UNESCO – Construire des sociétés justes et pacifiques

A l’occasion de la Journée internationale de la Paix,
Maison de l’UNESCO – 21 septembre 2018


Construire des sociétés justes et pacifiques :
la contribution de l’UNESCO à une culture de la prévention


Cet événement s’inscrit dans le cadre du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du droit à la paix réaffirmé solennellement à cette occasion par le Secrétaire général des Nations Unies.


Droits de l’homme et paix durable sont-ils indissociables ? Comment l’UNESCO peut-elle renforcer son action pour prévenir les conflits et contribuer à la consolidation de sociétés justes et pacifiques ? Ces questions étaient au cœur de la réflexion d’un panel de représentants d’organisations internationales1, d’universitaires2 et de représentants de la société civile3 sous la présidence de Madame Nada Al-Nashif, Sous-Directrice générale pour les sciences sociale et humaine, UNESCO.


Dans son introduction, et pour éclairer les débats, Mme Al-Nashif a repris deux citations, l’une du Mahatma Gandhi : « Le monde ne connaîtra la paix que lorsque les individus qui le composent le décideront », l’autre de l’UNESCO en 2013 : « La paix ne peut jamais être considérée comme un acquis. Elle constitue un processus continu, un objectif à long terme qui requiert une vigilance et un travail constant, ainsi que la participation active de tous les individus. Il s’agit de choix à faire, de décisions quotidiennes que l’on prend pour amorcer un dialogue sincère avec d’autres personnes et d’autres communautés, que ce soit dans le monde réel ou virtuel. »


Des interventions il faut retenir les points suivants :

Un constat : Après les progrès enregistrés jusque dans les années 90, nous sommes aujourd’hui dans un monde en tension où les atteintes aux droits de l’homme sont quotidiennement constatées dans de nombreux pays. Les droits de l’homme « sont violés par tous avec une complicité générale » a déclaré l’un des membres du panel. On voit un monde où se développe conflits armés, contrôles et surveillance que ce soit au niveau politique ou économique qui attentent aux libertés individuelles. On est témoin d’une mise en cause de la nature universelle des droits de l’homme. Des attaques ciblent la Cour Pénale Internationale (CPI) qui n’est pas reconnue par des États comme les États Unis et la Russie. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce que nous constatons aujourd’hui : « discriminations, déplacement de populations entières, arrestations, utilisation de la torture, crimes de guerre, impunités de responsables politiques maintenus en place. L’avancée pour le progrès humain a toujours été une lutte et c’est encore le cas » a souligné un autre membre du panel. Le fonctionnement même des Nations Unies et en particulier du droit de veto devrait être mis en cause.


Quelles observations face à ce constat très critique ?

Les droits de l’homme : ils sont le fondement et la condition de la paix. Comme tels, ils sont un outil essentiel au service de cet objectif de paix. Si les droits ne sont pas respectés, il ne peut y avoir de paix. Les droits de l’homme sont une construction permanente avec trois dimensions : la construction de la notion d’universalité et de l’écoute de l’autre ; l’articulation entre le pôle droits civils et politiques, d’une part, et le pôle droits économiques, sociaux et culturels, d’autre part ; l’équilibre entre deux acteurs, deux forces qui doivent travailler ensemble : les gouvernements et la société civile.

Les droits internationaux : L’état de droit est indispensable au sein des pays et surtout entre les pays. En ce qui concerne le droit international, il faut continuer à demander plus de multilatéralisme et ne pas laisser se développer les accords pays à pays.

La paix : Elle est un cheminement. Elle est la contribution de tous. La société civile doit s’emparer de l’agenda, les individus doivent être mis au-devant de la scène. La paix n’est pas l’absence de guerre, paix négative, il faut une paix positive qui implique une transformation de la société. Ici la culture joue un grand rôle, ainsi que l’éducation aux droits de l’homme et à la citoyenneté mondiale, l’ouverture au dialogue – « même lorsque les dirigeant prônent le contraire » a dit un des intervenants, et la formation « d’ambassadeurs de paix » qu’ils soient professionnels ou simples citoyens. Il en va de même pour qu’une paix puisse être durable.

La Contribution de l’UNESCO : Elle est une institution unique en ce que sa Charte fait référence aux valeurs qui sont le fondement de la paix, au rôle de l’esprit et à la notion de solidarité morale et intellectuelle. Sur cette base, elle peut ainsi mener des actions positives mais ces notions essentielles sont aujourd’hui remises en cause avec le retrait de certains pays et l’atténuation du rôle accordé à la société civile.


Conclusion du panel :

La paix et les droits de l’homme sont liés mais on ne peut les imposer. Il faut intégrer le quotidien des personnes et répondre aux attentes des peuples. Il faut également avoir une vision historique et anthropologique. Tous les mouvements pour le changement en faveur de la Paix et pour le respect des droits de l’homme sont fondamentalement le fait des personnes et des peuples et pas des États qu’ ils ont souvent mis en cause pour un Bien commun, au service de l’humanité.

Le panel s’est clos par la présentation du livre réalisé sous les auspices de l’UNESCO « Le long chemin de la paix : pour une culture de la prévention » UNESCO 2018 , bilan des approches théoriques et pratiques de la recherche de la paix depuis la création de l’ONU.


1 S. Ex. Monsieur Lakdar Brahimi, ancien ministre des affaires étrangère d’Algérie, ambassadeur et Président du panel sur les opérations de paix des Nations Unies.
M. Dodou Diene, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérances.

2 Prof. Mark Goodale, anthropologue, professeur à l’Université de Lausanne.

Prof. Priyankar Upadhyaya, Chaire UNESCO, Centre de recherche sur la paix, Banaras Hindu University.

3 Mme Cécile Coudriou, Présidente d’Amnesty International France et professeurs des sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 13.

DG – 27-09-2018

Pour un monde de paix, d’harmonie et de tolérance

Dialogue et éducation interculturels et inter-religieux 
pour un monde de paix, d’harmonie et de tolérance

17-19 septembre 2018, PARIS – Maison de l’UNESCO


Ces dernières années, chaque rentrée à l’UNESCO est marquée par un événement très généreux, dédié aux dialogues des cultures et des religions. Cet événement est organisé par des associations bouddhistes (l’Organisation Mondiale des Bouddhistes (WFB), l’Association Pure Land Learning Collège (PLLC), l’Association des Amis de Master Chin Kung à l’UNESCO (PAHD) et co-organisé, cette année, par les délégations de deux pays africains (la Délégation permanente de Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO, la Délégation permanente de la République fédérale du Nigéria auprès de l’UNESCO) et une délégation d’un pays arabe, le Sultanat d’Oman.

La matinée a commencé par une prière pour la paix mondiale à laquelle se sont associées les religions présentes à la conférence.


Lecture a été donnée du message de Mme Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO.
[lire le message de Mme Audrey Azoulay]


S. Ex. Madame Denise Houphouët-Boigny, Ambassadeur, Déléguée

S. Ex Mme Houphouët-Boigny en compagnie de Mme Roche, Présidente du CCIC et du Vénérable Maître Chin Kung

permanente de Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO, a rappelé son acte constitutif « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes et des femmes, c’est dans l’esprit des hommes et des femmes que doivent s’élever les défenses de la paix ». L’ignorance et les méfiances sont des ennemis de la paix.


S. Ex. Monsieur Ahmed Sayyad, Ambassadeur du Yémen auprès de l’UNESCO, Président de l’Association des Amis de Master Chin Kung a souligné que l’UNESCO est une maison ouverte à toutes les cultures. Il a souligné aussi que le respect de l’autre dans le dialogue et l’acceptation de la différence contribue à construire un monde de paix. L’amour n’a pas de religion.


S. Ex. Dr Samira Mohamed Moosa Al Moosa, Ambassadeur, Déléguée

la cathédrale St Joseph de Zanzibar dans la capitale Stone town

permanente du Sultanat d’Oman auprès de l’UNESCO, précise que, plus la pensée est ouverte, plus elle constitue une base solide pour la tolérance religieuse. Elle explique que le Sultanat d’Oman a une longue histoire de tolérance religieuse. En effet dans ce pays coexistent mosquées, églises et temples hindouistes dans la capitale Mascate aussi bien que sur l’île de Zanzibar qui a longtemps été colonie du Sultanat avant de faire partie de la Tanzanie. 
Cette tolérance religieuse serait une conséquence de leur ouverture grâce au commerce qu’ils ont exercé depuis le 15ème siècle sur tout l’océan indien aussi bien à l’est de l’Afrique qu’en Inde. Cet absence de prosélytisme fondé sur un respect mutuel est une barrière devant les extrémismes. 

Cliquer pour agrandir la carte

D’après la carte produite par Dr Al Moussa et provenant de l’ »Institute for Economics and Peace« , peu nombreux sont le pays où le terrorisme n’a aucun impact, Il sont en bleu clair sur cette carte. Oman serait le seul pays du Moyen Orient qui possède cette caractéristique. A noter que les Émirats Arabes Unis, leur voisin, pratiquent aussi la même tolérance religieuse aujourd’hui.


Monsieur Xing Qu, Directeur général adjoint de l’UNESCO a mis en valeur le vivre ensemble dans le cadre de la décennie de la paix. La paix est l’autre mot signifiant développement.


S. Ex. Madame Zohour Alaoui, Présidente de la 39ème session de la Conférence générale de l’UNESCO, voit dans le dialogue une aide à la recherche et la compréhension de l’autre. La convivialité est un outil de prévention des conflits. L’éducation a un rôle dans la valorisation des échanges culturels. Elle a rappelé la phrase de Monsieur Kofi Annan : « La tolérance est une vertu qui rend la paix possible ».

[Lire le discours de S. Ex. Madame Zohour Alaoui]


Le Vénérable Master Chin Kung est intervenu par une vidéo. La religion est une éducation. Le dialogue inter-religieux entraîne une cohésion, une communication par des termes affectueux entre les hommes. Travailler ensemble, organiser des voyages sont de bonnes méthodes pour la rencontre.

Une photo de groupe est prise pour clore la première partie de la matinée.


Table ronde I
La contribution du dialogue inter-religieux pour la paix en Afrique


Modérateur : Père Jean-Pierre Allouchery, Chanoine titulaire du chapitre de la Cathédrale Saint Louis à Versailles, Membre titulaire de l’Académie des Sciences morales, des lettres et des Arts de Versailles et Île-de-France, Membre de l’Institut Afrique Monde voit la table ronde comme un ensemble d’expériences, de discernements, de dialogues.


Le Professeur Camille Kuyu, Professeur de Droit, Président du Conseil d’Orientation de l’Institut Afrique Monde, précise qu’en Afrique de l’Ouest, les conflits inter-religieux sont des conflits sociaux-politiques. Jadis , ils n’existaient pas. Ce qui est nouveau aujourd’hui, ce sont des initiatives populaires de rencontre. Le dialogue suppose une volonté des deux protagonistes.


Monsieur Nicolas Klingelschmitt, consultant, membre de l’Institut Afrique Monde.
Le Bénin était un exemple de tolérance, de respect entre communautés. La culture est fortement imprégnée de la religion Bodrum, religion traditionnelle. Les problèmes entre religions viennent des attitudes extrémistes dont les financements sont opaques. Les relations sont toutefois favorisées par les travaux qui concernent le confort de tous.


Rév. Père Guillaume Bruté de Rémur, théologien formateur, Recteur du Séminaire International Inter-rituel Missionnaire Rédemptoris Mater du Liban compte 17 confessions différentes au Liban mais une seule mission, la mission Jean-Paul II.
En 1964, la spiritualité chrétienne était riche, fruit de l’amour supême.
Aujourd’hui, la vision identitaire provoque un repli sur soi chez les chrétiens. La dimension spirituelle se dilate. Le séminaire forme des acteurs qui doivent apprendre à dialoguer dans des situations conflictuelles, à créer à vivre ensemble, des acteurs qui favorisent le dialogue, la réconciliation.


Dr Emile Moselly Batamack, Professeur de philosophie, Membre du Conseil d’Administration de l’Institut Afrique Monde précise que dès le début de cet institut, un département dédié aux religions traditionnelles fut crée. Ces religions
sont méconnues et marginalisées. Elles ne rentrent pas dans les préoccupations du dialogue religieux. Or la tradition africaine veut de discuter avec l’autre tel qu’il est et non tel que l’on souhaite qu’il soit. La tradition valorise l’oral plus que l’écriture. Il y a un lien entre la pensée et l’art. Les chefs des religions de la tradition peuvent être aussi catholiques mais ces religions de la tradition dont absentes du débat inter-religieux.


Table ronde II

Dédiée aux « Questions de gouvernance et création de la paix en dehors des conflits à travers la moralité, l’éthique et l’éducation de causalité »


Monsieur Ahma Jalali, Délégué de la République d’Iran auprès de l’UNESCO, a animé cette table ronde.


Monsieur Dave Lynch, chef de la Section pour la Citoyenneté mondiale et l’Éducation pour la Paix a parlé de la nécessité du renforcement de l’éducation pour la paix, qui passe par l’éducation à la citoyenneté globale et qui est une composante d’un développement durable. La paix commence sur les bancs de l’école, les jeunes y ont la chance de devenir des contributeurs pro-actifs à ce monde. Leurs compétences civiques, socio-affectives, politiques, peuvent être développées. Le lien avec la tradition est un élément essentiel à prendre en compte. Dans ce processus, les dirigeants culturels et religieux ont leur rôle à jouer. Si l’on essaie de trouver des réponses à des questions comme « comment faire face à la discrimination contre les musulmans, au discours contre les immigrés, contre les juifs », on constate que le hard power ne suffit plus, nous avons besoin du soft power.


S. Ex. Monsieur Flavio Mendez, délégué du Panama auprès de l’UNESCO, nous a surpris en parlant de son travail et de sa famille ! Il veille à l’équilibre de ces deux composantes importantes de sa vie, au point de renoncer à prendre plus de responsabilités pour préserver sa vie de famille. Il y a, ici, un message subtil, une clé de cette équation complexe éducation – dialogue – cultures – religions – paix. Cette clé est « la famille » et elle est une clé parce que c’est le premier noyau dans le cadre duquel ces valeurs de bienveillance à l’égard du proche, de tolérance, de civisme même peuvent être propagées.
Dans une autre clé de lecture, la famille est un facteur favorisant l’atteinte par l’individu des idéaux de sérénité, d’harmonie, d’amour que la religion bouddhiste (et d’autres familles spirituelles comme le christianisme) enseigne. Ce point de vue apporte une réponse aussi à une autre question qui peut être soulevé : l’harmonie sociale est bien éprouvée, par exemple, dans les sociétés occidentales libérales, où les individus sont constamment mis en concurrence pour des raisons d’efficacité maximale, ce qui produit de la performance, c’est vrai, mais aussi de la concurrence et du conflit.
Le bouddhisme apporte à cela comme réponse les valeurs de bonté et d’amour. Dans le confucianisme, l’homme est bon à l’origine, mais cette bonté s’altère parce qu’une couche polluante de violence se rajoute. Les facteurs socio–économiques influencent ces développements ! Pour revenir à la nature initiale (bonne) de l’individu, un travail de l’individu sur lui-même est nécessaire. Éliminer les conflits intérieurs, les sources d’insatisfaction, les antagonismes est une condition de sérénité et d’harmonie. La cohésion familiale, la stabilité sociale, doivent venir de la paix du cœur de chacun.


Madame Mariam Y. Katagum, Déléguée de la République fédérale du Nigéria auprès de l’UNESCO, a souligné le fait que l’Afrique a besoin d’un programme qui s’occupe du lien entre les systèmes traditionnels de gouvernement et les gouvernements en place. Des problèmes peuvent resurgir parfois en essayant d’appliquer les modèles de gouvernance proposés par les pays occidentaux. Il est inapproprié qu’un problème familial soit résolu juridiquement : il faut qu’il soit résolu avant tout en famille. D’autres voies de résolution des conflits sont nécessaires comme alternatives à la justice, par exemple la médiation.


Table ronde VII

« Comment utiliser l’éducation pour promouvoir l’harmonie »


Monsieur Ghazi Gherairi, le délégué de la Tunisie auprès de l’UNESCO, a attiré l’attention sur un point cardinal de la réflexion : ne pas penser qu’un certain programme peut jouir d’une vérité absolue ; la relativité est la main tendue vers les autres. Il n’y a pas une vérité une et indiscutable. Cette relativité serait à « imprimer » dans la conception et la transmission des programmes. Les enseignants sont essentiels dans la transmission du message, dans l’enseignement. Le délégué de la Tunisie met en discussion, il nous semble, par ces propos, comme la déléguée de Nigeria, la compatibilité des modèles occidentaux avec les sociétés locales, le lien avec la tradition.


Table ronde VIII

« Comment la connaissance, multiconfessionnelle influence-t-elle l’éducation ? Partage d’expériences sur le dialogue inter-religieux. »


Madame Ann-Belinda Preis, modérateur, Chef de section Dialogue interculturel, Secteur des Sciences sociale et humaines, UNESCO a parlé du « Processus de Bakou » 2017-2019. L’UNESCO est en charge de construire la paix entre les hommes. Le « Processus de Bakou » a été lancé en 2008 par le Président d’Azerbaïdjan en faveur de la promotion du dialogue interculturel et inter-religieux.


Le Professeur Alberto Melloni, Chaire de l’UNESCO sur le pluralisme religieux et la paix de l’Université de Bologne, Fondation John XXIII pour les études religieuses a insisté sur le fait qu’en matière de dialogue religieux, rien n’est imposé et rien n’est acquis. On assiste à une monté en puissance du fondamentalisme qui peut se mesurer de manière quantitative. Le rôle de l’enseignement du religieux est capital parce que bien souvent les religions se maintiennent avec une immense ignorance de la religion. Cette ignorance est un ennemi important. Il est bon de se « plonger » dans la connaissance profonde de sa religion. D’où le rôle de l’éducation.


S. Ex. Monsieur Anar Karimov, Ambassadeur, Délégué permanent de l’Azerbaïdjan auprès de l’UNESCO rappelle que c’est en 2008 que le processus lancé au forum de Bakou a démarré lors de la conférence des ministres de la culture du Conseil de l’Europe et des pays membres de la conférence islamique. C’est devenu une plate forme mondiale pour communiquer, échanger, dialoguer avec des personnalités politiques, religieuses, des jeunes universitaires. Plusieurs réseaux de communications, de coopérations ont été crées à partir de ces forums. En 2017, plus de 120 pays y étaient présents. Ce qui prouve l’intérêt croissant au niveau international de ces rencontres.

Historiquement, l’Azerbaïdjan est à la croisée de plusieurs civilisations sur la route de la soie. C’était une passerelle naturelle entre l’Orient et l’Occident. Mais à la tradition ancienne de tolérance succèdent le terrorisme, les conflits confessionnels. Le principal outil pour lutter contre cet état de fait est le dialogue. Pour l’avenir il est urgent de s’adresser aux jeunes. Il serait bon de mieux exploiter les réseaux sociaux, de véhiculer des livres plutôt que d’échanger des armes.


S. Ex. Monsieur Diekumpuna Sita N’sadisi José, Ambassadeur, Délégué permanent de l’Angola auprès de l’UNESCO, explique que la libération de son pays en 1975, après 500 ans d’occupation portugaise n’a pas été célébrée de façon solennelle mais a donné naissance à la création de deux pays angolais jusqu’en 2002. Ce sont les églises, l’action des missionnaires qui ont travaillé auprès des belligérants pour atteindre une situation de réconciliation nationale, de paix le 4 avril 2002.


S. Ex. Madame Irena Vaïsvilaité, Ambassadeur, Déléguée permanente de Lituanie auprès de l’UNESCO rappelle que son pays est une jeune démocratie issue du bloc soviétique où la liberté religieuse est très contrôlée. Le dialogue signifie le respect, le concept de convivialité, une obligation pour celui qui écoute mais aussi une obligation pour celui qui parle. La démocratie est un terreau fertile pour le dialogue inter-religieux. Toutefois beaucoup de jeunes investissent la liberté individuelle plus qu’une communauté religieuse. Le dialogue inter-religieux est difficile à mettre en place.


Monsieur Edouard Firmin Matoko, sous directeur général du Département Afrique – UNESCO donne de l’importance à la mobilité universitaire pour le dialogue interculturel. L’UNESCO est la maison du donner et du recevoir selon le slogan de sa création. C’est un concept qui irrigue la culture de la paix, qui prévient les conflits. En Afrique c’est un mouvement qui apparaît dans ce sens. Il convient cependant de ne pas négliger toutes les formes d’expressions religieuses pour assurer le vivre ensemble.


CONCLUSIONS


Vénérable Master Chin Kung souligne par vidéo les grandes avancées de ces trois jours. Les points forts  sont l’écoute de l’autre et des autres, l’attention pour l’autre et pour les autres, la patience vis à vis de l’autre et des autres, le pardon, le Dieu puissant d’Amour et de miséricorde. L’éducation doit contribuer à connaître les fondamentaux des textes sacrés.


S. Ex. Monsieur LEE Byong-hyun, Président du Conseil exécutif de l’UNESCO (TBC) remercie tous les intervenants, les organisateurs et le public venu participer. Le dialogue durant ces trois jours a été constructif et c’est un message commun de toutes les religions. Il doit être notre quotidien.


S. Ex. Monsieur David Measketh, Ambassadeur, Délégué permanent adjoint du Royaume du Cambodge auprès de l’UNESCO souligne que ces trois jours ont été riches en analyses et en émotions. Ces réflexions doivent aboutir à vivre ensemble, à connaître, à faire, à être. Il sera crée un comité de suivi des conclusions de cette conférence.


Vénérable Wu Shin, PAHD, Vice-Président exécutif salue et remercie l’assemblée de la conférence, les présences et les participations. Ces trois jours sont un véritable succès. Si les religions peuvent coopérer, elles influenceront les politiques. Le mot chinois « éducation » regroupe trois notions : ce qui est 1er, ce qui est respect et ce qui est enseignement. Les religions ont toutes en commun l’amour. Que l’Amour soit au cœur de tous.

En conclusion, lors de la conférence internationale sur la paix de cette année, nous avons pu apprécier plusieurs aspects très concrets, bienvenus dans une discussion sur des thèmes qui peuvent paraître trop abstraits : des exemples concrets de bonnes pratiques : Oman, pays très tolérant dans la région arabe, Toowoomba, ville multiconfessionnelle en Australie ; l’importance donnée aux dirigeants culturels et religieux dans l’éducation à la paix, via le lien de la spiritualité avec l’éthique et la morale et, aussi, l’importance donnée à la famille, valeur chrétienne également, dans la construction d’une société plus harmonieuse et plus pacifique.

O. Barsan – M-C. Lattes – D. Rouillac

Sciences Océaniques au service du Développement Durable

De la COP 21 à la Décennie des Nations Unies
« pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable »

Conférence scientifique à l’UNESCO
Paris les 10 et 11 septembre 2018


Préparation du lancement du programme d’une décennie qui portera sur un sujet essentiel : les océans couvrent 70% de la surface de notre planète, sont un élément clef du climat et abritent la majeure partie des éléments vivants. Il faut les protéger, il y va de l’avenir du vivant. Tel est ce qui inspire les travaux engagés. Comme nous y invite l’encyclique « laudato si » il est bon que l’Homme ait le souci de prendre soin de notre Terre… dans toutes ses dimensions. Un réel défi pour traiter un sujet majeur et complexe.


Rappel historique

Lors de la prise de conscience des questions climatiques par l’ONU, dans les années 1980, il fut créé une COP (Conférence des Parties) entre les États Membres, en vue de gérer une Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.
Lors de la conférence de Paris (COP 21), en 2015, il fut reconnu le rôle fondamental des océans dans l’état du climat.
En 2017, l’ONU décide de réaffirmer ce rôle des océans et crée la Décennie des Nations Unies pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable (2021-2030).
La COI (Conférence Océanique Internationale), gérée par l’Unesco, est chargée d’assurer la gestion de cette décennie.
Les réunions à l’UNESCO des 10 et 11 septembre 2018, s’inscrivent dans le plan d’élaboration du programme de cette décennie.


La problématique

La surface de la terre est recouverte à 70% par l’eau des océans : ceux-ci assurent différentes fonctions en matière de transport des marchandises, (navires marchands) de transport de données (câbles sous-marins), de ressources alimentaires (pêches), d’exploitations de ressources diverses des fonds marins (hydrocarbures off shore, nodules polymétalliques, etc. )

En matière de climat, les océans sont avec le soleil au cœur de « la machine thermique » de la terre : ensoleillement, élévation de température, évaporation et précipitations de pluies qui induisent un abaissement de la température, températures perturbées par la teneur en CO2 de l’atmosphère.

En matière de pollution, les océans sont une cible essentielle : déchets et notamment déchets plastiques, matières chimiques diverses acheminées par les cours d’eau, et hydrocarbures rejetés par les navires dans la mer ou dans l’atmosphère (CO2).

Au regard des objectifs de développement durable, l’ODD14 est spécifique aux océans : « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. »

Les principaux paramètres suivis en réseaux par de nombreux laboratoires et centres scientifiques portent sur : les températures en surface et à différentes profondeurs, l’absorption de CO2, la progression de l’acidité, la désoxygénation, la fonte des glaciers polaires, la hausse du niveau de l’eau et ses conséquences sur la vie des populations côtières, et aussi la densité de pollution en plastiques et autres.

Mais il y a aussi la question de la surexploitation notamment dans la pêche ou l’aquaculture.


Que faire ? Comment s’organiser ?

Ces questions ont été au cœur des débats de ces 2 journées :
Qui est concerné : dans l’organisation de l’Unesco, la COI est en rapport, directement ou indirectement, avec plus de 70 organisations compétentes en matières d’océan et de climat.

Parmi celles-ci, citons le GIEC/IPCC (Intergouvernemental Panel on Climate Change, ONU), L’IPBES (Intergouvernemental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), l’OMM, (Organisation Météorologique Mondiale).

Tous ces instituts sont en relation plus ou moins directe entre elles-mêmes, en réseaux avec les très nombreux laboratoires ou établissements nationaux et régionaux qui couvrent la planète et en liaison aussi avec tous les réseaux d’observation de la mer par satellites.

A noter aussi toutes les autres activités liées à la mer et qui ont aussi leurs propres réseaux : exploitation des pétroles off shore, pêcheries et laboratoires halieutiques, transports maritimes, câbles sous-marins.

D’où la difficile question soulevée, sans réponse claire en séance : comment s’organiser entre ces différents acteurs, avec les pouvoirs publics nationaux et les organisations intergouvernementales.

Dans le débat, il est apparu que si les scientifiques présents et dominants, envisageaient volontiers de se concerter entre eux pour définir un programme de la Décennie, et le cas échéant avec les représentants des pouvoirs publics des différents pays, dont certains étaient également présents, une autre concertation avec toutes les parties prenantes était loin d’être acquise.

Même entre scientifiques, la discussion est apparue plus compliquée dès qu’il s’est agi de définir des catégories de scientifiques : sciences exactes ? sciences économiques ? sciences sociales et humaines ? Dans ce dernier cas, il a pourtant été largement question de l’apport indispensable des populations côtières autochtones qui ont une expérience très riche à prendre en compte dans les évolutions maritimes côtières.

Enfin, à noter l’intervention en la matière, de la représentante du Saint Siège, attirant l’attention de la salle sur le fait que, dans les sciences humaines, il ne fallait pas négliger l’apport des religions. A cet égard, elle rappelé la contribution notable de l’encyclique « Laudato Si » avec son appel à mieux prendre soin de notre univers…

La question du financement reste un sujet délicat à régler notamment lorsqu’on en vient à demander la mobilisation de fonds privés dans tous les secteurs concernés : la pêche, le transport maritime, l’exploitation des fonds sous marins… Il est, en effet, hautement souhaitable d’associer ces acteurs aux travaux de cette décennie et à leur financement.

Par ailleurs, la question de la mise en place d’une autorité internationale compétente pour le contrôle de l’exploitation des Océans en haute mer, non soumise à une autorité politique. Cette question très délicate a été évoquée mais non approfondie.

En conclusion de ces journées, trois point sont à souligner :

  1. Le programme de la décennie 2021-2030 est encore loin d’être achevé ;
  2. On attend les conclusions de la COP 24 qui se tiendra en décembre 2018 en Pologne à Katowice ;
  3. Les scientifiques peuvent espérer arriver à élaborer un programme entre eux, peut-être aussi avec les pouvoirs publics nationaux. Cependant, par le vocabulaire qu’ils ont employé durant ces séances, un programme avec les entrepreneurs du secteur privé est loin d’être acquis..

Denis Chaigne

IRAK : Faire revivre l’esprit de Mossoul – vision et stratégie


Conférence du 10 septembre 2018
à l’UNESCO


La conférence a pour objectif de mobiliser la communauté internationale sur la reconstruction et le relèvement de Mossoul, faire le point sur la situation actuelle sur le terrain, annoncer la création du Fonds spécial contribuant à faire revivre l’esprit de Mossoul et de présenter une liste des projets majeurs qui contribueront à la réhabilitation des sites du patrimoine culturel de Mossoul ainsi qu’à la revitalisation de sa vie culturelle et de ses institutions.
Nombreux chantiers engagés pour reconstruire cette ville sinistrée, puissant soutien de la communauté internationale pour réparer d’immenses dommages, plus encore que les sites et monuments à restaurer, les efforts doivent aussi et surtout porter sur les chantiers de l’éducation et prioritairement sur l’École. C’est à ce prix que la paix pourra être retrouvée dans les esprits.


La conférence a été ouverte par Madame Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO.
Mossoul a été libéré le 10 juillet 2017 après 3 années d’occupation et une crise humanitaire sans précédent. Cette conférence internationale s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Faire revivre l’Esprit de Mossoul » lancée en février 2018 par la Directrice générale de l’UNESCO pour mettre en valeur la reconstruction du tissu éducatif et le soutien de la vie culturelle.

Monsieur Fryad Hassan Rawandouzi, Ministre de la culture de la République d’Iraq.
L’Iraq est le berceau de la civilisation assyrienne. Les immenses dégâts intervenus sur Mossoul portent sur 2000 sites archéologiques. 5000 bâtiments archéologiques ont été rasés.
Les priorités concernent :

  • les sites archéologiques ;
  • le patrimoine religieux ;
  • les bâtiments historiques et urbains ;
  • les musées ;
  • les manuscrits historiques.

Le Ministre a remercié les Émirats Arabes Unis de leur précieuse aide financière.


Faire revivre l’esprit de Mossoul : vision et stratégie

[ Voir des photos de la conférence sur le site de Flickr ]

Monsieur Ernesto Ottone R. Assistant du Directeur général pour la culture de l’UNESCO
La reconstruction de Mossoul s’appuie sur l’engagement des administrations, de la société civile, des Iraquiens pour la reconstruction d’une identité plurielle. Les actions sont dirigées vers et pour la jeunesse.

Madame Stefania Giannini, Assistante du Directeur général pour l’éducation de l’UNESCO
L’éducation est un facteur qui renforce la paix. L’UNESCO coordonne les applications de cet objectif. 90 % des écoles en Iraq ont été détruites par Daesh. Il est important que les communautés de jeunes s’investissent dans cette priorité. Il s’agit de prévenir la violence et l’extrémisme par le biais de l’éducation.
A côté des écoles, il y a le projet de « re-développer » la bibliothèque de Mossoul où 10 000 manuscrits ont été récupérés. Mais c’est très peu. Il s’agit de la reconstruction physique du bâtiment, mais aussi bien sûr la reconstruction du point de vue culturel. Et pour cela la participation des meilleurs spécialistes du monde intervient.


Rôle du fond pour la reconstruction et la réhabilitation de Mossoul

Monsieur Mustafa Mohamed Ali Al-Hiti, Président du Fond pour la reconstruction des territoires libérés d’Iraq, Premier Ministre de la République d’Iraq.
La restauration de l’université de Mossoul a commencé par la reconstruction des bâtiments. L’idéologie destructrice de Daech avait pour but d’instaurer l’ignorance dans la société.
Il s’agit aujourd’hui de renouveler les liens humains, de relancer l’économie, de la reconstruction physique et matérielle des infrastructures publiques et privées.
Ces derniers travaux supposent d’abord un travail de déminage. A Mossoul on estime qu’encore 9 km2 sont hautement contaminés par des mines et explosifs.


Présentation de la situation à Ninive,
réhabilitation de la mosquée Al Nuri et du Minaret Hadba

Monsieur Abd Alltef Hmeim Mohammed, responsable des dotations de la République d’Iraq

A Ninive, on intervient dans une ville qui a été durement frappée, avec 18 000 victimes des violences, dont près de 4000 femmes violées. Aujourd’hui, toutes les administrations fonctionnent : les sites archéologiques, les religions chrétiennes, juives et musulmanes qui constituent un patrimoine très riche. Les réseaux sont remis en service. Plus de 73 ponts ont été détruits, 14 sont reconstruits. Des initiatives populaires interviennent sur des immeubles menacés d’effondrement (500 maisons).

Madame Noura bint Mohammed Al Kaabi, Ministre de la culture et du développement des connaissances des Émirats Arabes Unis.
Les Émirats Arabes Unis soutiennent financièrement la réhabilitation de la mosquée Al Nuri avec un partenariat, notamment des jeunes. Ce projet a une portée symbolique mais aussi économique par la création d’emplois et l’investissement dans le domaine touristique.


Plan du relèvement et de la réhabilitation

Cette table ronde a été animée par monsieur Fryad Hassan Rawandouzi, Ministre de la culture de la République d’Iraq et par monsieur Ernesto Ottone R. de l’UNESCO.

Monsieur Qais Hussein Rashed Al-Magases, Vice-Ministre de la culture pour le tourisme et les antiquités de la République d’Iraq
Mossoul est important tant par son histoire que comme centre commercial et religieux. La province de Ninive a été la plus sévèrement touchée par les destructions. Mossoul comprenait près de 90 % des archives de la province de Ninive.
Plus de 5500 bâtiments ont été détruits : 108 mosquées, 15 mausolées, 19 églises, 1 temple juif, et plus…
Les livres et manuscrits de la bibliothèque du musée de Mossoul ont subi de grands dommages.

Monsieur Muzahm Al-Khyatt, Président de l’université de Ninive et directeur du groupe consultatif de la reconstruction de la province de Ninive
A la libération de Mossoul, 3 actions s’imposaient :

  • la reconstruction des sites du patrimoine ;
  • une action éducative ;
  • faire revivre Mossoul.

Près de 100 000 personnes ont été déplacés. Les jeunes ont été « endoctrinés », le patrimoine a été détruit.

Père Najeeb Michaeel O.P. Directeur du Centre Numérique et de recherches sur les manuscrits orientaux
Mossoul est sur la route de la soie. Ce fut, depuis longtemps, un centre, un carrefour. Aujourd’hui, il ne reste que 20 % de chrétiens en Iraq. Avant de rebâtir les pierres, il faut reconstruire les esprits. Daech a endoctriné plus de 30 000 enfants.
Les religions doivent savoir se parler.

Madame Marta Rurdas, représentante du secrétariat général, bureau coordonnateur résident et humanitaire en Iraq – ONU
Il convient de reconstruire en tenant compte du lieu et du présent, du rassemblement des communautés, rétablir une usine de canalisation d’eau potable, rétablir un réseau d’électricité…

Madame Raffaella Lodice Unité principale du Moyen Orient/Golf, de l’Asie Centrale, et du Sud – Direction du développement et coopération internationale de la commission européenne
L’Europe travaille en étroite liaison avec le gouvernement Iraquien. Les mines constituent un réel danger et les travaux de déminage imposent d’importantes ressources financières.


Plan de renaissance du système éducatif

Cette table ronde a été animée par Hamid Ahmed Conseiller au Bureau du Premier Ministre de la République d’Iraq et par Stefania Giannini, UNESCO.

Monsieur Hamid Ahmed
Pour commencer la résurrection de Mossoul mais aussi de l’Iraq, il convient d’intervenir d’abord sur l’éducation. C’est un objectif en tant que tel mais aussi un moyen pour atteindre les autres. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’avoir vaincu Daech, nous devons aussi supprimer les racines idéologiques par l’éducation, avoir des mesures de prévention pour contrecarrer les effets des plans de Daech.

Monsieur Muhsin Afurajy, du Ministère des Hautes études et de la recherche de la République d’Iraq
L’objectif de l’éducation est de « construire » les citoyens dans l’esprit de ce qui se fait dans les pays développés. C’est ce qu’avait compris et combattu Daech en prenant les universités pour cibles.
Le parcours de la « reconstruction » des étudiants a été repensé avec l’aide d’un comité d’experts appelé à moderniser le curriculum des sciences humaines mais aussi islamiques pour la formation des imams.

Monsieur Karim Al-Waeli, Secrétaire général à la commission pour l’UNESCO au Ministère de l’Education
50 enfants endoctrinés par Daech ont été mis en observation pour mieux comprendre ces cas critiques en étudiant leurs comportements déviants.

Monsieur Mohammed Jasim Al-Hajiahmed, Directeur de la bibliothèque de l’université de Mossoul
La bibliothèque est un élément central à l’université de Mossoul. Ce sont les bâtiments de l’université qui entourent la bibliothèque. Or tout a été détruit, les bâtiments et leur contenu.
Reconstruire la bibliothèque c’est reconstruire un lieu de vie culturelle et intellectuelle. Le projet est de numériser les livres.

Madame Yasmine Sherif, Directrice de « Education Cannot Wait »
Cet organisme a été créé par les britanniques avec pour objectif d’aider à restaurer les fondements de l’éducation après une crise. L’éducation ne doit pas rester un parent pauvre : c’est ce qui forge l’esprit humain.
« Nous travaillons avec l’UNESCO pour créer une passerelle entre l’aide humanitaire et l’éducation. »

En conclusion de cette journée on a insisté sur le rôle primordial de l’éducation qu’il faut développer tout particulièrement en direction des jeunes pour réparer les dégâts que Daech leur a infligés.
Au regard des dangers qu’il représente, l’autre grand chantier de réhabilitation — déminage de très nombreux sites encore « en risque » — nécessite une gestion bien coordonnée.

[ Voir des photos de la conférence sur le site de Flickr ]

Avec le Pape François, prions pour le trésor qu’est la Famille


Après la coupe du monde de football, voici qu’un autre événement mondial se tiendra à Dublin en Irlande, réunissant lui aussi de nombreux supporters.

Il s’agit de l’annonce de la « bonne nouvelle de la Famille » lors de la rencontre mondiale des Familles du 21 au 26 août.

Pour celles et ceux qui le souhaitent, un seul mode de soutien : il est spirituel et… non confessionnel !

En 2014 le CCIC posait la question : « Famille : patrimoine mondial de l’humanité ? »

Des réponses venant du monde entier ne manqueront pas d’être formulées, contribuant au bonheur et à l’équilibre des sociétés.


Lire l’annonce de la FAFCE :
en français    in english

Voir le site web de la rencontre mondiale des familles

Puissances technologiques et éthique de la finitude humaine – Libre propos

LIBRE PROPOS


INSPIRÉ DE LA JOURNÉE D’ÉTUDE ORGANISÉE
PAR LE CCIC ET L’ACADÉMIE CATHOLIQUE DE FRANCE


« PUISSANCES TECHNOLOGIQUES ET ÉTHIQUE
DE LA FINITUDE HUMAINE
 »


Comment concilier grandeur de l’Homme et homme augmenté


Six heures d’échanges, regards croisés, neuf coups de projecteurs donnés sur un thème essentiel par un panel de personnalités aux profils différents : des universitaires, un chirurgien, des philosophes et des théologiens, un financier, un expert informaticien devenu romancier, un écrivain penseur de l’esthétique, un expert des réseaux de neurones… une riche et belle diversité d’angles de vue , mais aussi – sans doute est-ce là le principal enseignement de cette journée bien remplie – émergence de quelques idées que l’on retrouve dans toutes les contributions et qui aident à se forger comme un message pour garder un espoir pour notre monde, ce monde qui, plus que jamais, est affecté par les technologie avec des impacts qu’il faut savoir mesurer et penser en connaissance de cause, raisonnablement, lucidement, pour préserver notre confiance en l’avenir, l’avenir de l’humanité.


Premier constat : La question de la technique par rapport à la société n’est pas nouvelle, c’est un thème qui a toujours « fait débat », mais de nos jours et pour les temps à venir, elle se pose en des termes radicalement nouveaux : il y a un « inédit » des technologies qui bouleverse les repères traditionnels, changement d’échelles, accélération des progrès à grande vitesse, abolition des frontières, extension des espaces explorés, explosion des capacités de traitement des données, émergence du phénomène NBIC (nanotechnologie, biologie, informatique, sciences cognitives) avec, un peu comme le grand fédérateur, le numérique : ces différents domaines interagissent entre eux pour produire des effets spectaculaires, qui finissent par toucher l’humain au plus profond de son être.


Madame Marie-Hélène Parizeau
Madame Marie-Hélène Parizeau

Il y a dans ces avancées de la science et des techniques de réels progrès à saluer mais avec toutes les innovations, notamment celles qui découlent du séquencement du génome et des travaux sur les cellules vivantes. On voit qu’il faut absolument aller au-delà de la seule description de ces découvertes majeures, pour s’interroger sur les effets que l’on poursuit : « meilleurisme », culte de la performance… Est-ce la tendance dominante ? Quelle conséquence ? Il y a là des questions d’ordre éthique qui doivent être posées, nous dit Mme Parizeau, présidente de la COMEST de l’UNESCO.

L’irruption de l’Intelligence Artificielle dans nos vies risque d’être massive : dans nos vies privées, dans les entreprises, mais aussi dans l’activité des administrations et des États.

Sans nier tout ce que peuvent apporter ces nouvelles techniques, il faut rester vigilant quant aux exploitations abusives qui peuvent être tirées de ces systèmes qui pourraient amener une sorte d’obsolescence de l’homme.


Monsieur Frédéric Alexandre
Monsieur Frédéric Alexandre

Sur ce même thème, mais avec le regard de l’expert ingénieur en neuroscience, M. Alexandre a évoqué, au-delà de l’intelligence artificielle mais en lien étroit avec elle, la question des robots, et plus particulièrement des robots humanoïdes (cyborg…) pour appeler à ne pas fantasmer tout en faisant preuve de discernement. In fine, l’important est de conserver la main, de bien définir les valeurs et règles qu’on s’assigne et qu’on intègre dans ce qui reste de l’ordre de la machine. Si, incontestablement, de grands progrès sont enregistrés avec des « appareils » qui font plus que répondre à de simples sollicitations (cf les machines apprenantes, les rétroactions, la précision des mouvements, etc.), on ne doit pas surestimer les performances. Il y a des fragilités ou limites qui pèsent sur le fonctionnement de ces « créatures artificielles » (bruits, parasites, dépendances énergétiques, faible capacité à l’induction, à l’interprétation dans des contextes changeants).

Pour relativiser les discours excessivement positifs autour de l’intelligence artificielle et des robots/systèmes automatisés, M. Alexandre rappelle que, quand bien même ces innovations produisent de réelles prouesses, elles ne font que saisir de la donnée, reproduire ou répliquer des schémas programmés, même s’ils comportent des fonctions d’ajustement et ignorent complètement ce qui fait toute la singularité de l’humain : l’émotion, l’imagination, la spiritualité, l’intériorité… Il reste néanmoins à aborder le domaine de l’intelligence artificielle embarquée sur des machines avec précaution, notamment dans la médecine. L’important est de préserver l’extraordinaire richesse d’une humanité faite de diversité où chaque personne a sa richesse, son identité qui, à la différence de ce qui gouverne les robots, ne se réduit pas à un code.


Père Thierry Magnin
Père Thierry Magnin

Le Père T. Magnin, à la fois comme scientifique et comme théologien, nous invite à réfléchir au monde vivant qui est d’une infinie complexité, une complexité que nous révèlent de plus en plus les nouvelles technologies. La science semble avoir fait un immense bond en avant avec les découvertes autour de l’ADN ou des cellules vivantes, et, de fait, on parvient à réaliser des progrès salvateurs (ex : reconstitution de tissus détruits), mais on est loin de pouvoir apprécier ce que recouvre le vivant, dans toutes ses vulnérabilités et sa robustesse. On ne peut s’en tenir au seul « état de l’art » aujourd’hui si on le réduit à des données de laboratoires sur des codes : il y a dans ce qui constitue le vivant une plasticité en lien avec la psychologie ou avec l’environnement externe qui exerce son influence et dont les technologies ne captent pas tout l’impact. Même si on ne peut pas forcément en apprécier tous les effets, ces éléments sont à prendre en compte dans le domaine de la recherche ou des traitements médicaux, pour éviter les erreurs, les simplifications abusives ou l’utilisation de thérapeutiques coûteuses et inadaptées. Dans ces conditions, il importe pour les chercheurs ou les praticiens de ne pas se laisser aller à recourir à des « outils » qui seraient incomplets ou excessivement simplificateurs. Face à ces difficultés, il importe que soit entretenu le débat pour partager les connaissances et aussi, surtout, permettre que les actions soient conduites de façon responsable et éthique en ayant tout particulièrement le souci des plus démunis.

Puissance des technologies qui peuvent déboucher sur la création de cellule vivante ou opérer des tris sélectifs à haute intensité : attention aux effets collatéraux, dangers de choc génétiques que pourrait provoquer la bio-ingénierie, des observations que doit justifier un principe de précaution.

On risque de se prendre pour des « designers de l’humain », mais où donc veut on aller ? Il y a de vrais risques, on doit absolument s’interroger sur l’utilité, le bien fondé de certaines innovations qui pourraient laisser penser qu’on s’achemine vers la réalisation d’un homme nouveau, un être modèle qui approcherait la perfection : mais jusqu’où pourra-t-on rester nous même ? Cette interrogation de Jürgen HABERMAS peut être complétée par une autre question d’ordre éminemment éthique : « tous les possibles sont ils souhaitables ? »

Face à la machine qui étend son emprise jusqu’à la faire prendre pour notre substitut ou pour accréditer l’idée qu’elle serait en tous points supérieure à l’homme, il nous faut ne pas oublier ce qui fait notre singularité d’être humain, avec nos exceptionnelles propriétés ontologiques, mystérieuses ou merveilleuses combinaisons où s’entremêlent le corps, l’esprit et l’âme. Tout l’homme alors ne saurait se ramener à des fonctions que la technique pourrait totalement ou partiellement prendre en charge  ; notre nature d’être vivant restera bien toujours exposée à ces vulnérabilités que la science ne peut pas totalement corriger… Et puis, il peut y avoir en chaque homme des éléments de robustesse qui se révèlent de façon inattendue, produits de cette alchimie du corps, de l’esprit et de l’âme que rien ne saurait parfaitement remplacer. Attention donc au réductionnisme techniciste nous suggère le Père T. Magnin.


Professeur François Desgrandchamps
Professeur François Desgrandchamps

Le Professeur Desgrandchamps nous suggère les mêmes observations à partir de son expérience de médecin. Il propose d’engager sa réflexion sur l’irruption des nouvelles technologies dans le domaine de la santé en se référant aux quatre principes éthiques que s’est donné l’Ordre des médecins en janvier 2018 : la bienfaisance, l’autonomie, la dignité, l’égalité d’accès. Très opportunément, il nous rappelle ce que disait PASTEUR du médecin appelé à « guérir parfois, soulager souvent, et écouter toujours ».

De l’analyse des images jusqu’aux robots chirurgicaux, sociaux ou conversationnels, on perçoit le développement impressionnant d’outils dont les performances sont supérieures à celles de l’homme (précision de la vision, geste et capacité d’analyse, prévision et prévention, etc). Il y a aussi tous les travaux sur les cellules qui peuvent aider à « réparer », mais aussi à « manipuler le vivant ».

S’il y a d’incontestables progrès, on doit voir aussi les risques et les dangers : fin des médecins ? Manipulation génétique menant insensiblement à l’eugénisme ? Fin du secret médical ? Mise à disposition de plateformes d’assistance insuffisamment certifiées ?

Quel avenir pour les médecins et chercheurs si les algorithmes et autres systèmes d’intelligence artificielle devaient par trop étendre leur emprise ? Ces questions se posent. Elles ne doivent pas amener au pessimisme : ici comme ailleurs, l’Humain doit continuer de prévaloir, qu’il s’agisse des chercheurs qui doivent continuer d’échanger, et des médecin, ces médecins qui sont essentiels dans tout traitement thérapeutiques : s’il y a à tirer le meilleur parti de ce qu’apportent les technologies – qu’il faut savoir utiliser avec discernement – le plus important n’est pas ce que donnent les robots ou les modèles de données mais l’échange entre le médecin et son patient, par la parole mais plus encore l’empathie, l’écoute, le regard, un partage que ne saurait assurer la machine.


Père Philippe Capelle-Dumont
Père Philippe Capelle-Dumont

Le Père Capelle-Dumont nous a invité à explorer tout ce que la technique peut induire dans le fonctionnement de nos sociétés à tous niveaux, dans tous les domaines. A l’appui de son propos, il a cité de grandes figures de la Pensée qui ont été comme des lanceurs d’alerte tant il est vrai que singulièrement à notre époque les technologies ne sont pas neutres. Heidegger appelait à rester vigilant face à la puissance des technologies. Ricœur notait que notre civilisation était la première à tenir la technique comme essentielle avec un effet d’emprise probablement excessif. J Ellul a pointé l’émergence quasi-obsessionnelle du principe d’efficacité avec comme conséquence la montée de la standardisation, les effets de conditionnement.

Il ne faut pas se nourrir d’illusion. Si les techniques apportent beaucoup, ouvrent de nouveaux horizons, permettent des réalisations que l’on croyait hors d’atteinte, il faut se méfier de la dictature de l’exigence technologique. On doit penser la technique en vérité (Foucault) en ayant le souci et la connaissance de soi et de l’autre, et plus généralement de l’environnement dans lequel se développent les techniques. En considérant les possibles méfaits de la Technique (risque nucléaire, effet de serre, risque OGM, risque de manipulations génétiques, clonage, ciseau ADN, manipulation de l’information, etc.), il ne faut pas céder à des réflexes apeurés. On doit simplement compter sur une « heuristique de la peur » et pouvoir ainsi mieux gérer les risques incontestables que génèrent les nouvelles technologies en ayant une réflexion raisonnable sur tous ces sujets. Hans Jonas a ici été le premier à introduire le principe de précaution dans ses réflexions sur la civilisation technologique.

Au total, tout renvoie au sens des responsabilités dans la conduite de nos vies, au respect d’une éthique de la décision lorsqu’il s’agit d’innovations ou d’utilisation des technologies. Il faut savoir mesurer les impacts sur le moment et pour l’avenir, l’avenir immédiat ou plus lointain, celui des générations futures avec une part d’incertitude qu’il faut prendre en compte.

Deux pistes nous sont offertes pour répondre aux très grands défis de la Technique aujourd’hui et faire face aux menaces qui pèsent sur l’Homme : préserver un horizon de Transcendance, miser sur une saine Alliance de l’homme et de la technique.

Il est souhaitable de ne pas réduire son horizon à celui du monde technique (fonctionnel, utilitaire, opérationnel) car une idolâtrie de la technique enferme. De l’importance pour l’homme de pouvoir toujours voir plus haut, plus loin, au-delà… En son for intérieur ou en communion avec l’autre, c’est cela qui ouvre des horizons de transcendance.

La Technique n’est pas à voir négativement, il faut simplement l’arrimer convenablement à ce qu’est l’homme, ce qui est son essence : l’Alliance de l’homme et son histoire, l’homme qui va à la rencontre de l’autre, l’homme qui vit corps et âme, qui vise la paix, l’harmonie, l’amitié, l’amour.


Monsieur Pierre de Lauzun
Monsieur Pierre de Lauzun

Avec M. de Lauzun on est entré dans le Monde de la Finance pour relever d’abord l’importance des sommes mises en jeu pour financer la Recherche et le Développement. Investissement privé et Fonds publics ont rendu possible la réalisation de grands projets scientifiques et techniques depuis les années 50. Ces mises de fonds indispensables pour l’amorçage de ces opérations tendent à s’amplifier depuis les années 2000, les montants en sont colossaux, elles sont à la hauteur des enjeux et des espoirs mis dans ces entreprises supposément porteuses de progrès… et de profits à venir. La réussite des GAFAM avec l’envolée de leur valeur actionnariale fait rêver et suscite des prises de risques :s’il y a des perdants, l’expérience de ces quelques « mega-entreprises » dominantes et très profitables fait rêver.

Les apporteurs de capitaux ont besoin d’entrevoir les perspectives des projets, avec évidemment à la clef l’attente d’un retour sur investissement. Ils seront sensibles aux récits que les porteurs de projets innovants vont leur soumettre, mais avec quelle sensibilité ? Dans une sorte de course folle aux innovations, il y a peut-être des initiatives excessivement aventureuses, peut-être prometteuses en terme de profit mais peut-être aussi dangereuses pour l’humanité. on n’en est plus au temps des balbutiement de l’internet, simple système de messagerie : on parle d’homme augmenté, on imagine des artefacts, des prothèses qui peuvent modifier la nature de l’humain, on conçoit des systèmes qui vous commandent au mieux des intérêts de leurs promoteurs. Alors là doit se poser la question de la responsabilité de ceux qui concourent à la promotion de ces inventions. Ces dernières sont elles géniales ou portent elles atteinte à terme à l’essence de l’homme dans ce qu’elle a de plus sacré comme le respect de la vie? Dans les grandes mutations que génèrent la science et la technique, le Financier comme partenaire-apporteur de capitaux doit mesurer la conséquence de ses décisions, au-delà du seul critère financier : cette exigence à pour nom « Responsabilité sociétale de l’entreprise » : il faut se méfier des projets mal finalisés, on doit miser sur une intelligence de l’humain qui va bien au-delà de la pure rationalité.


Monsieur Augustin Dibi Kouadio
Monsieur Augustin Dibi Kouadio

M. Augustin Dibi nous a livré le point de vue d’un philosophe venu d’Afrique, un continent qui n’échappe pas aux mutations majeures que génère la propagation des nouvelles technologies, avec tout particulièrement la montée du numérique. Comme préalable à son propos, il nous rappelle que nous faisons tous partie d’une même Humanité avec des valeurs universelles qui sont maintenant « en risque ». On a besoin de liens et de lieux où les uns et les autres peuvent se rencontrer, des liens par la parole, des lieux que l’on habite, or le déploiement des techniques bouleverse les structures et pratiques traditionnelles, l’habitat d’antan est compromis, les liens de proximité disparaissent. Paradoxalement, alors même que se développent les réseaux sociaux, on voit se développer un sentiment d’isolement (dans les grandes métropoles où l’on converge massivement). Destruction des espaces de sociabilité, mais aussi cassure du Temps : on court, les délais sont de plus en plus courts, les cycles rapprochés, le temps réel l’emporte sur le temps long. Le réel devient abstraction et injonction sous l’empire des systèmes gouvernés par des règles, des normes qui dictent votre conduite dans un monde de plus en plus marchand.

Dispersion de l’attention, délitement des liens sociaux, froideur des environnements urbains, emprise des média qui irriguent en informations spectaculaires et souvent violentes venant du monde entier… et font oublier le réel à notre porte, un réel ordinaire et parfois malheureux.

On ne fait plus que caresser le réel, on s’abandonne à la facilité de la consommation, on s’agite et ne fait plus que croiser l’autre à distance.

Plus grave encore, on ne supporte plus sa nature, celle d’être vivant et mortel, on se met à vouloir maîtriser la mort, absurde idée… comme si on pouvait guérir de la mort !

Il est urgent de retrouver certaines vertus qui donnent du sens à la vie, de redonner de la valeur au temps retrouvé, savoir se rencontrer vraiment, prendre de la hauteur, ouvrir des horizons d’espérance, de transcendance.

Pour un continent jeune comme l’Afrique c’est par l’École qu’on peut atteindre ces objectifs, avec éventuellement l’aide de la technique dont il faut faire un meilleur usage qu’actuellement.

Les Technologies modernes sont effet une clef de développement, mais elles comportent de sérieux inconvénients dont l’Afrique n’est pas exonérée, loin s’en faut. Toutes immatérielles qu’elles puissent être, elles restent encore bien souvent utilisées au service des composantes matérielles de notre société, avec parfois des utilisations abusives ou frauduleuses. Il y a toute une délinquance numérique, particulièrement chez les jeunes qui profitent des bouleversements technologiques pour accumuler des gains à bon compte par le racket, les abus de confiance.

Toute une Éducation reste encore à prodiguer pour rompre avec l’idée que « l’Être est l’avoir » … et seulement cela. Dans des sociétés encore trop souvent centrées sur un individualisme égoïste et narcissique parfois magnifié par certaines technologies, il est certainement aussi souhaitable d’enseigner cette idée simple : « je dois être dessaisi de moi-même et capable de me retirer » (ECKART).

Les deux dernières interventions nous ont emmenés sur des champs qui pourraient sembler étrangers aux terrains quelque peu arides des technologies : les domaines esthétiques, poétiques et artistiques… Deux précieuses contributions pour conclure cette journée avec des éclairages bienvenus, nous montrant comment situer ces domaines dans nos sociétés qui paraissent devenir de plus en plus techniciennes ou techniques.


Madame Christiane Rancé
Madame Christiane Rancé

Mme Christiane Rancé nous a parlé de l’avenir du beau en introduisant son propos par le listage de quelques réalisations de l’art contemporain développées avec le recours à « la » technique moderne, le numérique essentiellement, sculpture commandée par la 3D, peinture réplique de REMBRANDT, issue d’un traitement informatique des œuvres originales, oreille bionique, lapin fluorescent… Bioart, Body art : on parait entrer dans un monde nouveau, par le truchement de nouveaux outils, nouvelle esthétique, provocation, transgression par rapport aux canons de l’art classique ? Est-ce encore de l’art ? Ces formes idéales, lisses, issues de traitements « machine » sont elles de nature artistique ?

A défaut de répondre précisément à ces questions, on doit reconnaître que toutes ces productions dites artistiques sont des créations, et de ce point de vue, elles peuvent relever de l’art, mais sont- elles originales ou bien seulement des répliques façonnées par un instrument programmé ? Nous parlent elles ?Qu’évoquent ces œuvres pour le spectateur ? Y trouve-t-on un souffle, un élan pour l’âme ? C’est à partir des réponses à ces dernières questions qu’on peut trouver matière à fonder nos convictions ou nos préférences sur ce qu’est l’art, ce qui en relève ou non. L’exercice est difficile, singulièrement pour ces œuvres contemporaines qui marquent de sérieuses ruptures par rapport aux canons traditionnels ou classiques de l’esthétique. L’important sans doute est d’éviter les effets d’éviction.

L’art c’est aussi l’Écriture. Il importe d’ailleurs de continuer d’écrire sur l’art pour en perpétuer l’existence, mais la Littérature, l’art littéraire, c’est plus largement une expression traduite sous diverses formes qui aide à donner du sens, de la vie à l’autre , au lecteur. Il est important que subsiste largement un goût pour les livres, non pour se « doper » ou simplement se distraire, mais pour aider à nous soulager des tensions de notre temps. Il faut tout particulièrement faire mention de la Poésie qui a un immense pouvoir esthétique d’évocation par les mots, et qui, malheureusement est en danger.


Monsieur François-Régis de Guenyveau
Monsieur François-Régis de Guenyveau

Dernier orateur, M. de Guenyveau, nous a livré ses réflexions et parlé de son premier livre , « le Dissident » avec comme une force de persuasion que lui a donné une expérience professionnelle en plein dans le monde du numérique (notamment passage chez ALIBABA) et la rencontre d’auteurs actuels qui réfléchissent sur les grands phénomènes de notre temps à l’aune des grandes transformations en cours.

Dans ce monde où tout le monde parle d’une révolution en marche avec certains (guru) qui en rajoutent sur l’arrivée prochaine de l’incroyable et la survenance de l’Extrême, M. de Guenyveau nous indique au préalable ce qui l’a interpellé au point de prendre du recul par rapport à son engagement professionnel et de vouloir écrire son roman « Un dissident » à savoir trois innovations – pour ne pas dire avancées – majeures en ce qu’elles touchent l’humain au plus profond de lui-même :

  • les manipulations génétiques ;

  • l’interface entre le cerveau et l’internet ;

  • l’activation de liens neuronaux permettant d’interfacer le cerveau et la machine pour doper la pensée et in fine l’intégrer dans des processus d’intelligence artificielle.

Ces trois déclencheurs ont d’autant plus amené notre orateur à s’engager dans la réflexion qu’ils survenaient dans un environnement en train de puissamment changer avec deux phénomènes majeurs, (inquiétants ?) et liés entre eux, résultant d’une véritable course à l’innovation : combinaison de la science et de l’économie (avec une idéologie à la fois financière et progressiste) et apparition de très grandes entreprises dominantes pour ne pas dire hégémoniques : les GAFAM, NATU (les États-Unis), et BATX (la Chine).

Dans ce monde-là, tout devient modélisable. C’est le règne des « data », l’avènement des algorithmes et de l’Intelligence Artificielle qui vont insidieusement guider les conduites, enfermer dans un avenir contraint… une assignation à résidence avec comme dernier avatar les découvertes du transhumanisme qui feraient croire que tout est possible parce qu’on détiendrait les codes.

Va-t-on vers un monde sans limites ? Sommes nous condamnés à la modélisation en toutes choses ? Il y a toujours eu débat sur les rapports entre la Sciences et ses limites, mais de nos jours ce débat change de dimension : le zéro et l’infini seraient saisissables ou abolis. On est pris de vertige à imaginer une telle issue, c’est en tout cas autour de l’ensemble de ces problématiques que l’idée du roman « le dissident » a émergé.

C’est l’histoire d’une rencontre entre un « Prodige scientifique » plongé dans l’univers virtuel du numérique et un « simple ébéniste » qui travaille la matière avec ses mains. C’est aussi, pour ce geek qui était absorbé par « la technique », la découverte de la lecture, celle du roman de STEINBECK « les raisins de la colère » qui parle de la grande crise, avec les souffrances endurées. Une autre rencontre, celle d’un clochard. Ces expériences font émerger tout un spectre de qualités ou de propriétés qui devraient rester parties intégrantes de la vie mais que le monde excessivement technicisé nous fait perdre de vue : beauté du geste de l’artisan qui s’approprie les imperfections de la matière, émerveillement produit par la nature avec ses vibrations, travail de précision, la patience, la conscience du temps qui passe, de nos limites.

En conclusion, six idées paraissent avoir émergé de ce débat :

  • on doit accueillir les progrès technologiques avec un a priori positif ;

  • mais on ne saurait s’abandonner à une sorte d’idolâtrie des technologies car il y a d’énormes risques associés, il faut se garder d’emballements qui provoqueraient des ruptures ontologiques menaçant la condition humaine ;

  • alors il faut faire preuve de discernement, de sagesse, de modération, de lucidité : les techniques ne sont pas neutres, gardons nous d’asservir l’homme à la machine ou de vouloir façonner un être nouveau qui serait dépourvu de toute humanité ;

  • ayons bien conscience de ce que ne saurait résoudre les technologies : la mort, la sensibilité, l’émotion, le mystère de la vie et de la cause première, la combinaison imprévisible et puissante du corps, de l’esprit et de l’âme, l’intériorité, la transcendance, la rencontre et la communion, le respect de l’autre, cet autre considéré comme une Personne dans sa dignité avec ses forces et ses faiblesses ;

  • face aux dangers et aux risques inhérents aux nouvelles technologies, sachons apprécier les impacts immédiats et à venir, en intégrant des approches probabilistes, en respectant quelques principes : délibération avec les parties prenantes, définition de cadres législatifs et déontologiques ou éthiques ;

  • avant tout avoir une claire vision de ce que l’on vise en parlant de l’Humanité à préserver, quelles sont nos finalités ultimes ? Donnons nous les moyens de les respecter ?

Deux citations bien connues et qui ne datent pas d’hier pourraient constituer notre note finale et résumer à elles seules l’esprit de cette rencontre :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
« l’Homme ce roseau pensant »

Yves Nachbaur

Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel [PCI]

Assemblée générale des États parties à la Convention de 2003
pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel


La septième session de l’Assemblée générale des États parties à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel s’est tenue au Siège de l’UNESCO du lundi 4 au mercredi 6 juin 2018.

Le Comité intergouvernemental et le Secrétariat de la Convention ont recommandé, comme lors de chaque session, dans leurs rapports d’activité respectifs, l’adoption de plusieurs décisions. Ces résolutions ont été votées par l’Assemblée générale des États parties qui ont entériné ainsi des faits et des activités qui se sont passés de janvier 2016 à décembre 2017. On peut rappeler que l’Assemblée générale des États parties à la Convention est l’organe souverain de la Convention. Elle se réunit en session ordinaire tous les deux ans alors que le Comité intergouvernemental se réunit une fois tous les ans.

En référence aux activités mentionnées dans le rapport du Comité, l’Assemblée générale a accueilli, avant tout, les quatorze nouveaux États qui ont ratifié la Convention: Cabo Verde, Ghana, Guinée-Bissau, Îles Cook, Malte, Saint-Kitts-et-Nevis, Soudan du Sud, Suriname, Thaïlande, Timor-Leste et Tuvalu ainsi que Kiribati, les Îles Salomon et Singapour tout dernièrement.

Elle a salué également la priorité que le Comité entend accorder à la mise en œuvre de la Convention au niveau national par l’inclusion de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans l’enseignement formel et non formel.

L’Assemblée générale a pris note de l’intérêt continu manifesté par les États parties vis-à-vis des mécanismes de coopération internationale de la Convention, parmi lesquels la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le Registre de bonnes pratiques de sauvegarde et l’assistance internationale. Ainsi pendant la période considérée, le Comité a examiné 96 dossiers et inscrit au total 77 éléments sur les Listes de la Convention : dix éléments sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente et soixante-sept éléments sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pendant cette même période, le Comité a également sélectionné sept bonnes pratiques de sauvegarde.

Le Comité déplore encore le grand nombre d’États parties qui ne soumettent pas leurs rapports dans les délais prévus : par exemple pour les cycles de 2017, sur les 67 rapports attendus seulement 23 rapports ont été présentés (44 n’ont pas été présentés) et pour 2016, des 49 rapports attendus, seulement 12 ont été présentés.

Par rapport à ce sujet, l’Assemblée générale a accueilli favorablement la réforme du processus de soumission des rapports périodiques initiée par le Comité et qui consiste surtout dans le passage à un cycle régional de rapports. Ainsi, l’État partie soumet son rapport périodique au Comité, au plus tard le 15 décembre de la sixième année qui suit l’année où il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et ensuite tous les six ans. L’ordre de cette rotation est établi par le Comité au début du cycle de soumission des rapports périodiques de six ans. Le calendrier du premier cycle de ce type serait défini par le Comité lors de sa treizième session en 2018, afin de déterminer l’ordre d’examen en fonction des groupes électoraux.

Dans l’élaboration de ces rapports, l’État partie doit accorder une attention particulière au rôle du genre et fournir des informations décrivant l’état actuel de l’élément inscrit, parmi lesquels: ses fonctions sociales et culturelles ; une analyse de sa viabilité et des risques actuels auxquels il est confronté ou la participation des communautés, des groupes et des individus ainsi que des organisations non gouvernementales pertinentes à la sauvegarde de l’élément.

Un autre élément important de cette session de l’Assemblée générale est la conception par le Comité intergouvernemental d’un Cadre global de résultats visant à mesurer l’impact de la Convention à différents niveaux (national et régional surtout). Ce cadre global des résultats contient les effets désirés à long, moyen et court termes, les indicateurs de base par thème. Par exemple, pour la « transmission et l’éducation », un indicateur d’appréciation serait « l’éducation, formelle et non formelle, qui renforce la transmission et favorise le respect » et un facteur d’appréciation, encore plus concrètement serait « les modes et méthodes de transmission du patrimoine culturel immatériel qui sont reconnus par les communautés, les groupes et les individus et qui sont appris et/ou renforcés et inclus dans les programmes d’éducation formelle et non formelle ».

L’impact final de la Convention devrait être : « le patrimoine culturel immatériel est sauvegardé par les communautés, groupes et individus qui en assurent la gestion de manière active et continue, contribuant ainsi au développement durable pour le bien-être, la dignité et la créativité humaines dans des sociétés pacifiques et inclusives ».

On peut trouver ce Cadre global de résultats pour la Convention de 2003, un document plutôt complexe, à l’adresse https://ich.unesco.org/fr/Résolutions/7.GA/9

En rapport avec le Rapport du Secrétariat, l’Assemblée générale souligne le rôle fondamental joué par l’éducation dans la sauvegarde du patrimoine mondial immatériel à travers sa transmission et accueille favorablement l’approbation d’une nouvelle priorité de financement qui va dans ce sens. Elle prend note également de la pertinence croissante de la Convention dans le contexte international des situations d’urgence, reconnaît le rôle du patrimoine culturel immatériel en tant que puissant vecteur de résilience et de redressement, et demande au Secrétariat de poursuivre ses efforts dans le cadre de la Stratégie de renforcement de l’action de l’UNESCO pour la protection de la culture et la promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé et de son Plan d’action, ainsi que de l’Addendum à la Stratégie relatif aux situations d’urgence associées à des catastrophes dues à des aléas d’origine naturelle ou humaine.

En ce qui concerne le Fonds du patrimoine culturel immatériel, l’Assemblée générale prend note de sa constante sous-utilisation, en particulier de l’assistance internationale, et salue la solution d’y remédier en créant 3 postes au sein du Secrétariat qui formeront une équipe dédiée à la mise en œuvre des mécanismes d’assistance internationale.

En effet, le Comité a remarqué que, pour chaque exercice biennal, les recettes du Fonds étaient largement supérieures aux dépenses ; et que le solde des fonds inutilisés augmentait régulièrement. La raison en est que les États parties utilisent peu les mécanismes d’assistance internationale.

L’Assemblée générale demande également au Secrétariat d’intensifier ses efforts pour renforcer l’assistance internationale, notamment pour soutenir la préparation d’inventaires, le renforcement des capacités et la mise en œuvre de l’initiative visant à intégrer le patrimoine culturel immatériel dans l’enseignement formel et non formel.

Elle approuve le Plan d’utilisation des ressources du Fonds pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019 ainsi que pour la période du 1er janvier 2020 au 30 juin 2020. Ce Plan prévoit surtout l’utilisation de 52,55% du Fonds pour l’ Assistance internationale, y compris la sauvegarde du patrimoine inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, la préparation d’inventaires et le soutien à d’autres programmes, projets et activités de sauvegarde et de 20 % pour autres fonctions du Comité comme celles visant à promouvoir les objectifs de la Convention et à encourager et assurer le suivi de sa mise en œuvre, à travers notamment le renforcement des capacités en vue d’une sauvegarde efficace du patrimoine culturel immatériel, la sensibilisation à l’importance de ce patrimoine, les conseils sur les bonnes pratiques de sauvegarde et la mise à jour et la publication des Listes et du Registre de bonnes pratiques de sauvegarde.

La société civile reste une présence importante auprès des organes directeurs de la Convention de 2003. Ainsi, l’Assemblée générale accrédite, lors de sa session de 2018, vingt-neuf organisations non gouvernementales, pour qu’elles exercent des fonctions consultatives auprès du Comité : 5 ONG de France, 3 de Turquie, 2 de Pologne, 2 de Canada, 2 de Norvège, 1 de Zimbabwe, 1 d’Espagne, 1 de Slovaquie, 1 de Belgique, 1 de Finlande, 1 de Géorgie, 1 d’Allemagne, 1 de Pays Bas, 1 de Mali, 1 d’Australie, 1 de Tadjikistan, 1 des USA, 1 de Bulgarie, 1 de Colombie, 1 de Pakistan. L’Assemblée générale encourage les ONG des groupes électoraux sous-représentés qui répondent aux critères d’accréditation à soumettre leurs demandes d’accréditation.

En conclusion, la préoccupation majeure qui ressort des travaux de cette session de l’Assemblée générale semble être l’efficacité de la Convention de 2003 sur le terrain. Ainsi, les avancées marquantes de cette session 2018 de l’Assemblée générale sont : une réforme des rapports périodiques que les États signataires doivent déposer auprès du Secrétariat de l’UNESCO pour rendre compte des mesures prises pour la préservation de l’élément inscrit ; la conception d’un Cadre global de résultats avec des indicateurs et des facteurs d’appréciations concernant la mise en place des divers éléments de la Convention ; la détermination d’aider les pays à se servir plus du Fonds du patrimoine immatériel qui reste, à présent, pour la moitié inutilisé – une équipe de trois personnes qui va renforcer le Secrétariat de la Convention va conseiller et aider les pays à déposer les dossiers de financement. Révélatrice, aussi, de cette détermination d’efficacité sur le terrain est l’importance donnée au niveau national à la transmission des notions du patrimoine culturel immatériel par l’éducation formelle et non formelle.

Programme Hydrologique International – 23ème session

23ème Session du Conseil Intergouvernemental
du Programme Hydrologique International (PHI)

UNESCO  – 11-15 juin 2018


Cette session avait pour objet, la mise en place du nouveau bureau du Conseil Exécutif du PHI (35 pays), l’évaluation de l’état d’avancement des programmes dans la phase de la décennie de l’eau (2018-2028), et l’élaboration d’un programme eau phase IX (2022-2029).

Enfin, le Conseil était appelé à examiner la place et la coopération de la structure eau de l’Unesco, dans un ensemble mondial élargi, et notamment au regard de la structure « ONU EAU ».


Les Enjeux

L’eau reste une question essentielle pour l’humanité, et elle doit être traitée à des niveaux internationaux. Malgré des améliorations significatives récentes, force est de constater :

  • Accès à l’eau : 30% de la population mondiale n’est pas raccordée à une alimentation domestique en eau potable ;
  • Qualité de l’eau : 60% de la population mondiale ne bénéficie pas de services d’assainissements sécurisés, et 30% est exposée aux risques des eaux contaminées ;
  • 20% de la population mondiale est exposée aux risques de sécheresses et/ou d’inondation, et 500 millions de personnes peuvent souffrir de pénuries d’eau.

Les Organisations Nationales et Internationales

De nombreux organismes ont une compétence en matière d’eau douce, de façon directe ou indirecte. La question de la coordination de leurs actions est primordiale pour être efficace et bénéficier des connaissances scientifiques et expériences mutuelles, dans les différents points du globe.

A cet égard, il a été indiqué que l’UNESCO a lancé le concept de « Famille de l’eau de l’UNESCO », constituée en particulier de 37 Centres de recherche de catégorie 2, de 56 chaires scientifiques Unesco dans le monde, regroupant plus de 1000 experts.

Les actions et programmes de ces organismes sont établis prioritairement en référence, au programme du Développement Durable, et notamment l’objectif N°6 (Eau propre et assainissement), la COP 21 et la lutte contre les pollutions, et aux programmes éducatifs relatifs à la priorité de la parité du genre, et à la place de la femme dans la gestion et l’usage de l’eau.

Enfin les participants ont particulièrement insisté, au titre de la culture, sur la nécessité de mettre en réseau tous les « Musées de l’eau » à travers le monde, avec l’appui, sur ce programme de tous les représentants des gouvernements membres du Conseil.


Débat : la mise en œuvre des actions hydrologiques dans les États, relations entre scientifiques, entrepreneurs et ingénieurs, et politiques.

1er colloque sur l’Interface entre Sciences de l’eau et Sphère politique (14 Juin 2018)

D’un point de vue scientifique, l’accent a été porté notamment sur la nécessité :

  • de fiabiliser la qualité des données des ressources en eau et de leur disponibilités. En effet il existe de grandes différences entre un pays et son voisin. Par exemple l’accès à l’eau potable est d’environ 25% à Madagascar ou au Kenya, alors qu’il est de 83% au Malawi ;
  • d’améliorer nos connaissances sur la question climatique des échanges eau/atmosphère, qui sont la clé de la réponse à bien des questions que tout le monde se pose au regard des évolutions actuelles en matière de précipitations en fréquences et en volume. Et dans ce domaine les recherches sur la prédiction des conditions extrêmes par modélisation sont encore loin d’avoir abouti ;
  • d’améliorer l’analyse des historiques tant pour la géographie des cours d’eau que leur volume et pour en dégager les facteurs dominants. Les instruments d’analyse et d’observations des phénomènes sont aussi en pleine évolution technologique ;
  • de rappeler que la science est au service des politiques, ce qui est une évidence dans un domaine aussi vital que l’eau. L’UNESCO via le PHI a un rôle primordial à remplir vis avis de ces 2 communautés.

D’un point de vue politique, la question urgente à résoudre est comment mieux protéger les populations face à des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents comme typhons, crues, désertification, phénomènes dus au dérèglement climatique. Les administrés ont maintenant une mauvaise opinion des prévisions des catastrophes. Or la gestion de l’eau est intimement liée au climat.

Certains intervenants ont rappelé les échanges difficiles entre scientifiques et décideurs politiques au regard des crues « centenaires » d’un fleuve et qui se sont succédé durant trois années consécutives.

D’où la conclusion qu’il faut constater entre le temps long des scientifiques pour donner des résultats fiables et leurs limites, le temps un peu moins long des ingénieurs pour assurer les travaux nécessaires à la prévention des phénomènes catastrophiques, et la contrainte du temps court des politiques, soumis aux critiques de leurs concitoyens et à leurs réélections.

Lire le rapport final de la 56ème session du bureau du PHI :
https://en.unesco.org/sites/default/files/fr-ihp-bur-lvi-3-rapport_final-875.18.pdf