204ème session du Comité Exécutif – politique générale – débat et réponses de la Directrice générale

Les 9 et 10 avril

Débat sur la Politique générale
Réponses de la Directrice Générale
Réforme et Relance de l’Unesco engagées
Transformation stratégique

 

L’organisation des échanges :

Conformément à la pratique habituelle, la cinquantaine de membres du Conseil (dont une dizaine de nouveaux délégués) se sont exprimés sur les orientations générales données par la Directrice générale et décrites dans un document de référence salué par plusieurs intervenants pour sa qualité. Ces interventions, qui sont limitées dans le temps (six minutes) donnent aussi souvent lieu à des observations générales ou sont mises à profit pour évoquer des points particuliers concernant les États, les présidents de chaque groupe régional prononcent aussi une déclaration au nom de leurs membres ; Autre observation touchant à l’organisation des discussions, plusieurs délégués ont salué la nouvelle façon de préparer désormais les sessions du Conseil, à savoir une prise en charge de l’exercice par un groupe de travail présidé par Mme Houphouët-Boigny, ambassadrice déléguée de la Côte d’Ivoire. Cette nouvelle approche qui met fin aux intersessions jugées trop lourdes satisfait d’autant plus que ces travaux préparatoires conduits efficacement se sont bien déroulés avec des effets positifs pour la présente session.

Les déclarations des États :

Des déclarations entendues (45 États membres), on pourra retenir les points suivant :

D’abord, on aura noté les nombreux soutiens exprimés en faveur des réformes proposées, des principes énoncés (la transparence, la mesure des résultats, la redevabilité , l’éthique en général mais aussi au sein de l’institution elle-même etc) et aussi de la méthode suggérée avec une approche projet, des groupes spécialisés, une large concertation.

Beaucoup de délégués se félicitent de voir la Directrice générale donner pour l’UNESCO une vision globale claire, cohérente et ambitieuse, et affirmée avec beaucoup d’énergie. Il y a un large consensus pour soutenir son idée d’opérer une « Transformation stratégique » et une réforme significative de l’organisation et de son mode de fonctionnement au quotidien.

Certains ont salué l’engagement de Mme Azoulay à vouloir traiter « à bras le corps » le sujet budgétaire et financier. S’il importe que les États respectent leurs obligations en la matière, la question des financements extra budgétaires ne doit pas être éludée. Tout en y voyant un moyen de mener positivement certaines actions, plusieurs délégués recommandent la prudence en la matière (ces ressources ne sont pas pérennes, elles peuvent plus servir l’intérêt des donateurs que la solidarité laquelle peut être mieux servie au travers du budget ordinaire).

S’agissant de la gestion et du fonctionnement, comme lors du débat spécialisé organisé sur le sujet, il est bien recommandé de s’inspirer des conclusions du groupe « gouvernance » présentées lors de la dernière Conférence générale et de tenir compte des observations figurant dans les rapports d’audit.

On se félicite de voir la direction générale se préoccuper de l’avenir de Institut des Statistiques.

Sur les thèmes jugés prioritaires, le domaine Éducation est très largement considéré comme « LA » grande priorité. C’est ce qu’a rappelé la Directrice générale dans son discours introductif et c’est ce qui découle aussi des responsabilités assignées à l’UNESCO au titre de sa fonction de chef de file avec le pilotage de la réalisation de l’ODD4 de l’agenda 2030.

L’attention à porter aux jeunes est primordiale, et si , sur ce point, leur participation plus importante aux réflexions de l’UNESCO est souhaitée (par exemple avec le Forum des jeunes qui doit pouvoir plus les associer aux travaux de la Conférence générale), il est crucial aussi d’utiliser au mieux les ressources de l’Unesco allouées à l’Éducation en faveur d’actions qui doivent contribuer à la Paix et au développement : éradication de la violence et prévention de l’extrémisme violent, éducation à la citoyenneté, et aussi, très important pour les Pays en développement, notamment bon nombre de Petits États Insulaires, les aides en faveur de l’enseignement technique et professionnel, ou le soutien pour l’éducation numérique (apports en équipements et formations).

Trois pays (Liban, Jordanie, Bangladesh) particulièrement concernés ont rappelé l’acuité de la question touchant aux réfugiés, et tout particulièrement celle de l’éducation de leurs enfants : problèmes de grande ampleur auxquels il faut faire face dans des conditions difficiles en ouvrant des écoles, l’École essentielle pour contribuer à l’harmonie.

Un souci a été exprimé à propos du Bureau International de l’Éducation de Genève : n’est ce pas une organisation (centre de catégorie 1) en train de péricliter ?

Second grand thème évoqué : les questions culturelles, en rapport bien entendu avec les questions touchant au Patrimoine et à sa protection face aux risques de destruction ou de dépérissement, de pillage et de trafic (voir la prochaine conférence à ce sujet). La question des langues est aussi mise en avant (défense des langues autochtones, du multilinguisme, notamment dans l’enseignement primaire) : il y va du respect des identités. La diversité est elle aussi considérée comme une dimension qui, dans de nombreux pays, fait l’objet d’une grande attention et, à l’instar de ce que défend l’UNESCO (cf la convention culture de la diversité de 2005) plusieurs délégations marquent le bénéfice que revêt dans leur pays le dialogue interculturel, et aussi interreligieux (Indonésie, Pakistan). Un délégué a rappelé le propos du pape François qui insiste précisément sur la nécessité de la rencontre avec les autres, d’une ouverture d’esprit qui permet de rayonner et d’abattre les murs plutôt que d’entretenir l’enfermement.

Toujours sur le terrain culturel, au moment où se célèbre le 25ème anniversaire du programme Mémoire du Monde, on signale ce qui est fait à propos de l’Histoire en Afrique, et d’une façon plus générale, un délégué appelle à ne pas négliger cette activité de préservation immatérielle des patrimoines. Cette considération peut être mise en parallèle avec les travaux menés sur les archives documentaires y compris numérique, travaux menés par le secteur Communication et information.

L’initiative « Esprit de Mossoul » emporte une totale adhésion car elle vise précisément à permettre de reconstituer l’identité culturelle de toute une population avec le soutien de la communauté internationale..

Dans le domaine des Sciences, plusieurs pays insistent pour que cette composante majeure de la Connaissance et du Savoir ne soit pas négligée, la Russie tout particulièrement, l’Inde aussi.

L’eau et ce qui traite des océans sont mentionnés comme un centre d’intérêt très important, l’UNESCO est approuvée dans ce qu’elle fait au travers du PHI (programme hydrologie) et de la COI (Commission océanographie), comme par exemple les rapports sur l’eau ou les travaux sur le système d’alerte Tsunami. Les États des Caraïbes, le Japon, le Vietnam ou les Philippines sont logiquement ceux des États qui sont particulièrement concernés. Le Brésil a rappelé la tenue récente du Forum sur l’eau à Brasília et a indiqué que, suite à cet évènement, une proposition de Résolution sera soumise à la Conférence Générale.

La proposition de développer la réflexion sur « intelligence artificielle et éthique » est bien accueillie.

Quelques observations plus générales sont formulées comme des conseils ou des appels à consolider l’Unesco.

Ainsi le délégué de l’Iran invite tout à la fois à rester en prise sur les réalités du monde moderne et à ne pas oublier les enseignements ou les concepts qui ont pu être travaillés dans le passé, et qui peuvent avoir conservé toute leur valeur. Il voit aussi une dimension morale de l’institution qui doit aussi porter haut ce qui relève de l’éthique dans tous ses domaines d’intervention.

Plusieurs intervenants évoquent les risques de la politisation, qu’il ne faut pas confondre avec le domaine du « politique » terme à prendre dans son sens le plus noble, à savoir comme la capacité d’inspirer et guider les débats de façon constructive et apaisée. Un délégué parle de promouvoir des dialogues raisonnés.

La nature intergouvernementale de l’UNESCO a été assez fréquemment rappelée, avec une particulière insistance chez certains.

On retiendra enfin un certain nombre de paroles fortes marquant comme un appel à voir l’UNESCO repartir de l’avant, autant de paroles qui paraissent traduire un nouvel état d’esprit et de meilleures dispositions en faveur de l’institution, avec en tout cas des mots plus engagés ou engageants que d’ordinaire, qui lorsqu’on en restitue quelques extraits peuvent sembler constituer comme un plaidoyer :

« il faut que l’Unesco retrouve son influence », redevienne sur certains domaines « un acteur que l’on écoute » ou « qui dise ce que d’autres ne peuvent pas dire », « valorise ses nombreux atouts » et « redore son image ». L’Unesco doit capitaliser sur son nom, une « marque » qui reste encore bien perçue, il lui faut « être à la hauteur de sa réputation », une réputation qu’elle doit consolider. En tant qu’acteur de premier plan et unique en son genre dans ses domaines de compétence, en parole (laboratoire d’idées, forum intellectuel, sentinelle intellectuelle etc) et en actes, l’institution peut et doit « élever les défenses de la Paix » dans un monde encore si menacé par «des tensions » de tous ordres. Il lui faut « rester à l’avant-garde dans un combat à mener pour un monde meilleur » et pour la Paix, et « ne pas décevoir ce qu’on attend d’elle », et cela doit se faire en connaissance de causes et en développant les concertation/coopérations/consultations. Sachons « nous éveiller par le dialogue ». Un autre délégué à parler d’élévation.

Réponse de la directrice générale :

Comme à propos du débat sur la refonte de l’organisation, Mme Azoulay a répondu à l’ensemble des interventions de façon souvent précise en confirmant sa déjà bonne maîtrise des nombreux sujets à traiter. Elle s’est efforcée de bien faire référence aux propos exprimés en rappelant souvent nommément les pays qui les avaient tenus.

Elle a d’abord remercié les membres du Comité pour le soutien qui lui a été apporté et la teneur dans l’ensemble très constructive des interventions.

Elle a ensuite indiqué qu’avant toute chose il fallait s’entendre sur un diagnostic commun et avoir une vision globale partagée. Elle se félicite à cet égard d’avoir entendu des avis assez concordants avec les orientations données dans son propos liminaire : rester centré sur les domaines figurant dans l’acte constitutif, optimiser la gestion en restant bien dans le cadre onusien, développer sans relâche un dialogue multilatéral, ce qui suppose une complète adhésion des États.

Comme l’a fait la Présidente de la Conférence générale, la Directrice générale a insisté sur cette indispensable contribution des États et la nature intergouvernementale de l’UNESCO : tout dépendra des États, l’institution doit pouvoir compter sur leur bonne volonté et leur engagement car, in fine, ce sont eux qui décident : « le sort de l’Unesco est entre vos mains » avait dit auparavant Mme Alaoui ». S’il y aura des groupes de travail qui feront des propositions et des consultations d’experts ou autres composantes de la société civile appelés à donner leur avis, ce ne sont pas eux qui auront le dernier mot.

Pour conduire la réforme efficacement, une équipe dédiée dotée de moyens suffisants sera chargée du suivi du projet, projet qui devra s’inscrire dans la durée.

En réponse aux préoccupations concernant le Réseau et les Partenariats, les précisions suivantes ont été apportées  :

Le réseau hors siège, dont la soutenabilité devra être assurée en étroite liaison avec les États, les Commissions nationales, sera regardé avec une attention particulière portée sur deux points : l’aide au développement et la cohérence des activités avec celle des autres agences de l’ONU.

S’agissant des Partenariats qui devront être développés, ils ne sauraient mettre en cause la primauté du rôle des États. Ils devront s’opérer en toute transparence et répondre d’abord et avant tout aux besoins prioritaires issus des orientations stratégiques de l’UNESCO.

La Directrice générale a repris tous les domaines en relevant ce qu’avaient pu dire les délégués des évènements à venir pour lesquels leurs pays se sont engagés (ex : un forum des civilisations anciennes en Grèce, les initiatives de la Corée en faveur de la citoyenneté mondiale). Elle n’a pas manqué aussi de remercier ceux des États qui apportent leur concours sur des activités prioritaires de l’UNESCO.

Elle a réitéré avec insistance ses propos sur l’Éducation qui est un domaine majeur, parce que c’est par son intermédiaire que l’UNESCO pourra au mieux remplir ses missions au service de la Paix.

Deux autres points à remarquer : une grande attention à propos de l’institut statistique et l’assurance réitérée que ce qui a été produit par le groupe gouvernance ne sera pas perdu de vue.