place importante est désormais accordée à la petite enfance, car un accès précoce à l’apprentissage et au bien-être sont des garanties pour favoriser un vivre-ensemble harmonieux et une société inclusive. Il faut noter que les organisateurs de ce colloque ont adopté la définition onusienne de la petite enfance: période allant de 0 à 8 ans, qui peut couvrir un champ différent ailleurs dans le monde.

L’objectif de ce colloque tel que déclaré préalablement par les organisateurs a été (i) de justifier le positionnement du domaine de lEPPE comme un élément central de toute stratégie visant à combattre les excessives inégalités et promouvoir ainsi la cohésion sociale ; (ii) d’appeler à investir davantage dans le secteur de l’éducation de la petite enfance (0 à 8 ans) et surtout (iii) de formuler une réflexion qui sera incorporée dans un « manifeste de la petite enfance » soumis à l’appréciation de la prochaine Conférence Générale.

Le colloque a été structuré autour des cinq tables rondes suivantes :

  • Éducation et bien-être physique, moral, social : comment gommer les inégalités ?
  • Qu’apprendre et comment apprendre ?
  • L’encadrement et l’accompagnement : familles, enseignants, personnels d’accueil. Quelle synergie ?
  • Quelles solutions aux défis de l’inclusion ?
  • Les décideurs politiques : quelle place accorder à l’éducation et la protection de la petite enfance dans les systèmes éducatifs et sociaux ?

Ont participé aux échanges internationaux des universitaires, des chercheurs, médecins, fonctionnaires, des décideurs politiques, ministres de l’éducation notamment, un représentant de la CONFEMEN – Conférence des Ministres de l’Éducation des États et Membres de Gouvernement de la Francophonie – venant du Sénégal. La “cheville ouvrière” du Colloque, est Madame Suzy Halimi, présidente honoraire de l’Université Sorbonne – Nouvelle Paris 3, pour la Commission nationale française de l’Unesco.

Certains échanges ont particulièrement retenu l’attention :

Le Professeur Olivier Houdé, (Université Paris Descartes, France) et le Professeur Stanislas Dehaene (Collège de France, Président du tout nouveau Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale) ont fait des interventions très complémentaires basées sur les apprentissages/sciences cognitives en s’appuyant sur les neurosciences et, en particulier sur l’imagerie du cerveau, grâce à l’IRM.

Le Professeur Houdé a développé les thèses de Piaget concernant l’éveil de l’enfant, passant par le constructivisme, stade par stade. Et aussi les approches actuelles, mettant en évidence l’action de réseaux neuronaux dynamiques et non plus linéaires, l’activité du cortex pré frontal, qui permet l’adaptation aux changements dans la mémoire de travail des jeunes enfants et continue de fonctionner chez les adultes.

Grâce au Professeur Dehaene nous avons aussi appris que chaque cerveau était différent : les sillons sont différents et sont en place avant la naissance de l’enfant. Il a expliqué les différentes inter- actions dans le cerveau de personnes pour l’apprentissage de la lecture, en comparant l’imagerie cérébrale de ceux ayant ou n’ayant pas appris à lire. Le coté temporal gauche de nos cerveaux sert à cet apprentissage, alors qu’auparavant il est le lieu de la reconnaissance des visages. Il se livre une compétition dans le cortex, lors de l’apprentissage. Les aires visuelles et auditives sont améliorées par la reconnaissance des graphèmes et des phonèmes, et les connexions sont modifiées. Il est alors important d’automatiser, de « routiniser » la lecture par des essais fréquents, cela permet l’élargissement du vocabulaire. Le Professeur Dehaene a été formel, seule la méthode phonique d’apprentissage permet de lire des mots nouveaux. En effet si le sujet se concentre sur le déchiffrage des mots pour les comprendre, il ne peut en même temps en saisir le sens (par exemple un énoncé de problème arithmétique ) avec un certain humour il a ciblé des publications de l’Unesco ne tenant pas compte de ces découvertes !. Nous avons encore noté que plus une langue est transparente, comme l’Italien où toutes les lettres se prononcent, moins la surface de l’aire du langage est grande. On constate un écart d’environ un an pour l’apprentissage entre l’anglais et l’Italien, le Chinois demande encore plus de temps, à cause de sa complexité .

Le Professeur Houdé, a montré qu’au plan cognitif, deux mécanismes sont à l’œuvre chez l’enfant : celui de l’activation et celui de l’inhibition, ce dernier étant important pour permettre un bon développement des facultés cognitives (exemple : l’attention sélective qui doit être vue non comme un facteur restrictif mais comme une manifestation d’intelligence et une source de développement). Des chercheurs ont montré que les capacités d’inhibition cognitive et comportementale sont fortes chez les jeunes enfants d’âge scolaire (école élémentaire), et qu’en conséquence elles gagnent à être cultivées dès la petite enfance pour aider à un bon développement. Ainsi, capable d’acquérir un contrôle de soi dès son jeune âge, la petite enfance peut contribuer à sa mesure à la paix de l’humanité en harmonie avec le monde adulte. Ce que l’intervenant a exprimé par l’expression : « Des neurones pour la paix » ! Cela revient à dire que l’enfant capable de se décentrer du contentement de lui même qu’est l’égocentrisme, devient capable d’aller vers les autres.

Pour ce qui est de l’intégration sociale dès la maternelle par l’éducation, Mme Pascale Garnier (Professeur, Université Paris 13, France) a fait une comparaison entre l’éducation de la petite enfance en France et en Norvège. Ainsi, ce pays dispose d’un système “intégré” d’apprentissage (ce sont des apprentissages spontanés, des découvertes de l’espace environnant, non guidés par les enseignants). Cela offre une approche plus équilibrée des soins et de l’éducation, par rapport au système français dans lequel les apprentissages sont “divisés” en différents groupes (langagiers, cognitifs, corporels). Les enfants sont alors moins réactifs aux propositions des adultes.

Une cause de difficultés tient aussi au fait que le système éducatif français ne coopère pas beaucoup avec les parents.

L’école en France reste élitiste et fortement sélective. L’organisation de son système est fractionnée, la compétition est présente dès la maternelle, la réussite scolaire est un élément primordial d’appréciation. La Norvège dispose d’un système d’éducation moins clivant, avec un meilleur ratio enfants/enseignants dans lequel les enfants coopèrent entre eux, pour être au même niveau de compréhension.

Beaucoup plus qu’en France, l’objectif de la société norvégienne apparaît au travers de son système éducatif comme l’expression d’un choix en faveur d’une grande solidarité.

Une autre approche très novatrice a été celle du Dr Anne Lise Ducanda, sur l’utilisation et l’exposition aux tablettes pour les jeunes enfants ( avant 3 ans)

Il y a exposition passive des enfants, qui côtoient les multiples écrans de leurs parents, et peuvent très jeunes physiquement réagir – pleurs, raidissements , agitation “ à l’écran noir”. Il y a aussi l’exposition active des enfants lorsque les écrans interactifs deviennent leur doudou ou leur nounou.

Entre 0 et 5 ans le cerveau est malléable et des changement d’images trop fréquent peuvent le stimuler de manière excessive. Les médecins alertent sur l’augmentation de troubles du comportement et de la relation induits par une exposition excessive aux tablettes que les enfants manipulent .Cette surexposition empêche une stimulation adaptée et nécessaire du cerveau, comme le toucher à pleine main d’une pomme par exemple, ce qu’une pomme représentée sur une tablette ne permet pas. Le bébé a besoin de bouger, de trier, transporter, regrouper, déplacer . C’est ainsi que son cerveau développe des connexions. Cela permet de passer par les trois acquisitions que sont : l’effort, l’attente et la frustration, nécessaires pour une entrée sereine à l’école. En revanche le même cerveau supprime les connexions non utilisées, il y a donc un danger réel et un risque de problème de santé publique avec la surexposition aux écrans. En revanche si on s’y prends tôt pour régler l’ addiction chez les enfants, les risques sont réversibles.

Conclusion : il nous faut des aides éducatives pour limiter la place des écrans dans nos environnements, tous âges confondus. Il convient d’associer avec mesure les matériels technologiques aux apprentissages concrets, qui demeurent indispensables.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale française a précisé, dans une video, les quatre axes qu’il fixe pour l’école élémentaire (lire, écrire, compter et respecter autrui) Il a indiqué l’attention particulière qu’il fallait accorder dans le milieu scolaire aux élèves en situation de handicap, avec des besoins spécifiques. Son souhait est de créer une école de la confiance.

La cinquième table ronde dédiée aux décideurs politiques et à la place de l’éducation et de la protection de la petite enfance dans les systèmes éducatifs et sociaux a donné lieu à plusieurs présentations d’expériences nationales :

Le ministre de l’éducation des Émirats Arabes Unis, monsieur Hussain Bin Ibrahim Al Hammadi a parlé du numérique et d’autres aspects de l’éducation dans les Émirats Arabes Unis. Ainsi, il a exprimé l’idée que les enfants vivent beaucoup dans le monde virtuel, plus que dans le monde réel et que nous utilisons seulement 10 % des fonctionnalités des appareils que nous utilisons. Il a mis l’accent sur le fait que les Émirats sont attentifs à l’égalité garçons filles dans l’accès au savoir, Éducation comme “nouvel or noir” pourrait on dire ! Aux yeux du ministre, l’éducation est une condition essentielle pour assurer une vie pacifique, et il importe de se préoccuper d’en faire bénéficier le plus grand nombre dès la petite enfance. C’est ainsi qu’il affiche un taux de 80% de scolarisation au niveau de l’école maternelle, les filles bénéficiant de la même éducation que les garçons, ce qui se constate ensuite au niveau des diplômes et des emplois.

Mme Ana Maria Nieto – directeur de l’Éducation et protection de la petite enfance au ministère de l’Éducation de Colombie a parlé de la petite enfance dans le contexte du conflit avec les FARC. Sur les négociations qui ont débouché sur la signature du traité de paix signé en 2016. Elle s’est beaucoup concentrée sur les inégalités sociales. Si on veut en finir avec les violences, il faut traiter correctement la question des inégalités sociales au travers de l’éducation. Les Colombiens se sont donné quinze ans pour un accès généralisé à la scolarisation de la petite enfance. Un plan de développement dans le domaine de l’enfance rurale a été également élaboré pour donner un bon départ dans la vie à tous ces enfants.

Mme Denise Houphouët-Boigny, déléguée permanente de la Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO a présenté une courte description de l’éducation de la petite enfance en Côte d’Ivoire. Ainsi, il n’y a pas de structure publique pour les 0 – 2 ans, 55 % des enfants à 2 ans ne sont pas vaccinés. L’état de nutrition n’est pas assuré correctement dans cette tranche d’âge. Peu de ces enfants sont déclarés à l’état-civil, il est donc difficile d’établir le taux de scolarisation préscolaire (3 – 5 ans) l’école ne devenant obligatoire qu’ à partir du primaire (6 – 8 ans). Devant ce diagnostic sans complaisance, elle identifie 3 énormes défis : investir et s’investir dans le pré scolaire; mettre les acteurs en concertation ; avoir des connaissances sur la petite enfance. Son souhait serait qu’à coté de toute école primaire il y ait une école pré scolaire.

En Indonésie, qui représente la quatrième population mondiale, la situation est difficile car le territoire est constitué de nombreuses îles, les langues parlées sont multiples, les situations sont très diverses. Monsieur Dwi Pryono (directeur par intérim de la SEAMEO – Centre Régional pour la protection et l’éducation de la petite enfance) reconnaissant que la qualité de l’éducation des filles passe par une éducation de la petite enfance, souhaite élargir les partenariats de financement pour la formation des femmes et des jeunes filles.

A une question du représentant sénégalais de la CONFEMEN, portant sur les conditions de réussite des projets concernant l’éducation et la protection de la petite enfance, Monsieur Albert Claude Benhamou (conseiller pour le numérique et la santé auprès du Président de la Commission nationale française pour l’UNESCO) a précisé combien il convenait de respecter les instances nationales dans leurs prises de décisions, sachant aussi combien le facteur temps était incontournable pour faire bouger les habitudes.

En conclusion, il a été a souligné à quel point l’éducation de la petite enfance reste dépendante des conditions économiques du pays, tout en rappelant que la manière dont elle est mise en place conditionne la cohésion sociale. On a aussi insisté sur la nécessaire implication concertée des parents, des professionnels et des décideurs pour parvenir à une sorte d’optimum dans l’organisation de ce volet essentiel des systèmes éducatifs, que ce soit dans un cadre général d’éducation ou dans un cadre post-conflit.

Le traitement convenable de l’éducation et de la protection de la petite enfance est à mettre en rapport avec la défense du principe de « citoyenneté mondiale ». L’ONU ne manque pas de souligner à quel point l’éducation sert à la construction durable d’une culture de la paix.

Les moyens à mettre en œuvre pour l’aboutissement de ce colloque peuvent être résumés par les 3 verbes choisis par madame Suzy Halimi pour sa conclusion :

  • Investir (dans la formation des enseignants)
  • Promouvoir ( la synergie pour éviter la dispersion des moyens)
  • Organiser (la gouvernance : un pilote, des ministres et des municipalités dans la durée)

Avec Madame Halimi nous constatons et regrettons que la formation des mères n’ait pas été évoquée, comme composante avec celle des pères, d’un partenariat réussi au service de l’éducation de leurs jeunes enfants dont ils demeurent conjointement, par nature et par devoir, les premiers responsables.

Institut International de Planification de l’Éducation : débats stratégiques 2018

Débats stratégiques 2018
de
l’I
nstitut International de Planification de l’Éducation


1er Débat : Compétences socio-affectives et l’agenda pour l’Éducation 2030

23 février 2018


L’éducation en crise ? … Des millions de jeunes ne maîtrisent pas les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul, mieux enseigner ces « fondamentaux » est ce suffisant ? Débat. De l’importance de la dimension cognitive, mais aussi de facteurs « socio-affectifs » qui renvoient à cinq aptitudes à développer de façon appropriée selon les âges et les cultures : la maîtrise de soi (stabilité émotionnelle), l’application (être consciencieux), l’amabilité, l’ouverture d’esprit, et l’ouverture aux autres. Assurément, il faut aller au-delà des évidences, ou des idées réductrices pour atteindre ainsi une Éducation de qualité, ce grand objectif de l’agenda 2030 (ODD 4).


En ouverture du cycle 2018 des débats stratégiques de l’IIPE, Mme Suzanne Grant Lewis, Directrice de l’IIPE, a tenu à en préciser la vision, celle « d’aller au-delà des évidences » :

« Il y a unanimité sur la question : nous sommes en présence d’une crise mondiale en matière d’éducation, avec des millions d’enfants et de jeunes incapables de réaliser des tâches fondamentales comme lire, écrire et calculer. Il y a en revanche débat sur ce qu’il convient d’enseigner aux enfants et ce qui favorise une éducation de qualité pour tous, permettant une évolution rapide de la situation. Pour atteindre les objectifs d’apprentissage de l’Objectif de Développement Durable 4 – ODD 4, nous devons aller « au-delà des évidences » et discuter de nouvelles idées et stratégies qui établiront une nouvelle définition de l’apprentissage tout en assurant que tous y aient accès. C’est à cela que s’attachera l’IIPE dans ses débats stratégiques 2018.

Le premier débat, conduit par Dirk Van Damme, responsable de division au sein de la Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE, portait sur le rôle fondamental des compétences socio-affectives. Pour lui, compter, lire, écrire, sont évidemment les compétences de base que les enfants doivent acquérir à l’école, mais pourquoi ne pas y adjoindre le souci du travail bien fait, l’aptitude à interagir avec autrui de manière adaptée, l’ouverture d’esprit ou la gestion de ses émotions ?

Pour Dirk Van Damme ces facultés essentielles, non cognitives, qu’on peut regrouper sous le terme de « compétences socio-affectives », doivent être intégrées et traitées avec une égale importance dans les systèmes éducatifs modernes du vingt-et-unième siècle, parallèlement aux compétences cognitives.

Elles s’inscrivent dans les objectifs d’apprentissage de l’ODD4. Ainsi, la référence aux « acquis véritablement utiles » dans la cible 4.1 et aux « jeunes et [adultes] disposant des compétences […] nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entreprenariat » dans la cible 4.4 renvoie non seulement aux aptitudes cognitives mais aussi aux facultés non-cognitives telles que la résolution de problèmes, le raisonnement critique, le travail d’équipe et la résolution de conflits.

Elles sont cruciales dans la vie professionnelle et les recherches ont également montré qu’elles ont des incidences importantes sur la santé, le progrès social, le bonheur et même la mortalité de l’être humain.

Les recherches psycho-sociologiques ont identifiées cinq grandes catégories de compétences socio-affectives, les « Big Five » : la stabilité émotionnelle (emotional stability), le fait d’être consciencieux (conscientiousness), l’amabilité (agreableness), l’ouverture d’esprit (openess to expérience), le fait d’être extraverti (extraversion).

Plusieurs conclusions ressortent de ces recherches. L’apprentissage de ces cinq grandes compétences socio-affectives est possible (elles évolueront aussi avec l’âge, l’expérience et le cours de la vie). Tout apprentissage (cognitif et non-cognitif) est intrinsèquement social et affectif. Les cinq compétences socio-affectives peuvent être évaluées à travers les cultures : elles sont comparables à travers les cultures. Des recherches basées sur les cinq compétences ont été conduites dans un large éventail de pays et de cultures, les domaines et sous-domaines des cinq compétences ont été identifiés dans presque toutes les cultures, les principales différences sont indiquées dans la composition interne du modèle.

Sur la base de ces conclusions, le Centre de Recherche et d’Innovation en Éducation (CERI) de l’OCDE a lancé une enquête internationale sur les compétences sociales et affectives qui vise à évaluer des élèves de 10 et 15 ans dans plusieurs villes et pays dans le monde entier, en identifiant les conditions et les pratiques qui favorisent ou entravent le développement de ces compétences critiques. Cette enquête vise à évaluer les niveaux de compétences, à identifier les facteurs contextuels importants, à montrer qu’une telle étude est possible et à créer des instruments pour les cycles suivants. Les résultats de cette enquête seront disponibles en 2019.

S’il est évident que les compétences socio-affectives ont un rôle fondamental à jouer dans l’éducation aujourd’hui, et qu’elles font partie de tout processus d’apprentissage, les responsables et autres acteurs du secteur éducatif ne sont pas toujours conscients de leur importance. Comme on a pu l’entendre lors du débat, ces compétences doivent être évaluées au même titre que les autres afin de veiller à ce qu’elles soient effectivement acquises par tous les enfants et les jeunes, ce qui les aidera à s’adapter rapidement et avec succès à un avenir incertain.

Carmel Gallagher, spécialiste au Bureau international d’éducation (BIE) de l’UNESCO et discutante lors du débat, a déclaré que, bien que ne défendant pas l’idée d’une évaluation (dans le sens général du terme), elle l’accepterait sans peine si celle-ci pouvait contribuer à assurer l’éducation et le bien-être des enfants dans une perspective holistique, pour un progrès social global.

PS. Le 12 mars, le prochain débat stratégique de l’IIPE traitera de « L’enseignement supérieur comme bien commun ».

DG/06-03-18

Diversité linguistique et multilinguisme pour construire la paix

Journée internationale de la langue maternelle – 21 février 2018

« Diversité linguistique et multilinguisme : des outils essentiels au développement durable et à la paix »


La Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque année le 21 février depuis 19 ans, et soutenue cette année par l’Organisation Internationale de la Francophonie, est l’occasion pour l’UNESCO de réitérer son engagement pour la diversité linguistique et de rappeler que la diversité linguistique et le multilinguisme sont essentiels pour le développement durable et la paix. La promotion de l’éducation multilingue fondée sur la langue maternelle pour les premières années de scolarisation de l’enfant en est un des éléments clés. Cette année est aussi celle de la commémoration du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule qu’aucune discrimination ne peut se baser sur la langue (Art 2)

Ouverture de la Journée

Elle a été marquée par plusieurs brèves allocutions : celle de Mme Lydia Ruprecht, Division pour la paix et le développement durable, Secteur de l’éducation, UNESCO, de Mme Soo-Hyang Choi, Directrice, Division de l’éducation pour la paix et le développement durable, UNESCO, de S.E. M. Kazi Imtiaz Hossain, Ambassadeur du Bangladesh en France et Délégué permanent auprès de l’UNESCO, de M. Evgeny Kuzmin, VP du Conseil intergouvernemental du Programme de l’UNESCO sur l’information pour tous (PIPT) et de Mme Véronique Taveau, Directrice de la communication de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Les intervenants ont souligné que les langues sont un élément fondateur de l’identité de toutes personnes. Dans son message à l’occasion de la Journée, Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO, déclarait : « Une langue est bien plus qu’un moyen de communication : c’est la condition même de notre humanité. En elles se sédimentent nos valeurs, nos croyances, notre identité. Grâce à elles se transmettent nos expériences, nos traditions nos savoirs. La diversité des langues reflète la richesse irréductible de nos imaginaires et de nos modes de vie.»

Des programmes concrets mis en place par les pays ont été évoqués. Le Bangladesh s’est engagé à fournir un accès à l’éducation à tous les groupes ethniques et linguistiques dans leurs propres langues. Des manuels dans les langues locales sont distribués gratuitement. En Russie, il y a 100 langues autochtones, même si le russe est la langue nationale, chacune de ces langues est représentée dans le système éducatif. La Francophonie soutient l’initiative École et Langues Nationales en Afrique (ELAN) qui vise à la promotion et à l’introduction progressive de l’enseignement bilingue articulant une langue africaine et la langue française au primaire. Elle a également lancé un cours en ligne ouvert et massif (MOOC) « Comprendre et analyser les enjeux du développement durable » que 12 000 participants ont déjà suivi.

Vidéo – UNESCO Green Citizens – Les savoirs locaux au Nicaragua

Promouvoir et transmettre les savoirs autochtones. La réserve de Bosawas est le lieu d’habitation des autochtones Mayangna. Après plusieurs séries d’entretiens, de discussions et de commentaires avec les membres de la communauté, le projet a débouché sur la publication d’un livre de plus de 400 pages sur les connaissances et savoir-faire mayangna. Le livre publié est en deux langues : Mayangna et espagnole. Il capture minutieusement l’étendue et la profondeur des connaissances autochtones sur le monde aquatique. La vidéo témoigne en 10 minutes d’une mise en pratique de ces connaissances avec des jeunes enfants sur le terrain.

Présentation et Débat 

Présentation : M. Billal Fouad Barakat, Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM Report), UNESCO : Langue d’enseignement et alphabétisation en contexte multilingues.

Comment apprendre quand on ne comprend pas ? Un très grand nombre d’enfants ne reçoivent pas un enseignement dans la langue qu’ils parlent à la maison. Au niveau mondial, 40% des jeunes enfants ne sont pas scolarisés dans une langue qu’ils comprennent. Aujourd’hui dans 21 pays d’Afrique sub-saharienne, l’enseignement est donné dès le primaire dans la langue internationale de la région. Les enquêtes montrent pour ces enfants un retard significatif dans leur niveau d’alphabétisation par rapport aux enfants dont l’enseignement a été donné jusqu’au niveau du secondaire dans leur langue maternelle.

Le travail d’enquête et les conclusions du Rapport mondial de suivi sur l’éducation insistent sur le fait que l’enseignement devrait être donné en langue maternelle pendant 5 ans, qu’il est nécessaire que les professeurs soient formés à enseigner en langues maternelles et que des manuels scolaires en langues maternelles soient mis à leur disposition et à celle des enfants.

Débat : « Nos langues, nos atouts »

Quatre intervenants sont venus apporter leur expérience sur la défense des langues locales.

Mme Capucine Boidin, Anthropologue, Institut des Hautes Études d’Amérique Latine (IHEAL), Sorbonne. Elle a travaillé longuement au Paraguay (et reste en lien avec ce pays) sur la question de la langue guarani dans le contexte d’un pays où l’espagnol était la langue dominante. Les personnes parlaient guarani mais écrivaient en espagnol. En 1992 le guarani a été reconnu comme langue nationale au même titre que l’espagnol. C’est un défi énorme qui a marqué un tournant pour le pays avec un renforcement du sentiment d’identité et d’estime de soi.

M. Patrick Mouguiama-Daouda, Linguiste, Professeur à l’université Omar Bongo, Libreville, Gabon. Quelle place a la langue locale dans le pays ? Il peut y avoir un sentiment de refus, qu’est-ce que représente l’identité ancienne pour des populations qui n’ont plus de territoires et de culture ? Pour que vivent les langues locales il faut un engagement des communautés locales. Les langues du Gabon et du sud Togo sont en danger et il est difficile de trouver un financement pour les promouvoir, mais quel est le nombre de personnes qui les parlent ?

Mlle Victoria Exley, Chargée des politiques et des plaidoyers en matière d’éducation, représentante de « Global book Alliance » (GBA). S’il n’existe pas de livres en langue locale il y a évidemment un problème de fond. L’Alliance mondiale du livre est un partenariat d’agences donatrices, d’institutions multilatérales et d’organisations de la société civile qui se sont engagées à apporter des livres à tous les enfants du monde d’ici 2030, dans la langue que les enfants utilisent et comprennent (y compris le braille et la langue des signes). Pour promouvoir plus largement l’accès aux livres, GBA vient de lancer le projet d’une bibliothèque numérique mondiale (Global Digital Library – GDL) avec un accès en ligne et des licences libres. Un partenariat spécifique est à l’essai au Cambodge, où les besoins sont vastes du fait de la multiplicité des langues. Il s’agirait de fournir des livres et de créer un poste de radio.

M. Sebastian Drude, Linguiste, Centre international Vigdis des langues du monde, Islande. Il y a 7000 langues dans le monde, tous les 15 jours une langue disparaît. Cela est particulièrement vrai aux États-Unis et en Australie. Les langues ne seront utilisées que si les populations sont fières de leurs langues et disposeront de livres dans la langue locale. Pour ce qui est des migrants, quel est le respect de leur langue dans le pays d’accueil, dans quelle langue s’exprimeront leurs enfants ?

Conclusion

Le multilinguisme a été le fondement des sociétés pendant des siècles, ce n’est qu’à l’époque moderne que sont apparus des langues dites « dominantes ». Le phénomène est encore plus marqué aujourd’hui avec la prédominance de l’anglais en particulier dans les sphères du scientifique et du numérique.

La diversité des langues, comme la diversité culturelle, est à protéger. S’il existe des arguments éducatifs forts en faveur de l’enseignement dans la langue maternelle, il est également nécessaire de veiller à ce que l’éducation assure à la fois, et d’une manière équilibrée, la capacité à employer les langues locales et un accès aux langues mondiales de communication.

DG/27-02-18

 

Programme hydrologique international : PHI – 56ème session

 Bureau du Programme hydrologique international (PHI)

56ème session du 20 au 22 février 2018


AGENDA :
Le Bureau a examiné les développements institutionnels au sein de l’UNESCO, y compris la proposition d’une Nouvelle architecture mondial de l’eau, la mise en œuvre du programme et son aspect budgétaire

Résumé :
L’impression générale après avoir assisté à 2 journées de présentations est que le PHI est, à l’heure actuelle, dans une mauvaise phase et cela pour 2 raisons qui seront développées ci-dessous :

  • Une concurrence effrénée entre pas moins de 70 institutions qui gravitent autour de l’eau et souvent sur les mêmes sujets.
  • La coupe de son budget de 70%, suite au retrait récent des USA, Israël. La réaction à ce retrait dicté unilatéralement par le président des USA Donald Trump est l’explosion des dépenses extra-budgétaires financées directement par certains État Membres sur des sujets spécifiques, par compensation.

Quatre sujets sélectionnés dans les débats :

 1. Trois exemples sur la concurrence au sein de l’ONU entre acteurs « Eau »

1.1 Proposition d’une Nouvelle Architecture Globale de l’Eau (sous-point 3.2 de l’ordre du jour)

Le compte rendu du CCIC de la réunion du PHI en date 20 Septembre 2017 finissait dans ces termes :

« La NOUVELLE ARCHITECTURE GLOBALE DE L’EAU (NAG) n’est pas un concurrent du PHI, mais devrait le rendre plus efficace. Tous les États membre qui ont pris la parole lors de cette réunion ont souligné l’importance du PHI et de son maintien.
A suivre… »

Rappel historique (document UNESCO) :

Dans son rapport final de novembre 2015, le Conseil consultatif sur l’eau et l’assainissement (UNSGAB) du Secrétaire général de l’ONU propose l’établissement, dans le cadre des Nations Unies, d’un comité intergouvernemental sur l’eau et l’assainissement et d’un groupe de haut niveau sur la recherche scientifique et les pratiques relatives à l’eau et à l’assainissement ; il préconise en outre le renforcement d’ONU-Eau afin que ce mécanisme joue son rôle de secrétariat pour les nouveaux organes.

Sur la base de la proposition de l’UNSGAB, plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suisse ont lancé “Une initiative en faveur d’un organe intergouvernemental des Nations Unies sur l’eau” et plaidé pour la création d’un tel organisme afin :

  • d’encourager le suivi et l’examen de la mise en œuvre de l’ensemble des ODD (Objectifs de Développement Durable) et cibles relatifs à l’eau ;
  • de fournir des apports thématiques essentiels au Forum politique de haut niveau pour le développement durable mis en place par les Nations Unies.

La principale raison qui a incité à proposer la création d’une nouvelle agence de l’eau et l’établissement d’un dialogue est l’absence d’un organe intergouvernemental consacré à l’eau. Le dialogue au niveau opérationnel aidera en outre les États membres à discuter et décider de la future mise en place d’une architecture globale de l’eau au niveau mondial.

Au cours des dialogues suivants, à New York (le 22 mars et le 30 mai), les participants ont suggéré et consigné dans le document final des consultations des “Moyens possibles d’améliorer l’intégration et la coordination”, comme suit:

  • Procéder à un examen des activités en cours des organismes et mécanismes des Nations Unies en vue d’identifier les lacunes potentielles, les chevauchements et les domaines où la coopération pourrait être intensifiée,
  • Renforcer ONU-Eau et son mandat et accroître les contributions à ONU-Eau des membres d’autres organismes des Nations Unies, afin d’améliorer l’interaction avec les États membres,
  • Examiner la valeur ajoutée et les faiblesses des différentes plateformes, y compris la Décennie de l’eau ; formuler des orientations cohérentes et superviser les activités de contrôle et de suivi,
  • Faciliter l’utilisation des initiatives et cadres existants auxquels pourraient être intégrées les activités et ressources pertinentes par le partage des données d’expérience et des meilleures pratiques, mobiliser de nouvelles sources de financement et renforcer les capacités (également aux niveaux national et local),
  • Assurer une meilleure intégration des objectifs et cibles relatifs à l’eau dans le cadre plus général du HLPF,
  • Utiliser les examens nationaux volontaires au sein du HLPF pour s’assurer que les pays relèvent les défis liés à l’eau,
  • Inviter les commissions économiques régionales des Nations Unies à accueillir des discussions sur les ressources en eau et à partager les meilleures pratiques et les leçons de l’expérience,
  • Examiner les liens avec la réforme en cours du système des Nations Unies pour le développement.

Rôle actuel du PHI (document UNESCO) :

Il y a quarante-deux ans, considérant les résultats de la première Décennie hydrologique internationale, les États membres de l’UNESCO ont décidé de créer le premier programme intergouvernemental relatif à l’eau, le Programme hydrologique international (PHI), afin de relever les défis mondiaux.

Aujourd’hui le PHI est le seul programme intergouvernemental du système des Nations Unies consacré à la recherche hydrologique, à la gestion des ressources en eau et à l’éducation et au renforcement des capacités dans le domaine de l’eau. Si, depuis sa création, il a évolué pour adapter ses orientations thématiques aux besoins des États membres, de programme purement axé sur la collecte des données et la recherche scientifique à programme de gestion des ressources en eau et de renforcement des capacités, il n’en va pas de même de sa gouvernance.
Le PHI compte 168 pays membres, dont 70 % sont représentés au niveau ministériel et 30 % le sont par des universitaires ou des chercheurs. Les membres du système de gouvernance du PHI sont des techniciens (généralement du niveau de directeur ou d’expert technique), d’où un déficit de gouvernance au niveau ministériel.
La création récente de la NAG parallèlement au PHI montre la concurrence exacerbée entre de nombreuses institutions sur le sujet de l’Eau.

1.2 Concurrence/ collaboration sur les bassins transfrontaliers.

Dans le cadre de l’ODD 6.5.2, l’inventaire récent des aquifères au niveau mondial a mis en évidence 592 réservoirs aquifères partagés entre plusieurs pays. Cela concerne 153 états.

Un dialogue a été initié avec ces pays et le PHI en collaboration avec l’UNECE à Genève (United Nations Economic Commission for Europe). L’UNECE est un organisme européen qui n’est donc pas de compétence mondiale comme l’UNESCO.

Lors des débats, la Turquie et l’Allemagne ont soulevé l’approche différente de l’UNECE qui a adressé un questionnaire diffèrent à ses états membre et a ceux qui ne le sont pas, ce qui est diffèrent de la méthode de travail de l’UNESCO.
Néanmoins 106 rapports (sur 153 pays) ont été reçus aujourd’hui.
Une fois ces différentes approches réglées, des indicateurs de coopération pour faciliter la gestion des aquifères partagés entre pays sera proposé pour être approuvés par les membres du PHI en 2020.

1.3 Concurrence / collaboration au sujet des Océans (COI)

La Commission Océanographique Intergouvernementale a été créé en 1960 et regroupe 149 états membres.
Elle étudie la santé des Océans, l’impact des changements climatiques sur les océans et a développé en particulier récemment une alerte tsunami.

Systèmes d’observation des océans

La première carte (cliquer pour agrandir) montre la densité énorme de points d’observation installés dans les océans.

Source : Intergovernmental Oceanographic Commission

La COI est l’autorité de tutelle de l’ONU pour l’ODD 14 – préservation de la vie aquatique –
Elle collabore avec le PHI.
La COI dispose de nombreux programmes qui sont référencés par des acronymes très nombreux.

 2. Coupe de 70% dans le budget du PHI pour les 6 derniers mois de 2017 et conséquences

Or, malgré cette compétition accrue entre acteurs dépendants de l’ONU, les fonds pour les gérer se sont évanouis…

D’après un document UNESCO, à la fin du mois de juin 2017, le Secrétariat de l’UNESCO a été informé par l’Équipe dirigeante de l’Organisation de ce que, par suite du non-paiement des montants dus par trois des 25 plus gros contributeurs de l’UNESCO, un plan d’urgence était mis en place en vue de recouvrer 50 millions de dollars des États-Unis.
À cette date, le PHI disposait, dans les unités hors Siège et au Siège, de 843 039 dollars. Un montant global de 592 206 dollars, soit 70 % du total, a été “gelé”.
La Division des sciences de l’eau, qui disposait de 407 150 dollars, a subi une coupe globale de 312 615 dollars représentant 77 % du budget total disponible

2.1 Conséquences des coupes budgétaires :

Le gel d’une part de ses ressources a empêché le PHI de mener à bien l’évaluation de ses initiatives et programmes et d’être adéquatement représenté au 9e Forum international de l’eau à Jeju (Corée du Sud), à la Semaine mondiale de l’eau et à la réunion d’ONU-Eau (Suède, août-septembre), ainsi qu’aux réunions sur les eaux souterraines dans les zones arides et le changement climatique (Tunis) et sur la qualité de l’eau en Asie centrale.

Le travail qu’il était prévu d’accomplir pour évaluer la gestion des eaux en milieu rural et soutenir les populations les plus vulnérables a été annulé, les travaux relatifs aux effets du changement climatique sur les glaciers et une activité conjointe sur la rareté et la qualité de l’eau ont été suspendus, ainsi que la contribution à l’organisation d’un colloque international sur l’éco-hydrologie et l’économie circulaire. Enfin, une réunion planifiée en vue de définir les priorités des comités nationaux du PHI a été annulée.

Les bureaux hors Siège ont été également affectés, ce qui a affaibli l’impact de l’UNESCO sur le terrain, notamment en Asie, où se tenaient une réunion sur les écosystèmes en vue du Forum mondial sur l’eau et le Sommet sur l’eau pour l’Asie et le Pacifique.

Ont également été annulées des réunions du PHI sur la réponse aux crues dans les pays en développement, la revitalisation de l’initiative “Du conflit potentiel au potentiel de coopération” en vue d’une nouvelle stratégie de diplomatie de l’eau. Le recrutement d’un expert pour la Section des systèmes d’eaux souterraines a été suspendu.

2.2 Explosion des financements extra-budgétaires 

Le Secrétariat du PHI a préparé l’établissement d’un compte spécial. Celui-ci permettra au PHI de recevoir l’aide financière extérieure dont il a besoin pour répondre aux demandes des États membres, principalement dans le domaine des activités de renforcement des capacités à l’appui des États membres et des initiatives majeures approuvées pour la Huitième phase du PHI. L’établissement du compte spécial a été approuvé par la Conférence générale à sa 39e session en novembre 2017.

Pour illustrer cette dérive, en ce qui concerne l’axe d’action 6 – renforcer la sécurité de l’eau – le financement extra-budgétaire (8,3 M US$) est devenu trois fois plus important que le budget ordinaire (2,8 M US$).

 3. Actions entreprises par le PHI depuis la 55eme session du bureau (Juin 2017)

Voir la définition des Thèmes ci-dessous sur le compte-rendu de la réunion du PHI en date du 29 Septembre 2017.

Thème 1 : préparation du forum sécurité Eau en Octobre 2017. Publication de la stratégie PHI de gestion de l’eau, des écosystèmes, de la gestion des inondations.
Thème 2: Les eaux souterraines dans un environnement en évolution.

Publication de nouvelles cartes :
La carte mondiale des aquifères karstiques,
la carte du changement des précipitations de 1981 à 2010,
la carte du transfert de populations de 1980 à 2010

Participation au projet sur les aquifères côtiers et de Nubie. En Septembre 2017 coopération avec le Sahel.

Thème 3 : Qualité de l’eau. Publication sur la sécurité de l ‘approvisionnement de l’eau, diplomatie de l’eau. Démarrage du portail IIWQ (International Initiative on Water Quality). Classification des polluants au forum en Suède. Priorité dans le développement des aquifères en Octobre 2017.

Thème 4 : Global Water Pathogen Project. Processus de certification de l’eau. Gestion de l ’eau dans les très grandes ville (megacities).

Thème 5 : 21 sites PHI y participent aux activités d’éco-hydrologie. Formation de développement de solutions naturelles. Publication des activités.

Thème 6 : Éducation. 32 états membres sont concernés pour le profit de 18 universités. Projet FREEWAT a été clos en Octobre 2017. Il a formé 650 personnes.

 4. Remarques et Questions du président :

  • Comment présenter le travail du PHI de façon synthétique pour intéresser les politiques ?
  • Il faut « civiliser » les rapports au-delà des jargons scientifiques et des acronymes…
  • Le président déplore que sur 36 sites PHI seulement 20 ont publié un rapport en 2017. C’est largement insuffisant.

Il faut noter que l’impact des coupes budgétaires ne semble pas encore totalement intégré sur le budget 2018. De nombreux arrêts de projets sont donc à prévoir.