Protection et promotion de la diversité des expressions culturelles

12e Comité Intergouvernemental de la Convention de 2005
sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles


Au-delà des points habituellement traités, deux éléments nouveaux à souligner : les réflexions mais aussi considérations opérationnelles que font émerger le numérique, et le souhait de développer les dialogues avec la société civile, ONG notamment.


Du 11 au 14 décembre 2018, tenue au siège de l’UNESCO de la 12e session du « Comité intergouvernemental pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Ce Comité, composé de 24 pays, se réunit une fois par an, jusqu’à présent, le mois de décembre. Le projet de changer cette date, pour le mois de février de chaque année, sera proposé pour décision à la Conférence des Parties, en juin. Si la Conférence des Parties approuve cette proposition et en fait donc une décision, la 13e session du Comité Intergouvernemental aura lieu le mois de février 2020.


La Conférence des Parties, l’organe décisionnel, se réunit tous les deux ans, en juin.

Le Comité a pour objet la promotion et le suivi de la mise en œuvre de la Convention. Il vérifie que les réalisations de la Convention restent pertinentes dans un monde en constante évolution.

À la demande de la Conférence des Parties, il peut également élaborer et réviser les directives opérationnelles qui précisent les conditions d’application de la Convention.

A noter comme thème important mis en avant au cours de ces deux journées : la question incontournable du numérique, son utilisation dans le domaine culturel au service des industries créatives, les défis à relever, éthiques notamment.

Outre le rapport d’activité du Secrétariat et les rapports quadriennaux des Parties ont été soumis à discussion des projets des ONG pour lesquels sont sollicités des financements par le Fonds International pour la Diversité Culturelle.

Comme éléments nouveaux, on aura noté l’organisation d’une série de conférences/débats autour de sujets essentiels en rapport avec la Convention.


I Des Projets concrets approuvés pour être financés

Au final, huit projets ont été approuvés, on en rappellera ci-après l’objet, leurs promoteurs et le montant des financements obtenus :

  • Renforcement des capacités de travail en réseau et participation des organisations culturelles dans la conception et la mise en œuvre des politiques culturelles au Pérou, projet soutenu par l’ONG péruvienne « Solar », financement de 99 450 USD ;

  • développement d’une stratégie et d’une action commune des parties prenantes pour les droits de propriété intellectuelle dans les industries créatives et culturelles au Rwanda, projets soutenu pat l’ONG « Rwanda Arts Initiative » (RAI), financement de 94 780 USD ;

  • Évaluer la contribution économique et l’apport des industries culturelles au développement national au Antigua et Barbuda, projet soutenu par le Ministère de la culture d’Antigua-et-Barbuda, financement de 50 033 USD ;

  • Mise en réseau des artistes femmes et des opérateurs culturels dans les Caraïbe (Haïti, Cuba, Trinité-et-Tobago, Jamaïque, République Dominicaine, Barbade) pour la diffusion de l’art caribéen et le renforcement des capacités des professionnels haïtiens, projet régional soumis par Haïti, financement de 100 000 USD ;

  • Évaluer l’impact du Festival de Film de Sarajevo sur le développement culturel, économique et social de Bosnie – Herzégovine, projet soutenu par l’ONG « Obala Art Center » de Bosnie –Herzégovine, financement de 49 040 USD ;

  • Structurer les acteurs des cultures urbaines en vue de la création de la maison des cultures urbaines de Kinshasa, projet soutenu par l’ONG « Racine Alternative ASBL » , financement de 52 720 USD ;

  • Promouvoir le secteur culturel de Mongolie en renforçant la capacité d’élaboration des politiques culturelles du pays, projet soutenu par l’ONG mongole « Creative Industry Innovation Center », financement de 94 040 US ;

  • La diversité culturelle comme ressource pour le développement de la jeunesse au Gaza, projet soutenu par l’ONG de Palestine « Basma Society for Culture and Arts », financement de 90 815 USD.


II Deux préoccupations constantes, ces derniers temps : les rapports périodiques, les moyens du Secrétariat

La soumission des rapports périodiques reste problématique. On rappellera que chaque État Partie doit soumettre un rapport tous les 4 ans. Par exemple, des 12 rapports attendus en 2018, seulement 3 ont été présentés : Azerbaïdjan, République Tchèque et République de Corée. 9 pays n’ont pas remis leur rapport : Ukraine, aucun pays du groupe III, Amérique du Sud (Bahamas, Haïti, Honduras, Trinité-et-Tobago), aucun pays du groupe Va, Afrique (Guinée équatoriale, Lesotho, Malawi, République démocratique du Congo). 10 autres pays retardataires (dont les rapports étaient attendus pour les années précédentes) ont soumis leur rapport : Barbade, Belgique, Croatie, Djibouti, Hongrie, Irak, Luxembourg, Niger, Palestine, République Démocratique Lao.

Si le manque de capacités de rédaction de ces rapports périodiques peut être un élément d’explication pour certains pays en développement, des outils existent pour aider à surmonter ces difficultés comme le programme de renforcement des capacités pour l’élaboration des rapports périodiques dont 21 Parties ont bénéficié depuis 2015: Madagascar (2015); Barbade, Djibouti, Équateur, Eswatini, Namibie, Palestine (2016) ; Bénin, Comores, Côte d’Ivoire, Guinée, Kenya, Mozambique, Nigéria, République démocratique populaire Lao, Tadjikistan, Togo (2017) ; El Salvador, Gabon, Niger et Panama (2018).

Le Comité a discuté, par ailleurs, d’une révision des directives opérationnelles concernant les rapports quadriennaux, pour aller dans le sens d’une simplification de la structure de ces rapports. Une proposition i sera soumise à décision lors de la prochaine Conférences des Parties, en juin 2019.

Concernant le Rapport du Secrétariat sur ses activités pour l’année 2018, le CIG encourage les Parties à fournir des ressources extra-budgétaires pour le programme de renforcement des capacités du Secrétariat et la mise en œuvre du Système de gestion des connaissances (SGC), de la Plateforme de suivi des politiques (PSP), et à soutenir le renforcement du Secrétariat par la nomination d’experts associés ou le détachement de personnel pour la mise en œuvre de la Convention.


III Une feuille de route « les industries créatives et le numérique »

Cette année, les représentants des 24 Parties qui siègent au Comité de la Convention de 2005 ont adopté une feuille de route pour aider à définir la mise en œuvre des politiques et mesures qui soutiennent les industries créatives dans l’environnement numérique. Les Parties sont invitées à s’en inspirer pour élaborer leur propre démarche en fonction des moyens dont elles disposent. 


A noter que cette feuille de route, conformément à l’une des grandes préoccupations de l’Unesco en la matière, aborde la question des défis éthiques posés par l’intelligence artificielle, l’automatisation de la créativité et la capacité du secteur à soutenir des emplois décents.

Ce document contient ainsi plusieurs recommandations relevant du numérique qui répondent bien aux quatre objectifs principaux de la Convention de 2005 :

En rapport avec le premier objectif de la Convention de 2005, (soutenir de systèmes de gouvernance durables pour la culture), quelques mesures recommandées sont, par exemple :

  • concevoir, réviser ou mettre en œuvre des politiques culturelles, des stratégies sectorielles, des plans d’action pour soutenir les secteurs culturels et créatifs dans l’environnement numérique ;
  • réaliser des études et collecter des données sur la traçabilité et l’accessibilité aux diverses expressions créatives, sur la rémunération équitable des créateurs dans l’environnement créatif et sur l’utilisation des métadonnées dans différents secteurs créatifs.

Se rattachant au deuxième objectif (circulation équilibrée des biens et services culturels et mobilité accrue des artistes et des professionnels de la culture) une recommandation propose de négocier des clauses culturelles dans les accords de commerce et d’investissement portant sur le commerce électronique et les produits numériques afin de reconnaître la double nature des biens et services culturels.

Pour le troisième objectif : (intégrer la culture dans le développement durable), une des recommandations serait : mettre en place des programmes de formation pour renforcer les aptitudes et compétences numériques des secteurs culturels et créatifs afin de participer au changement en cours dans la chaîne de valeurs culturelles.

Relève du quatrième objectif : (promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales) la proposition d’introduire la dimension du numérique dans le traitement de ce sujet :

  • adopter ou renforcer les politiques visant à autonomiser les femmes et les filles, assurer leur participation effective et l’égalité des chances dans le secteur créatif et culturel numérique ;

  • revoir la législation pour lutter contre le cyberharcèlement, le trolling en ligne et les attaques ciblées, en particulier contre les femmes artistes sur les plateformes numériques.


IV Une évolution de l’esprit dans lequel s’organisent les échanges : Conférences, Dialogue et coopération avec la Société civile

Cette 12ème session du CIG de la Convention 2005 parait avoir consacré un changement d’approche : L’événement annuel ne se limite plus aux travaux du Comité intergouvernemental de la Convention, c’est à dire des 24 membres permanents et des observateurs (les autres pays et les ONG présents à l’UNESCO). Comme l’a montré l’organisation des conférences/débats, un dialogue plus soutenu avec la société civile en général est maintenant souhaité autour des thèmes qui relèvent de la Convention, un large dialogue auquel pourront prendre part les professionnels (les artistes, les diffuseurs etc), les chercheurs, les ONG.

Cette 12e session du CIG illustre bien cette orientation nouvelle avec par exemple l’organisation d’une série de conférences publiques sous un intitulé commun «  Créer|2030 ». Le but ici était de montrer qu’investir dans la créativité peut aider à la réalisation de certains des objectifs de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Les titres (et thèmes) des 4 conférences ont été : – « You Are Next : Les femmes dans les arts numériques » ; – « L’intelligence artificielle : un nouvel environnement de travail pour les créateurs ? » ; – « Qu’est-ce que la liberté artistique pour vous ? » et – « La société civile : partenaire du changement dans la gouvernance de la culture ».

Deux thèmes principaux ont donc été à l’honneur, tant pour ces conférences que pour les travaux des 24 pays du CIG : l’intelligence artificielle et la créativité numérique.

La participation de la société civile aux travaux des organes directeurs de la Convention de 2005 (IGC et Conférence des Parties) est une autre idée qui fait son chemin dans le sens d’une plus grande ouverture. Un comité de pilotage intérimaire des ONG travaille actuellement à la coordination de la participation des ONG aux travaux des organes directeurs et, en marge de la 7e Conférence des Parties de juin 2019, le deuxième Forum de la société civile sera organisé. Une implication plus forte de la société civile est attendue à cette occasion.


Pour plus de précisions consulter le site de l’UNESCO : https://fr.unesco.org/creativity/

Oana Barsan

10e Forum International de la Science par les ONG partenaires officiels de l’UNESCO


« La Science bien commun de l’humanité »

Moscou 26 et 27 Novembre 2018


 

En présence de 500 personnes, sous l’égide de l’Académie Russe des Sciences, de la Fondation russe pour la Paix et du Comité de Liaison ONG de l’UNESCO, le forum a présenté 25 Ateliers permettant à plus de 150 scientifiques russes et étrangers de s’exprimer sur plusieurs thèmes d’avenir.



Voici un aperçu des messages et principales idées débattues sur les 2 thèmes suivants :

Responsabilité sociale de la science pour les générations futures
L’humanité dans le monde moderne du XXIème siècle.


La responsabilité sociale de la science pour les générations futures :


  • La science apporte des solutions pour la sécurité et le développement durable, cependant par exemple les catastrophes nucléaires ont toujours été la conséquence d’erreurs humaines prévisibles. Il faut préférer un développement responsable à un développement durable (A. Dinkin) ;
  • La science cherche à apporter un équilibre entre le progrès technologique et la protection de l’environnement ;
  • Les aspects éthiques de la science doivent être anticipés dès l’innovation ;
  • L’homme, par nature fragile, a pu prospérer et se développer grâce à la coopération et l’organisation collective en société (F. Lukyanon). Il s’est intégré à la nature par la culture (kholos en slave) ;
  • La mercantilisation des applications scientifiques est un frein puissant à l’exercice de la responsabilité sociale de la science ;
  • Pour permettre les échanges entre la communauté scientifique à l’échelle mondiale ne faut-il pas envisager la création d’un passeport scientifique, au même titre que le passeport diplomatique ?
  • Pour éviter que les nombreuses innovations technologiques de ce siècle, en particulier celles qui aujourd’hui copient la nature, ne servent à mal l’humanité, il est nécessaire de réglementer, d’encadrer la sécurité biologique, et d’introduire une dimension éthique et culturelle.

     

M. Marc Toillier (UNIAPAC, CCIC) prenant la parole à la tribune lors du forum

L’humanité dans le monde moderne :


  • La nouvelle révolution numérique et biologique : pour quel homme et quelle civilisation demain ?
  • Les technologies deviennent une nouvelle forme de colonisation sans guerre, comme c’est le cas déjà pour l’Europe (Chine, USA), et simultanément l’épuisement des ressources peut ouvrir la voie à des guerres pour celles-ci et surtout pour l’eau (M. Kovalchuk).
  • La menace de la surexploitation de la planète et celle de la surpopulation jusqu’à 10 Mds font peser un risque fatal sur l’humanité. Comment éviter un collapse énergétique de l’humanité ?
  • Les défis sont aussi sociaux et économiques face à un contrat social libéral en question, avec un nouveau monde polycentrique, où seule la Chine poursuit la voie de la globalisation (A. Dinkin),
  • La reproduction par l’homme des systèmes de la nature, y compris l’homme, laisse entrevoir l’imitation du cerveau humain en mode analogique d’ici 2050, et ainsi celle-ci présentera une menace forte sur l’homme « normal » ? (V. Panchenko)
  • Seule la sphère éthique et spirituelle, ainsi que la mémoire, sont porteuses de la civilisation, et peuvent protéger l’homme des évolutions technologiques (E. Yatsishina )
  • Est-ce que l’homme restera l’homme ? Au-delà des objectifs rationnels de la science comment introduire la conscience et la spiritualité pour sauver l’humanité de son autodestruction avec 10 Mds d’habitants et la famine a grande échelle. Copier la nature peut-il suffire à sauver l’homme dans les prochaines années ?
  • Le nouveau paradigme de l’économie pour l’homme (et non l’inverse) s’inscrit dans le développement de l’individualisme au détriment de la société (A. Atanassov).
  • Pour les 50 prochaines années, l’agro-industrie sera confrontée à des problèmes de moyens et devra recourir à des gènes à 80% inconnus aujourd’hui. L’agrobiologie aura le monopole de ce siècle (A. Atanassov). L’émergence de la bio synthèse et bio économie vont permettre de produire des matières grâce à des micro-organismes, pour faire face à la baisse de la production agricole de 50 % (changement climatique, eau, épuisement des sols, etc…) (R. Vassilov). La biosécurité est nécessaire avec des règlementations, car l’impact sur l’homme et l’environnement de ces micro-organismes génétiquement modifiés sont inconnus ( A. Yanenko). L’OMS est la mieux qualifiée pour ce type de règles.
  • Les améliorations de la santé proposées par la science ouvrent des voies dont on ne connait pas les conséquences : conséquences inconnues des nouveaux antibiotiques, de la nouvelle biologie synthétique et programmable, des codes génétiques modifiés, etc. Seul un encadrement étatique et mondial peuvent apporter une sécurité pour l’humanité (V. Govorun).

Marc Toillier : notes non exhaustives des ateliers et débats, décembre 2018

-§-


Référence des chercheurs et responsables cités :

  • A. Dinkin : Président de l’Institut Économique mondial et Responsable International de l’Académie des Sciences russe
  • F. Lukyanov : Directeur de recherche au Valdai Think-Tank
  • M. Kovalchuk : Président du Centre national de recherche « Kurchatov Institute »
  • V. Panchenko : Président du Conseil national de la Recherche russe et Membre de l’Académie des Sciences
  • E. Yatsishina : Directrice scientifique du Centre national de recherche « Kurchatov Institute »
  • A. Atanassov : Chercheur bulgare, Membre de l’Académie des Sciences russe
  • R. Vassilov : Directeur des NBICS Nature-like technologies au Centre de recherche « Kurchatov Institute » et professeur
  • A. Yanenko : Directeur de la Recherche au Centre génétique et Sélection de micro-organismes au « Kurchatov Institute »
  • V. Govorun : Directeur de la Recherche au Centre de Médecine Physico-chimique de l’Agence Biomédicale russe et Membre de l’Académie des Sciences russe

voir le site web de l’Académie russe des Sciences (en langue russe Научная Россия)


 

Migrants et déplacés : « Bâtir des ponts, pas des murs »

Enseignements du Rapport mondial sur l’éducation 2019
et du projet « Education for Life » en Ouganda

Forum sur l’offre éducative aux personnes réfugiées et déplacées

«  Bâtir des ponts, pas des murs »

UNESCO, 26 novembre 2018


Éducation des migrants : challenge et opportunités

La formation des migrants et des personnes déplacées dans leurs propres pays, pour faits de conflits ou de recherche de mieux être économique, est un facteur d’inclusion et un point clef de l’Agenda 2030 pour l’Éducation.


Tel était le thème du Forum d’échanges du 26 novembre à l’UNESCO, développé sur 7 points majeurs sur la formation des migrants en lien avec les recommandations du Rapport mondial sur l’éducation 2019 :

  • Protéger leurs droits

  • Intégrer les migrants dans les systèmes nationaux

  • Répondre à leurs besoins

  • Reconnaître leurs besoins spécifiques (lien avec le vivre ensemble)

  • Préparer les enseignants

  • Tirer profit des expertises des migrants

  • Refonder l’aide humanitaire et au développement


Présenté le 21 novembre, le nouveau Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) 2019, « Migration, déplacement et éducation : Bâtir des ponts, pas des murs », dresse une photographie contrastée de la situation éducative faite aux migrants, réfugiés et personnes déplacées et émet sept recommandations. Ce Rapport coïncide avec le travail de la conférence intergouvernementale de Marrakech en décembre où devra formellement être approuvé le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.


Les points clés du Rapport mondial de suivi de l’éducation 2019


Distinguer les trois types de migration et leurs implications

Les migrations internes. On estime à 763 millions les personnes qui vivent dans une région autre que celle où elles sont nées. Les migrations internes se concentrent aujourd’hui dans les pays à revenu intermédiaire en particulier la Chine et l’Inde (où 9 millions de personnes se déplacent chaque année d’un État à l’autre) ou à revenu faible comme ceux de l’Afrique subsaharienne. Le mouvement des ruraux vers les villes pour la recherche de travail a souvent conduit à laisser derrière eux des millions d’enfants déscolarisés, une tendance qui touche un enfant sur trois en Chine rurale par exemple. Ces mouvements se traduisent par le développement d’importants regroupements d’habitats informels où l’accès à l’éducation publique est limité. L’urbanisation est également l’un des facteurs à l’origine de la fermeture et de la consolidation à grande échelle des écoles rurales : la moitié des écoles de la Fédération de Russie ont ainsi fermé en 15 ans.

Les migrations internationales. On comptait 258 million de migrants internationaux en 2017. Ces migrations peuvent épuiser les ressources humaines clés des pays les plus pauvres : les statistiques rassemblées par le Rapport montrent que dans 27% des pays analysés au moins une sur cinq des personnes hautement qualifiées émigre. Mais elle peut à contrario bénéficier à l’éducation des enfants de migrants internationaux. Les enfants des immigrants colombiens aux États-Unis avaient par exemple au moins deux années d’études de plus que les enfants des personnes qui n’avaient pas émigré.

Les déplacements. Le nombre de personnes réfugiées ou déplacées de force a atteint son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces personnes sont en général originaires des régions les plus pauvres et les plus mal desservies du monde et sont d’autant plus vulnérables que leur situation les prive d’accès à l’éducation.

Sur les 19,9 millions de réfugiés placés sous la protection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) 52% environ sont âgés de moins de 18 ans. S’y ajoutent 5,4 millions de réfugiés palestiniens qui sont sous la protection de l’UNRWA (Office de secours des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). S’y ajoutent enfin 40 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (IDP – Internally displaced persons) à cause d’un conflit dont la plupart vivent en République arabe syrienne, et 19 millions de personnes déplacées à cause de catastrophes naturelles.


L’accès à l’éducation des personnes déplacées et la qualité de celle-ci laissent à désirer. Les estimations du HCR chiffrent le taux de scolarisation des réfugiés à 61% dans l’enseignement primaire et à 23% dans l’enseignement secondaire. Dans les pays à faibles revenus ces taux sont inférieurs à 50% dans l’enseignement primaire et atteignent seulement 11% dans l’enseignement secondaire. Globalement 4 millions de réfugiés âgés de 5 à 17 ans ne sont pas scolarisés.

Si l’objectif est l’inclusion des réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux, leur inclusion est particulièrement problématique dans des contextes qui cumulent le manque de ressources, les faibles capacités du système éducatif, une maîtrise insuffisante des langues, des interruptions du parcours scolaire et la pauvreté.


L’éducation façonne les flux migratoires

Plus le niveau d’éducation est élevé, plus la probabilité de migration est élevée. Ceux qui ont fait des études supérieures sont deux fois plus susceptibles d’émigrer des villages vers les villes et cinq fois plus susceptibles d’émigrer à l’étranger que ceux qui n’ont fait que des études primaires. Un point souvent oublié dans les débats publics est que, à quelques exceptions près, les immigrants sont en moyenne plus instruits que les autochtones, même dans les pays qui ne mènent pas de politiques d’immigration sélectives.

Une éducation inclusive peut s’attaquer aux sources de tension, aider les personnes en déplacement à réaliser leur potentiel et permettre aux migrants de mieux soutenir leurs communautés dans leur pays d’origine. Le rapport montre que si le coût des transferts de fonds de l’étranger passait de 7 % à l’objectif de 3 % fixé pour les subventions spéciales, un milliard de dollars pourrait être orienté vers l’éducation.


De multiples signes positifs existent d’un mouvement vers l’inclusion des réfugiés et des migrants dans les systèmes éducatifs nationaux.

Aujourd’hui, 8 des 10 premiers pays d’accueil incluent des réfugiés dans leur système éducatif national. Des pays comme le Tchad, la République islamique d’Iran et la Turquie ont assumé des coûts importants pour faire en sorte que les réfugiés fréquentent l’école côte à côte avec leurs nationaux. Dans la Déclaration de Djibouti sur l’éducation régionale des réfugiés, sept ministres de l’éducation d’Afrique de l’Est se sont engagés à intégrer les réfugiés et les rapatriés dans les plans du secteur éducatif d’ici 2020. L’Ouganda a déjà tenu cette promesse ainsi que le montre le projet « Education for Life ».

Pour les immigrants, d’autres aspects d’actions positives sont également observés. Alors que moins d’un pays à revenu élevé sur dix avait pleinement adopté le multiculturalisme dans l’éducation dans les années 1980, plus d’un sur quatre l’avait fait en 2010 et plus des deux tiers au moins partiellement aujourd’hui.

Le Canada, qui compte le plus grand pourcentage d’immigrants parmi les sept pays industrialisés les plus riches, veille à ce que les enfants apprennent ce que sont les migrations dès la deuxième année du secondaire et a inscrit le multiculturalisme dans sa constitution. L’Irlande, avec le pourcentage le plus élevé d’immigrants de première génération dans l’Union européenne, a réussi à financer une stratégie d’éducation interculturelle alors qu’elle traversait une crise financière profonde.


Néanmoins, d’importants obstacles subsistent qui demandent à être résolus

Les immigrants peuvent être nominalement inclus mais pratiquement exclus des écoles, maintenus trop longtemps dans les classes préparatoires ou séparés en filières scolaires plus lentes comme dans de nombreux pays européens, ce qui à terme les pénalise. Bien que les politiques aient évolué vers l’inclusion, la discrimination peut persister compte tenu des difficultés administratives pour l’’inscription. Les enseignants ont besoin de plus de formation. Dans six pays européens, la moitié des enseignants ont déclaré ne pas bénéficier d’un soutien suffisant pour gérer la diversité en classe.

Les enfants immigrés peuvent progresser par rapport à leurs pairs dans leur pays d’origine, mais accusent un retard par rapport à leurs pairs dans les pays d’accueil. En 2017, dans l’Union européenne, deux fois plus de jeunes nés à l’étranger ont quitté l’école prématurément que les autochtones.

Il y a encore des pays où les réfugiés ne sont pas inclus dans le système éducatif national. Les Rohingyas au Bangladesh, les Burundais en République-Unie de Tanzanie et de nombreux réfugiés afghans au Pakistan ne peuvent recevoir une éducation – s’ils en reçoivent une – que dans des écoles séparées, non formelles, communautaires ou privées. Certains de ces pays d’accueil n’offrent pas aux apprenants réfugiés les cours de langue dont ils ont besoin pour s’intégrer socialement et trouver un emploi. Les enfants demandeurs d’asile peuvent être détenus dans de nombreux pays, dont l’Australie, la Hongrie, l’Indonésie, la Malaisie et le Mexique, avec souvent un accès limité ou inexistant à l’éducation.

Malgré la volonté politique, le degré d’inclusion des réfugiés peut également être affecté par un manque de ressources. Le Kenya, par exemple, permet aux réfugiés de bénéficier de son programme d’enseignement national mais ne parvient pas à la pleine intégration parce que ses élèves réfugiés vivent dans des camps où ils sont incapables de communiquer avec leurs pairs kenyans. Le Liban et la Jordanie, qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés par habitant, ne disposent pas des ressources nécessaires pour construire davantage d’écoles. Ils ont donc établi des horaires scolaires distincts le matin et l’après-midi pour les enfants citoyens et les enfants réfugiés, ce qui limite l’interaction entre les deux groupes.

La nécessité d’un meilleur soutien financier international est démontrée par de nouvelles conclusions sur le financement de l’éducation des réfugiés, un tiers seulement des ressources nécessaires étant fournies. L’aide humanitaire n’est pas suffisante ; le rapport demande qu’elle soit planifiée conjointement avec l’aide au développement pour combler cette lacune.


Sept recommandations finales :

  • Défendre le droit à l’éducation des migrants et des personnes déplacées ;
  • Intégrer les migrants et les personnes déplacées au système éducatif national ;
  • Comprendre les besoins éducatif des migrants et des personnes déplacées et établir des plans en conséquence ;
  • Veiller à ce que l’éducation donne une représentation exacte de l’histoire des migrations et des déplacements afin de lutter contre les préjugés ;
  • Préparer les enseignants des migrants et des réfugiés à faire face à la diversité et aux situations difficiles ;
  • Valoriser le potentiel des migrants et des personnes déplacées, en particulier des enseignants déplacés ;
  • Répondre aux besoins éducatifs des migrants et des personnes déplacées dans le cadre de l’aide humanitaire et de l’aide au développement.

Un exemple concret de cadre global pour l’éducation des réfugiés : l’Ouganda et le projet « Education for life »

Pays de 38 millions d’habitants en 2016, l’Ouganda compte actuellement 1million 154 mille réfugiés provenant largement du Soudan du Sud. 82% sont des femmes et des enfants dont 61% ont moins de 18 ans ; 39% seulement des enfants réfugiés sont scolarisés dans le primaire où l’on compte 154 élèves par classe, 11% seulement des enfants réfugiés sont scolarisés dans le secondaire. Le manque d’eau potable et de possibilités sanitaires est un grave problème ; une large proportion de jeunes et d’adolescents ne sont pas scolarisés.

En 2018 a été lancé le projet « Education for life » bénéficiant de l’environnement favorable de la loi de 2006 sur les réfugiés et le développement national. Le projet vise à la mise en place d’un cadre global d’intervention auprès des réfugiés. Il s‘appuie sur le « DRDIP – Development Response to Displacement Impacts Project » pour l’Ouganda dont l’objectif est d’améliorer l’accès aux services sociaux de base, d’élargir les opportunités économiques et de renforcer la gestion environnementale dans les districts d’accueil des réfugiés. Ce projet a reçu un prêt de 50 millions de dollars pour l’éducation en particulier pour renforcer les capacités des enseignants. Pour répondre aux besoins de la période 2018-2021, le financement nécessaire est estimé à 300 millions de dollars.


Quelques points clés mis en avant par les intervenants lors de la Table ronde

Les enseignants sont la clé d’une inclusion réussie.

La pénurie d’enseignants qualifiés est une constante des situations de déplacement. Il faut renforcer leur résilience et leurs compétences, les former à la diversité, pas seulement dans les pays qui accueillent des réfugiés mais même au sein des pays européens car là aussi il y a diversité. La formation linguistique est également très importante, sinon comment communiquer ? Le manque d’enseignants qualifiés ne peut pas être résolu par l’emploi de contractuels non qualifiés. Il faut tirer parti des compétences des enseignants réfugiés (exemples de la Suède et du Canada).

Les défis du financement de l’éducation

Les financements alloués à l’éducation aujourd’hui ne reflètent pas les défis mondiaux. L’aide à l’éducation de base n’est pas attribuée aux pays qui en ont besoin. La part de l’aide à l’éducation de base versée au pays à faible revenu a baissé de 36% en 2002 à 22% en 2016. L’aide à l’éducation est efficace même dans les pays en situation de crise mais afin de répondre aux besoins éducatifs les plus élémentaires des enfants dans les situations de crise, il serait nécessaire de multiplier la part de l’éducation dans l’aide humanitaire par 10.

Des écoles inclusives pour les enfants migrants

Il ne faut pas de ségrégation ni d’écoles séparées pour les enfants migrants, les enfants migrants souhaitent la même école que tout le monde, l’inclusion doit être la première option. Il faut changer le regard porté sur les enfants, ne pas les classer comme migrants mais comme enfants ayant droit à l’éducation. Mais il faut aussi vérifier les acquis préalables. La question des langues maternelles : les enfants ne sont pas « a-langue » parce qu’ils ne parlent pas la langue du pays d’accueil à leur arrivée, il faut reconnaître et valoriser la langue maternelle, reconnaître les atouts et la valeur de ces enfants, et qu’ils ne soient pas privés d’une éducation de qualité.

Il faut une réflexion globale

Ne pas traiter séparément politique de l’éducation et politique des migrations. Il y a besoin d’une réflexion globale sur la mobilité, l’éducation, la migration, la formation qualifiante pour trouver un emploi. La question aussi est celle de la perception de la migration par la société, les individus, les états.


En forme de conclusion

En décembre 2018, les pays seront invités à signer les Pactes mondiaux sur les migrants et les réfugiés qui rappellent que l’éducation est pour les migrants un droit et pour les pays une obligation. Le Rapport mondial sur l’éducation 2019 « Migration, déplacement et éducation » se propose d’être un outil et un plan d’action que les pays peuvent utiliser pour honorer leurs engagements. Son intitulé : « Bâtir des ponts, pas des murs » est l’impératif urgent donné aujourd’hui à tous les pays.

DG/01-12-18

Éducation : Témoignages et Regards croisés de deux anciennes Ministres

Éducation : Témoignages et Regards croisés
de deux anciennes Ministres de l’Éducation
Madame Stefania Giannini (Italie)
et Madame Najat Vallaud-Belkacem (France)


Échanges organisés le 15 novembre par l’IIEP (Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO) entre deux anciennes Ministres qui ont exercé leurs fonctions à peu près à la même époque (2014-2017). On rappelle que Mme Giannini est depuis mai 2018 Sous- Directrice Générale à l’UNESCO en charge du secteur « Éducation ».


De ces deux heures de « Conversation » on aura relevé quelques intéressants éclairages sur l’Éducation, avec dans l’ensemble une assez grande similitude de vues sur les difficultés et la grandeur de la Fonction, et des considérations généralisables même s’il s’est agi simplement de témoignages se rapportant à deux systèmes éducatifs aux caractéristiques très européennes.

Première observation formulée : la fonction est incontestablement éminente et passionnante, mais s’agissant d’un domaine aussi essentiel et polymorphe, elle est dure à exercer parce que la matière est sensible et complexe.


Les deux anciennes Ministres ont évoqué tout particulièrement la question des Réformes car toutes deux se sont employées à en engager non sans difficultés.

Ici, ce qui peut sembler comme des évidences ne va pas forcément de soi. Il y a des incompréhensions, des résistances qu’il faut savoir surmonter au prix de grands efforts d’explications pour apaiser et convaincre toutes les parties concernées : les professeurs et leurs représentants, les parents…

Les médias peuvent aussi jouer un rôle qui n’est pas forcément positif lorsqu’ils deviennent porteurs de polémiques inutiles.

On doit donc attacher beaucoup de prix aux informations que l’on donne, à la communication qui doit impérativement accompagner tout projet de réforme, et l’expérience montre qu’on sous-estime souvent cette dimension : il faut diffuser les bons messages, avec les bons mots et des explications claires, convaincantes, soucieuses des publics auxquels on s’adresse.


Le lancement des Réformes et, plus encore, leur mise en œuvre nécessite donc une bonne diffusion de l’information mais cela n’est pas suffisant. Il faut aussi organiser des débats à leur sujet pour en faciliter la réalisation, et, ici aussi, les choses ne sont pas faciles : il peut y avoir des réticences à participer ou des biais a priori qui peuvent fausser les délibérations, ou encore l’intrusion d’éléments perturbateurs (comme les « fake news », ou des campagnes de dénigrement). Des exemples précis ont été donnés à ce sujet, où l’on a pu apprécier à quel point il est parfois difficile de faire s’entendre des acteurs qui ne savent pas vraiment (l’opinion publique, l’observateur généraliste, etc.) et les experts. Il est difficile d’accéder à un bon niveau.

Deux autres points ont été soulignés :1/ le risque que l’on prend à vouloir mener de front trop de réformes, 2/ la difficulté temporelle : les Réformes demandent souvent du temps pour être menées à bien et a fortiori pour produire leurs effets, alors qu’un système éducatif est toujours soumis à une emprise du quotidien, il faut tout un art pour composer avec ces deux exigences.


Parmi les sujets spécifiques mentionnés pour leur importance, on pourra citer :

  • La formation permanente des professeurs, impératif souvent négligé à tort qu’il faut placer avec les toutes premières priorités ;

  • La relation «Parents»-«Professeurs» : importante mais parfois altérée lorsque les parents s’estiment fondés à contester les professeurs, il faut sans aucun doute défendre la place et aussi le statut des professeurs, leur motivation aussi ;

  • L’élève (l’enfant) doit rester au centre de tout projet éducatif, notamment pour les plus jeunes, il faut se soucier d’un enseignement très pratique (liens avec les choses) ;

  • Le numérique est, ici comme ailleurs, à pleinement intégrer dans le cadre de plans d’ensemble ;

  • Le besoin de rigueur pour conduire des réformes. Ceci passe notamment par l’exploitation des données (bases de données) et par la mobilisation de travaux conduits par les chercheurs.

Parmi les sujets les plus difficiles qu’ont eues à traiter les deux anciennes Ministres, la question de l’inclusion, des stéréotypes, des inégalités a été mentionnée.

Sur l’inclusion (les décrocheurs, les classes multi-ethniques, etc.), dimension que met bien en exergue l’objectif 4 de l’agenda 2030, le rôle que peut jouer l’UNESCO en la matière a été souligné, même s’il n’est pas toujours simple de faire se diffuser les normes et les concepts que peuvent proposer les institutions internationales au niveau national.

Voir la vidéo du débat sur le site de l’IIEP


UNESCO – Projet de transformation stratégique : réunion d’information

UNESCO 22 novembre 2018


Dans le cadre de son plan de transformation, l’UNESCO s’est engagé dans une démarche d’envergure pour faire un bilan de sa présence dans le monde actuel et formuler des propositions de nature à améliorer son efficacité opérationnelle et financière.

Cette première réunion d’information porte sur un chantier qui durera au moins jusqu’à fin 2019.


Les interventions ont porté sur :

  • La présence de l’UNESCO dans le monde à partir de ses établissements siège et hors siège. A cet égard, un travail approfondi a été lancé sur l’amélioration des conditions de fonctionnement des bureaux hors siège et notamment les deux bureaux Afrique. Ces travaux ont tout particulièrement pour objet la rationalisation des relations entre le siège, les bureaux hors siège et les gouvernements des régions concernés. L’élaboration d’un plan d’action à l’horizon de 2030 a été lancé. Il portera spécifiquement sur les établissements hors siège ;
  • L’amélioration de la communication interne à l’UNESCO, tout particulièrement entre les différents secteurs au niveau du siège et des bureaux hors siège, soit environ 750 collaborateurs du réseau. A cet égard, il faudra définir de nouvelles méthodes de communication, s’appuyant en particulier sur le développement du numérique ;

  • Les contraintes budgétaires et la nécessité de s’y adapter. Les dotations budgétaires des États sont insuffisantes pour couvrir toutes les dépenses de l’UNESCO. Dès lors, il faut compter avec les ressources extra-budgétaires, à mobiliser dans un cadre qui doit être clairement défini s’agissant notamment de préciser les conditions d’interventions des Fondations ou autres Partenaires — par exemple avec L’Oréal. Une redéfinition et un réexamen des charges seront également lancés ;

  • La gestion des Ressources Humaines : Le travail est en cours (avec l’aide d’un cabinet spécialisé) : analyse des compétences existantes et inventaire des besoins, formation et mobilité.


Cette réunion n’aura été qu’une introduction pour se mettre en appétit, un appetizer, pour reprendre le terme employé par le Président de séance, M. Xing Qu, Directeur général adjoint en charge du projet « Transformation stratégique ». Les prochaines réunions d’information qui se tiendront tout au long de l’année 2019 porteront notamment sur :

  • la gestion des partenariats ;

  • la nécessité d’inclure davantage les jeunes dans ce processus ;

  • le développement du recours aux ambassadeurs de bonne volonté.

Le Conseil exécutif – à qui le projet a déjà été présenté dans ses grandes lignes – sera saisi d’une série de recommandations plus précises en avril 2019 lors de sa prochaine session.


Forum de Paris sur la Paix – novembre 2018

les 11, 12 et 13 novembre 2018


En marge des cérémonies commémoratives du 11 novembre, s’est tenu pour la première fois le « Forum de Paris sur la paix ». Cette première aura coïncidé opportunément avec la célébration le même jour du centenaire de l’armistice de la Première guerre mondiale.

Pour une vue élargie, cliquer sur l’image

Pour ce Grand événement, l’intention évidente et symbolique mais aussi concrète des organisateurs aura été, en plus des discours officiels par les chefs d’États, de proposer à des représentants de la société civile, cent ans après l’arrêt des hostilités qui ont fait 18 millions de victimes, de travailler sur des solutions pouvant contribuer à une meilleure entente mondiale, susceptibles de limiter les risques que de telles catastrophes ne se reproduisent plus.


Le Forum a été inauguré, le soir du 11 novembre, en présence de 70 chefs d’états parmi lesquels le président Emmanuel Macron, la chancelière Angela Merkel et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Le Forum de Paris sur la Paix est maintenant institutionnalisé avec le statut d’« associations loi 1901 ». Il a pour président Justin VAÏSSE, directeur du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

L’association compte parmi ses membres la Fondation nationale des sciences politiques (Sciences Po), la Fondation Körber, la Fondation Mo Ibrahim, l’Institut français des relations internationales et l’Institut Montaigne.


Ce Forum n’a pas la forme de ces colloques où se succèdent des orateurs donnant chacun son exposé. Les organisateurs ont opté pour un événement privilégiant l’échange, l’interactivité et la créativité. Ont ainsi été organisés :

  • une série de conversations au cours desquelles les intervenants étaient invités à confronter leurs idées sur les enjeux de la gouvernance mondiale ;
  • des labs, ateliers de réflexion concrète où les participants étaient appelés à travailler sur des idées ou concepts jugés utiles au regard de l’objectif « Paix durable ».
Les « conversations » et « labs » dans la grande Halle de la Villette

120 projets ont été présentés à cette occasion (sélectionnés par un jury parmi 600 projets reçus). Pour les porteurs de projets d’autres formes de rencontre étaient proposées :

  • Les brainstorms permettant aux porteurs des projets de recueillir les conseils d’experts et du public pour relever un défi particulier que sous-tend chacune de leurs initiatives ;
  • Dans les fishbowls, où les participants interviennent aux côtés des experts pour aider les porteurs de projets à faire avancer leurs initiatives et à mieux répondre aux défis de la gouvernance mondiale ;
  • Les launches conçus pour permettre aux porteurs de projets d’annoncer un nouveau projet et les avancées de leurs initiatives.

Ces 120 projets étaient portés chacun par une grande diversité d’acteurs comme par exemple des institutions internationales (UNESCO, Agence française de développement, etc.), des ONG (par exemple Palestinian Consultative Staff for Developing NGOs), une fondation (la Fondation Chirac) ou un institut de recherche (comme The Hague Center for Strategic Studies).

Les projets sélectionnés ont été regroupés autour de cinq thèmes : Paix et Sécurité, Développement, Économie Inclusive, Environnement, Nouvelles Technologies. Certains d’entre eux avaient un « stand » de présentation dans cette Grande Halle de la Villette, où avait lieu l’événement.


Dans la section « Paix et sécurité », on aura noté l’accent tout particulier mis sur les thématiques de lutte et de prévention contre l’extrémisme violent et aussi le souhait que la société civile soit plus impliquée dans le domaine de la gouvernance mondiale. 30 projets ont été présentés dans cette section. Voici quelques exemples :

  • « 1000 ABRAHAMIC CIRCLES », présenté par « Foreign Policy Community of Indonesia », a pour objectif de proposer une expérience innovante de dialogue interreligieux grâce à des échanges circulaires approfondis de représentants religieux islamiques, juifs et chrétiens ;
  • « ESCUELAS DE PERDÓN Y RECONCILIACIÓN »(«Écoles pour le pardon et la réconciliation») projet porté par la Fundacion para la Reconciliación de Colombie qui a pour objectif d’aider les victimes de conflits armés à surmonter la violence qu’elles rencontrent au quotidien, en prenant appui sur une méthodologie psycho-sociale ;
  • « INTERFAITH DIALOGUE ON VIOLENT EXTREMISM », « Dialogue interreligieux sur l’extrémisme violent » proposé par Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (Société allemande de coopération internationale) promeut une « approche soft power » axée sur les causes profondes traitées sur le terrain plutôt qu’une intervention sur les symptômes de l’extrémisme violent ;
  • INTERFAITH DIALOGUE: PROMOTION OF RELIGIOUS AND CULTURAL UNDERSTANDING, HARMONY AND COOPERATION a été présenté par la Direction générale de la coopération internationale et du développement de la Commission européenne (DG DEVCO).

    L’Union Européenne soutient le dialogue interculturel au niveau mondial et renforce la compréhension interreligieuse par le biais de projets valorisant les contributions de la société civile dans le cadre de son soutien aux initiatives en faveur de « la démocratie et les droits de l’homme » :

  • PARTNERSHIPS FOR ADDRESSING VIOLENT EXTREMISM AND DEVELOPPING ALTERNATIVE NARRATIVES, a été présenté par la même Direction générale de la coopération internationale et du développement de la Commission européenne (DG DEVCO). L’Union Européenne veut ici aider à l’élaboration de stratégies en matière de communication, en y association les victimes de la violence terroriste et les dirigeants politiques locaux ;
  • KUMEKUCHA: IT’S A NEW DAWN, porté par « Green String Network » de Kenya, est un programme de « guérison sociale » très en lien avec la communauté (société). Le réseau des acteurs impliqués aborde par le dialogue les symptômes de traumatisme, guide des groupes de parole dans les discussions sur l’extrémisme violent, le pardon et la réconciliation et plus généralement vise à rompre les cycles de violence observés aux niveaux communautaire et sociétal ;
  • PEACE EDUCATION FOR INTRA & INTER-FAITH YOUTH, « L’éducation à la Paix pour la jeunesse entre les religions et à l’intérieur des religions » est un projet proposé par Peace Center Lahore du Pakistan qui a pour but de renforcer l’esprit critique de la jeunesse pakistanaise concernant le dialogue interreligieux et aider à une meilleure compréhension des défis religieux de leur pays avec un esprit de tolérance.

Dans la section « Développement », l’UNESCO et la Colombie ont présenté le projet « INTANGIBLE CULTURAL HERITAGE AS A BASIS FOR RESILIENCE, RECONCILIATION AND CONSTRUCTION OF PEACE ENVIRONMENTS IN COLOMBIA’S POST-AGREEMENTS », « Le patrimoine culturel immatériel comme base de résilience, réconciliation et construction de cadres de paix en Colombie ».
C’est un projet d’assistance internationale d’urgence qui a été approuvée en juin 2018 dans le cadre du Fonds de patrimoine culturel immatériel de l´UNESCO. Il vise à contribuer à la réintégration des ex-combattants et à rétablir les liens sociaux avec les communautés hôtes en s’appuyant sur le patrimoine vivant comme outil de dialogue, réconciliation et reconstruction identitaire sur ce territoire touché par le conflit armé.
Le projet très ciblé dans le temps et l’espace a débuté en juillet 2018 pour une durée de 14 mois. Il est mis en œuvre dans la localité de Pondores à l’extrême Nord de la Colombie, plus précisément dans l’espace de campement pour les ex-combattant FARC (Espacio Territorial de Capacitación y Reintegración – ETCR).
Les résultats qui seront obtenus de cette expérience pilote contribueront à l’adoption d’une approche méthodologique pour l’utilisation du patrimoine culturel immatériel à la reconstruction sociale dans un contexte post-conflit et de situations d’urgence.


Patrick Gaspard (Fondation Soros) à gauche et Mo Ibrahim (Fondation Mo Ibrahim) à droite

Une des « Conversations », a traité du rôle et du financement des actions de la société civile au travers des ONG avec un intitulé pour le moins provocateur « ONG : un espace vital en peau de chagrin ». Elle a bénéficié de la présence des représentants de deux grands pourvoyeurs de fonds, le milliardaire africain Mo Ibrahim et Patrick Gaspard, président de la fondation américaine Soros (Open Society Foundation).


La discussion s’est concentrée sur l’intervention des acteurs financés par la « philanthropie » et les difficultés des relations entre les gouvernements et la société civile surtout sur le continent africain. Les intervenants ont déploré le fait que les ONG qui bénéficient du financement de ce type sont trop souvent regardées comme des adversaires des pouvoirs en place, soupçonnées d’être des « collaborateurs » avec des acteurs étrangers. La crédibilité de la société civile dans ces pays est ainsi continuellement mise à mal.
Cet échange a aussi été l’occasion d’apprendre les efforts que le milliardaire d’origine soudanaise Mo Ibrahim mène contre la corruption en Afrique. Le Prix « Mo Ibrahim pour un leadership d’excellence en Afrique » s’inscrit dans le cadre de cet engagement. Il récompense, par un paiement initial de 5 millions de dollars et un paiement annuel à vie d’un montant de 200 000 dollars, des chefs d’État ayant exceptionnellement amélioré la sécurité, la santé, l’éducation, le développement économique et les droits politiques dans leurs pays, et transféré démocratiquement leurs pouvoirs à leurs successeurs.


Le Forum de Paris sur la paix ou, pour reprendre l’intitulé complémentaire retenu par les organisateurs « La plateforme mondiale des projets de gouvernance », tire sa substance même de la confrontation d’idées et de projets avec une multiplicité d’acteurs publics ou privés pour témoigner d’une intelligence collective et œuvrer à la recherche d’une meilleure gouvernance du monde des gouvernements, des institutions internationales, de la société civile.
Les ONG ou toutes autres institutions qui auraient des projets pouvant se rattacher aux domaines recensés comme pouvant aider au service de la Paix pourront les soumettre au titre de la deuxième édition du Forum qui se tiendra au cours du mois de septembre 2019.
Le Forum est événement d’envergure qui a ce mérite de proposer d’entrer dans le concret avec pragmatisme, et de démontrer que la Paix n’est pas seulement un idéal abstrait.

Oana Barsan


 

Shoah – Holocauste : Contribuer à un nécessaire devoir de mémoire

Lancement du site Internet « SHOAH : LES FAITS »
Contribution à un nécessaire devoir de mémoire


UNESCO le 19 novembre 2018

A l’occasion de la tenue à l’UNESCO, du Congrès Juif International (WJC), les membres et ONG étaient invités à une séance de présentation et lancement du site internet « Facts about the Holocaust ».

Cette séance, d’une durée d’une heure, était coprésidée par la Directrice Générale Audrey Azoulay, et Ronald Lauder, Président du WJC.

Des propos introductifs on retiendra ce qui suit :

  • La deuxième guerre mondiale s’est achevée il y a 73 ans et les victimes et les témoins de la Shoah sont de moins en moins nombreux. Il faut que, dans le monde entier, on se souvienne. « Alerter les vivants, car l’Histoire se répète » ;
  • Or la haine se renouvelle. Elle a trouvé une place importante dans les réseaux en ligne. Il existe en effet de véritables « plateformes de haines », et l’UNESCO se doit de lutter contre ces régressions ;
  • C’est la raison d’être de cette initiative conjointe du WJC et de l’UNESCO ;
  • Cette initiative s’inscrit dans le cadre des programmes d’éducation à la paix, contre les haines et les violences. Elle répond à une nécessité : « le devoir de mémoire » et intègre les sites géographiques de sinistre mémoire ainsi que les patrimoines conservés sur ces lieux de détentions qui furent aussi camps de la mort ;
  • Il a été particulièrement fait mention des pays et de certaines ONG qui consacrent une action spécifique à ce devoir de mémoire, et en particulier la France, le Canada, Monaco…

Trois intervenants se sont exprimés lors de la table ronde qui a suivi une brève présentation du site internet (www.aboutholocaust.org) .

  • Charlotte Agran, (R.U.) coordinatrice du « programme des ambassadeurs » portant sur « Holocaust educational Trust » ;
  • Déborah Licentin, corps diplomatique juif ;
  • Paul Shapiro, Directeur du Centre des Affaires Internationales du Musée Mémorial de l’Holocauste des États Unis.

Leurs propos se sont complétés sur la nécessaire éducation des jeunes et l’attention à porter aux réseaux internet, pour lutter contre la montée des haines, des discours racistes, de l’antisémitisme et les risques d’actes génocidaires.

Il faut déplorer que tous les pays n’aient pas intégré dans leur programme d’enseignement l’existence de la Shoah et les enseignements à en tirer pour le futur.

A signaler les propos du représentant des États-Unis, s’inquiétant de la montée de l’extrême- droite en Europe, (Hongrie citée), et sur le fait que, dans l’enseignement de la deuxième guerre mondiale, les actions de collaboration étaient souvent occultées pour ne laisser que la seule responsabilité de l’Allemagne dans la Shoah.

En raison des délais très brefs, il n’y a pas eu de débats.
On rappellera, enfin, que ces initiatives de l’UNESCO en rapport avec le devoir de mémoire et la Shoah s’inscrivent dans ses programmes de lutte contre la montée de la Haine et des poussées génocidaires.

Denis Chaigne


 

Appel de Paris pour la Confiance et la Sécurité dans le Cyberespace

Forum de la Gouvernance de l’Internet
L’internet de la Confiance

dans un Monde qui change radicalement,
risques et opportunités du Cyberespace


Du 12 au 14 novembre, Paris et l’UNESCO ont accueilli une manifestation qui est désormais un événement majeur pour le monde du numérique.
Organisé pour la treizième année par l’IFG (Plateforme pour la Gouvernance de l’Internet localisée à Genève) et placé sous l’égide des Nations Unies et de l’UNESCO, ce rendez- vous international est soutenu et accompagné par un grand nombre d’acteurs concernés par des questions devenues de plus en plus présentes et prégnantes : instances gouvernementales, institutions internationales Universités, agences de régulation comme en France l’ARCEP (régulation des réseaux de communication) ou la CNIL (régulation des libertés, opérateurs techniques, réseaux de réflexion spécialisés, ONG.


Le Président Emmanuel Macron et le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies António Guterres ont introduit les échanges en mettant bien en évidence les enjeux et les risques que présentent le Monde digital et le Cyberespace, avec une omniprésence de l’internet (expression prise au sens le plus large) qui est en train de nous faire entrer dans une nouvelle ère qu’il faut souhaiter pacifique, espace de liberté, stable, inclusif, rassurant pour reprendre certains des termes mis en exergue et que l’on a retrouvés lors de la séance introductives comme au cours des discussions que l’on a suivies ensuite. Grande affluence très internationale pour assister à une quarantaine de panels, portant sur une grande variété de sujets en lien avec le thème central de ce forum « la Confiance » : questions techniques, juridiques mais aussi éthiques, médiatiques, éducatives


Cette Rencontre a été l’occasion de lancer « L’Appel de Paris pour la Confiance et la Sécurité dans le Cyberespace » qui a été signé par une cinquantaine d’États – dont les membres de l’Union Européenne – et plus de 300 autres grandes institutions soucieuses de ces questions sensibles.

Cet appel affirme la nécessité d’ancrer les TIC [Techniques de l’information et de la communication] dans le Droit international qui, au travers de tous ses instruments : déclarations, chartes, résolutions, jurisprudence et avec les normes volontaires constitue un des fondements de la Paix. Un énoncé des engagements pris par les signataires et toute une série de principes visant à sécuriser le cyberespace donnent à cette déclaration un contenu fort qui marque une volonté de combattre efficacement les menaces qui pèsent sur le web. Si plus de 350 acteurs ou gouvernements ont souscrit, trois grands États ne figurent pas parmi les signataires (États Unis, Russie, Chine).


Observations générales

Les menaces sont multiples, il faut en avoir conscience et endiguer les risques, risques majeurs touchant à la fois les États, les entreprises et les personnes. In fine, sachant inévitable la montée du Net, c’est de l’avenir de l’Humanité dont il s’agit.

Beaucoup de questions techniques se posent, plus ou moins complexes, à propos de l’internet et plus généralement du numérique, mais là n’est pas ou plus l’essentiel : avec des niveaux de sophistication qui deviennent de plus en plus aisément accessibles au travers de toutes sortes d’innovations, le monde des technologies de l’information appelle de plus en plus à dépasser le niveau de la technique ou plus exactement à s’interroger sur ses éventuels méfaits au-delà des outils.

Ces autres préoccupations – éducatives et éthiques surtout, sociétales aussinécessitent d’être prises en charge au travers d’approches coopératives ; elles ne peuvent rester portées par les seuls acteurs « techniques ». Il devient indispensable de considérer la dimension « publique », « universelle » et même politique des sujets et, partant, l’intervention des régulateurs, nationaux et internationaux. S’agissant de l’espace privé, c’est la société civile qui est interpellée dans toutes ses composantes, mais avec un rôle tout à fait central des ONG, et, à cet égard leur présence notable à ce forum montre à quel point elles existent et jouent un rôle positif dans tous les efforts menés pour discipliner voire nettoyer l’internet, et prévenir les risques que représente le numérique pour les populations les plus vulnérables, tout particulièrement les jeunes.

Avec l’explosion des usages, leur internationalisation, leurs dérives aussi, émerge un besoin impérieux de protection et de sécurité. L’Accord de Paris constitue un nouvel exemple des efforts qui peuvent et doivent être conduits pour aider au développement d’un monde de l’internet mieux maîtrisé, conciliant des exigences parfois contradictoires : liberté et sécurité, ouverture et protection des personnes, des données, des souverainetés

Malgré certaines réticences ou même l’absence de certains acteurs ou États essentiels pour intégrer le droit international dans le numérique et protéger les systèmes et les personnes, on voit d’année en année les choses s’améliorer : les coopérations dans l’ordre opérationnel ou conceptuel se développent, les actions de sensibilisation et de formation s’intensifient comme en témoigne la tenue régulière et très suivie du forum de Gouvernance de l’internet. Les travaux de recherche et développement contribuent à mieux connaître les problématiques et trouver les parades face aux risques. Se multiplient les initiatives destinées à consolider les bases de ce qui est en train de façonner toutes les sociétés… On entend parler d’Alliance, de Coalition, d’Accord. Beaucoup d’États s’emparent du sujet, fédèrent les initiatives, élaborent des stratégies : Appel de Québec pour lutter contre la radicalisation des jeunes par l’internet, Convention de Budapest sur la délinquance dans le monde de numérique et le 12 novembre cet Accord de Paris sur la sécurité dans le Cyberespace. Ces trois exemples parmi beaucoup d’autres viennent illustrer une prise de conscience et un engagement grandissant en faveur d’un internet de qualité, respectueux des valeurs universelles qui fondent notre humanité, et particulièrement des Droits de l’Homme, point sur lequel il a été beaucoup mis l’accent.

Nourris par les contributions d’une palette très diversifiée d’intervenants, les échanges ont été denses. Ils ont été ordonnés autour de huit axes thématiques :

  1. Les innovations, le développement et les questions économiques,

  2. l’inclusivité et l’accessibilité

  3. la Sécurité et la Confiance,

  4. les Technologies émergentes,

  5. les Droits de l’Homme (notamment au regard de la question du genre et de la jeunesse)

  6. les Media et les Contenus

  7. actualité et évolution de la gouvernance de l’internet

  8. sujets opérationnels et techniques.

Des six sessions auxquelles il nous a été donné d’assister on retiendra quelques points saillants.


Droits de l’Homme et Intelligence artificielle, comment limiter les risques ?

De nombreuses questions se posent avec ces applications qui exploitent des données massivement collectées et traitées au travers d’algorithmes susceptibles d’intervenir à notre insu et d’influencer subrepticement nos comportements : atteinte au droit de propriété, manipulation des esprits, propagation d’informations fausses, diffusion d’images violentes souvent fabriquées de toute pièce, utilisation intrusive des données personnelles etc.

Des logiciels peuvent être élaborés avec des biais cognitifs malfaisants susceptibles de générer des sélections éthiquement condamnables, mais ces systèmes de traitement – qui ont souvent recours à l’intelligence artificielle – fonctionnent avec des règles que les utilisateurs ne reconnaissent pas (black box).

On mesure bien l’ampleur des risques venant du Net, qui est, à l’évidence, une arme à double tranchant : apport de services nombreux, mais aussi phénomène en plein essor avec la présence de toutes les dérives possibles.

Face à ces risques avérés, il faut intervenir avec des règles (les lois, voir ici l’importance du Règlement européen sur les données personnelles, les codes déontologiques et éthiques). Il y a lieu aussi d’agir opérationnellement pour surveiller la toile, comme peuvent le faire les services de police, mais aussi les grands opérateurs. Ces actions doivent mobiliser tous les acteurs concernés dans les sphères publique comme au niveau de la Société Civile. Il faut en débattre parce qu’ici sont en jeu des questions sensibles touchant à la liberté, la propriété privée, les données personnelles, les discriminations, et bien d’autres encore.


Les Violences et Abus à l’encontre des enfants par le « net » : Un phénomène d’une extrême gravité

Avis unanime : la violence sur les réseaux existe, brutale, extrême, réaliste avec tout particulièrement les agressions sexuelles ciblées de plus en plus sur les jeunes, jeunes filles particulièrement ; même s’il n’est pas facile de discerner l’âge des consultants, ceux qui sont maintenant visés sont de plus en plus jeunes.

Les volumes de ces « productions perverses » diffusées sur la toile sont en plein essor, la société se doit de réagir pour contrer le phénomène. La gravité de ces agressions -visuelles ou verbales- porte atteinte au mental de ces jeunes qui peuvent être marqués pour la vie, ou même conduits au suicide.

C’est toute la société qui se doit d’intervenir, pas seulement les pouvoirs publics. Il faut prévenir, sensibiliser, neutraliser les agresseurs, aider les victimes et miser massivement sur l’éducation.

Cette menace permanente et avérée est mondiale, d’où la nécessité de coopération internationale pour l’endiguer. Dès 2012 a été lancée entre l’Union européenne et les États Unis une Alliance. Un nouvel élan a été donné avec le Royaume Uni en 2014. L’ONU et l’UNESCO sont aussi très engagées.

Parmi les moyens mis en œuvre, on pourra citer la diffusion de Brochures, la mise en place d’outils de détection des produits toxiques (exercice difficile : le phénomène est diffus, le cryptage est souvent utilisé, passage par le Darknet) la destruction de vidéos ou de messages etc.

Les grands opérateurs type FACEBOOK ou GOOGLE participent activement à ces opérations « d’assainissement », en ayant notamment recours à des outils d’intelligence artificielle pour repérer les dérives mais c’est in fine toujours la décision d’une personne qui doit amener l’élimination des contenus dangereux nous est-il indiqué.

Mais, cela aura été répété à plusieurs reprises, c’est bien par l’Éducation qu’on aura le plus de succès, éducation des jeunes (les cibles), mais aussi des professeurs, de toutes les personnes responsables pouvant avoir un rapport avec ces questions, y compris la police, sachant qu’on est bien là confronté à un phénomène de délinquance d’une exceptionnelle gravité, à dimension internationale (Interpol est bien évidemment concernée).


La Violence et les phénomènes de radicalisation : ampleur et gravité du phénomène, quels remèdes ?

Trois témoignages ont été entendus, venant d’Amérique Latine :Guatemala, Brésil et de Tunisie ainsi qu’une contribution de la responsable d’une chaire UNESCO (attribuée à la SORBONNE) et d’un représentant de GOOGLE.

Les trois cas d’école « Pays » renvoient à des situations tendues, avec une violence existant à l’état endémique, souvent insidieuse, entretenue par des réseaux mafieux, criminels ou terroristes utilisant tous les moyens pour intimider, exploiter physiquement et via le net.

Les TIC ne sont pas la cause principale de cette violence :celle-ci tient d’abord à la persistance d’inégalités criantes et aux effets d’une urbanisation incontrôlée. Elles peuvent néanmoins ajouter au chaos ambiant. Le sujet « méfaits possibles de l’internet » mérite d’être considéré, mais il ne figure pas forcément au rang des toutes premières priorités.

Des expériences sont néanmoins conduites avec un certain succès, notamment dans les pays du pourtour sud-méditerranéen au travers d’un projet NETMED qui vise à mobiliser les jeunes pour leur faire découvrir tout le potentiel et l’apport des outils numériques, susceptibles d’aider localement à développer des dialogues fructueux : plateformes d’échange, blogs. Ce même projet vise aussi à informer et sensibiliser ces jeunes populations à propos des sollicitations à risque (recrutement terroriste) et messages dangereux (discours de haine, instrumentalisation de la religion).

L’intervention au titre de la Chaire UNESCO est venue opportunément compléter les trois discours précédents en rendant compte des résultats d’un travail sur ces thématiques de la violence radicale via les TIC : une cartographie de la violence numérique confirme l’ubiquité du phénomène et son intensité. Autre constat : les propagateurs de ces communications maîtrisent bien les techniques, ils sont d’un professionnalisme indéniable qui leur permet de diffuser des produits de qualité, sur une grande échelle, avec des narratifs adaptés à tous les publics visés, en particulier les jeunes vers lesquels sont acheminés des messages malsains : complotisme, victimisation, perspectives paradisiaques par le sacrifice guerrier, description d’un passé idyllique, violence de guerres injustes ou nécessaires, sentiments d’appartenance exaltés etc.

Dans ce contexte, émergent insensiblement des vocations radicales, tout ne passe pas par le Net et les réseaux sociaux anonymes. Il y a forcément des relations bilatérales qui se nouent pour recruter, mais assurément le web suscite et amplifie les « conversions » à l’extrémisme violent.

Face à ce déferlement de violence et à la séduction que cela peut exercer sur des populations de jeunes vulnérables (isolés, désœuvrés) c’est un réel combat qu’il faut mener sur tous les fronts : production de contre-narratifs face aux propagandes violentes, engagements forts de la société, singulièrement dans les écoles. Beaucoup passe en effet par un enseignement du numérique qui doit comporter une composante « sécurité » non seulement technique, mais aussi comportementale pour éviter les pièges de la Toile…

On aura aussi noté, l’intervention d’un représentant de GOOGLE qui est sensible à ces risques et qui investit ces thématiques en lien avec tous les acteurs de la société civile pour élever des parades face à tous les risques. Ces actions se mènent au travers de Groupes de Travail, de Think-tanks ou d’Ateliers. Des partenariats sont soutenus sur de nombreux sujets en rapport avec les menaces : les contenus (légitimes versus malsains), le contrôle de la véracité des faits, l’alphabétisation numérique (litteracy) etc.


Quelques recommandations ont données en conclusion pour endiguer les menaces, avec un bon usage de l’internet.

L’intervenant de TUNISIE :

  • Bien associer tous les acteurs pour conduire des actions préventives dans la durée mais aussi assurer une vigilance à tous moments ;

  • Rendre l’internet accessible au plus grand nombre, mais pas n’importe comment, et là l’éducation doit jouer son rôle ;

  • Aider les personnes à bien utiliser les outils, avec une capacité d’analyse intelligente, et une sensibilité aux questions éthiques ;

  • Apprendre à débattre avec une aptitude à confronter les points de vue raisonnablement, sans violence.

L’intervenante du GUATEMALA :

  • Écouter les jeunes et leur permettre de partager ;

  • Avoir des approches multidimensionnelles, mais se soucier prioritairement du respect des Droits de l’Homme ;

  • Se soucier de ceux qui sont les laissés pour compte, les évincés de la société, qui sont aussi les plus vulnérables face au « risque numérique ».

L’intervenante du BRÉSIL :

  • Encourager les travaux de Recherche par pays, même si l’internet a une dimension globale, restent des spécificités sociales ou culturelles nationales à bien appréhender ;

  • Propager les « meilleures pratiques » en matière de Sécurité ;

  • Poursuivre les activistes déstabilisateurs dans le domaine politique, et défendre la démocratie.

Dernier mot de l’animateur du panel (secteur SHS de l’UNESCO)

  • Assurément, pour porter remède à ces problèmes de violence et de radicalisation, il faut des collaborations et celles-ci n’ont pas toujours lieu ;

  • Mais c’est l’engagement des forces politiques qui compte le plus.


La santé mentale, le suicide et l’Internet : une menace pour les jeunes, un fait avéré, comment prévenir ?

On perçoit une évolution préoccupante sur les quinze dernières années avec plus de suicides ou de dérangements mentaux chez les jeunes, alors que sur cette même période l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes s’est considérablement développée avec des dérives manifestes : « le Cyber Bullying » (Terrorisme violent/pervers). Il n’est pas facile d’établir un lien entre les deux phénomènes, sachant que la jeunesse est affectée par d’autres facteurs déstabilisants et sources de stress, de dépression et autres pathologies (crise économique, dégradation des liens sociaux, familiaux, montée de la violence dans les cités), mais des enquêtes (notamment dans les écoles) indiquent bien l’existence d’une composante du net susceptible de perturber sérieusement les jeunes fragiles. Ce phénomène ne peut pas être pris à la légère. Il faut en parler ouvertement, et le témoignage d’une représentante de TUMBLER (opérateur gestionnaire d’une plateforme de blogs) permet de se rendre compte de l’existence d’un réel problème avec la diffusion de textes véhiculant des discours violents, traduisant des passions morbides et/ou mobilisant à l’envi les affects ;il y a, plus qu’on ne le pense, la propagation de contenus dangereux qui posent problème. Conscient du caractère pernicieux de ces échanges, TUMBLER est engagé pour contrôler ces débordements, essayer de les modérer, voire éliminer ce qui peut l’être. Son engagement l’amène à travailler étroitement avec le monde de l’École.

FACEBOOK conduit aussi une politique active pour contrer les agissements quasiment criminels de certains utilisateurs de leur réseau social. Une surveillance est assurée 24Heures sur24 pour traquer les messages déviants.

Comme cela a été entendu dans d’autres panels, l’Éducation est présentée comme une évidence pour aider à atténuer cette réelle « pathologie » issue du Net avec toutes sortes de déviances : addiction, provocations pour passer à l’acte (jeux dangereux par exemple), discours de mort, propos haineux etc. L’objectif alors est de rendre les jeunes plus résilients, plus confiants en eux, par la parole, au travers de réelles discussions pour les sortir de ce que l’on pourrait appeler un isolement numérique. Plus généralement, en effet, la meilleure façon d’ obtenir des résultats là où l’on perçoit la montée de risques extrêmes pour la santé des jeunes à cause de l’internet, c’est de développer les échanges, éventuellement par le net (chatbox, soutien des amis etc.), mais aussi en tête à tête, pour des cas particuliers et au niveau de la société. Une intervenante islandaise nous a restitué l’expérience de son pays qui, confronté à de réels problèmes touchant les personnes à cause du net a pu réduire les tensions « mentales » en ouvrant de larges débats à propos du sujet.

On voit ici qu’il s’agit d’une problématique sociétale qui appelle certainement à revoir un peu notre culture numérique en y instillant plus de sens des responsabilités.


Intelligence artificielle : les défis éthiques et juridiques dans les pays émergents

Une universitaire chinoise :

Il faut d’abord bien apprécier tout ce que l’IA [intelligence artificielle] apporte comme bienfaits notamment pour des pays densément peuplés avec des problèmes de grande ampleur à résoudre. Plusieurs exemples sont cités de domaines où ces apports sont conséquents : les systèmes alertes « catastrophe naturelles », la gestion automatisée du traitement des containers dans les ports, les véhicules autonomes, les restaurants ( ?)

Les problèmes existent, il ne faut pas les oublier mais on peut (doit pouvoir) les résoudre. Il faut porter un regard positif sur les avancées de l’IA, et apprendre à s’accommoder de ces dispositifs qui servent l’homme, l’éducation doit ici jouer tout son rôle.

Un témoignage venant du Népal (un expert président d’une association de roboticiens)

L’intelligence artificielle va inévitablement se développer chez nous aussi, et conforter sa présence dans la vie quotidienne, en permanence. Dans ce contexte il faut bien faire attention aux impacts, se soucier de ces systèmes « conduits par la technique » et peut être insuffisamment soucieux du respect des spécificités culturelles locales.

Parmi les défis à relever, il y a celui des inégalités : vont-elles ou non s’accroître ? Comment obtenir des progrès en la matière ? On peut raisonnablement penser que l’IA aide à combler les retards de pays comme le Népal, mais à quel prix ? Les experts manquent. Il faut ainsi aborder l’ensemble des problématiques avec prudence car, par la force des choses, beaucoup viendra de l’étranger, avec deux risques : une grande dépendance technique difficile à réduire, et la mise en place d’algorithmes comportant des biais culturels du fait de leur conception « à distance » en dehors du pays.

Autres problèmes cités : celui de l’emploi (chômage, inexistence de profils qualifiés, opacité des pratiques venant de l’étranger), et des législations inopérantes pour assurer la protection des personnes susceptibles d’être affectées par ces systèmes qui sortent de l’épure des réglementations nationales lesquelles restent traditionnelles.

Pour faire face aux nombreuses questions qui se posent les Gouvernements doivent bâtir un cadre adéquat pour appréhender le sujet IA. Il leur faut aussi travailler en partenariat avec les experts notamment pour traiter des trois thèmes suivants : l’éthique, les accès et les obligations redditionnelles

Un avis coréen :

Le grand défi à relever avec l’Intelligence artificielle ? c’est tout simplement celui de l’Humain:ces systèmes doivent rester sous contrôle. On doit se méfier de dispositifs automatisés qui réduiraient les personnes à l’état d’objets, emprisonnées ou espionnées par les machines. Mais il ne faut pas pour autant nier l’utilité de certains algorithmes de surveillance lorsqu’ils permettent de traquer les « fake news », les trafics illégaux et autres pratiques répréhensibles, nuisibles à l’ordre public.

Il faut reconnaître une ambivalence de l’IA, et sans nier ses avantages, on doit se préoccuper de leurs possibles impacts négatifs : accroissement des inégalités avec destruction d’emplois ou éviction des classes défavorisées, apparition de puissances hégémoniques maîtrisant de mega-bases de données constituées à l’insu et, parfois, au détriment des personnes. Ces risques avérés appellent à réguler le domaine des Data et à imposer plus de transparence, comme le fait l’union européenne avec le RGPD.

Un regard venu d’Afrique :

Pour prévenir tout risque de dérive, il faut « socialiser le domaine », et, ce faisant, sortir des vues principalement techniques (les outils, les connexion etc.) S’agissant d’un sujet sensible en ce qu’il touche l’humain, l’élément central tient aux usages que l’on fait des données qui sont à la base des processus d’intelligence artificielle. Il importe qu’on réponde par leur truchement à de vrais besoins, et là est l’essentiel : quels sont ces besoins que l’intelligence artificielle sera capable de mieux satisfaire ? Tous ceux qui permettront de soutenir ce qu’il y a de mieux en notre humanité, nous dit-on, alors, on pourra mieux s’approprier ou vivre avec une Intelligence artificielle « Amie de l’Homme ». Mais cet objectif ne pourra être atteint avec cette seule affirmation de principe. Les transformations inévitables que va introduire le recours grandissant à l’IA nécessiteront l’élaboration de règles juridiques et éthiques pour assurer précisément une préservation de l’humain.


Intelligence artificielle : Les Droits de l’Homme et les objectifs de développement durable

L’animateur de ce panel a introduit les échanges en rappelant les quatre grands principes que l’UNESCO s’attache à faire prévaloir dans les actions/réflexions sur l’internet et plus généralement le numérique. Ce sont ceux que l’on connaît sous l’acronyme ROAM, moyen mnémotechnique et mobilisateur pour désigner quatre « impératifs » à respecter : Right (respecter le droit) Openness (principe d’ouverture), All (principe d’un large accès), Multistakeholders (approches coopératives et partenariales).

Il a aussi évoqué d’entrée un autre sujet source de débats voire de polémiques tout à fait en rapport avec le thème du panel : la neutralité de l’Internet.

Outre l’ambassadeur du Mexique à l’UNESCO, sept autres orateurs (un représentant de l’OCDE et du Conseil de l’Europe, d’une Fondation spécialisée (GLOBAL PULSE), un ingénieur, , un juriste, une journaliste ont donné leurs vues sur une question essentielle.

Le délégué du Mexique à l’UNESCO a indiqué tout ce que son pays a engagé comme actions pour traiter la Question du numérique de façon ordonnée : une stratégie a été définie, un cadre créé et un Bureau national institué pour favoriser les coopérations. Il a insisté par ailleurs sur la nécessité d’un internet au service de l’Homme, et protégé contre les risques qu’il peut induire (inégalités, violence, exploitations, quasi-monopole des grands opérateurs, captation des données etc). Il a salué le travail conduit par l’UNESCO qui en la matière est un chef de file légitime pour aider internationalement à une meilleure gouvernance du net.

Le représentant de la World Wide Web Foundation a traité trois points :

  • Les Droits d’accès : beaucoup reste encore à faire (50% de la population mondiale n’est pas connecté), beaucoup de requis pour un juste accès sont loin d’être respectés (les connexions, la question des langues, un juste prix). Doit aussi être mieux traitée la question des contenus (la qualité, leur diffusion plus ou moins sélective) ;

  • La Confiance : il est impératif que l’on discipline le traitement des données diffusées. Il faut que les acteurs assument leur responsabilité pour que l’on traite comme il convient le problème de la Violence et de la Sécurité (pas seulement technique). On retrouve sur la toile les mêmes dérives comportementales ou cognitives que dans le monde physique (sexisme, racisme, exploitation etc.), et des abus dont sont victimes les populations les plus vulnérables. Là aussi il faut engager massivement l’action pour corriger ces errements ;

  • Les Données : elles doivent de qualité, protégées si elles sont personnelles, et faire l’objet de traitement selon des règles appropriées. De ce point de vue, la réglementation européenne est donnée en exemple. Il importe aussi que des limites claires soient définies : le monde du numérique n’a pas vocation à s’insinuer dans l’intimité de la vie des gens.

Un ingénieur, chercheur expert en intelligence artificielle :

L’intelligence artificielle n’est pas forcément très compliquée. On ne fait que commencer et beaucoup reste à venir, les machines vont continuer d’étendre leur emprise, l’important sera de bien piloter ces évolutions et de rester équilibré dans les usages.

Le représentant de l’organisation GLOBAL PULSE :

Il faut que les systèmes d’Intelligence Artificielle soient développés et utilisés d’une manière correcte avec des règles et principes à respecter, des standards aussi harmonisés que possible et un souci de rester conforme aux Droits de l’Homme. Il y a un risque de « boite noire », il faut l’éviter et exiger une transparence suffisante.

Les données sont un sujet important, elles sont à gérer sérieusement, avec des règles éthiques. Tout dispositif doit prévoir de traiter avec « due diligence » les sujets suivants : l’intégrité, les sources, le partage, les canaux de diffusion.

Avis d’un juriste à propos des traitements informatiques de type « intelligence artificielle »

  • La surveillance : s’assurer qu’on est conforme aux lois (ce n’est pas toujours le cas). Le constat est fait que bien souvent la législation est insuffisante dans sa partie « mise en œuvre » (enforcement) ;

  • Le suivi des Contenus ou Productions issues des systèmes d’IA : il y a un réel manque de transparence, les dispositifs ne peuvent pas être inspectés, les impacts sont impossibles à mesurer ;

  • Les données : il faut pouvoir s’assurer que la « vie privée » n’est pas mise à mal ( « privacy »).

On doit pouvoir connaître les raisons pour lesquelles l’intelligence artificielle est mobilisée et lier cette question à celle des « données ».

La régulation s’impose pour organiser nationalement le cadre dans lequel peuvent être développés les traitements avec recours à l’IA. Il y a au moins trois domaines pour lesquels des obligations peuvent être envisagés : la protection des Personnes, le régime de la Concurrence, les spécificités de certains secteurs (sensibles).

Finalement, conclut l’animateur de cette table ronde, l’IA est à apprécier à l’aune des principes ROAM, avec une exigence simple : se conformer aux règles juridiques (« Rule of Law »).

La Représentante du Conseil de l’Europe :

Le Conseil de l’Europe étudie le sujet depuis deux ans. L’important est d’éliminer tout ce qui pourrait inquiéter et miner la confiance. Pour ce faire, il faut une discipline, et la bonne approche est celle des Droits de l’Homme. Le souhait est d’avoir une « Human right centred AI ».

Des recommandations sont émises avec une insistance particulière sur les idées de « responsabilité », de « redevabilité ».

On doit se convaincre que beaucoup de questions sont à considérer lato sensu (l’Internet étant par nature un ensemble – relativement – ouvert) mais elles sont à voir aussi dans leurs déclinaisons locales.

Un point particulier est mis en exergue concernant le domaine de l’information, et les possibles dangers que pourraient générer des systèmes d’IA pour fausser les processus électoraux. Le Conseil de l’Europe, soucieux de ce risque, a publié « une déclaration sur la Démocratie et l’Intelligence Artificielle ».

« La Liberté d’expression et l’Intelligence Artificielle » avis d’une journaliste, membre de World Freedom of the Press »

Il y a danger : la liberté de la presse est en risque, avec çà et là, la menace ou l’existence de censures, la surveillance ou la manipulation de l’information.

Le danger vient d’un développement rapide des techniques intrusives, malicieuses, manipulatrices menées sur une grande échelle avec des systèmes automatisés capables de fausser l’information, produire des « trolls ». Insensiblement, une vague inquiétante risque de polluer « la toile » et porter atteinte aux droits de l’homme.

Le journalisme est menacé. Il lui faut des garanties pour immuniser l’espace contre toutes les attaques parfois systématiques et/ ou automatiques dont il fait l’objet. Une déclaration a été produite par 25 personnalités venant de 18 pays en faveur d’un espace commun préservant les droits de l’homme avec l’affirmation de principes à garantir pour tout système d’information journalistique : la neutralité idéologique, politique et religieuse, l’acceptation d’ouvrir ces systèmes à des audits.

En conclusion, l’oratrice insiste sur le bien fondé des débats sur des questions sensibles qui touchent à la liberté, sur la nécessité de bien former les journalistes, et le souhait que soient promus des standards (labels) de qualité. Ce sont autant de mesures ou d’initiatives susceptibles de préserver l’indispensable confiance dans les systèmes d’information que l’on doit avoir pour préserver la démocratie.


Bâtir des villes durables et résilientes

Célébration de la journée mondiale des villes
mercredi 31 octobre 2018


A l’occasion de la journée mondiale des villes sous le thème « Bâtir des villes durables et résilientes », l’UNESCO organise une série d’événements pour célébrer le rôle clé des villes dans la promotion de l’inclusion sociale et de la diversité.


Madame Angela Melo, directrice du secteur des Sciences sociales et Humaines a présidé cette session dont la partie relative au pouvoir de l’art comme vecteur d’inclusion ou de discrimination dans les espaces urbains a été diffusée en direct avec la célébration de la journée mondiale des villes à Liverpool.


Le sujet traitant de « l’innovation pour un développement urbain durable » a réuni de nombreux intervenants, que ce soient des responsables de villes du Mexique, du Royaume Uni, de Finlande ou des représentants d’organismes s’occupant d’économie, ou de questions concernant les paysages ou l’environnement.


Les réflexions suivantes sont à souligner :

  • Quand une ville a un projet d’aménagement sur deux ans ou plus, un séisme entrave le déroulement de ce projet et le ralentit, voire le modifie fortement ;

  • Dans le cadre d’une externalisation du traitement d’un espace public, il convient de veiller aux termes du contrat. Exemple à Sheffield : une entreprise privée préfère abattre des arbres plutôt que les entretenir parce que le coût d’abattage est moindre ;

  • L’intelligence des lieux est mieux portée par les habitants de ces lieux que par des intervenants, même « spécialistes » extérieurs ;

  • Plus la ville est grande, plus certains secteurs exposent au risque de la marginalisation. Les défis à relever concernent principalement le logement, la santé, l’école. L’école est essentielle : il faut qu’elle assure une éducation de qualité pour justement éviter l’exclusion sociale. Dans certains cas, les logements non occupés et souvent acquis à des fins purement spéculatives doivent pouvoir être « réquisitionnés » ;

  • Assurer la mixité non seulement dans un immeuble mais aussi dans le quartier ;

  • Miser sur les technologies en aidant les personnes le cas échéant : au Japon, la personne âgée est ainsi souvent aidée par la robotique et cette situation est acceptée. A Sheffield, l’université ou des groupements confessionnels s’emploient à initier les personnes âgées à l’utilisation d’internet ;

  • Au Mexique des programmes sociaux sont adaptés aux handicapés.


Le sujet du « Pouvoir de l’art comme vecteur d’inclusion et de non discrimination dans les espaces urbains » a été animé par Madame Anne-Marie Melster, Co-fondatrice et Directrice exécutive d’Artport. Artport est la première organisation d’art qui a travaillé sur le développement durable depuis 13 ans.

La session a particulièrement porté sur le « street art ».

Parce qu’il véhicule un message, le « street art » peut changer la pensée d’une personne jeune comme d’une personne âgée sans pour autant vouloir changer la société ;

  • Si un artiste s’exprime dans son œuvre dans la rue, il est bon d’inviter la population qui regarde cette même œuvre à s’exprimer sur son ressenti devant elle. Ainsi est créé un contact entre l’artiste et la population ;

  • le « street art » donne une personnalité à une ville ;

  • la ville doit rester un laboratoire d’actions concrètes.

Pour illustrer la montée en continu du rôle de l’art comme symbole des réalités sociales dans la culture urbaine, deux artistes du street art ont créé, chacun en direct, une œuvre murale dans le hall Ségur de l’UNESCO.


Puis deux compagnies du hip-hop ont donné une démonstration de leur danse qui fut suivie d’une participation du public.

La journée s’est terminée avec la projection du documentaire « Sky’s the limit : les peintres de l’extrême » du réalisateur Jérôme Thomas.

Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis

Réduire les pertes Humaines et Économiques liées aux tsunamis

Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis

Maison de l’UNESCO le 16 octobre 2018


Cette séance avait une certaine actualité compte tenu des tsunamis enregistrés dans le monde en septembre-octobre 2018 : pour ces dernières semaines, les chiffres de 2 000 pertes de vies humaines et 3 000 disparus ont été cités.

La séance était coprésidée par Mme Kirsi Madi, Directrice au bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (UNISDR), et par Vladimir Ryabinin, Secrétaire Exécutif de la COI et Sous-Directeur général de l’UNESCO.


La problématique

Ces deux coprésidents ont présenté la problématique des tsunamis :

  • rappelons que les tsunamis ne concernent que la création, par des tremblements de terre, de vagues énormes et leur déferlement sur les rivages. Ces tremblements de terre se situent le long des lignes de chevauchement des plaques terrestres (tectonique des plaques), lorsque celles-ci bougent l’une par rapport à l’autre. Ils ne sont en rien liés, semble-t-il, aux questions de changement climatique.

  • les conséquences en sont souvent catastrophiques en vies humaines (on cite 250 000 victimes depuis l’an 2000) et en coût économique (280 milliards de $ en 20 ans).

  • depuis les années 2000, la COI et les instituts de recherches océaniques mettent en place des réseaux d’observations et des systèmes d’alertes. Et dans le cadre de l’ONU, depuis 2015, a été défini un plan de lutte contre les conséquences des tsunamis en vue de réduire les pertes humaines et les dégâts économiques, en particulier grâce à des plans nationaux et locaux d’alertes, d’éducations et d’informations auprès des populations les plus exposées.

  • la très grande dangerosité des tsunamis tient aux délais extrêmement courts qui existent entre la détection sismique du tremblement de terre et l’arrivée des vagues déferlantes sur les côtes, d’où la difficulté de protéger les populations vivant sur les littoraux concernés. Pour l’instant la seule parade serait la fuite rapide, le cas échéant par la mer.


Les exemples cités

Six représentants sont intervenus pour traiter d’exemples dans des zones concernées :

  • S. Ex. M. Ahmed Shiaan, Ambassadeur des Maldives en Belgique : Les Maldives, en référence à un tsunami de 2004 : État insulaire dont certaines villes habitées ont été entièrement submergées cette année-là. La seule solution de survie était d’aller en mer. 62% du pays a été sinistré.

  • Madame Véronique Bake, spécialiste en gestion des risques : Les Seychelles (99 000 habitants). En 2004, habitants et touristes sur les plages, pas de système d’alerte précoce. Depuis lors, mise en place d’un système de surveillance sismique et d’un réseau d’information pour la population et notamment dans tout le secteur touristique.

  • Monsieur Tenu Fukui, Membre de la chambre des représentants du Japon : septembre 2011, Tohoku, 18 000morts et disparus. Dégâts économiques importants, notamment centrale nucléaire d’Onagawa, production agricole et tourisme.

  • Mr. Hugh Riley (CTO) Caraïbes : c’est une zone qui est souvent la cible des ouragans, des séismes (pas toujours suivis de tsunamis) et de tsunamis. Le tourisme est la première activité économique, et donc très vulnérable aux catastrophes naturelles. A signaler par exemple un séisme de magnitude 7,5 en 2006, qui a fait 225 000 morts, mais qui n’avait provoqué qu’un mini tsunami.

  • S. Exc. M. Hotmangaradja PANDJAITAN Ambassadeur d’Indonésie auprès de l’UNESCO : à signaler 2 séismes en août et septembre 2018, de magnitude respective 7,5 et 6,5. Il y a encore beaucoup d’amélioration à apporter dans cette zone en matière de surveillance sismique. 65 000 maisons sont à reconstruire.

  • Mr. Christos Cabanis, chargé de mission (Sécurité Civile) Pour la zone méditerranée, une station d’observation sismique a été installée dans les Bouches du Rhône, non loin de Marseille. Le premier objectif est de faire de l’éducation, et de faire connaître le risque sismique qui existe aussi dans la zone méditerranéenne, et de mettre en place un réseau d’observation sur l’ensemble de la méditerranée.


Échanges et discussions

  • Mise en place d’un réseau d’observation océanique. Un scientifique est intervenu pour faire le point sur la mise en place d’un vaste réseau scientifique international, chargé d’assurer la surveillance avec des capteurs sur toutes les lignes de fractures telluriques au fond des océans.

  • Pour l’instant, les priorités dans ce projet se situent dans l’Océan Indien, les Caraïbes, et la Méditerranée. Un centre est aussi en cours d’établissement dans le Pacifique.

  • Bien sûr d’autres centres existent, mais la question est d’assurer la mise en réseau des informations.

  • Ces informations doivent porter sur l’amélioration des délais dans la prévision, à la fois d’un phénomène sismique, de son ampleur et de sa situation géographique, facteur de conséquences plus ou moins graves sur les rivages, en fonction notamment de leur proximité ou des profils des fonds marins. Dans ces domaines, de grands progrès sont attendus car nous ne disposons pas des mêmes informations qu’en météo sur la probabilité d’un ouragan et de son intensité.

  • L’autre grand thème est le développement de l’éducation et de l’information des populations côtières sur l’attention à apporter aux informations et sur les réactions et comportement à adopter, parfois très rapidement.

En conclusion, le Secrétaire Exécutif de la COI a indiqué qu’1 dollar investi dans la prévention des risques permettait d’épargner 4 dollars en réparation.

Denis Chaigne