Échos de la 202ème session du Conseil exécutif de l’UNESCO

Cette session est importante puisque le Conseil exécutif (COMEX) aura :

– à délibérer du 9 au 18 octobre sur les aspects budgétaires (documents 38 C/5 et 39 C/5, orientations 2018-2021), les programmes, les recommandations et les rapports qui seront soumis à la prochaine Conférence générale ;
– et à voter pour désigner de nouveaux responsables, tout particulièrement le nouveau Directeur Général et le nouveau Président du COMEX.

En dehors des séances plénières, les Comités spécialisés se seront réunis (notamment le Comité des recommandations, ceux de l’Administration et des Finances).


Les interventions de la Directrice générale


De ces premières journées, on retiendra tout particulièrement le discours introductif mais aussi la synthèse conclusive prononcés par Mme Irina BOKOVA le 9 et le 10 octobre. S’agissant d’une « dernière adresse » à l’approche du terme de son second mandat, la Directrice générale, surtout dans son premier discours, aussi bien sur la forme que sur le fond, a semblé vouloir appuyer son propos un peu plus que d’ordinaire, avec une touche un peu plus personnalisée.

Bien entendu, comme le veut l’exercice, la directrice générale a rappelé toutes les activités conduites au cours des derniers mois, en les situant par rapport aux valeurs et aux principes que doit défendre l’UNESCO, et elles ont encore été nombreuses dans les six grands domaines que couvrent l’institution, nombreuses et conduites à la fois au siège et partout dans le monde avec l’aide du réseau hors siège et de certains gouvernements. Mais ,au-delà de cet « inventaire », le propos tenu nous a semblé faire ressortir des messages qui, plus qu’un plaidoyer pro domo avec mise en évidence de toutes les réalisations des dernières années, peuvent être interprétés comme des recommandations fortes aux États et au futur Directeur Général.

Plus que d’ordinaire, elle a évoqué les problèmes financiers que rencontre l’UNESCO , pour dire sa grande préoccupation. Elle a invité l’auditoire à prendre conscience de la gravité de la situation, et à régler d’urgence ces questions pour ne pas mettre en cause l’avenir, à un moment où, plus que jamais, se trouvent justifiées les missions de l’institution. Madame BOKOVA a été précise, en indiquant que tous les moyens ont été utilisés pour améliorer l’efficacité (réduction des ressources, redéploiements, priorisation, transparence, meilleure approche budgétaire, culture de l’évaluation, gestion des risques etc ), 80% des recommandations de l’audit ont été mises en œuvre… « Désormais il n’y avait plus de marge de manœuvre, nous avons atteint nos limites » , dit-elle. « Il n’est plus possible de poursuivre ce qui se fait : recourir au « système D ». La Directrice générale a appelé les États à assumer leurs responsabilités, et tout particulièrement ceux qui tardent à régler leurs contributions (parmi les 25 plus gros donateurs, trois n’honorent pas leurs engagements). Elle les invite à préserver l’avenir en sachant trancher, et prendre des orientations stratégiques radicales.

Mme BOKOVA a déploré que les questions financières finissent par amener à trop se concentrer sur les seuls éléments touchant à la gestion et à négliger ce qui est essentiel : la Vision de ce que doit prioritairement traiter l’UNESCO, et, de ce point de vue, elle a regretté de ne pas avoir fait plus encore pour traiter des questions qui lui tiennent à cœur et sur lesquelles elle s’est beaucoup investie : la dignité humaine et l’Humanisme, le « soft power » et plus spécifiquement la parité, la lutte contre la violence en milieu scolaire, l’égalité Homme-Femme etc.

Mais, tout en ayant manifestement voulu appeler l’attention sur la crise que traverse l’UNESCO, la Directrice générale a aussi rappelé tous les atouts et toute la valeur ajoutée d’une institution qui a su démontrer ses capacités pour promouvoir des concepts fédérateurs (éducation à la citoyenneté, prévention de l’extrémisme violent, défense des patrimoines matériels ET immatériels, notamment dans les zones de conflits armés), et apparaître comme un laboratoire d’idées mais qui aussi a beaucoup fait pour aider concrètement les États sur le terrain, tout particulièrement dans le domaine de l’éducation. C’est à ce dernier titre qu’elle s’est naturellement trouvée placée à la tête du Comité de pilotage de l’ODD4 de l’ONU (accès équitable à une éducation de qualité).

Sans jamais évoquer les difficultés liées à une excessive politisation, la Directrice générale les a traitées d’une manière implicite en appelant les États à mieux articuler leurs approches nationales avec les démarches globales développées pour le bien commun. A cet égard, elle a tout particulièrement appelé à plus et mieux exploiter les voies de la coopération et du dialogue, concrètement, sur le terrain, car, comme le montrent beaucoup d’expériences réussies ce sont souvent elles qui donnent les meilleurs résultats ( exemples donnés d’un institut de recherche en Jordanie, ou d’une collaboration interétatique en Amérique du Sud sur des questions touchant au patrimoine). Mais ont été aussi rappelés les succès de « Unity4Heritage », certaines avancées concernant les politiques de l’eau, et l’Accord de Paris ainsi que l’agenda 2030 sur lequel l’UNESCO est très concerné.

A la fin de son discours du premier jour, Mme BOKOVA a voulu élever la réflexion et positiver en affirmant que l’UNESCO est idéalement positionnée pour porter les questions culturelles et éducatives, et pouvoir ainsi mobiliser dans la durée un énorme potentiel, faire advenir un nouvel humanisme en exerçant son « soft power » et être au « rendez vous de l’Histoire ».


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Les interventions des membres du Conseil
Quelques éléments mis en évidence.


Quelques éléments ont été souvent mentionnés par les délégations qui sont intervenues après le discours de la Directrice Générale :

– d’abord et avant tout, la crise financière : de nombreuses délégations ont souligné la pertinence du rôle de l’UNESCO et la richesse de son potentiel pour mieux dénoncer les Etats qui ne respectent pas leurs obligations ; intervention dans le même sens du Président de la Conférence Générale qui a suivi les travaux du Conseil ;
– les travaux du groupe de travail sur la gouvernance et les méthodes de travail ont été salués mais le sujet a été moins évoqué que celui de la crise budgétaire ;
– Nombreux soutiens exprimés à l’UNESCO et témoignages de reconnaissance à l’endroit de Mme BOKOVA pour tous les efforts qu’elle a déployés au cours des huit années de son mandat au service de l’institution ;
– plusieurs allusions au profil auquel devrait répondre le futur Directeur Général mais, comme l’a rappelé le Président de la Conférence Générale , M. Stanley SIMATA, il ne suffira pas d’être un bon « leader », il faudra qu’il puisse bénéficier d’un bon environnement.

– l’Éducation : c’est le thème qui a le plus souvent été cité et commenté, et tout particulièrement l’éducation à la non violence, l’éducation en faveur des femmes et jeunes filles (notamment pour favoriser un meilleur accès aux carrières scientifiques), l’alphabétisation, la formation des maîtres, l’enseignement en faveur des populations vulnérables, dont celles des enfants de réfugiés ;
la Violence et les extrémismes : de l’importance des actions de sensibilisation, prioritairement à destination des jeunes ;
les catastrophes naturelles : beaucoup de délégués tout en exprimant leur solidarité avec les pays qui ont été récemment éprouvés ont insisté sur l’urgence et l’importance des actions à conduire et des recherches à poursuivre sur ces sujets, pour développer la résilience des populations, prévenir les risques, développer des systèmes d’alerte (exemple : les Tsunamis) ;
la Protection des patrimoines, notamment dans les territoires affectés par les conflits armés (cf la résolution de l’ONU prise à ce sujet l’été dernier) ;
la liberté d’expression, en lien avec la violence, violence des censures ou des conflits ou le terrorisme : ce point qui reste d’une brûlante actualité a été évoqué par la DG et d’assez nombreuses délégations à propos des journalistes ;
le PHI (programme hydrologique international) et la COI (Commission océanographique) ont été salués pour le rôle irremplaçables qu’ils jouent en tant qu’entités expertes et uniques en leur genre ;
le domaine des sciences ne doit pas être négligé, idée avancée par plusieurs délégués ;
la question du numérique a évidemment aussi été évoquée, mais sans trop accaparer les échanges. On retiendra tout de même un point à ce sujet : les risques que peut induire l’emprise du « digital » avec l’apparition de très grandes entreprises prenant des positions dominantes et les menaces d’uniformisation de la culture. A cet égard, on aura relevé ce que la France et le Canada ont produit en étant à l’origine des « directives opérationnelles pour préserver la diversité culturelle dans le monde du numérique » ;
-à de nombreuses reprises, on a entendu les appels ou recommandations pour que l’UNESCO renforce son influence et mise sur les coopérations, des déclarations positives qui contrastent avec des réalités peu encourageantes.

Pour conclure, on pourra reprendre un aphorisme de O Wilde qui a été cité en appelant à ne pas céder au pessimisme où « on se plaint du Bruit quand la chance frappe à la porte » : il faut rester optimiste nous dit M. SIMATA en sollicitant nos Consciences, et, appel de Mme BOKOVA , préserver entre toutes les parties prenantes de l’UNESCO une saine Confiance qui rende capable de prendre les décisions fortes qui s’imposent pour relever les défis de notre monde en pleine mutation.