Conseil exécutif de l’UNESCO, 199 ème session

Compte rendu des séances plénières des 7 et 8 avril 2016

Prolongement de la Conférence générale de novembre 2015, le Conseil exécutif tient en avril 2016 sa session biennale. Occasion d’approfondir les questions traitées à la fin de l’an dernier, d’obtenir des clarifications, préciser les orientations ou les positions sur de très nombreux sujets sur lesquels l’UNESCO – essentiellement la Directrice Générale – et de nombreuses délégations (une soixantaine) se sont exprimées.

Le Président du Conseil exécutif a introduit les délibérations en faisant référence aux travaux menés en comité restreint avec trois mots clefs pour récapituler la teneur des échanges : l’expérience (le terrain), la détermination (volonté de faire), l’anticipation (nécessité de prévoir, planifier, programmer).

Pour ce qui est des termes essentiels, une série de mots a été repris par un intervenant pour justifier les actions menées sous l’égide de l’UNESCO et qui renvoient bien aux valeurs énoncées dans son acte constitutif : Paix, Pluralisme, Prospérité, Patrimoine.

Tout au long des deux journées, à de très nombreuses reprises, des sujets importants pour le fonctionnement de l’UNESCO ont été soulignés et commentés. La gouvernance (dont on a salué les progrès), les nouvelles méthodes de suivi des programmes (avec le souci d’un meilleur phasage, et une plus grande exigence dans la mesure des impacts et l’appréciation des résultats), le rôle jugé essentiel du réseau « hors siège », le bien fondé d’une nouvelle approche des questions financières (avec l’organisation d’un dialogue permanent et structuré). Une ou deux délégations ont pu émettre quelques jugements critiques sur la situation (encore trop de bureaucratie, menaces éventuelles sur les équilibres budgétaires, surcoût du réseau externe etc) mais cela n’est pas venu altérer un ensemble de jugements plutôt positifs sur les orientations prises qui vont dans le bon sens. Beaucoup de délégations marquent un vrai tournant après une année 2015 qui a été jalonnée par trois faits marquants venus conforter les missions de l’UNESCO : le sommet d’Incheon, l’adoption de l’Agenda 2030 de l’ONU, et l’Accord de Paris à l’issue de la COP 21.

Clairement, ces trois grands événements auront été des facteurs de dynamisme et des éléments structurants et, notamment les ODD de l’ONU. Ils ont d’ores et déjà une incidence notable à l’UNESCO et auprès des États qui s’appuient sur ce qui a été convenu pour inspirer leurs politiques publiques dans les domaines concernés, avec en priorité celui de l’Éducation, principalement celle des jeunes.

Outre les commentaires des délégations et des observateurs (une soixantaine d’interventions) sur les programmes, on notera les très nombreuses déclarations sur le terrorisme et la violence extrême. La multiplication des attentats et des actes de barbarie suscite une réprobation unanime, et la volonté de combattre cette plaie. Beaucoup d’espoir est mis dans l’éducation des jeunes. Dans ce sens Madame Irina Bokova dans son introduction a insisté avec force sur la nécessité de s’élever contre toute discrimination, en citant particulièrement l’antisémitisme ou le racisme anti-musulman. Deux délégations ont évoqué les questions religieuses, soulignant la nécessité de coexister en acceptant les différences. Alors que, suite à un conflit armé, les accords de paix appellent toujours des compromis, en matière de religions les différences sont irréductibles. La reconnaissance effective de la liberté de croyance est un facteur de paix.

A propos des destructions de Palmyre et des actions menées dans le cadre de UNITE4HERITAGE, la Directrice générale, très engagée pour la sauvegarde des patrimoines de l’humanité en danger, a évoqué le plan d’action engagé avec la communauté internationale pour restaurer ce qui pourra l’être. En effet cela touche à l’âme de nos civilisations.

Un certain nombre de délégations ont salué l’action de l’UNESCO pour la défense des biens culturels dans les zones de conflits armés en particulier depuis 2011 et ses initiatives en ce qui concerne la prévention des extrémismes violents (Cf. plan d’action pour la prévention de l’extrémisme violent UNESCO déc. 2015).

Deux ou trois interventions ont été remarquées par leur hauteur de vue, notamment l’une d’entre elles (applaudie) qui a rappelé que l’UNESCO doit être « la conscience de l’ONU », et souhaité qu’elle réaffirme sa vocation, transcende les divisions politiques et soit un vrai lieu d’écoute et d’échanges respectant le pluralisme.

Des petits états insulaires et plusieurs pays d’Afrique, particulièrement menacés par le changement climatique craignent de ne pas recevoir suffisamment d’aide venant des pays développés.

Une allusion a aussi été faite à la Conférence sur le climat de Lima 2014 sur Humanité et biodiversité.

En ce qui concerne l’éducation, sont soulignées les nombreuses actions dans le secteur de la formation et de l’apprentissage technique et professionnel tout au long de la vie, y compris les missions d’assistance et de conseil, notamment en ce qui concerne les programmes, le numérique et le matériel pédagogique. Un petit nombre de délégations appelle aussi à s’intéresser, au-delà des aspects utilitaires et fonctionnels (éducation au service de l’emploi) à ce qui touche à la culture, à l’éthique.

La délégation du Saint Siège, quant à elle, a repris certaines idées forces de l’encyclique Laudato si’ en parlant de la nécessité d’une approche globale (écologie intégrale) de toutes ces questions qu’il faut aborder avec la claire conscience que nous appartenons tous à une Maison commune : ne pas s’en tenir à une conception restrictive, avoir la conviction que l’éducation repose largement sur l’école ET la famille. L’éducation doit placer les personnes au cœur de ses préoccupations. D’ailleurs plusieurs délégations et la Directrice générale ont abordé ce thème, notamment la nécessité de prêter assistance aux familles de migrants pour éduquer leurs jeunes enfants.

Observateur permanent du Saint Siège auprès de l’UNESCO, Monseigneur Follo a insisté sur le partage, la générosité, l’accueil notamment des migrants, une exploitation des ressources respectueuse de l’environnement.

Lire l’intervention de Monseigneur Follo

YN/CCIC 17/04/2016