Deuxième Forum de l’UNESCO sur l’éducation à la citoyenneté mondiale

(28-30 janvier 2015)

Dans le cadre de la préparation du 70° anniversaire de l’UNESCO, ce 2° forum visait l’édification de sociétés pacifiques et durables pour l’après 2015.

Mme Irina Bokova Directrice Générale de l'UNESCO
Mme Irina Bokova
Directrice Générale de l’UNESCO

Madame Irina BOKOVA a ouvert le forum en posant la question : « De quelle éducation a-t-on besoin pour un avenir plus pacifique ? » L’éducation est bien plus que la transmission d’un savoir. Elle doit permettre d’acquérir une culture nouvelle et d’apprendre de nouveaux modes de pensée.

Après le premier forum à Bangkok en 2013, le 2° forum ajoute de nouveaux partenariats et propose de rédiger une feuille de route. Il y aura un forum en mai en Corée avant la présentation en Septembre de l’après 2015. Son but : éliminer la pauvreté et l’exclusion sociale.

Mme Amira YAHYAOUI  (lauréate de la fondation Chirac pour la paix). Il y a une différence entre ce qu’on apprend à l’école et l’après-école. L’éducation est chargée de transmettre des savoirs mais aussi des valeurs. Elle se fait par des adultes en-dehors de l’école, il faut donc éduquer aussi les adultes pour que les concepts de l’école deviennent concepts de vie. 50% de la population mondiale n’a pas 30 ans, cette jeunesse n’est pas le futur mais le présent. Elle aura des responsabilités politiques dans un futur proche.

Mme Amira YAHYAOUI
Mme Amira YAHYAOUI

L’éducation à l’universalisme et aux valeurs communes contribue à la paix. Il faut éduquer à la différence, L’éducation aux droits de l’homme doit tenir compte des différentes cultures et religions.

Tous les enfants du monde n’ont pas la même enfance. C’est une donnée dont nous devons tenir compte et ne pas chercher à imposer un même modèle. En éducation, le rôle de la famille est essentiel.

Quelques attentions importantes : comment enseigne-t-on l’histoire et comment les enseignants sont-ils formés ? Sont-ils capables d’enseigner la citoyenneté mondiale ? Les manuels scolaires sont-ils bien adaptés et qui contrôle leur contenu ?

L’éducation à la citoyenneté mondiale dans l’agenda de l’éducation post 2015

1 – L’éducation dans le monde d’aujourd’hui présentée Monsieur DE SOUZA :

global citizenship educationIl faut que les apprenants soient conscients de leurs droits, que la diversité et la connaissance de leurs pays soient reconnues. Or la mondialisation va dans l’autre sens. L’élite mondiale s’intéresse à elle-même avec un processus qui se reproduit constamment. L’élite a monopolisé les espaces mentaux. Ce n’est pas dans le discours de Davos que l’on trouvera les solutions.

Défi : créer des consensus par changement (développement durable). L’éducation est un bien commun et une richesse permanente. Il existe une discrimination de groupes minoritaires où est imposé un discours dominant: les Adivasis en Inde sont discriminés dans la salle de classe, ils ne peuvent jouer ou partager un goûter avec leurs camarades.

L’élite mondiale envisage l’éducation pour elle-même dans le but de dominer le monde (école pour l’élite en Inde). Comment s’y opposer ? L’éducation est un bien commun à tous.

L’éducation contre l’extrémisme présentée par monsieur BRAUTASET

L’éducation favorise un meilleur développement de la personne. Elle permet au citoyen de prendre des décisions éclairées, c’est un droit pour les enfants. Or les enfants les plus pauvres et marginalisés ont besoin d’établissements sûrs et adaptés. L’éducation n’est pas l’apanage de l’Est ou de l’Ouest, mais de tous les humains. Elle a un rôle dans la lutte contre les extrémistes violents même si parfois une bonne éducation n’empêche pas la violence.

Il faut éduquer au respect et à la tolérance, pas seulement à l’école mais aussi dans l’apprentissage. Il faut développer le sens de l’identité et l’école doit poser les bases de la normalité. Un grand nombre d’enfants ne sont pas scolarisés dans le monde, surtout les petites filles et les enfants dans les zones de conflit. C’est une injustice qui compromet le développement de la démocratie. L’abandon de l’école avant l’obtention d’un diplôme en raison de la guerre ou de la nécessité de travailler est courante.

Il faut donc une action collective car l’éducation est un bien commun, collectif et mondial. Le monde change inexorablement. Le système éducatif doit apprendre à le changer sans violence et à l’adapter de façon continue. C’est la meilleure façon de lutter contre le terrorisme.

II – Promotion de l’apprentissage transformateur par la politique nationale de l’éducation par Madame CARRASCO :

La Colombie est un pays où il existe de nombreuses inégalités et ségrégation. Ce pays est en paix depuis peu et consacre maintenant un budget important à l’éducation. 68% des enfants vont à l’école publique.

Il y a un droit à un enseignement de qualité, respectueux des diversités et qui porte non seulement sur le savoir, mais aussi sur l’être.

Symbole de la fleur dont le cœur correspond à la base commune et nécessaire, les pétales aux savoirs que l’on choisit en s’adaptant à chaque cas et la tige à la méthodologie.

Mr MOTIVAN a préconisé un suivi des progrès comme mesure de l’éducation à la citoyenneté mondiale.

Séance parallèle 1 n° 17 : lutte contre la discrimination et la violence par le biais de l’éducation à l’ECM

Il s’agissait d’une table ronde où étaient exposées des expériences diverses dans différents pays.

Mexique : il a été mise en place une formation par internet, compte tenu de l’éloignement géographique des professeurs pour leur ouvrir l’esprit et pour qu’ils renoncent à leurs critères propres par rapport à l’homosexualité, l’avortement, le genre, les mariages forcés, la transsexualité…

Il s’agit de lutter contre les châtiments corporels, le harcèlement sexuel ou autre, l’homophobie.

Thaïlande : exposé fait par une femme membre du LGTB qui a reçu une aide de l’UNESCO pour l’un de ses projets assez semblable à l’interlocutrice précédente.

Séance parallèle 2 n°14 : Éducation inter-religieuse et éducation à la citoyenneté mondiale

Le dialogue inter-religieux qui inclut les incroyants, ne concerne pas seulement la connaissance des religions mais aussi ce qu’elles peuvent apporter et l’enrichissement des valeurs de chacune.

La tolérance est bonne mais la compréhension est meilleure.

Il faut « contextualiser » la connaissance.

L’orateur espère inspirer les étudiants à développer leurs connaissances sur les différentes croyances et cultures et à accepter que différents chemins existent dans la vie.

Politique Nationale et pratique en Côte d’Ivoire : Il faut former un citoyen nouveau respectueux de la république, de la démocratie, de la dignité de la personne humaine et de la paix pour cela :

  • cadre formel : Décret du 12.9.2012

Manuel de référence de la CEDEO dont un passage porte sur l’inter-religieux,

  • Vie scolaire : clubs, activités religieuses, inter-religieuses et culturelles,
    Écoles confessionnelles : les plus anciennes sont chrétiennes, les plus récentes islamiques, mais toutes les confessions sont acceptées car le programme scolaire est officiel.
  • Cadre informel : Implication des ONG
    Organisation de prières dans tous les lieux de culte pour chaque religion, Festivals scolaires, Activités communes, sport…

Améliorations à apporter en vue de former de « bons citoyens » : amélioration des manuels (cadre formel) et formation des leaders des clubs, des enseignants et éducateurs et des leaders religieux (cadre informel).

Professeur Davies : éducation contre l’extrémisme

Le dialogue inter-religieux peut être un moyen pour éviter que des jeunes ne tombent dans l’extrémisme.

Il faut être conscient des peurs et des vulnérabilités.

La religion est un risque particulier de conflit car chacun pense que sa religion est exclusive, supérieure, que Dieu est de son côté, et est expansionniste.

Le sécularisme est le risque le plus important pour l’extrémisme. Ce n’est pas la même chose que l’athéisme car le sécularisme est un système de gouvernance, pas un système de croyance; il y a un code moral dans la nécessité de la règle de droit et la protection des droits de l’homme.

Toutes les religions sont soumises à la même loi.

La volonté politique est essentielle. Le dialogue n’est pas une négociation mais un mode de résolution de conflit avec une obligation de résultat.

Séance plénière 2 : l’éducation à la citoyenneté mondiale forge la paix (jeudi 29 janvier)

L’éducation à la citoyenneté mondiale forge la paix.

Toutes les actions de domination, d’agression et d’oppression, les inégalités, la pauvreté sont des états qui ne favorisent pas la paix. Il est nécessaire de créer un socle commun qui constitue un « liant » dans la société. Les vertus civiques, les droits de l’homme et aujourd’hui le développement durable, les droits de la nature qui sont les mêmes pour tous sont les éléments d’une cohésion sociale. La solidarité n’est plus que familiale ou de voisinage mais avec des personnes que l’on ne connaît pas.

Il est difficile d’être un vecteur de changement sans s’impliquer soi-même. Dans la pédagogie du savoir vivre ensemble, outre la formation des enseignants, il convient d’associer les parents.

Comment dialoguer sans imposer ses perspectives ? On peut distinguer trois types de dialogue : le cas où il s’agit d’apprendre ensemble sans rien changer quant à ses attitudes, le dialogue libérateur et le dialogue où chacun aspirent à une vérité qui mérite débat.

Le terme éducation introduit : un contenu, une matière enseignée, sans poser de présupposés sur les apprenants ; un processus, comment apprendre, comment enseigner, par la participation, par un dialogue et non pas seulement « fournir » une compétence ; un contexte qui doit être adapté.

L’éducation à la citoyenneté mondiale a besoin d’une théorie. C’est en avançant qu’elle se construit.

Séance parallèle : le « dialogue » peut-il être un outil au service de l’édification de sociétés pacifiques ?

Dans le mot dialogue, il y a « dia » à travers, et « logos » mot, sens. Le dialogue n’est ni un débat, ni une médiation, ni une négociation, ni une délibération, ni une discussion. Le dialogue est une conversation entre deux ou plusieurs personnes qui pensent ensemble, échangent leurs idées et leurs émotions et avancent ensemble. Les participants entendent et écoutent leurs partenaires.

Séance plénière : Progresser ensemble : l’éducation à la citoyenneté mondiale (ECM) dans le cadre d’actions post-2015 (vendredi 30 janvier 2015)

Il convient d’associer les actions prévues pour mettre en œuvre l’ECM avec les thématiques de l’ONU. Six éléments sont essentiels à la réflexion : la dignité, le peuple, la prospérité, la planète, la justice, le partenariat.

Aujourd’hui nous vivons dans un monde où l’intolérance et les extrémismes existent. L’ECM doit former et transformer la société. Les autorités, les enseignants et les parents doivent s’accorder confiance pour transmettre cette expérience de l’ECM. Il est utile de rappeler les quatre points du rapport de Jacques Delors qui sont : être, connaître, faire et vivre ensemble. Les liens inter générations doivent être renforcés. La mise en œuvre de l’ECM demande une mobilisation générale des états, des acteurs de l’éducation, des ONG, des instances religieuses.

Dialogue interreligieux et interculturel : Mr BRODEUR

Il existe de multiples définitions du dialogue. Ce mot a des sens différents selon les langues. L’UNESCO ne doit pas se borner à une seule définition. Il faut les utiliser selon le contexte. L’aspiration à la vérité mérite un débat et un dialogue .Il faut trouver une interdépendance, un équilibre entre concurrence et coopération.

Les inégalités peuvent impacter le dialogue. Si le dialogue est non violent, comment y intégrer les extrémistes ? Comment transformer les crises en opportunités ?

Le dialogue a abouti entre les juifs et les catholiques. Il est lié à la baisse du catholicisme en Europe (je cite !)

Les fruits du dialogue ont un gros potentiel comme la non utilisation de l’Islam pour les actes violents.

Discrimination sur le genre : Mme Saikjee UNGEI

L’éducation est un bien commun qui doit être dirigée vers les droits, sans préjugés.

Il faut éduquer les éducateurs car le savoir ne suffit pas. Il y a une continuité entre le global et le mondial, ce n’est pas binaire : par exemple paix ou cohésion sociale.

L’ECM a besoin d’une théorie. Il faut prendre conscience de nos partis pris et de nos préjugés.

Il faut enlever les passages hostiles dans les manuels scolaires.

Séance parallèle 3 : Enseignement de l’histoire et éducation à la citoyenneté mondiale,

-Un universitaire palestinien a expliqué comment il avait réussi à écrire un livre d’histoire avec un universitaire israélien. Il a été difficile pour eux au début de choisir les points à traiter en commun. Mais le livre a pu sortir. Son succès est plus international que local. Il a surtout été vendu en Italie, France, Allemagne, USA plus qu’en Palestine ou en Israël.

Propos recueillis par Jean-Paul Millet Lage et Marie-Christine Lattes