Le visage humain de la migration

Conférence du 15 juin 2017 à l’UNESCO

Les migrations : une longue histoire, notablement autour de la mer Méditerranée…
des idées reçues à revoir… répondre à certaines exigences…
la dignité de l’homme d’abord : accueillir, soigner, éduquer…


L’objet de cette conférence est présenté ainsi par l’UNESCO : « Une conférence conjointe de l’UNESCO et de lUniversité des Nations Unies (UNU) sur – Le visage humain de la migration: perspectives historiques, témoignages et politiques – est organisée au Siège de l’UNESCO à Paris, le 15 juin 2017. Une analyse des contextes historiques, des témoignages ainsi que des expériences et leçons apprises y seront présentés. Elle vise à éclairer la réflexion actuelle sur le développement de politiques migratoires qui placent la dignité humaine au cœur de leur action.
Pour la majorité des 244 millions de migrants internationaux dans le monde en 2015, incluant les quelques 20 millions de réfugiés, la migration est une nécessité et non une option. Les circonstances sous-jacentes de leur mouvement engendrent des défis additionnels à leur inclusion dans les sociétés d’accueil …
Il est important de comprendre les causes profondes de la migration et du déplacement. Cela peut être atteint à travers une analyse méthodique des contextes et des processus historiques. Cette connaissance, combinée à l’expérience et les leçons tirées d’un large éventail d’acteurs travaillant sur la migration, a le potentiel d’orienter les programmes mondiaux vers la pleine réalisation des droits humains pour tous les migrants et réfugiés, indépendamment de leur genre, identité ou statut.
Cette conférence que l’UNESCO et l’UNU organisent conjointement coïncide avec le processus plus large de développement d’un Pacte mondial pour les migrants mandaté par la Déclaration de New York sur les Réfugiés et les Migrants (Assemblée générale des Nations Unies, septembre 2016). Le travail en cours de l’UNU et de l’UNESCO, notamment l’initiative des Villes accueillantes pour les réfugiés et les migrants avec la fondation M. V Vardinoyannis et la Coalition internationale des villes inclusives et durables – ICCAR, fournira des exemples édifiants. »  

La conférence a été ouverte par Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO et David Malone, Recteur de l’UNU, avec des remarques liminaires de Daniel Rondeau,

Représentant de l’UNU auprès de l’UNESCO, et de Marianna V. Vardinoyannis, fondatrice et Présidente de la fondation Marianna V. Vardinoyannis, Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO :

On doit parler ici de tragédie, une tragédie qui existe depuis de trop nombreuses années. Sur 21 millions de réfugiés actuellement recensés, la moitié sont des enfants, des migrants qui n’ont pas le choix. Ces drames ne sont pas nouveaux, la nouveauté est l’ampleur du phénomène. L’importance des flux déstabilise. Dans ce contexte, il nous faut respecter les droits fondamentaux de la dignité humaine et construire une culture de la paix.

Concernant l’immigration, le dossier « éducation » est primordial pour l’UNESCO avec un grand défi à relever : celui de la Qualité. L’immigration se produit sous pression et rend vulnérable les populations. Le migrant se déplace pour changer de situation politique ou économique mais il sait qu’il est en position de faiblesse au regard de ses droits. De nombreuses organisations s’impliquent pour garantir un accueil, une éducation quant à la langue du pays d’accueil… La Grèce, l’Italie et aussi l’Allemagne donnent l’image d’une générosité extraordinaire par l’offre de logement, par la fourniture des soins de santé, des actions de formation, et des programmes inclusifs portés par les municipalités. Les réfugiés sont le plus souvent dans les villes. Madame Marianna V. Vardinoyannis a lancé un manuel pratique à l’intention des municipalités en tenant compte de l’origine, du sexe, de la situation intellectuelle et économique du migrant.


La première session a porté sur les perspectives historiques et les témoignages.
Le modérateur était Parvati Nair Directeur de l’institut de la mondialisation de l’université des Nations Unies, Culture et mobilité. Les intervenants furent: 

David Abulafia, historien, professeur à l’Université de Cambridge,
Pietro Bartolo, médecin et coordinateur des interventions sanitaires pour les migrants à Lampedusa,
Gilles Pecout, Recteur de Paris, Chancelier des universités, historien,
Albina Du Boisrouvray,
journaliste, productrice, Présidente de l’Association François-Xavier Bagnoud.

La mer Méditerranée est entourée de villes portuaires qui ont toujours été un lieu d’intégration sociale et économique. Rome a l’histoire d’une ville multiculturelle. Cette diversité culturelle que favorise l’immigration doit être conservée présente à l’esprit. Dans le passé, les déplacements de population étaient considérés comme un apport culturel, et n’étaient pas spécifiquement caractérisés par une dimension religieuse.

Pour en venir à l’époque actuelle, on rappelle que Lampedusa est proche de l’Afrique. Avant de prendre la mer, les migrants qui en viennent ont le plus souvent d’abord mené une longue traversé du désert. Après leurs épreuves, l’objectif qu’ils visent est bien différent de celui qu’ils espéraient. Parmi les contre-vérités souvent propagées, il faut réfuter l’idée que ces migrants transmettent des maladies infectieuses. Les pathologies dont ils souffrant sont liées au stress et aux conditions du voyage. Beaucoup de personnes meurent horriblement « tout simplement » parce qu’elles sont jetées dans des embarcations de misère, assises dans des flaques d’eau mélangée à du pétrole. Il est faux aussi de dire que ce sont des terroristes. Ceux ci ont bien d’autres moyens pour voyager plus confortablement. On ne peut pas parler non plus d’invasion quand on mesure ce que représente l’immigration par rapport à la population totale du pays d’arrivée. Autre point à rappeler :l’histoire nous montre que les migrants a toujours porté une force de travail et une culture.dans les pays qui les accueillent.

Les « pérégrinations politiques » dont nous pouvons être les témoins actuellement ne sont pas un phénomène récent : elles existaient déjà au XIXème siècle parallèlement à des mouvements de population liés à des considérations économiques. Il y a un mouvement ininterrompu, une « galerie » de proscrits qui sont allés peupler l’Algérie. On doit en tout cas reconnaître un fait évident : le bassin méditerranéen a toujours été un espace privilégié de peuplement nourri par des mouvements migratoires, qui, singulièrement actuellement, appellent à considérer pleinement un impératif de scolarisation des enfants, d’où qu’ils viennent.

Les ONG jouent un rôle essentiel pour répondre aux besoins de ces populations déplacées. Ainsi, l’ONG FXB – fondée en 1989 – s’implique sur les problèmes de santé, avec le souci de ne pas se disperser dans des programmes d’aides sanitaires trop« morcelées » et sans accompagnement cohérent. Par exemple, il ne s’agit pas de soigner le migrant dans un dispensaire pour le renvoyer chez lui dans un endroit où il ne peut boire qu’une eau contaminée. Autre exemple d’action simple et capable de produire des effets très positifs : un petit capital est donné au départ au migrant sans se soucier du remboursement. Cette démarche s’est avérée très utile pour permettre aux bénéficiaires de démarrer une autre vie.


La deuxième session a porté sur : Perspectives locales et enjeux politiques globaux.
La modératrice fut Mme Golda El-Khoury, Chef de la section Inclusion et Droits à l’UNESCO. Les intervenants furent :

Susanne Asche, chef du département des affaires culturelles de la ville de Karlsruhe,
Père Najeeb Michael, philanthrope engagé dans l’action humanitaire dans les camps de réfugiés et dans la sauvegarde du patrimoine culturel en Irak,
S. Exc. Mme Eleonora Mitrofanova
, Ambassadrice itinérante de la Fédération de Russie,
Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur, Président de la fondation GoodPlanet.

Karsruhe est une ville de transit. 25 % des habitants de cette ville ont un passé de migrants. Entre 2015 et 2016, Karlsruhe a reçu des réfugiés de guerre. De nombreux volontaires ont organisé des aides. Des clubs ont été créés. L’administration municipale s’est occupée de l’emploi, de l’éducation. Des journaux de plus de 100 langues différentes existent. Une pièce de théâtre est montée où les réfugiés parlent de leur histoire. La société civile participe à l’accueil et l’intégration des migrants. Les migrants apprennent l’art, l’histoire, la langue de la région du Bade-Wurtemberg. Les allemands se familiarisent avec leur culture.

Le père Michael Najeeb nous conte son expérience. Berceau de notre civilisation, la ville de Ninive est devenue le berceau de la violence. Personne ne veut émigrer. On ne doit pas avoir peur de celui qui émigre mais on peut avoir peur de celui qui tue. C’est l’éducation qui combat la violence. C’est le respect de l’autre qui casse tout fondamentalisme. Pour arrêter le désert, on plante des arbres qui se nourrissent par des racines profondes.

Les migrations représentent 3 % de la population mondiale et sont une ressource pour le développement de n’importe quelle société. Le flux Sud Nord est important pour maintenir une vie économique. Mais la migration forcée est malheureuse. Aujourd’hui les flux migratoires dépendent de situations sécuritaires, de conditions climatiques et doivent être compris au niveau mondial.

Yann Arthus-Bertrand propose de visionner le film « HUMAN » sur internet dont la diffusion est gratuite. Son propos est de soutenir le fait que ceux qui envient les pays riches, viennent chez eux pour avoir une vie meilleure.
Daniel Rondeau conclut la conférence avec 4 expressions : S’il te plaît, je t’aime, pardon, merci.

Voir la version longue du film « HUMAN » (volume 1)
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