Changeons les esprits, pas le climat !

 

8ème Forum international des ONG

UNESCO PARIS les 7 et 8 décembre 2017

 


Durant la première journée, les échanges ont porté sur :

– les priorités données par l’UNESCO, ses secteurs et ses programmes, à la question fondamentale du changement climatique
– le rôle et les actions de la Société Civile, notamment au travers des ONG partenaires de l’UNESCO
– la prise en compte fondamentale du rôle des océans dans le changement climatique et les actions humaines qui doivent l’accompagner

 

La deuxième journée a été centrée sur :

– le rôle des O.N.G. et de l’UNESCO dans l’éducation aux changements climatiques dans le monde
– l’importance souvent méconnue du rôle et des acteurs des peuples autochtones en faveur de l’accompagnement des changements climatiques
– les conclusions de la journée en matière de priorités à retenir pour les années à venir, afin d’accompagner et d’humaniser, voire de contrôler, les changements climatiques.

 

Première journée

 

L’ouverture officielle a été prononcée par Madame Audrey Azoulay, nouvelle Directrice Générale de l’UNESCO. Elle a souligné que ce Forum des ONG était un acte très important, et qu’elle entendait bien faire vivre ce lien essentiel entre UNESCO et ONG. « Je compte sur votre collaboration ».

 

Photo UNESCO/

L’UNESCO est largement impliquée sur le changement climatique et la lutte contre les pollutions. Les COP sont sa référence, et notamment la COP 21 à Paris, et la COP 23 à Bonn.

– les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’agenda 2030 sont tous concernés, non seulement l’ODD 13, mais aussi ceux relatifs à l’eau (ODD 6 et ODD 14), à l’éducation (ODD 4) etc.

– l’enseignement et l’éducation de toutes les populations, notamment les femmes et les enfants sont importants à considérer tout particulièrement.

– l’eau est une grande priorité, et, à ce titre, les océans sont l’objet de la plus grande attention (COI, décennie des océans 2021–2030).

 

Cependant, les actions de l’UNESCO peuvent sembler vaines et même frustrer à certains égards lorsqu’on les trouve confrontées à des phénomènes extrêmes comme dans les Caraïbes avec les ouragans et les inondations que rien ne semble permettre de contrôler. A cela s’ajoute l’effet négatif qu’occasionne la réduction des moyens financiers alloués à l’organisation : cette « disette » budgétaire nuit de plus en plus à la réalisation des objectifs définis.

Par ailleurs, les carences des accords portant sur le climat ont été soulignés. Par exemple dans les accords de Paris, il n’y a pas de programme de mise en œuvre concernant les orientations adoptées.

 

Les ONG interviennent auprès des populations, face aux changements climatiques.


– L’accent est mis sur le Développement d’une éthique de solidarité et de droit des personnes pour une justice climatique, au regard des actions portant sur le climat. Par exemple, imposer sans concertation préalable le déplacement de population, pour protéger leur site des inondations ou des effets de l’insalubrité, peut entraîner des déracinements et générer des problèmes très concrets, si les populations concernées ne sont en rien associées aux actions conduites.

– Un autre objectif, plus général, est de faire prendre conscience au monde des conséquences néfastes de la société d’ultra–consommation, (comportements compulsifs) sur la pollution, alors que certaines populations sont encore exclues des consommations minimales nécessaires à leur existence. A cet égard, il a été évoqué, la mise en place de critères d’évaluation de la consommation normale en équivalence avec la production de la terre, en biens consommables. Selon cette échelle d’appréciation, chaque personne aurait besoin de la production annuelle d’1,9 ha de terres. Selon cette échelle, on serait en moyenne à 2,6 ha mais cette consommation atteindrait dans les pays développés jusqu’à 6 ha, alors qu’un nombre significatif de personnes sont au-dessous de cette évaluation minimale.

La mise en place du concept de subsidiarité est prônée comme une nécessité : il s’agit ici pour les O.N.G. d’associer les populations locales aux actions de terrain qu’elles veulent lancer en matière de changements climatique, et ce faisant amener de réels progrès avec deux axes qui peuvent être privilégiés :

la Formation et l’Éducation aux bons usages relatifs au respect de la nature en vue de faire face aux changements climatiques,

la lutte contre la corruption, et notamment regarder au plus près l’application du concept de « crédit carbone », objets de nombreuses critiques.

 

Les océans sont un des éléments fondamentaux dans le changement climatique.

Ce rôle, un moment négligé, revient en force avec :

– l’étude approfondie du rôle des océans et notamment l’appréciation de leurs effets sur les dérèglements climatiques, par la COI (Commission Océanographique Internationale), et le lancement de programmes spécifiques : acidité, oxygénation, absorption de CO2, pollution des mers en particulier par les déchets plastiques et en profusion de nouvelles espèces d’algues, atteinte aux faunes aquatiques.

– la mise en évidence d’une Menace d’extinction de certaines espèces animales et de récifs de corail.

– le Suivi de la question de l’impact des océans sur la montée des températures (avec la référence officielle de +2°, ou +1,5°)

– l’émergence d’un consensus sur la nécessité d’élaborer une Convention mondiale sur la protection des océans en haute mer (au-delà des zones des 200 nautiques qui sont sous contrôle des pays riverains).


En Conclusion de la journée un point a été fait sur les travaux du GIEC, dont on attend des rapports d’étape en mars 2018 et en 2022. On rappellera que le GIEC est une émanation de l’ONU mais son financement est extérieur au budget de l’ONU : il est assuré par un nombre restreint de pays.

 

Deuxième journée

 

Partenariat O.N.G./UNESCO pour l’éducation aux changements climatiques.

 

L’UNESCO, en liaison avec les ONG, favorise les actions d’éducation aux objectifs de développement durable, aux modes de vie, et aux économies d’énergie dans 45 pays et avec 90 partenaires de la société civile.

Cette éducation commence dès les premiers âges comme le rappelle un membre de l’OMEP (organisation mondiale pour l’éducation préscolaire).

Au Maroc, un effort plus particulier a été fait pour l’éducation dans le domaine de l’eau (ACME, association marocaine pour un contrat mondial de l’eau) : l’eau est un bien commun universel, l’eau est un droit commun humain, le droit d’accès à l’eau est un droit constitutionnel au Maroc, l’eau n’est pas une marchandise mais un bien commun, elle doit être préservée ainsi que l’environnement. Les populations sont également sensibilisées aux risques de la réduction des précipitations pluviales, de l’ordre de 20 à 30 % accompagné par une baisse des nappes phréatiques. Mais la question de l’eau fait aussi l’objet de programmes à l’école, et d’une action particulière pour que les établissements scolaires puissent disposer d’équipements d’hygiène satisfaisants pour accueillir les garçons et les filles.

Au Sénégal, des jeunes se sont mobilisés sur la question des changements climatiques en procédant notamment à des reboisements et à des campagnes de dépollution de la mer en récupérant et en recyclant des plastiques.

L’organisation internationale BPW International Women for Water Partnership, s’est mobilisée en faveur de l’éducation des femmes pour la gestion, l’économie, l’adduction d’eau etc. dans 105 pays

 

Mobilisation des populations autochtones dans le traitement de leur territoire au regard des changements climatiques.

 

A partir d’exemples de populations autochtones vivant au Canada, en Colombie ou en Afrique, il se confirme que l’UNESCO porte un intérêt particulier à la vie des populations autochtones de telle sorte qu’elles ne puissent pas être victimes des changements climatiques et aussi qu’elles puissent faire profiter l’ensemble de l’humanité de leur savoir ancestral en matière d’évolution des climats avec leurs conséquences, par exemple sur la pêche ou les cultures. Les scientifiques reconnaissent qu’il y a là une source d’informations irremplaçables, et notamment avec ce qui manque le plus dans les études, à savoir l’historicité des phénomènes, voir l’existence de cycles longs.


En conclusion du Forum :

 

Au-delà des congratulations formelles, il a été convenu qu’il était très important que les ONG et l’UNESCO renforcent leurs échanges d’informations sur leurs actions et les enseignements qu’elles peuvent en tirer. L’éducation reste la priorité, mais, en portant un accent plus particulier sur la question des styles de consommation et la nécessité de faire comprendre au public les dangers à moyen et long terme découlant de ce phénomène de surconsommation. Cela concerne en particulier la sur-exploitation des capacités de la Terre, et également la question du traitement déchets et des pollutions qu’ils peuvent générer.

Dans le sondage qui a été lancé, auprès du public, les priorités suivantes ont été retenues :

– promouvoir le concept de droit à l’eau en tant que bien commun de l’humanité

– améliorer la visibilité sur le caractère réversible du changement climatique

– accès à la formation professionnelle pour les femmes dans le secteur des changements climatiques.


Denis Chaigne