A l’école des « superpuissances mondiales de l’Éducation »

IIPE Institut International de Planification de l’Éducation

3ème Débat stratégique – 19 avril 2018


Les clefs de la réussite scolaire ? Deux paramètres importants à considérer : le positionnement de l’enseignant et les méthodes d’apprentissage (mémorisation ou questionnement/élaboration)… mais restent aussi à traiter de problèmes très concrets (les infrastructures, les moyens disponibles) dans beaucoup de pays en développement, où les taux de scolarisation sont encore très peu élevés. De vrais défis à affronter pour avancer dans la réalisation de l’ODD4 de l’agenda 2030.


Comment les pays qui sont en tête des classements en matière d’éducation – Finlande, Japon, Singapour, Shanghai et Canada obtiennent-ils des résultats scolaires remarquables ? Quels sont les ingrédients de la réussite scolaire ? Quelles leçons peuvent tirer d’autres pays de ces expériences notamment au titre des Objectifs de développement durable et de l’agenda pour l’Éducation 2030 ? Tel était le thème du 3ème débat stratégique 2018 de l’IIPE conduit par Lucy Crehan, consultante internationale en éducation, qui vient de publier le résultat de son travail quasi « ethnographique » sur le terrain dans un livre au titre éloquent : «CleverLands, the secret behind the success of world’s education superpowers ».

« J’ai passé les deux dernières années à apprendre – de l’intérieur les meilleurs systèmes éducatifs du monde. Ce livre raconte mon parcours, vivre avec les enseignants, écouter les parents et les élèves, enseigner parfois moi-même, interviewer les responsables des politiques d’éducation et apprendre à quoi ressemble l’éducation dans des cultures complètement différentes. Les résultats des enquêtes TALIS et PISA de l’OCDE ont complété mes propres observations. »

Dans son intervention, Lucy Crehan devait aborder les similitudes et les différences pédagogiques de ces pays, la façon dont ils conçoivent la profession d’enseignant et la philosophie sous-jacente qui contribue à leur succès.1


Similitudes et différences pédagogiques

D’une façon très simplifiée, on peut distinguer deux modèles d’enseignement et, pour l’un et l’autre, deux modèles d’apprentissage :

  • Enseignement axé sur l’étudiant et enseignement axé sur l’enseignant ;
  • Apprentissage basé sur des stratégies de mémorisation et apprentissage basé sur des stratégies de questionnement et d’élaboration.

A partir des enquêtes internationales (PISA et TALIS) il est possible de cartographier la position des pays selon ces deux paramètres (méthodes d’enseignement et méthodes d’apprentissage).

Il ressort que huit des onze pays les plus performants en mathématiques et en résolution créative des problèmes (dont les cinq pays étudiés par Lucy Crehan) se situent tous dans une zone étroite caractérisée par un modèle privilégiant le rôle de l’enseignant et un apprentissage accordant la priorité aux méthodes de questionnement.


La profession d’enseignant

Il est reconnu que les enseignants sont l’un des facteurs clés de la réussite des élèves et des écoles et que les éléments qui font un « bon enseignant » sont multiples. La discussion s’est malheureusement limitée à un seul des aspects du travail de l’enseignant, celui de la préparation des cours et de la problématique d’un modèle généralisé privilégiant «l’auto-suffisance ».

Diverses études montrent qu’une grande majorité de professeurs préparent seuls leurs cours sans faire appel ou aux manuels ou à l’aide d’autres professeurs expérimentés. En Grande-Bretagne par exemple seul 10% des professeurs préparent leurs cours sur la base des manuels.
La situation est inverse pour les pays étudiés par Lucy Crehan : à Singapour 70% des enseignants basent leur cours sur les manuels, en Finlande le ratio est de 95%.


La philosophie sous-jacente ? Des attentes réellement élevées.

Dans 10 des 12 pays suivis par les enquêtes de l’OCDE ayant les meilleurs résultats scolaires, les élèves ne sont orientés vers des niveaux scolaires différenciés qu’après l’âge de 14 ans.

Dans 4 des 5 pays suivis par Lucy Crehan, il n’y pas d’orientation différenciée en fonction des aptitudes jusqu’à 15 ou 16 ans. Au lieu d’avoir des attentes moins élevées pour certains des élèves et de les mettre sur des voies différenciés avec des taches plus simples, il leur est donné un soutien scolaire supplémentaire.

Des enseignants bien formés planifient ensemble pour s’assurer que chaque concept est clairement enseigné la première fois, et ensuite expliqué de différentes façons jusqu’à ce que tous les élèves comprennent. Avant de passer à autre chose, ils consacrent le temps supplémentaire nécessaire pour les élèves qui ne comprennent pas ou prennent du retard.


Prolongement du débat

Le débat faisait également intervenir Sonia Guerrero, spécialiste de programme de développement des enseignants de l’UNESCO.

Mme Guerriero devait d’abord rappeler que le facteur clé de la réussite scolaire est la présence d’enseignants qualifiés et motivés, mais le problème aujourd’hui est qu’il manque mondialement 69 million d’enseignants pour atteindre l’objectif ODD-4 Education 2030. La question non résolue est : comment faire pour attirer des candidats de talents vers la profession d’enseignants ?

Partant des résultats des enquêtes du SACMEQ (Southern and Eastern Africa Consortion for Monitoring Educational Quality) Mme Guerriero a ensuite présenté des situations toutes autres où par exemple au niveau du « Grade 6 » en France 6ème, 20% des enseignants n’ont pas les manuels du maître, où 60% des élèves n’ont pas leurs propres livres scolaires, où les conditions de travail et des lieux de travail des enseignants et des élèves sont insatisfaisantes.


En forme de conclusion à ce rendu

L’intérêt de ce débat résidait certes dans la démarche « ethnographique » adoptée par Lucy Crehan et par l’éclairage apporté sur les systèmes éducatifs de quelques un des pays les plus performants, mais plus encore dans le rappel à la fin du débat qu’une très grande partie de la planète est confrontée à de nombreux autres problèmes : 263 millions d’enfants et de jeunes ne sont pas scolarisés, 14% des jeunes, et seulement 1% des filles les plus pauvres, terminent leurs études secondaires dans les pays à faibles revenus.

DG / 14-05-2018

1 Le débat stratégique de l’IIPE s’inscrivait dans la suite du séminaire du 14 et 15 mars 2018 à l’UNESCO sur le thème : « Histoires de réussite – Les raisons des performances scolaires exceptionnelles dans les pays les mieux classés.» conférence qui réunissait des représentants du Japon, d’Estonie, de Singapour, de Finlande, de Shanghai, de Corée, de l’IIPE, de l’UNESCO, de l’IEA et de l’OCDE.