70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Première cérémonie de célébration
Le 11 décembre 2017

Le 10 décembre 1948, 58 États signèrent la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Tout au long des prochains temps l’UNESCO entend marquer l’évènement. Son Mandat et toute son Histoire lui confèrent ici un rôle majeur dont elle témoigne au travers de multiples contributions. Selon les mots employés par Monsieur Robert Badinter qui a conclu une heure d’échanges, l’UNESCO doit rester « un Foyer ardent » pour continuer de servir « les Droits de l’Homme » à l’image de tous ceux qui les défendent et qu’il a salués ainsi : « longue vie et honneur à tous ces militants car ils sont le sel de la terre ».

Des courtes et intenses allocutions, il ressort à la fois un sentiment de  gravité et une note d’espoir.

Deux cent personnes ont assisté à cet évènement qui était organisé par la division des Sciences sociales et qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne mondiale placée sous les auspices du Haut Commissariat de l’ONU pleinement soutenue par l’UNESCO.

Pour l’occasion, ont été entendues les interventions de la Directrice Générale de l’UNESCO, Madame Audrey Azoulay, de Monsieur Zeid Al-Hussein, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, et de Madame Zohour Alaoui, Présidente de la 39ème session de la Conférence Générale de l’UNESCO.

Véritable militant des droits de l’Homme qui n’a cessé de croiser l’UNESCO depuis une cinquantaine d’années, Monsieur Robert Badinter a conclu l’échange avec une force de conviction qui n’aura pas surpris.


Madame Azoulay a parlé de la « centralité » de cette déclaration avec une vision universelle humaniste pour atteindre une Paix durable fondée sur la dignité de la Personne, la solidarité et le respect réciproque. Ces valeurs sont remises en cause, il faut répondre à ces menaces, nous dit-elle, l’UNESCO est pleinement engagée pour le faire avec l’ensemble de ses partenaires, notamment les ONG, les Chaires universitaires, le réseau des Cités, les institutions culturelles. Il faut agir ensemble, former une alliance nouvelle pour défendre les droits de l’Homme avec plusieurs défis à relever : celui de l’éducation (la liberté, la responsabilité, la citoyenneté, le respect des autres…), celui de la sécurité (se battre pour protéger les populations vulnérables), celui de la culture, pour empêcher un relativisme qui appellerait une application différenciée des droits de l’Homme. Plus généralement – nous est il fait remarquer – il faut aussi relever le défi du multilatéralisme et du maintien de la valeur des droits fondamentaux de portée universelle qui sont une garantie contre les excès nationalistes et la xénophobie.

Le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme a rappelé la teneur de la déclaration de 1948, un texte qui fut adopté à l’unanimité au sortir de la seconde guerre mondiale et d’un génocide massif. S’y trouvent un ensemble de droits appelés à promouvoir et soutenir une société inclusive, juste et respectueuse des libertés individuelles et collectives. Il y a eu avec ce document majeur un cadre, une référence qui a contribué à beaucoup de progrès (moins de dictatures, respect mieux assuré des handicapés, des minorités ou des marginaux dans de nombreux pays, instauration de tribunaux pénaux pour sanctionner les coupables de crimes de guerre etc.), mais il y a eu aussi et il y a encore beaucoup de graves échecs : violences encore très présentes, régimes tyranniques, de nouveaux génocides… « on est loin d’une application universelle des droits de l’homme », « notre monde est en crise », et en rappelant la violence extrême qui sévit encore dans de nombreux pays, il s’est fait plus précis en parlant de ce pays où un dirigeant assassine son peuple : une sorte de banalisation où « notre société (en vient) à perdre le sens de la honte ». Faisant écho à ce qu’a dit Mme Azoulay, il insiste sur la nécessité de l’action pour faire respecter ces droits fondamentaux, pour une plus grande justice à faire prévaloir concrètement dans de nombreux domaines : le social, l’économique, le culturel et l’information (liberté d’informer, accès à l’information). Lui aussi appelle à une défense de ces droit menée collectivement, tous ensemble et à tout moment pour ainsi promouvoir la Paix et la Justice.

La Présidente de la Conférence Générale, elle aussi, a fait référence au grand moment historique de la signature de la déclaration, cette déclaration qui donnait corps à un ensemble de valeurs susceptibles de « faire » consensus : valeur de sociétés humanistes, respectueuses de la dignité des personnes. L’UNESCO a d’entrée inscrit ses actions en phase avec cette déclaration qui entre bien en résonance avec le mandat que lui donne son acte constitutif.

Mais, tout comme les deux précédents orateurs, elle a fait ressortir à quel point il y avait comme un hiatus entre la déclaration elle-même et son application sur le terrain. Non, a-t-elle répété a cinq reprises, on ne peut pas se satisfaire de la situation présente qu’il s’agisse de la question des réfugiés, des violences en temps de guerre (et notamment les viols érigés comme une arme), des enfants réduits à l’état d’esclave, des persécutions ethniques ou religieuses.

Madame Alaoui appelle à réagir en paroles et en actes: il faut s’indigner (pour reprendre l’invocation de Stéphane Hessel), agir, et, pour plus d’efficacité, intensifier la coopération et les concertations de l’UNESCO avec le Haut Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme.

Faisons le intensément, nous dit-elle en conclusion, en se fixant des objectifs ciblés, concrets, avec l’éducation comme socle essentiel : cela rejoint parfaitement les objectifs de l’agenda 2030 de l’ONU, avec cette idée qui s’y trouve exprimée, simple et noble à la fois : faire que personne ne soit abandonné en chemin.

Monsieur Badinter a conclu l’échange. Il fait le constat que – malgré les vicissitudes et toutes les horreurs qui ont souillé notre Terre depuis soixante dix ans – la déclaration de 1948 existe toujours. Elle reste notre horizon moral, elle n’a en rien perdu de sa pertinence, elle exprime une force, une force morale qui refuse d’admettre la fatalité de la violence, de l’ignorance pour une grande partie de l’Humanité, de la misère, de la maladie.

Les inégalités sont un enjeu majeur pour l’avenir, avec tant de gens qui vivent misérablement et dont les dérèglements climatiques peuvent dégrader encore plus la situation.

Un autre avertissement nous est adressé à propos du Monde qui se façonne à l’aune du numérique : le développement incontrôlé de ces technologie peut comporter de lourdes menaces pour l’Homme, les libertés individuelles et collectives.

Il y a encore trop de discriminations, l’égalité Homme/Femme est loin d’être acquise, il faut arrêter de maltraiter certaines minorités.

M. Badinter appelle à dénoncer la barbarie terroriste tout comme l’odieuse islamophobie, mais la lutte contre ce fléau terroriste ne saurait se conduire en portant atteinte aux droits de l’Homme.

L’important, nous dit il au terme de son intervention, se joue dans les esprits et dans le cœur. Nous devons défendre la liberté, les valeurs de la démocratie face aux emportements idéologiques violents et aux mépris des autres : les haines nourrissent des passions funestes, ce sont des fléaux de l’âme et du cœur… Ici l’UNESCO a un rôle à jouer comme un foyer ardent pour faire rayonner ces « forces de l’esprit » qui peuvent transformer le Monde.

Message de Mme Azoulay (français)
Message de Mme Azoulay (anglais)

Message de Mme Azoulay (espagnol)
Télécharger la version illustrée de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme