Sciences Océaniques au service du Développement Durable

De la COP 21 à la Décennie des Nations Unies
« pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable »

Conférence scientifique à l’UNESCO
Paris les 10 et 11 septembre 2018


Préparation du lancement du programme d’une décennie qui portera sur un sujet essentiel : les océans couvrent 70% de la surface de notre planète, sont un élément clef du climat et abritent la majeure partie des éléments vivants. Il faut les protéger, il y va de l’avenir du vivant. Tel est ce qui inspire les travaux engagés. Comme nous y invite l’encyclique « laudato si » il est bon que l’Homme ait le souci de prendre soin de notre Terre… dans toutes ses dimensions. Un réel défi pour traiter un sujet majeur et complexe.


Rappel historique

Lors de la prise de conscience des questions climatiques par l’ONU, dans les années 1980, il fut créé une COP (Conférence des Parties) entre les États Membres, en vue de gérer une Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.
Lors de la conférence de Paris (COP 21), en 2015, il fut reconnu le rôle fondamental des océans dans l’état du climat.
En 2017, l’ONU décide de réaffirmer ce rôle des océans et crée la Décennie des Nations Unies pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable (2021-2030).
La COI (Conférence Océanique Internationale), gérée par l’Unesco, est chargée d’assurer la gestion de cette décennie.
Les réunions à l’UNESCO des 10 et 11 septembre 2018, s’inscrivent dans le plan d’élaboration du programme de cette décennie.


La problématique

La surface de la terre est recouverte à 70% par l’eau des océans : ceux-ci assurent différentes fonctions en matière de transport des marchandises, (navires marchands) de transport de données (câbles sous-marins), de ressources alimentaires (pêches), d’exploitations de ressources diverses des fonds marins (hydrocarbures off shore, nodules polymétalliques, etc. )

En matière de climat, les océans sont avec le soleil au cœur de « la machine thermique » de la terre : ensoleillement, élévation de température, évaporation et précipitations de pluies qui induisent un abaissement de la température, températures perturbées par la teneur en CO2 de l’atmosphère.

En matière de pollution, les océans sont une cible essentielle : déchets et notamment déchets plastiques, matières chimiques diverses acheminées par les cours d’eau, et hydrocarbures rejetés par les navires dans la mer ou dans l’atmosphère (CO2).

Au regard des objectifs de développement durable, l’ODD14 est spécifique aux océans : « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. »

Les principaux paramètres suivis en réseaux par de nombreux laboratoires et centres scientifiques portent sur : les températures en surface et à différentes profondeurs, l’absorption de CO2, la progression de l’acidité, la désoxygénation, la fonte des glaciers polaires, la hausse du niveau de l’eau et ses conséquences sur la vie des populations côtières, et aussi la densité de pollution en plastiques et autres.

Mais il y a aussi la question de la surexploitation notamment dans la pêche ou l’aquaculture.


Que faire ? Comment s’organiser ?

Ces questions ont été au cœur des débats de ces 2 journées :
Qui est concerné : dans l’organisation de l’Unesco, la COI est en rapport, directement ou indirectement, avec plus de 70 organisations compétentes en matières d’océan et de climat.

Parmi celles-ci, citons le GIEC/IPCC (Intergouvernemental Panel on Climate Change, ONU), L’IPBES (Intergouvernemental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), l’OMM, (Organisation Météorologique Mondiale).

Tous ces instituts sont en relation plus ou moins directe entre elles-mêmes, en réseaux avec les très nombreux laboratoires ou établissements nationaux et régionaux qui couvrent la planète et en liaison aussi avec tous les réseaux d’observation de la mer par satellites.

A noter aussi toutes les autres activités liées à la mer et qui ont aussi leurs propres réseaux : exploitation des pétroles off shore, pêcheries et laboratoires halieutiques, transports maritimes, câbles sous-marins.

D’où la difficile question soulevée, sans réponse claire en séance : comment s’organiser entre ces différents acteurs, avec les pouvoirs publics nationaux et les organisations intergouvernementales.

Dans le débat, il est apparu que si les scientifiques présents et dominants, envisageaient volontiers de se concerter entre eux pour définir un programme de la Décennie, et le cas échéant avec les représentants des pouvoirs publics des différents pays, dont certains étaient également présents, une autre concertation avec toutes les parties prenantes était loin d’être acquise.

Même entre scientifiques, la discussion est apparue plus compliquée dès qu’il s’est agi de définir des catégories de scientifiques : sciences exactes ? sciences économiques ? sciences sociales et humaines ? Dans ce dernier cas, il a pourtant été largement question de l’apport indispensable des populations côtières autochtones qui ont une expérience très riche à prendre en compte dans les évolutions maritimes côtières.

Enfin, à noter l’intervention en la matière, de la représentante du Saint Siège, attirant l’attention de la salle sur le fait que, dans les sciences humaines, il ne fallait pas négliger l’apport des religions. A cet égard, elle rappelé la contribution notable de l’encyclique « Laudato Si » avec son appel à mieux prendre soin de notre univers…

La question du financement reste un sujet délicat à régler notamment lorsqu’on en vient à demander la mobilisation de fonds privés dans tous les secteurs concernés : la pêche, le transport maritime, l’exploitation des fonds sous marins… Il est, en effet, hautement souhaitable d’associer ces acteurs aux travaux de cette décennie et à leur financement.

Par ailleurs, la question de la mise en place d’une autorité internationale compétente pour le contrôle de l’exploitation des Océans en haute mer, non soumise à une autorité politique. Cette question très délicate a été évoquée mais non approfondie.

En conclusion de ces journées, trois point sont à souligner :

  1. Le programme de la décennie 2021-2030 est encore loin d’être achevé ;
  2. On attend les conclusions de la COP 24 qui se tiendra en décembre 2018 en Pologne à Katowice ;
  3. Les scientifiques peuvent espérer arriver à élaborer un programme entre eux, peut-être aussi avec les pouvoirs publics nationaux. Cependant, par le vocabulaire qu’ils ont employé durant ces séances, un programme avec les entrepreneurs du secteur privé est loin d’être acquis..

Denis Chaigne

IRAK : Faire revivre l’esprit de Mossoul – vision et stratégie


Conférence du 10 septembre 2018
à l’UNESCO


La conférence a pour objectif de mobiliser la communauté internationale sur la reconstruction et le relèvement de Mossoul, faire le point sur la situation actuelle sur le terrain, annoncer la création du Fonds spécial contribuant à faire revivre l’esprit de Mossoul et de présenter une liste des projets majeurs qui contribueront à la réhabilitation des sites du patrimoine culturel de Mossoul ainsi qu’à la revitalisation de sa vie culturelle et de ses institutions.
Nombreux chantiers engagés pour reconstruire cette ville sinistrée, puissant soutien de la communauté internationale pour réparer d’immenses dommages, plus encore que les sites et monuments à restaurer, les efforts doivent aussi et surtout porter sur les chantiers de l’éducation et prioritairement sur l’École. C’est à ce prix que la paix pourra être retrouvée dans les esprits.


La conférence a été ouverte par Madame Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO.
Mossoul a été libéré le 10 juillet 2017 après 3 années d’occupation et une crise humanitaire sans précédent. Cette conférence internationale s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Faire revivre l’Esprit de Mossoul » lancée en février 2018 par la Directrice générale de l’UNESCO pour mettre en valeur la reconstruction du tissu éducatif et le soutien de la vie culturelle.

Monsieur Fryad Hassan Rawandouzi, Ministre de la culture de la République d’Iraq.
L’Iraq est le berceau de la civilisation assyrienne. Les immenses dégâts intervenus sur Mossoul portent sur 2000 sites archéologiques. 5000 bâtiments archéologiques ont été rasés.
Les priorités concernent :

  • les sites archéologiques ;
  • le patrimoine religieux ;
  • les bâtiments historiques et urbains ;
  • les musées ;
  • les manuscrits historiques.

Le Ministre a remercié les Émirats Arabes Unis de leur précieuse aide financière.


Faire revivre l’esprit de Mossoul : vision et stratégie

[ Voir des photos de la conférence sur le site de Flickr ]

Monsieur Ernesto Ottone R. Assistant du Directeur général pour la culture de l’UNESCO
La reconstruction de Mossoul s’appuie sur l’engagement des administrations, de la société civile, des Iraquiens pour la reconstruction d’une identité plurielle. Les actions sont dirigées vers et pour la jeunesse.

Madame Stefania Giannini, Assistante du Directeur général pour l’éducation de l’UNESCO
L’éducation est un facteur qui renforce la paix. L’UNESCO coordonne les applications de cet objectif. 90 % des écoles en Iraq ont été détruites par Daesh. Il est important que les communautés de jeunes s’investissent dans cette priorité. Il s’agit de prévenir la violence et l’extrémisme par le biais de l’éducation.
A côté des écoles, il y a le projet de « re-développer » la bibliothèque de Mossoul où 10 000 manuscrits ont été récupérés. Mais c’est très peu. Il s’agit de la reconstruction physique du bâtiment, mais aussi bien sûr la reconstruction du point de vue culturel. Et pour cela la participation des meilleurs spécialistes du monde intervient.


Rôle du fond pour la reconstruction et la réhabilitation de Mossoul

Monsieur Mustafa Mohamed Ali Al-Hiti, Président du Fond pour la reconstruction des territoires libérés d’Iraq, Premier Ministre de la République d’Iraq.
La restauration de l’université de Mossoul a commencé par la reconstruction des bâtiments. L’idéologie destructrice de Daech avait pour but d’instaurer l’ignorance dans la société.
Il s’agit aujourd’hui de renouveler les liens humains, de relancer l’économie, de la reconstruction physique et matérielle des infrastructures publiques et privées.
Ces derniers travaux supposent d’abord un travail de déminage. A Mossoul on estime qu’encore 9 km2 sont hautement contaminés par des mines et explosifs.


Présentation de la situation à Ninive,
réhabilitation de la mosquée Al Nuri et du Minaret Hadba

Monsieur Abd Alltef Hmeim Mohammed, responsable des dotations de la République d’Iraq

A Ninive, on intervient dans une ville qui a été durement frappée, avec 18 000 victimes des violences, dont près de 4000 femmes violées. Aujourd’hui, toutes les administrations fonctionnent : les sites archéologiques, les religions chrétiennes, juives et musulmanes qui constituent un patrimoine très riche. Les réseaux sont remis en service. Plus de 73 ponts ont été détruits, 14 sont reconstruits. Des initiatives populaires interviennent sur des immeubles menacés d’effondrement (500 maisons).

Madame Noura bint Mohammed Al Kaabi, Ministre de la culture et du développement des connaissances des Émirats Arabes Unis.
Les Émirats Arabes Unis soutiennent financièrement la réhabilitation de la mosquée Al Nuri avec un partenariat, notamment des jeunes. Ce projet a une portée symbolique mais aussi économique par la création d’emplois et l’investissement dans le domaine touristique.


Plan du relèvement et de la réhabilitation

Cette table ronde a été animée par monsieur Fryad Hassan Rawandouzi, Ministre de la culture de la République d’Iraq et par monsieur Ernesto Ottone R. de l’UNESCO.

Monsieur Qais Hussein Rashed Al-Magases, Vice-Ministre de la culture pour le tourisme et les antiquités de la République d’Iraq
Mossoul est important tant par son histoire que comme centre commercial et religieux. La province de Ninive a été la plus sévèrement touchée par les destructions. Mossoul comprenait près de 90 % des archives de la province de Ninive.
Plus de 5500 bâtiments ont été détruits : 108 mosquées, 15 mausolées, 19 églises, 1 temple juif, et plus…
Les livres et manuscrits de la bibliothèque du musée de Mossoul ont subi de grands dommages.

Monsieur Muzahm Al-Khyatt, Président de l’université de Ninive et directeur du groupe consultatif de la reconstruction de la province de Ninive
A la libération de Mossoul, 3 actions s’imposaient :

  • la reconstruction des sites du patrimoine ;
  • une action éducative ;
  • faire revivre Mossoul.

Près de 100 000 personnes ont été déplacés. Les jeunes ont été « endoctrinés », le patrimoine a été détruit.

Père Najeeb Michaeel O.P. Directeur du Centre Numérique et de recherches sur les manuscrits orientaux
Mossoul est sur la route de la soie. Ce fut, depuis longtemps, un centre, un carrefour. Aujourd’hui, il ne reste que 20 % de chrétiens en Iraq. Avant de rebâtir les pierres, il faut reconstruire les esprits. Daech a endoctriné plus de 30 000 enfants.
Les religions doivent savoir se parler.

Madame Marta Rurdas, représentante du secrétariat général, bureau coordonnateur résident et humanitaire en Iraq – ONU
Il convient de reconstruire en tenant compte du lieu et du présent, du rassemblement des communautés, rétablir une usine de canalisation d’eau potable, rétablir un réseau d’électricité…

Madame Raffaella Lodice Unité principale du Moyen Orient/Golf, de l’Asie Centrale, et du Sud – Direction du développement et coopération internationale de la commission européenne
L’Europe travaille en étroite liaison avec le gouvernement Iraquien. Les mines constituent un réel danger et les travaux de déminage imposent d’importantes ressources financières.


Plan de renaissance du système éducatif

Cette table ronde a été animée par Hamid Ahmed Conseiller au Bureau du Premier Ministre de la République d’Iraq et par Stefania Giannini, UNESCO.

Monsieur Hamid Ahmed
Pour commencer la résurrection de Mossoul mais aussi de l’Iraq, il convient d’intervenir d’abord sur l’éducation. C’est un objectif en tant que tel mais aussi un moyen pour atteindre les autres. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’avoir vaincu Daech, nous devons aussi supprimer les racines idéologiques par l’éducation, avoir des mesures de prévention pour contrecarrer les effets des plans de Daech.

Monsieur Muhsin Afurajy, du Ministère des Hautes études et de la recherche de la République d’Iraq
L’objectif de l’éducation est de « construire » les citoyens dans l’esprit de ce qui se fait dans les pays développés. C’est ce qu’avait compris et combattu Daech en prenant les universités pour cibles.
Le parcours de la « reconstruction » des étudiants a été repensé avec l’aide d’un comité d’experts appelé à moderniser le curriculum des sciences humaines mais aussi islamiques pour la formation des imams.

Monsieur Karim Al-Waeli, Secrétaire général à la commission pour l’UNESCO au Ministère de l’Education
50 enfants endoctrinés par Daech ont été mis en observation pour mieux comprendre ces cas critiques en étudiant leurs comportements déviants.

Monsieur Mohammed Jasim Al-Hajiahmed, Directeur de la bibliothèque de l’université de Mossoul
La bibliothèque est un élément central à l’université de Mossoul. Ce sont les bâtiments de l’université qui entourent la bibliothèque. Or tout a été détruit, les bâtiments et leur contenu.
Reconstruire la bibliothèque c’est reconstruire un lieu de vie culturelle et intellectuelle. Le projet est de numériser les livres.

Madame Yasmine Sherif, Directrice de « Education Cannot Wait »
Cet organisme a été créé par les britanniques avec pour objectif d’aider à restaurer les fondements de l’éducation après une crise. L’éducation ne doit pas rester un parent pauvre : c’est ce qui forge l’esprit humain.
« Nous travaillons avec l’UNESCO pour créer une passerelle entre l’aide humanitaire et l’éducation. »

En conclusion de cette journée on a insisté sur le rôle primordial de l’éducation qu’il faut développer tout particulièrement en direction des jeunes pour réparer les dégâts que Daech leur a infligés.
Au regard des dangers qu’il représente, l’autre grand chantier de réhabilitation — déminage de très nombreux sites encore « en risque » — nécessite une gestion bien coordonnée.

[ Voir des photos de la conférence sur le site de Flickr ]

Puissances technologiques et éthique de la finitude humaine – Libre propos

LIBRE PROPOS


INSPIRÉ DE LA JOURNÉE D’ÉTUDE ORGANISÉE
PAR LE CCIC ET L’ACADÉMIE CATHOLIQUE DE FRANCE


« PUISSANCES TECHNOLOGIQUES ET ÉTHIQUE
DE LA FINITUDE HUMAINE
 »


Comment concilier grandeur de l’Homme et homme augmenté


Six heures d’échanges, regards croisés, neuf coups de projecteurs donnés sur un thème essentiel par un panel de personnalités aux profils différents : des universitaires, un chirurgien, des philosophes et des théologiens, un financier, un expert informaticien devenu romancier, un écrivain penseur de l’esthétique, un expert des réseaux de neurones… une riche et belle diversité d’angles de vue , mais aussi – sans doute est-ce là le principal enseignement de cette journée bien remplie – émergence de quelques idées que l’on retrouve dans toutes les contributions et qui aident à se forger comme un message pour garder un espoir pour notre monde, ce monde qui, plus que jamais, est affecté par les technologie avec des impacts qu’il faut savoir mesurer et penser en connaissance de cause, raisonnablement, lucidement, pour préserver notre confiance en l’avenir, l’avenir de l’humanité.


Premier constat : La question de la technique par rapport à la société n’est pas nouvelle, c’est un thème qui a toujours « fait débat », mais de nos jours et pour les temps à venir, elle se pose en des termes radicalement nouveaux : il y a un « inédit » des technologies qui bouleverse les repères traditionnels, changement d’échelles, accélération des progrès à grande vitesse, abolition des frontières, extension des espaces explorés, explosion des capacités de traitement des données, émergence du phénomène NBIC (nanotechnologie, biologie, informatique, sciences cognitives) avec, un peu comme le grand fédérateur, le numérique : ces différents domaines interagissent entre eux pour produire des effets spectaculaires, qui finissent par toucher l’humain au plus profond de son être.


Madame Marie-Hélène Parizeau
Madame Marie-Hélène Parizeau

Il y a dans ces avancées de la science et des techniques de réels progrès à saluer mais avec toutes les innovations, notamment celles qui découlent du séquencement du génome et des travaux sur les cellules vivantes. On voit qu’il faut absolument aller au-delà de la seule description de ces découvertes majeures, pour s’interroger sur les effets que l’on poursuit : « meilleurisme », culte de la performance… Est-ce la tendance dominante ? Quelle conséquence ? Il y a là des questions d’ordre éthique qui doivent être posées, nous dit Mme Parizeau, présidente de la COMEST de l’UNESCO.

L’irruption de l’Intelligence Artificielle dans nos vies risque d’être massive : dans nos vies privées, dans les entreprises, mais aussi dans l’activité des administrations et des États.

Sans nier tout ce que peuvent apporter ces nouvelles techniques, il faut rester vigilant quant aux exploitations abusives qui peuvent être tirées de ces systèmes qui pourraient amener une sorte d’obsolescence de l’homme.


Monsieur Frédéric Alexandre
Monsieur Frédéric Alexandre

Sur ce même thème, mais avec le regard de l’expert ingénieur en neuroscience, M. Alexandre a évoqué, au-delà de l’intelligence artificielle mais en lien étroit avec elle, la question des robots, et plus particulièrement des robots humanoïdes (cyborg…) pour appeler à ne pas fantasmer tout en faisant preuve de discernement. In fine, l’important est de conserver la main, de bien définir les valeurs et règles qu’on s’assigne et qu’on intègre dans ce qui reste de l’ordre de la machine. Si, incontestablement, de grands progrès sont enregistrés avec des « appareils » qui font plus que répondre à de simples sollicitations (cf les machines apprenantes, les rétroactions, la précision des mouvements, etc.), on ne doit pas surestimer les performances. Il y a des fragilités ou limites qui pèsent sur le fonctionnement de ces « créatures artificielles » (bruits, parasites, dépendances énergétiques, faible capacité à l’induction, à l’interprétation dans des contextes changeants).

Pour relativiser les discours excessivement positifs autour de l’intelligence artificielle et des robots/systèmes automatisés, M. Alexandre rappelle que, quand bien même ces innovations produisent de réelles prouesses, elles ne font que saisir de la donnée, reproduire ou répliquer des schémas programmés, même s’ils comportent des fonctions d’ajustement et ignorent complètement ce qui fait toute la singularité de l’humain : l’émotion, l’imagination, la spiritualité, l’intériorité… Il reste néanmoins à aborder le domaine de l’intelligence artificielle embarquée sur des machines avec précaution, notamment dans la médecine. L’important est de préserver l’extraordinaire richesse d’une humanité faite de diversité où chaque personne a sa richesse, son identité qui, à la différence de ce qui gouverne les robots, ne se réduit pas à un code.


Père Thierry Magnin
Père Thierry Magnin

Le Père T. Magnin, à la fois comme scientifique et comme théologien, nous invite à réfléchir au monde vivant qui est d’une infinie complexité, une complexité que nous révèlent de plus en plus les nouvelles technologies. La science semble avoir fait un immense bond en avant avec les découvertes autour de l’ADN ou des cellules vivantes, et, de fait, on parvient à réaliser des progrès salvateurs (ex : reconstitution de tissus détruits), mais on est loin de pouvoir apprécier ce que recouvre le vivant, dans toutes ses vulnérabilités et sa robustesse. On ne peut s’en tenir au seul « état de l’art » aujourd’hui si on le réduit à des données de laboratoires sur des codes : il y a dans ce qui constitue le vivant une plasticité en lien avec la psychologie ou avec l’environnement externe qui exerce son influence et dont les technologies ne captent pas tout l’impact. Même si on ne peut pas forcément en apprécier tous les effets, ces éléments sont à prendre en compte dans le domaine de la recherche ou des traitements médicaux, pour éviter les erreurs, les simplifications abusives ou l’utilisation de thérapeutiques coûteuses et inadaptées. Dans ces conditions, il importe pour les chercheurs ou les praticiens de ne pas se laisser aller à recourir à des « outils » qui seraient incomplets ou excessivement simplificateurs. Face à ces difficultés, il importe que soit entretenu le débat pour partager les connaissances et aussi, surtout, permettre que les actions soient conduites de façon responsable et éthique en ayant tout particulièrement le souci des plus démunis.

Puissance des technologies qui peuvent déboucher sur la création de cellule vivante ou opérer des tris sélectifs à haute intensité : attention aux effets collatéraux, dangers de choc génétiques que pourrait provoquer la bio-ingénierie, des observations que doit justifier un principe de précaution.

On risque de se prendre pour des « designers de l’humain », mais où donc veut on aller ? Il y a de vrais risques, on doit absolument s’interroger sur l’utilité, le bien fondé de certaines innovations qui pourraient laisser penser qu’on s’achemine vers la réalisation d’un homme nouveau, un être modèle qui approcherait la perfection : mais jusqu’où pourra-t-on rester nous même ? Cette interrogation de Jürgen HABERMAS peut être complétée par une autre question d’ordre éminemment éthique : « tous les possibles sont ils souhaitables ? »

Face à la machine qui étend son emprise jusqu’à la faire prendre pour notre substitut ou pour accréditer l’idée qu’elle serait en tous points supérieure à l’homme, il nous faut ne pas oublier ce qui fait notre singularité d’être humain, avec nos exceptionnelles propriétés ontologiques, mystérieuses ou merveilleuses combinaisons où s’entremêlent le corps, l’esprit et l’âme. Tout l’homme alors ne saurait se ramener à des fonctions que la technique pourrait totalement ou partiellement prendre en charge  ; notre nature d’être vivant restera bien toujours exposée à ces vulnérabilités que la science ne peut pas totalement corriger… Et puis, il peut y avoir en chaque homme des éléments de robustesse qui se révèlent de façon inattendue, produits de cette alchimie du corps, de l’esprit et de l’âme que rien ne saurait parfaitement remplacer. Attention donc au réductionnisme techniciste nous suggère le Père T. Magnin.


Professeur François Desgrandchamps
Professeur François Desgrandchamps

Le Professeur Desgrandchamps nous suggère les mêmes observations à partir de son expérience de médecin. Il propose d’engager sa réflexion sur l’irruption des nouvelles technologies dans le domaine de la santé en se référant aux quatre principes éthiques que s’est donné l’Ordre des médecins en janvier 2018 : la bienfaisance, l’autonomie, la dignité, l’égalité d’accès. Très opportunément, il nous rappelle ce que disait PASTEUR du médecin appelé à « guérir parfois, soulager souvent, et écouter toujours ».

De l’analyse des images jusqu’aux robots chirurgicaux, sociaux ou conversationnels, on perçoit le développement impressionnant d’outils dont les performances sont supérieures à celles de l’homme (précision de la vision, geste et capacité d’analyse, prévision et prévention, etc). Il y a aussi tous les travaux sur les cellules qui peuvent aider à « réparer », mais aussi à « manipuler le vivant ».

S’il y a d’incontestables progrès, on doit voir aussi les risques et les dangers : fin des médecins ? Manipulation génétique menant insensiblement à l’eugénisme ? Fin du secret médical ? Mise à disposition de plateformes d’assistance insuffisamment certifiées ?

Quel avenir pour les médecins et chercheurs si les algorithmes et autres systèmes d’intelligence artificielle devaient par trop étendre leur emprise ? Ces questions se posent. Elles ne doivent pas amener au pessimisme : ici comme ailleurs, l’Humain doit continuer de prévaloir, qu’il s’agisse des chercheurs qui doivent continuer d’échanger, et des médecin, ces médecins qui sont essentiels dans tout traitement thérapeutiques : s’il y a à tirer le meilleur parti de ce qu’apportent les technologies – qu’il faut savoir utiliser avec discernement – le plus important n’est pas ce que donnent les robots ou les modèles de données mais l’échange entre le médecin et son patient, par la parole mais plus encore l’empathie, l’écoute, le regard, un partage que ne saurait assurer la machine.


Père Philippe Capelle-Dumont
Père Philippe Capelle-Dumont

Le Père Capelle-Dumont nous a invité à explorer tout ce que la technique peut induire dans le fonctionnement de nos sociétés à tous niveaux, dans tous les domaines. A l’appui de son propos, il a cité de grandes figures de la Pensée qui ont été comme des lanceurs d’alerte tant il est vrai que singulièrement à notre époque les technologies ne sont pas neutres. Heidegger appelait à rester vigilant face à la puissance des technologies. Ricœur notait que notre civilisation était la première à tenir la technique comme essentielle avec un effet d’emprise probablement excessif. J Ellul a pointé l’émergence quasi-obsessionnelle du principe d’efficacité avec comme conséquence la montée de la standardisation, les effets de conditionnement.

Il ne faut pas se nourrir d’illusion. Si les techniques apportent beaucoup, ouvrent de nouveaux horizons, permettent des réalisations que l’on croyait hors d’atteinte, il faut se méfier de la dictature de l’exigence technologique. On doit penser la technique en vérité (Foucault) en ayant le souci et la connaissance de soi et de l’autre, et plus généralement de l’environnement dans lequel se développent les techniques. En considérant les possibles méfaits de la Technique (risque nucléaire, effet de serre, risque OGM, risque de manipulations génétiques, clonage, ciseau ADN, manipulation de l’information, etc.), il ne faut pas céder à des réflexes apeurés. On doit simplement compter sur une « heuristique de la peur » et pouvoir ainsi mieux gérer les risques incontestables que génèrent les nouvelles technologies en ayant une réflexion raisonnable sur tous ces sujets. Hans Jonas a ici été le premier à introduire le principe de précaution dans ses réflexions sur la civilisation technologique.

Au total, tout renvoie au sens des responsabilités dans la conduite de nos vies, au respect d’une éthique de la décision lorsqu’il s’agit d’innovations ou d’utilisation des technologies. Il faut savoir mesurer les impacts sur le moment et pour l’avenir, l’avenir immédiat ou plus lointain, celui des générations futures avec une part d’incertitude qu’il faut prendre en compte.

Deux pistes nous sont offertes pour répondre aux très grands défis de la Technique aujourd’hui et faire face aux menaces qui pèsent sur l’Homme : préserver un horizon de Transcendance, miser sur une saine Alliance de l’homme et de la technique.

Il est souhaitable de ne pas réduire son horizon à celui du monde technique (fonctionnel, utilitaire, opérationnel) car une idolâtrie de la technique enferme. De l’importance pour l’homme de pouvoir toujours voir plus haut, plus loin, au-delà… En son for intérieur ou en communion avec l’autre, c’est cela qui ouvre des horizons de transcendance.

La Technique n’est pas à voir négativement, il faut simplement l’arrimer convenablement à ce qu’est l’homme, ce qui est son essence : l’Alliance de l’homme et son histoire, l’homme qui va à la rencontre de l’autre, l’homme qui vit corps et âme, qui vise la paix, l’harmonie, l’amitié, l’amour.


Monsieur Pierre de Lauzun
Monsieur Pierre de Lauzun

Avec M. de Lauzun on est entré dans le Monde de la Finance pour relever d’abord l’importance des sommes mises en jeu pour financer la Recherche et le Développement. Investissement privé et Fonds publics ont rendu possible la réalisation de grands projets scientifiques et techniques depuis les années 50. Ces mises de fonds indispensables pour l’amorçage de ces opérations tendent à s’amplifier depuis les années 2000, les montants en sont colossaux, elles sont à la hauteur des enjeux et des espoirs mis dans ces entreprises supposément porteuses de progrès… et de profits à venir. La réussite des GAFAM avec l’envolée de leur valeur actionnariale fait rêver et suscite des prises de risques :s’il y a des perdants, l’expérience de ces quelques « mega-entreprises » dominantes et très profitables fait rêver.

Les apporteurs de capitaux ont besoin d’entrevoir les perspectives des projets, avec évidemment à la clef l’attente d’un retour sur investissement. Ils seront sensibles aux récits que les porteurs de projets innovants vont leur soumettre, mais avec quelle sensibilité ? Dans une sorte de course folle aux innovations, il y a peut-être des initiatives excessivement aventureuses, peut-être prometteuses en terme de profit mais peut-être aussi dangereuses pour l’humanité. on n’en est plus au temps des balbutiement de l’internet, simple système de messagerie : on parle d’homme augmenté, on imagine des artefacts, des prothèses qui peuvent modifier la nature de l’humain, on conçoit des systèmes qui vous commandent au mieux des intérêts de leurs promoteurs. Alors là doit se poser la question de la responsabilité de ceux qui concourent à la promotion de ces inventions. Ces dernières sont elles géniales ou portent elles atteinte à terme à l’essence de l’homme dans ce qu’elle a de plus sacré comme le respect de la vie? Dans les grandes mutations que génèrent la science et la technique, le Financier comme partenaire-apporteur de capitaux doit mesurer la conséquence de ses décisions, au-delà du seul critère financier : cette exigence à pour nom « Responsabilité sociétale de l’entreprise » : il faut se méfier des projets mal finalisés, on doit miser sur une intelligence de l’humain qui va bien au-delà de la pure rationalité.


Monsieur Augustin Dibi Kouadio
Monsieur Augustin Dibi Kouadio

M. Augustin Dibi nous a livré le point de vue d’un philosophe venu d’Afrique, un continent qui n’échappe pas aux mutations majeures que génère la propagation des nouvelles technologies, avec tout particulièrement la montée du numérique. Comme préalable à son propos, il nous rappelle que nous faisons tous partie d’une même Humanité avec des valeurs universelles qui sont maintenant « en risque ». On a besoin de liens et de lieux où les uns et les autres peuvent se rencontrer, des liens par la parole, des lieux que l’on habite, or le déploiement des techniques bouleverse les structures et pratiques traditionnelles, l’habitat d’antan est compromis, les liens de proximité disparaissent. Paradoxalement, alors même que se développent les réseaux sociaux, on voit se développer un sentiment d’isolement (dans les grandes métropoles où l’on converge massivement). Destruction des espaces de sociabilité, mais aussi cassure du Temps : on court, les délais sont de plus en plus courts, les cycles rapprochés, le temps réel l’emporte sur le temps long. Le réel devient abstraction et injonction sous l’empire des systèmes gouvernés par des règles, des normes qui dictent votre conduite dans un monde de plus en plus marchand.

Dispersion de l’attention, délitement des liens sociaux, froideur des environnements urbains, emprise des média qui irriguent en informations spectaculaires et souvent violentes venant du monde entier… et font oublier le réel à notre porte, un réel ordinaire et parfois malheureux.

On ne fait plus que caresser le réel, on s’abandonne à la facilité de la consommation, on s’agite et ne fait plus que croiser l’autre à distance.

Plus grave encore, on ne supporte plus sa nature, celle d’être vivant et mortel, on se met à vouloir maîtriser la mort, absurde idée… comme si on pouvait guérir de la mort !

Il est urgent de retrouver certaines vertus qui donnent du sens à la vie, de redonner de la valeur au temps retrouvé, savoir se rencontrer vraiment, prendre de la hauteur, ouvrir des horizons d’espérance, de transcendance.

Pour un continent jeune comme l’Afrique c’est par l’École qu’on peut atteindre ces objectifs, avec éventuellement l’aide de la technique dont il faut faire un meilleur usage qu’actuellement.

Les Technologies modernes sont effet une clef de développement, mais elles comportent de sérieux inconvénients dont l’Afrique n’est pas exonérée, loin s’en faut. Toutes immatérielles qu’elles puissent être, elles restent encore bien souvent utilisées au service des composantes matérielles de notre société, avec parfois des utilisations abusives ou frauduleuses. Il y a toute une délinquance numérique, particulièrement chez les jeunes qui profitent des bouleversements technologiques pour accumuler des gains à bon compte par le racket, les abus de confiance.

Toute une Éducation reste encore à prodiguer pour rompre avec l’idée que « l’Être est l’avoir » … et seulement cela. Dans des sociétés encore trop souvent centrées sur un individualisme égoïste et narcissique parfois magnifié par certaines technologies, il est certainement aussi souhaitable d’enseigner cette idée simple : « je dois être dessaisi de moi-même et capable de me retirer » (ECKART).

Les deux dernières interventions nous ont emmenés sur des champs qui pourraient sembler étrangers aux terrains quelque peu arides des technologies : les domaines esthétiques, poétiques et artistiques… Deux précieuses contributions pour conclure cette journée avec des éclairages bienvenus, nous montrant comment situer ces domaines dans nos sociétés qui paraissent devenir de plus en plus techniciennes ou techniques.


Madame Christiane Rancé
Madame Christiane Rancé

Mme Christiane Rancé nous a parlé de l’avenir du beau en introduisant son propos par le listage de quelques réalisations de l’art contemporain développées avec le recours à « la » technique moderne, le numérique essentiellement, sculpture commandée par la 3D, peinture réplique de REMBRANDT, issue d’un traitement informatique des œuvres originales, oreille bionique, lapin fluorescent… Bioart, Body art : on parait entrer dans un monde nouveau, par le truchement de nouveaux outils, nouvelle esthétique, provocation, transgression par rapport aux canons de l’art classique ? Est-ce encore de l’art ? Ces formes idéales, lisses, issues de traitements « machine » sont elles de nature artistique ?

A défaut de répondre précisément à ces questions, on doit reconnaître que toutes ces productions dites artistiques sont des créations, et de ce point de vue, elles peuvent relever de l’art, mais sont- elles originales ou bien seulement des répliques façonnées par un instrument programmé ? Nous parlent elles ?Qu’évoquent ces œuvres pour le spectateur ? Y trouve-t-on un souffle, un élan pour l’âme ? C’est à partir des réponses à ces dernières questions qu’on peut trouver matière à fonder nos convictions ou nos préférences sur ce qu’est l’art, ce qui en relève ou non. L’exercice est difficile, singulièrement pour ces œuvres contemporaines qui marquent de sérieuses ruptures par rapport aux canons traditionnels ou classiques de l’esthétique. L’important sans doute est d’éviter les effets d’éviction.

L’art c’est aussi l’Écriture. Il importe d’ailleurs de continuer d’écrire sur l’art pour en perpétuer l’existence, mais la Littérature, l’art littéraire, c’est plus largement une expression traduite sous diverses formes qui aide à donner du sens, de la vie à l’autre , au lecteur. Il est important que subsiste largement un goût pour les livres, non pour se « doper » ou simplement se distraire, mais pour aider à nous soulager des tensions de notre temps. Il faut tout particulièrement faire mention de la Poésie qui a un immense pouvoir esthétique d’évocation par les mots, et qui, malheureusement est en danger.


Monsieur François-Régis de Guenyveau
Monsieur François-Régis de Guenyveau

Dernier orateur, M. de Guenyveau, nous a livré ses réflexions et parlé de son premier livre , « le Dissident » avec comme une force de persuasion que lui a donné une expérience professionnelle en plein dans le monde du numérique (notamment passage chez ALIBABA) et la rencontre d’auteurs actuels qui réfléchissent sur les grands phénomènes de notre temps à l’aune des grandes transformations en cours.

Dans ce monde où tout le monde parle d’une révolution en marche avec certains (guru) qui en rajoutent sur l’arrivée prochaine de l’incroyable et la survenance de l’Extrême, M. de Guenyveau nous indique au préalable ce qui l’a interpellé au point de prendre du recul par rapport à son engagement professionnel et de vouloir écrire son roman « Un dissident » à savoir trois innovations – pour ne pas dire avancées – majeures en ce qu’elles touchent l’humain au plus profond de lui-même :

  • les manipulations génétiques ;

  • l’interface entre le cerveau et l’internet ;

  • l’activation de liens neuronaux permettant d’interfacer le cerveau et la machine pour doper la pensée et in fine l’intégrer dans des processus d’intelligence artificielle.

Ces trois déclencheurs ont d’autant plus amené notre orateur à s’engager dans la réflexion qu’ils survenaient dans un environnement en train de puissamment changer avec deux phénomènes majeurs, (inquiétants ?) et liés entre eux, résultant d’une véritable course à l’innovation : combinaison de la science et de l’économie (avec une idéologie à la fois financière et progressiste) et apparition de très grandes entreprises dominantes pour ne pas dire hégémoniques : les GAFAM, NATU (les États-Unis), et BATX (la Chine).

Dans ce monde-là, tout devient modélisable. C’est le règne des « data », l’avènement des algorithmes et de l’Intelligence Artificielle qui vont insidieusement guider les conduites, enfermer dans un avenir contraint… une assignation à résidence avec comme dernier avatar les découvertes du transhumanisme qui feraient croire que tout est possible parce qu’on détiendrait les codes.

Va-t-on vers un monde sans limites ? Sommes nous condamnés à la modélisation en toutes choses ? Il y a toujours eu débat sur les rapports entre la Sciences et ses limites, mais de nos jours ce débat change de dimension : le zéro et l’infini seraient saisissables ou abolis. On est pris de vertige à imaginer une telle issue, c’est en tout cas autour de l’ensemble de ces problématiques que l’idée du roman « le dissident » a émergé.

C’est l’histoire d’une rencontre entre un « Prodige scientifique » plongé dans l’univers virtuel du numérique et un « simple ébéniste » qui travaille la matière avec ses mains. C’est aussi, pour ce geek qui était absorbé par « la technique », la découverte de la lecture, celle du roman de STEINBECK « les raisins de la colère » qui parle de la grande crise, avec les souffrances endurées. Une autre rencontre, celle d’un clochard. Ces expériences font émerger tout un spectre de qualités ou de propriétés qui devraient rester parties intégrantes de la vie mais que le monde excessivement technicisé nous fait perdre de vue : beauté du geste de l’artisan qui s’approprie les imperfections de la matière, émerveillement produit par la nature avec ses vibrations, travail de précision, la patience, la conscience du temps qui passe, de nos limites.

En conclusion, six idées paraissent avoir émergé de ce débat :

  • on doit accueillir les progrès technologiques avec un a priori positif ;

  • mais on ne saurait s’abandonner à une sorte d’idolâtrie des technologies car il y a d’énormes risques associés, il faut se garder d’emballements qui provoqueraient des ruptures ontologiques menaçant la condition humaine ;

  • alors il faut faire preuve de discernement, de sagesse, de modération, de lucidité : les techniques ne sont pas neutres, gardons nous d’asservir l’homme à la machine ou de vouloir façonner un être nouveau qui serait dépourvu de toute humanité ;

  • ayons bien conscience de ce que ne saurait résoudre les technologies : la mort, la sensibilité, l’émotion, le mystère de la vie et de la cause première, la combinaison imprévisible et puissante du corps, de l’esprit et de l’âme, l’intériorité, la transcendance, la rencontre et la communion, le respect de l’autre, cet autre considéré comme une Personne dans sa dignité avec ses forces et ses faiblesses ;

  • face aux dangers et aux risques inhérents aux nouvelles technologies, sachons apprécier les impacts immédiats et à venir, en intégrant des approches probabilistes, en respectant quelques principes : délibération avec les parties prenantes, définition de cadres législatifs et déontologiques ou éthiques ;

  • avant tout avoir une claire vision de ce que l’on vise en parlant de l’Humanité à préserver, quelles sont nos finalités ultimes ? Donnons nous les moyens de les respecter ?

Deux citations bien connues et qui ne datent pas d’hier pourraient constituer notre note finale et résumer à elles seules l’esprit de cette rencontre :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
« l’Homme ce roseau pensant »

Yves Nachbaur

Sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel [PCI]

Assemblée générale des États parties à la Convention de 2003
pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel


La septième session de l’Assemblée générale des États parties à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel s’est tenue au Siège de l’UNESCO du lundi 4 au mercredi 6 juin 2018.

Le Comité intergouvernemental et le Secrétariat de la Convention ont recommandé, comme lors de chaque session, dans leurs rapports d’activité respectifs, l’adoption de plusieurs décisions. Ces résolutions ont été votées par l’Assemblée générale des États parties qui ont entériné ainsi des faits et des activités qui se sont passés de janvier 2016 à décembre 2017. On peut rappeler que l’Assemblée générale des États parties à la Convention est l’organe souverain de la Convention. Elle se réunit en session ordinaire tous les deux ans alors que le Comité intergouvernemental se réunit une fois tous les ans.

En référence aux activités mentionnées dans le rapport du Comité, l’Assemblée générale a accueilli, avant tout, les quatorze nouveaux États qui ont ratifié la Convention: Cabo Verde, Ghana, Guinée-Bissau, Îles Cook, Malte, Saint-Kitts-et-Nevis, Soudan du Sud, Suriname, Thaïlande, Timor-Leste et Tuvalu ainsi que Kiribati, les Îles Salomon et Singapour tout dernièrement.

Elle a salué également la priorité que le Comité entend accorder à la mise en œuvre de la Convention au niveau national par l’inclusion de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans l’enseignement formel et non formel.

L’Assemblée générale a pris note de l’intérêt continu manifesté par les États parties vis-à-vis des mécanismes de coopération internationale de la Convention, parmi lesquels la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le Registre de bonnes pratiques de sauvegarde et l’assistance internationale. Ainsi pendant la période considérée, le Comité a examiné 96 dossiers et inscrit au total 77 éléments sur les Listes de la Convention : dix éléments sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente et soixante-sept éléments sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pendant cette même période, le Comité a également sélectionné sept bonnes pratiques de sauvegarde.

Le Comité déplore encore le grand nombre d’États parties qui ne soumettent pas leurs rapports dans les délais prévus : par exemple pour les cycles de 2017, sur les 67 rapports attendus seulement 23 rapports ont été présentés (44 n’ont pas été présentés) et pour 2016, des 49 rapports attendus, seulement 12 ont été présentés.

Par rapport à ce sujet, l’Assemblée générale a accueilli favorablement la réforme du processus de soumission des rapports périodiques initiée par le Comité et qui consiste surtout dans le passage à un cycle régional de rapports. Ainsi, l’État partie soumet son rapport périodique au Comité, au plus tard le 15 décembre de la sixième année qui suit l’année où il a déposé son instrument de ratification, d’acceptation ou d’approbation, et ensuite tous les six ans. L’ordre de cette rotation est établi par le Comité au début du cycle de soumission des rapports périodiques de six ans. Le calendrier du premier cycle de ce type serait défini par le Comité lors de sa treizième session en 2018, afin de déterminer l’ordre d’examen en fonction des groupes électoraux.

Dans l’élaboration de ces rapports, l’État partie doit accorder une attention particulière au rôle du genre et fournir des informations décrivant l’état actuel de l’élément inscrit, parmi lesquels: ses fonctions sociales et culturelles ; une analyse de sa viabilité et des risques actuels auxquels il est confronté ou la participation des communautés, des groupes et des individus ainsi que des organisations non gouvernementales pertinentes à la sauvegarde de l’élément.

Un autre élément important de cette session de l’Assemblée générale est la conception par le Comité intergouvernemental d’un Cadre global de résultats visant à mesurer l’impact de la Convention à différents niveaux (national et régional surtout). Ce cadre global des résultats contient les effets désirés à long, moyen et court termes, les indicateurs de base par thème. Par exemple, pour la « transmission et l’éducation », un indicateur d’appréciation serait « l’éducation, formelle et non formelle, qui renforce la transmission et favorise le respect » et un facteur d’appréciation, encore plus concrètement serait « les modes et méthodes de transmission du patrimoine culturel immatériel qui sont reconnus par les communautés, les groupes et les individus et qui sont appris et/ou renforcés et inclus dans les programmes d’éducation formelle et non formelle ».

L’impact final de la Convention devrait être : « le patrimoine culturel immatériel est sauvegardé par les communautés, groupes et individus qui en assurent la gestion de manière active et continue, contribuant ainsi au développement durable pour le bien-être, la dignité et la créativité humaines dans des sociétés pacifiques et inclusives ».

On peut trouver ce Cadre global de résultats pour la Convention de 2003, un document plutôt complexe, à l’adresse https://ich.unesco.org/fr/Résolutions/7.GA/9

En rapport avec le Rapport du Secrétariat, l’Assemblée générale souligne le rôle fondamental joué par l’éducation dans la sauvegarde du patrimoine mondial immatériel à travers sa transmission et accueille favorablement l’approbation d’une nouvelle priorité de financement qui va dans ce sens. Elle prend note également de la pertinence croissante de la Convention dans le contexte international des situations d’urgence, reconnaît le rôle du patrimoine culturel immatériel en tant que puissant vecteur de résilience et de redressement, et demande au Secrétariat de poursuivre ses efforts dans le cadre de la Stratégie de renforcement de l’action de l’UNESCO pour la protection de la culture et la promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé et de son Plan d’action, ainsi que de l’Addendum à la Stratégie relatif aux situations d’urgence associées à des catastrophes dues à des aléas d’origine naturelle ou humaine.

En ce qui concerne le Fonds du patrimoine culturel immatériel, l’Assemblée générale prend note de sa constante sous-utilisation, en particulier de l’assistance internationale, et salue la solution d’y remédier en créant 3 postes au sein du Secrétariat qui formeront une équipe dédiée à la mise en œuvre des mécanismes d’assistance internationale.

En effet, le Comité a remarqué que, pour chaque exercice biennal, les recettes du Fonds étaient largement supérieures aux dépenses ; et que le solde des fonds inutilisés augmentait régulièrement. La raison en est que les États parties utilisent peu les mécanismes d’assistance internationale.

L’Assemblée générale demande également au Secrétariat d’intensifier ses efforts pour renforcer l’assistance internationale, notamment pour soutenir la préparation d’inventaires, le renforcement des capacités et la mise en œuvre de l’initiative visant à intégrer le patrimoine culturel immatériel dans l’enseignement formel et non formel.

Elle approuve le Plan d’utilisation des ressources du Fonds pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019 ainsi que pour la période du 1er janvier 2020 au 30 juin 2020. Ce Plan prévoit surtout l’utilisation de 52,55% du Fonds pour l’ Assistance internationale, y compris la sauvegarde du patrimoine inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, la préparation d’inventaires et le soutien à d’autres programmes, projets et activités de sauvegarde et de 20 % pour autres fonctions du Comité comme celles visant à promouvoir les objectifs de la Convention et à encourager et assurer le suivi de sa mise en œuvre, à travers notamment le renforcement des capacités en vue d’une sauvegarde efficace du patrimoine culturel immatériel, la sensibilisation à l’importance de ce patrimoine, les conseils sur les bonnes pratiques de sauvegarde et la mise à jour et la publication des Listes et du Registre de bonnes pratiques de sauvegarde.

La société civile reste une présence importante auprès des organes directeurs de la Convention de 2003. Ainsi, l’Assemblée générale accrédite, lors de sa session de 2018, vingt-neuf organisations non gouvernementales, pour qu’elles exercent des fonctions consultatives auprès du Comité : 5 ONG de France, 3 de Turquie, 2 de Pologne, 2 de Canada, 2 de Norvège, 1 de Zimbabwe, 1 d’Espagne, 1 de Slovaquie, 1 de Belgique, 1 de Finlande, 1 de Géorgie, 1 d’Allemagne, 1 de Pays Bas, 1 de Mali, 1 d’Australie, 1 de Tadjikistan, 1 des USA, 1 de Bulgarie, 1 de Colombie, 1 de Pakistan. L’Assemblée générale encourage les ONG des groupes électoraux sous-représentés qui répondent aux critères d’accréditation à soumettre leurs demandes d’accréditation.

En conclusion, la préoccupation majeure qui ressort des travaux de cette session de l’Assemblée générale semble être l’efficacité de la Convention de 2003 sur le terrain. Ainsi, les avancées marquantes de cette session 2018 de l’Assemblée générale sont : une réforme des rapports périodiques que les États signataires doivent déposer auprès du Secrétariat de l’UNESCO pour rendre compte des mesures prises pour la préservation de l’élément inscrit ; la conception d’un Cadre global de résultats avec des indicateurs et des facteurs d’appréciations concernant la mise en place des divers éléments de la Convention ; la détermination d’aider les pays à se servir plus du Fonds du patrimoine immatériel qui reste, à présent, pour la moitié inutilisé – une équipe de trois personnes qui va renforcer le Secrétariat de la Convention va conseiller et aider les pays à déposer les dossiers de financement. Révélatrice, aussi, de cette détermination d’efficacité sur le terrain est l’importance donnée au niveau national à la transmission des notions du patrimoine culturel immatériel par l’éducation formelle et non formelle.

Programme Hydrologique International – 23ème session

23ème Session du Conseil Intergouvernemental
du Programme Hydrologique International (PHI)

UNESCO  – 11-15 juin 2018


Cette session avait pour objet, la mise en place du nouveau bureau du Conseil Exécutif du PHI (35 pays), l’évaluation de l’état d’avancement des programmes dans la phase de la décennie de l’eau (2018-2028), et l’élaboration d’un programme eau phase IX (2022-2029).

Enfin, le Conseil était appelé à examiner la place et la coopération de la structure eau de l’Unesco, dans un ensemble mondial élargi, et notamment au regard de la structure « ONU EAU ».


Les Enjeux

L’eau reste une question essentielle pour l’humanité, et elle doit être traitée à des niveaux internationaux. Malgré des améliorations significatives récentes, force est de constater :

  • Accès à l’eau : 30% de la population mondiale n’est pas raccordée à une alimentation domestique en eau potable ;
  • Qualité de l’eau : 60% de la population mondiale ne bénéficie pas de services d’assainissements sécurisés, et 30% est exposée aux risques des eaux contaminées ;
  • 20% de la population mondiale est exposée aux risques de sécheresses et/ou d’inondation, et 500 millions de personnes peuvent souffrir de pénuries d’eau.

Les Organisations Nationales et Internationales

De nombreux organismes ont une compétence en matière d’eau douce, de façon directe ou indirecte. La question de la coordination de leurs actions est primordiale pour être efficace et bénéficier des connaissances scientifiques et expériences mutuelles, dans les différents points du globe.

A cet égard, il a été indiqué que l’UNESCO a lancé le concept de « Famille de l’eau de l’UNESCO », constituée en particulier de 37 Centres de recherche de catégorie 2, de 56 chaires scientifiques Unesco dans le monde, regroupant plus de 1000 experts.

Les actions et programmes de ces organismes sont établis prioritairement en référence, au programme du Développement Durable, et notamment l’objectif N°6 (Eau propre et assainissement), la COP 21 et la lutte contre les pollutions, et aux programmes éducatifs relatifs à la priorité de la parité du genre, et à la place de la femme dans la gestion et l’usage de l’eau.

Enfin les participants ont particulièrement insisté, au titre de la culture, sur la nécessité de mettre en réseau tous les « Musées de l’eau » à travers le monde, avec l’appui, sur ce programme de tous les représentants des gouvernements membres du Conseil.


Débat : la mise en œuvre des actions hydrologiques dans les États, relations entre scientifiques, entrepreneurs et ingénieurs, et politiques.

1er colloque sur l’Interface entre Sciences de l’eau et Sphère politique (14 Juin 2018)

D’un point de vue scientifique, l’accent a été porté notamment sur la nécessité :

  • de fiabiliser la qualité des données des ressources en eau et de leur disponibilités. En effet il existe de grandes différences entre un pays et son voisin. Par exemple l’accès à l’eau potable est d’environ 25% à Madagascar ou au Kenya, alors qu’il est de 83% au Malawi ;
  • d’améliorer nos connaissances sur la question climatique des échanges eau/atmosphère, qui sont la clé de la réponse à bien des questions que tout le monde se pose au regard des évolutions actuelles en matière de précipitations en fréquences et en volume. Et dans ce domaine les recherches sur la prédiction des conditions extrêmes par modélisation sont encore loin d’avoir abouti ;
  • d’améliorer l’analyse des historiques tant pour la géographie des cours d’eau que leur volume et pour en dégager les facteurs dominants. Les instruments d’analyse et d’observations des phénomènes sont aussi en pleine évolution technologique ;
  • de rappeler que la science est au service des politiques, ce qui est une évidence dans un domaine aussi vital que l’eau. L’UNESCO via le PHI a un rôle primordial à remplir vis avis de ces 2 communautés.

D’un point de vue politique, la question urgente à résoudre est comment mieux protéger les populations face à des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents comme typhons, crues, désertification, phénomènes dus au dérèglement climatique. Les administrés ont maintenant une mauvaise opinion des prévisions des catastrophes. Or la gestion de l’eau est intimement liée au climat.

Certains intervenants ont rappelé les échanges difficiles entre scientifiques et décideurs politiques au regard des crues « centenaires » d’un fleuve et qui se sont succédé durant trois années consécutives.

D’où la conclusion qu’il faut constater entre le temps long des scientifiques pour donner des résultats fiables et leurs limites, le temps un peu moins long des ingénieurs pour assurer les travaux nécessaires à la prévention des phénomènes catastrophiques, et la contrainte du temps court des politiques, soumis aux critiques de leurs concitoyens et à leurs réélections.

Lire le rapport final de la 56ème session du bureau du PHI :
https://en.unesco.org/sites/default/files/fr-ihp-bur-lvi-3-rapport_final-875.18.pdf

Premier Forum du COURRIER de l’UNESCO

Construire l’avenir de l’Humanité par le dialogue et la coopération

12 juin 2018


Courrier de l'UNESCO avril-juin 2018
Lire le numéro d’avril-juin 2018

A l’occasion du premier anniversaire de la sortie d’une revue qui en fait est la reprise d’une publication qui avait cessé sa parution en 2012, l’UNESCO a marqué l’événement avec ce forum. En introduction des échanges, Madame Azoulay a rappelé un peu de la riche histoire de la collection, ses origines, les apports de certaines grandes voix qui y ont contribué. Elle a confirmé une intention d’instiller dans ce nouveau Courrier de l’UNESCO le même esprit que celui qui avait fait le succès d’un magasine qui n’avait cessé d’être édité pendant près de 60 ans : contributions d’experts, expression d’idées visionnaires, réflexions sur les grands thèmes que couvre l’UNESCO, une Parole de valeur sur des valeurs universelles, celles que défend l’UNESCO, de l’Information des réflexions largement diffusées. Cette renaissance doit beaucoup à la Chine qui a apporté une contribution financière substantielle et au travail d’une équipe dédiée qui a permis la publication de plusieurs numéros déjà, le prochain étant prévu pour la fin juin avec l’Intelligence artificielle pour thème. La Directrice générale a cité quelques unes des personnalités marquantes qui ont contribué à la création et au développement de ce Courrier de l’UNESCO, un courrier qui donnait beaucoup à connaître d’une institution unique, capable par son intermédiaire de véhiculer des idées nouvelles comme par exemple dès les années 60 la réflexion d’un auteur anglais à propos de la puissance informatique en devenir. En reprenant les mots d’une de ces grandes voix qui ont marqué le COURRIER d’hier, « sans réflexion et anticipation l’UNESCO est en risque d’être aveuglée », Mme Azoulay a voulu indiquer tout le prix qu’elle attache à la reprise de son édition.


Le nouveau président du Conseil exécutif M. LEE Byong Hyun a souligné à quel point le COURRIER avait pu, dans le passé, être une lumière pour le monde, un outil de connaissance, un soutien pour les artistes, un porteur d’idées au service de la Paix singulièrement dans les temps difficiles, comme ce fût le cas lors de la guerre de Corée. Avec la reprise de sa publication, le COURRIER aura le même rôle tout en évoluant pour bien s’inscrire dans le temps de la modernité.

M. Rongwen Zhuang, administrateur de l’administration de la presse et des publication a rappelé l’engagement de la Chine en faveur de l’UNESCO dont elle a été un membre fondateur, et qui entend rester toujours actif à ses côtés pour faire face aux défis de notre temps au service du Bien commun, en misant notamment sur l’éducation, tout particulièrement en Afrique. La Chine a voulu soutenir le COURRIER parce que, nous a-t-on rappelé, ce média est l’une des façons de promouvoir la coopération et le dialogue pour un avenir commun, promotion d’une intelligence collective en laquelle il faut croire.


Le second volet de cette rencontre a porté sur un thème tout à fait illustratif des priorités de l’UNESCO et, à ce titre, très en ligne avec ce que peut recouvrir la ligne éditoriale du COURRIER : La diversité.

Deux orateurs, tous deux issus du monde universitaire ont été d’abord invités à nous livrer leurs réflexions, puis se sont engagés des échanges au travers de trois panels composés chacun d’un animateur et de deux intervenants appelés à livrer leurs vues sur trois points : Problématiques communes et regards différents, la différence des sensibilités, les nouvelles générations.


Deux allocutions introductives

M. Adama Samassekou ancien Ministre de l’Éducation du Mali, Président de la Conférence mondiale des Humanités (qui s’est tenue à Liège) a insisté sur l’importance des langues, et le risque de voir s’appauvrir la diversité linguistique, notamment en Afrique. Dans le même esprit, il a dénoncé l’excès d’emprise du système de pensée occidental pour appeler à plus de diversité, et à une autre approche des Humanités, avec par exemple l’idée de voir se développer un mode de pensée ou des systèmes éducatifs plus spécifiquement africains, une évidence, une exigence selon ses mots. Il faut « décoloniser » les Humanités nous a-t-il dit, « parler vrai » comme pourra le faire le COURRIER pour aider à entretenir une « conscience éthique du Monde », un monde menacé par beaucoup de ruptures.

M. Wang Yiwei Directeur de l’Institut des affaires internationales de l’université Renmin de Chine a parlé de l’idéogramme chinois qui désigne l’harmonie et qui répond à ce qu’est l’esprit du COURRIER avec cette valeur que l’on retrouve dans le bouddhisme qui invite à ne pas voir l’ennemi en l’autre ; de l’importance alors de l’entraide et de la solidarité, de l’acceptation de l’autre avec qui il faut dialoguer, avec un esprit humaniste qui selon l’orateur doit reposer sur cinq piliers : engagement pour une paix durable, sécurité culturelle et économique pour tous garantie par le multilatéralisme, un objectif de prospérité inclusive, la liberté et non le protectionnisme, la protection de la nature. La clef pour parvenir ces résultats, ce sont tous les modes d’interconnexion que permet maintenant la technologie avec les infrastructures indispensables à leur développement. C’est dans cet esprit que la Chine développe son projet « One Belt One Road », qui vise l’ouverture de routes inclusives, une entreprise qui doit être gagnante pour tous sur tous les plans…


Des trois panels, qui ont donné l’occasion d’échanges assez brefs mais intéressants car bien ancrés dans une réalité concrète, on retiendra les idées suivantes :


Panel 1 : Les différences de sensibilité, l’Art et la Diversité

Dialogue entre une actrice et metteur en scène Mme Graziella DELERM et un artiste peintre M. Fernando Bryce qui a collaboré à l’illustration du COURRIER.

De l’importance pour chacun – dans ses réalisations et leur inspiration- de ce qu’il ressent au fond de lui-même, ce ressort spirituel hérité d’histoires, de son histoire personnelle avec ses expériences vécues (Mme Delerm) ou de l’Histoire (M. Bryce qui a trouvé des sources d’inspiration dans l’exploitation d’archives de son pays d’origine). Deux témoignages d’artistes qui montrent des parcours et des formes d’expression, une sensibilité qui leur appartiennent et qu’ils peuvent traduire par leurs œuvres en toute liberté : liberté de la création et diversité vont de pair pour consacrer à l’art une juste place, pas forcément pour bouleverser le monde, mais certainement pour satisfaire ce qu’on pourra appeler « une vue humaniste » tolérante, ouverte.


Panel 2 : L’écoute de la diversité

Échange de vues entre Mme Josiane Boulad-Ayoub philosophe et professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal et titulaire d’une chaire UNESCO et M. Alain Foix, écrivain, metteur en scène, philosophe.

Confrontation d’idées d’apparence contradictoire mais en réalité très complémentaires. Mme Boulad-Ayoub nous a parlé du Canada, de l’expérience de la diversité avec le cas réel des indiens qui furent longtemps maltraités et qui trouvent maintenant un bien meilleur accueil dans la société. Elle nous a livré aussi le fruit de son expérience universitaire avec des groupes de travail diversifiés appelés à réfléchir sur des thèmes qui intéressent l’UNESCO, aussi sensibles que celui de l’islamophobie ou du dialogue « Occident-Orient », l’objectif étant de déboucher sur des résultats tangibles : positions exprimées et recommandations. Pour mener à bien la démarche, des acteurs pertinents sont éventuellement consultés (ex. un dialogue avec des universitaires saoudiens), et deux conditions sont imposées : 1/exercice de la critique sans dogmatisme et 2/respect des valeurs de la société canadienne et de l’UNESCO. L’expérience montre alors la possibilité de dialogues constructifs au sein de ces groupes divers dans leur composition et capables in fine d’articuler une pensée consensuelle : de la puissance de l’intelligence collective si l’on respecte certaines (bonnes) conditions.

M. Alain Foix, à la lumière de son expérience en banlieue parisienne hier à l’école et aujourd’hui comme résident adulte, a regretté le changement de mentalité qui tend à se développer à propos de la diversité. On n’en parlait pas autrefois, on tend maintenant à en faire comme un instrument pour exister à part au sein de son groupe (sa tribu) avec le risque de cliver : « je suis issu de la diversité », expression souvent entendue et regrettable à ses yeux, il faudrait plutôt parler d’indifférence. Pour M. Foix, on est d’abord « issu de sa mère », on est d’abord une Personne, unique et complexe, et on ne saurait réduire son identité à une culture quand bien même la culture a son importance. Notre orateur ici est apparu comme tenant d’un discours plutôt libéral ou laïc, avec comme suggéré un appel à ne pas trop magnifier une identité culturelle juxtaposée (opposée ?) à celle de l’autre.

Mme Boulad-Ayoub a proposé de parler de reconnaissance de l’autre plutôt que d’indifférence, et, pour le faire de façon apaisée, elle recommande de multiplier les lieux concrets d’échange.

Deux dernières observations notées : celle de Mme Boulad-Ayoub à propos de la défense de la diversité : même si tout ne peut se résoudre par la voie légale, on peut et doit recourir à la loi pour les valeurs essentielles, mais cela doit se faire en prenant soin de bien dialoguer préalablement entre décideurs politiques et représentants de la société civile (intellectuels notamment).

Quant à M. Foix qui, à juste titre, craint les risques de ghettoïsation, il nous a rappelé opportunément ce que pensait Martin Luther King à propos du racisme, produit du Communautarisme, ce système de groupes juxtaposés qui s’opposent, alors que le sens de toute vie est simplement d’exister.


Panel 3 : L’avenir, les Jeunes générations : évolution des mentalités

Mme Na Yi (Yeshi Lhamo), professeur en littérature ethnique de l’Académie chinoise des sciences sociales, et Mme Emmanuelle Duez consultante/experte en management RH particulièrement orientée sur les vues prospectives.

Un fait, les jeunes en Chine ce sont des centaines de millions de chinois qui n’ont pas connu le maoïsme et qui sont de plus en plus connectés au net, qui voyagent : une vraie révolution au sein d’une société où l’on est plus cosmopolite, plus libre.

Pour madame Duez, on assiste à l’avènement de la première génération mondialisée, ces millenals newlook se trouvent partout. Leurs prédécesseurs étaient différents en ce qu’ils restaient encore assez imprégnés d’une culture. Maintenant c’est beaucoup moins le cas : on est en présence d’individus qui sont autonomes, à l’aise partout, avec un langage commun numérique et (dans une large mesure) linguistique. Ils sont de plus en plus nombreux, mais ils restent encore minoritaires, minoritaires en nombre mais pas en influence : partout où ils sont, ils font faire bouger les lignes, ouvrir des brèches, faire évoluer les mentalités.

Dans quelle direction aller ? Faut il être pessimiste avec des jeunes qui seraient surtout amateurs de jeux sur le web, peu motivés à s’intéresser aux grandes œuvres de l’esprit humain et à ce que fait l’UNESCO, institution obsolète ? Voient-ils autre chose que ce qu’ils auraient en partage, indifférents qu’ils seraient à ce que pensent les autres ? En première approche on pourrait en effet tendre à souscrire à ces vues peu rassurantes. Mais pour nos deux intervenantes, il y a beaucoup de choses qui viennent tempérer un jugement par trop négatif.

D’abord, pour parler des outils, il ne faut pas voir en eux que des aspects de standardisation ou de nivellement par le bas : on a des expériences Web qui révèlent une utilisation créative du numérique, notamment en matière artistique/littéraire (création de bandes dessinées par exemple).

S’agissant du désintérêt pour ce qui est le Patrimoine, sa valeur intrinsèque et sa valeur comme expression de l’âme d’un peuple au travers de sa culture, la Chine peut témoigner de son expérience avec l’engouement culturel pour le Patrimoine qui peut se développer chez les jeunes avec l’aide du numérique. Autre élément de satisfaction que nous donne madame Duez à propos de l’image de l’UNESCO chez les jeunes (résultat d’une petite enquête menée auprès de ses collaborateurs) : on lui reconnaît la valeur de sa couverture « mondiale », on lui attribue une qualité de « sérieux », on voit en l’institution « la culture » comme un de ses domaines, mais aussi on l’associe à un qualificatif, « poussiéreux » ce qui est quelque peu exagéré, mais compréhensible s’agissant d’un avis de jeunes peu portés à considérer les grandes institutions comme particulièrement dynamiques.

Mme Duez, – cofondatrice du projet dit BOSON, une sorte de DAVOS des jeunes –, trouve dans cette expérience qui marche (3000 jeunes qui se réunissent chaque année pour parler Politique, Culture, Religion, etc) des signes positifs : il y a d’abord un soutien du monde des entreprises qui entend bien réussir l’intégration des jeunes dans la transformation digitale qu’elles opèrent ; on voit aussi une aspiration des jeunes à prendre toute leur place dans les changements en cours en voulant résolument être parmi les artisans de ces changements, dans une optique d’économie créative. Il faut aussi souligner tout l’intérêt que portent ces jeunes participants au Forum pour les témoignages de grandes voix issues de générations qui les précèdent.

Dans ce contexte, comment situer l’UNESCO ? Sans doute peut-elle améliorer son outil de communication mais le numérique ne doit pas être pour elle une occasion de s’engager dans une révolution qui viserait à la faire ressembler à une start-up. L’UNESCO pourra certainement intéresser les jeunes générations avec ses avantages compétitifs et les valeurs qui sont les siennes dans un monde qui a besoin de sens et d’authenticité.


Conclusion de M. Vincent Defourny, directeur de la Communication

On aura relevé combien pour l’UNESCO il est important de compter sur des plateformes de dialogue et de coopération.

Ces plateformes à développer pourront contribuer à bâtir des Pensées, élaborer des Concepts, Imaginer l’avenir, mais elles doivent aussi venir à l’appui d’actions qui répondent aux besoins.

Laboratoire d’idées, l’UNESCO est aussi initiateur de projets concrets qui portent leurs fruits comme elle l’a toujours fait dans le cadre de son mandat avec beaucoup de réussites à son actif : actions en faveur de l’alphabétisation, sensibilisation aux applications mobiles, protection des patrimoines y compris là où il y a de graves conflits (cf MOSSOUL).

Elle doit maintenant s’inscrire pleinement dans notre temps dans le contexte nouveau de la modernité et, pour réussir, trois conditions sont à remplir : respecter la nature politique de l’UNESCO, satisfaire aux obligations éthiques et traduire les Pensées en actes et activités concrètes.

Enfin dans tout ce qui pourra être fait, trois grandes lignes de conduites peuvent rester présentes à l’esprit comme le suggérait S. Toefler, ce journaliste qui fit beaucoup pour l’UNESCO dans les années 50 : 1/interroger le Monde, 2/Relever les grands défis et 3/Guider en chemin.

Dernier mot de M. Defourny qui remercie encore chaleureusement la Chine pour son aide à la relance du COURRIER (qui maintenant est édité en 9 langues) et l’équipe en charge de la publication et qui annonce de nouveaux développements numériques au service de la Communication de l’UNESCO.

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Cyberespace sécurisé et éthique – risque du Numérique

Une Grande Transformation du Monde, défis et difficultés…
Journée du 14 juin 2018


L’UNESCO et plus précisément l’IFAP (Intergovernmental Information for All Program) et l’Université PARIS SUD ont été les organisateurs de la 14ème édition de la Conférence Mondiale sur le Capital intellectuel, avec un regard plus particulier sur la France et la première matinée consacrée à la Cybersécurité et aux grands risques que génère le Numérique, des risques qui sont à la mesure du spectaculaire développement de « l’emprise du digital » pour tous, partout et sur tout. La transformation assez radicale du monde en train de s’opérer ne saurait être vue seulement sous un angle technique – la cybersécurité, une affaire de spécialiste – tant sont nombreuses les implications de ces changements. Cela est bien ressorti des discussions auxquelles ont pris part des représentants de l’UNESCO (secteur Communication et Information, IFAP), des experts gouvernementaux (France, Union européenne), des conseillers consultants (France, Estonie), des représentants d’entreprise (Airbus), un économiste (OCDE).

Une journée riche en informations et en enseignements, quelques idées fortes qui, à certains égards, rejoignent plusieurs des observations qui sont ressorties de la journée d’étude du CCIC du 4 mai sur les « Puissances technologiques et Éthique de la finitude humaine ».


La première intervention, fut celle de M. Guillaume Poupart Directeur général de l’Agence Nationale pour la Sécurité des Système d’Information (ANSSI), organe de Renseignement et de Protection des victimes du numérique, directement rattaché auprès du Premier Ministre. D’entrée, nous ont bien été posés les termes du débat : les dangers que génère la multiplication des acteurs, la prolifération des outils, l’explosion des capacités de traitement et de diffusion des données, la banalisation des usages et des accès au monde numérique ; des dangers qui ne sont pas anodins. Ils peuvent menacer le citoyen, les entreprises, les États. Il y a là des enjeux de sécurité nationale : les grandes infrastructures critiques peuvent être touchées et la démocratie peut être mise à mal (cf ce qui s’est passé aux États-Unis par exemple lors des élections).

Il ne s’agit pas de vagues menaces, parce que le Monde du numérique est constamment l’objet d’incidents et parfois de graves accidents qui ont des formes multiples et qui causent de réels dommages : vols de données, rupture du secret logiciel, intrusions malveillantes, actes criminels (racket, demande de rançon), mise en ligne de jeux dangereux, de vidéos perverses, discours de haine, manipulation de l’information, trafics, hackers, acteurs maffieux, il y a bel et bien un monde de la délinquance ou du terrorisme numérique. On en parle peu, les victimes n’osent pas avouer… alors on tend à négliger ou sous estimer la menace alors qu’elle est réelle et lourde, permanente.

Alors que le numérique va continuer de se développer massivement dans tous les secteurs (cf en particulier la voiture autonome, les objets connectés, la santé numérique et toutes les infrastructures), il est important d’avoir conscience des risques, d’élever des défenses mais aussi d’intervenir par la voie législative : les questions de sécurité ne peuvent plus être traitées à la légère, au niveau national comme au niveau international (c’est un sujet que suit l’Union européenne), au niveau de toutes les entreprises et notamment des PME comme du simple citoyen.

M. Boyan Radoykov de l’UNESCO a rappelé que si ces questions ont pris une dimension nouvelle elles ne datent pas d’hier : déjà en 1995 l’UNESCO évoquait ces risques, ces dérives et les moyens de les contenir. La question a aussi été examinée par le Conseil de l’Europe en 2005. Un code éthique, rédigé non sans difficulté, a été soumis à la Conférence Générale qui a pris note simplement : il n’y avait manifestement pas d’unité de vue à l’époque, les choses semblent changer lentement.


La seconde intervention a porté sur l’expérience estonienne : M. Marten Kaevats a rapporté tout ce qu’a fait son gouvernement au fil des dix dernières années pour véritablement généraliser l’administration numérique avec des changements radicaux : fin du papier, tout est et se fait en ligne.

Un succès obtenu grâce à une marche forcée, qui a été facilitée de plusieurs manières : grande attention apportée à la question de l’identité et de l’identification (hautement sécurisée mais aussi simplifiée dans son utilisation pour toute formalité ou autres opérations avec l’administration), standardisation des systèmes d’exploitation, protection des flux qui sont anonymisés, interdiction des copies de fichiers, propriété des données laissée à son détenteur (celui qui les enregistre), etc.

La République d’Estonie, forte de son expérience, s’engage vers les nouveautés technologiques du moment (blockchain, intelligence artificielle), mais n’entend le faire que graduellement pour favoriser leur appropriation et s’assurer de la sécurisation des processus. C’est à ce prix seulement que les succès peuvent être obtenus auprès des utilisateurs/citoyens, qui doivent « culturellement » se convertir à de nouvelles pratiques, comme ils l’ont fait lorsqu’ils sont passés au mode du « sans papier ».


Le troisième intervenant, M. Dominique Guellec de l’OCDE, a traité de la question des innovations et de l’incidence que pouvait avoir l’irruption du numérique dans les politiques publiques en faveur de l’innovation.

Deux points sont soulignés comme impactant (favorablement) les innovations :

  • Le numérique est générateur d’une baisse spectaculaire des coûts qui sont infiniment moindres que ceux du monde matériel (on diffuse, réplique, reconfigure, analyse à peu de frais). Il a comme autre caractéristique celle d’assurer une grande fluidité des données qui deviennent des éléments essentiels dans tous les domaines ;

  • La « servicisation » : on assiste à une petite révolution dans le secteur manufacturier, qui de plus en plus s’ouvre à la fonction « service » avec le soutien du numérique. L’industrie embarque de plus en plus dans ses produits le service de logiciels ouverts à ses clients : le réel va à la rencontre du virtuel grâce au numérique (cf les fonctions de géolocalisation, l’assistance à distance), etc.

Avec le numérique, les ajustements techniques s’opèrent plus facilement et à moindre prix.

La tendance est à la miniaturisation (en moins de trente ans, on est passé des lourds systèmes mainframe aux outils légers et performants que sont les mobiles de la dernière génération.

Cela rend plus facile le travail des chercheurs ou des entrepreneurs innovants : on se parle plus, on décloisonne.

Les barrières tombent sous l’effet de la concurrence avec des effets positifs, une dynamique créative, mais négatifs aussi lorsque la maîtrise d’une technique amène son promoteur à se constituer une position dominante (cf les GAFAM).

Les progrès incontestables que génèrent les innovations stimulées et provoquées par le numérique s’accompagnent ainsi d’inégalités grandissantes, de phénomènes d’éviction, de constitution de quasi monopoles qui ne manquent pas d’interpeller.

Dans ce nouvel environnement, chaotique aux contours mouvants et incertains, les politiques publiques sont appelées à changer. Les pouvoirs publics doivent d’abord repenser la façon dont ils mènent leurs programmes de recherche et leurs grands projets en agissant de façon plus décentralisée dans leur collaboration avec le secteur privé, avec plus d’agilité et en recourant plus à l’expérimentation avant d’intervenir.

Le traitement des données devient un enjeu qui n’est pas sans risque : il y a une forte demande pour que l’on adopte une attitude ouverte, il y a un fort intérêt des entreprises pour obtenir massivement les données personnelles susceptibles d’être valorisées, intérêt pour l’ouverture des grandes bases de données dont dispose l’administration. Ici, il appartient aux législateurs d’assurer une protection suffisante de la vie privée (privacy) et des créateurs (droits d’auteur ou copyright, brevets).

Les politiques de la concurrence sont à revoir. La question est délicate, il faut se doter de règles et respecter certains principes mais leur élaboration et les applications pratiques sont devenues plus difficiles. Iil faut se garder d’initiatives intempestives qui pourraient casser certaines dynamiques innovantes générées par les promoteurs de nouvelles technologies et tenir compte du fait que, de plus en plus, avec le numérique on est confronté à un espace mondial, sans frontière.

Autre sujet d’intérêt général à revoir : la question des PME pour lesquelles le numérique peut constituer un réel élément de fragilité qu’il leur est difficile de maîtriser. L’aide des pouvoirs publics en la matière pourra opportunément se justifier d’autant plus qu’on agit pour consolider ces entreprises face aux risques du cyberespace.


A distance, de Bruxelles, un représentant de DG CONNECT a donné quelques éclairages sur les préoccupations et surtout les actions de l’Union Européenne en matière de protection pour faire face au risque numérique. Des initiatives nombreuses et qui tendent à s’intensifier, ce que justifient à la fois le constat d’une grande disparité de situations entre États membres et l’intérêt d’actions communes ou coordonnées face à ce phénomène global du numérique.

Depuis 2004 une Agence spécialisée intervient sur des questions concrètes : sensibilisation des États, information du Public, publication de Rapports, aide à la définition des politiques publiques, suivi des incidents ou accidents numériques, conseil, encouragements et fonction de coordination pour l’exercice de tests, participation à l’élaboration des textes normatifs adoptés par l’Union (Règlements d’application générale ou Directives à transposer nationalement).


Pour clôturer cette session sont intervenus deux responsables de l’UNESCO.

Madame Chafika Haddad, Présidente du Bureau du Conseil de l’IFAP a rappelé l’importance de l’engagement de l’UNESCO sur ces sujets sensibles. Il y a encore beaucoup de déficiences, il faut aider les États à mettre en place des Politiques qui permettent d’élever des barrières de défense. On doit massivement réguler, communiquer sur les risques, à tous niveaux et en visant tout particulièrement les jeunes, en ayant aussi une attention particulière pour les pays en développement qui ne sont pas épargnés par les menaces. Le sujet n’est pas seulement technique, il y a aussi une dimension éthique à ne pas perdre de vue. Des codes de bonne conduite peuvent être élaborés mais ce n’est pas assez : il faut aussi réguler.

Le représentant de l’Adjoint à la Directrice Générale en charge du secteur Communication et Information a tenu un propos direct et « accrocheur ».

Il a d’abord rappelé que les risques ont trop longtemps été ignorés ou sous-estimés. L’UNESCO est maintenant pleinement dans une phase que l’on peut qualifier de rattrapage, en s’efforçant d’appréhender un domaine difficile à couvrir : la cible est mouvante et multiforme, plus ou moins perceptible. Il est important de ne pas en rester au stade du « discours ». Assurément, on parle beaucoup de toutes les menaces, on est témoin de faits choquants (cf l’affaire CAMBRIDGE avec l’exploitation de données personnelles à des fins électorales, ou plus grave encore l’affaire BLUE WHALE ce jeu video qui amenait des jeunes au suicide), mais il faut passer aux actes. Pour lutter contre les attaques ou les arnaques, on ne peut plus se contenter de bonnes paroles. Il faut pouvoir désigner des responsables et éventuellement sanctionner, et surmonter les difficultés qui sont grandes : réticence des acteurs à prendre leurs responsabilités, difficultés d’actionner des procédures judiciaires car les juridictions restent nationales alors que le monde du numérique et du net est, ceci est à nouveau rappelé, global.

L’UNESCO pour sa part entend contribuer à faire avancer ce qu’on pourrait appeler la cause d’un internet (ou d’un monde numérique) de qualité, en misant notamment sur une meilleure gouvernance du « net », des politiques plus inclusives et protectrices des personnes, tournées tout particulièrement vers les jeunes. Les quatre principes résumés dans l’acronyme ROAM sont le cadre que se donne l’UNESCO pour guider ses actions : R comme Right (respect du droit ou des droits humains) O comme openness (ouverture), A comme access (accès du net à tous yc aux handicapés), M comme multiple stakeholders (prise en compte de l’intérêt de toutes les parties prenantes).

Deux derniers points ont été mentionnés, qui comptent parmi les grandes préoccupations de l’UNESCO : les langues (promouvoir plus de diversité linguistique) et les contenus (privilégier les plus pertinents, ceux qui aident les utilisateurs).

Les questions posées par l’auditoire ont porté sur

  • la façon de lutter contre ceux qui, par le biais de manipulation numérique, menacent nos régimes démocratique ;

  • la lutte contre les effets nocifs de l’anonymat ;

  • la faiblesse des traités internationaux non respectés ou difficiles à élaborer ;

  • la neutralité du net, mises à mal par les orientations du Congrès américain.

Les réponses données à ces questions révèlent la complexité du sujet. Les difficultés sont encore loin d’être surmontées pour parvenir à endiguer les risques auxquels ces questions ont fait allusion.


Deux idées sont mises en évidence comme notes finales :

  • en matière de Régulation, un sujet incontournable, beaucoup reste encore à faire, il y a « beaucoup plus de Terres Promises que de Terres gagnées » ;

  • « mettre l’accent sur la mise en jeu des Responsabilités à assumer » est la piste qu’il faut explorer prioritairement, car là est l’essentiel.

On aurait pu préciser des Responsabilités individuelles et collectives avec de réels engagements et surtout une claire Vision du Monde vers lequel nous voulons aller, au service de l’Homme.


La seconde session a traité des questions pratiques liées au risque du cyberespace dans les entreprises : la sensibilisation interne, l’organisation des protections au-delà des domaines techniques, la nécessité d’une gouvernance de la gestion du risque numérique et d’une responsabilisation devant aller jusqu’aux plus hauts niveaux avec notamment la définition d’une stratégie de défense et la contractualisation d’assurances contre un risque dont on doit mesurer le coût.

Rendre la culture accessible à tous

mardi 22 mai 2018
à l’UNESCO


Le 22 mai, à l’occasion de la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement et du 70e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, l’UNESCO a réuni un panel de représentants des Nations-Unies, de directeurs de musée, d’artistes, de leaders techniques et d’experts autour d’une question simple: Comment pouvons-nous nous assurer que tout le monde a le droit d’accéder à la culture ?
Cette discussion a visé à offrir une voie à suivre à la lumière de la situation actuelle de la culture – celle où l’accès croissant à la culture côtoie les menaces croissantes à la diversité culturelle.

En ouverture de la session, un concert donné par l’ensemble San Joropo de Colombie a insufflé du dynamisme à la réunion.
Mme Audrey Azouley, Directrice générale de l’UNESCO a prononcé l’allocution d’ouverture. Le rôle de la culture a été souligné quant à l’ouverture au dialogue, au développement économique. Le combat pour défendre le droit à la diversité culturelle a besoin d’être sans cesse soutenu. La préservation de la diversité culturelle est un enjeu très important dans un monde de plus en plus connecté. Au jour des 70 ans de la déclaration des droits de l’homme, l’accès à la culture n’est pas équitable entre les pays du nord et les pays de sud du monde. La liberté de création n’est pas assurée partout. La culture est aussi une affaire de paix.


2 panels ont succédé à ces propos.

Le premier panel a concerné les liens entre l’accès à la culture et les droits de l’homme.

Karima Bennoune, Rapporteur spécial dans le domaine des droits culturels :

La culture est l’oxygène de l’âme et de l’esprit. Toutes discriminations doivent être éliminées comme celles relatives aux femmes qui ont aussi pour certaines des qualités de créatrice. Le respect des droits humains imposent la lutte contre tous harcèlements quel qu’ils soient. Le respect des droits humains suppose l’égalité des genres.

Youma Fall, Directrice « langue française, culture et diversités » de l’Organisation internationale de la Francophonie :
Le développement humain trouve son fondement dans l’épanouissement de l’être humain. La création contribue à l’expression des valeurs de chacun, son identité. La paix trouve un fondement dans la diversité culturelle. Chacun doit comprendre et apprécier sa propre culture pour mieux connaître l’autre. La langue est la plus belle fleur de la culture, elle est porteuse de culture et contribue à sa promotion. En Afrique la langue française est un trait d’union entre toutes les langues locales. Il n’y a pas de culture minoritaire ou inférieure même si la population en question est numériquement faible. Ce sont les politiques publiques qui doivent accompagner et soutenir les différentes cultures. Tant que l’on ne connaît pas sa propre culture, il est plus difficile de comprendre et d’écouter l’autre. Avec le numérique, l’échange serait plus facile. Le droit à la culture se pose pour tous que l’on soit handicapé ou âgé. La Serbie a soulevé ce problème pour les personnes atteintes de cécité, le Maroc à Casablanca lors du festival musical des non voyants. Dans ces cas le droit de la culture pour tous reste encore un défi.

Ghita Khaldi, Vice Présidente – Arterial Network :
Sur le continent africain les expressions culturelles sont très diversifiées et riches. La protection des traditions artistiques et culturelles est indispensable. La liberté d’expression est un droit fondamental et pourtant plusieurs artistes en sont privés. Peu d’avocats sont sensibilisés pour la défense de la liberté d’expression. Il y a un besoin d’organiser une banque de données juridiques à ce sujet.


Le sujet du deuxième panel était l’élargissement de l’accès à la culture par les nouvelles technologies, les nouvelles approches.

Léontine Meijer-van Mench, Membre du Conseil exécutif de l’ICOM :
Il est utile d’éliminer l’écart entre la théorie et la pratique des professionnels qui s’occupent de l’accès aux musées. La possibilité d’accès est très différente entre les pays du Nord et ceux du Sud, ceux de l’Est et ceux du Sud. Pour certains les connections existent pour les particuliers comme pour les musées. Ce n’est pas les mêmes situations, les mêmes opportunités partout. L’ICOM embrasse toutes les nouvelles technologies pour accroître l’attractivité des musées. Ceux ci craignaient que les visites virtuelles entraîneraient une diminution des visites réelles. Il s’est avéré que c’est le contraire qui s’est produit.

Vincenza Lomonaco, Ambassadeur – Déléguée permanente de l’Italie auprès de l’UNESCO :
A l’occasion des 18 ans d’un jeune, il lui est attribué une bourse pour l’achat de livres, de places au cinéma ou de ticket pour visiter un musée. La lecture et les cours de langue sont les plus prisés. Cette démarche vise à valoriser les droits culturels des migrants ou des réfugiés en sauvegardant leur racines culturelles tout en favorisant leur intégration. C’est une richesse pour la société d’accueil. Toutefois il existe un défi quant au rapport du gouvernement et du citoyen. Le gouvernement craint que cet investissement soit considéré comme un gaspillage par le citoyen.

Amit Sood, Directeur de Google Art & Culture :
Aujourd’hui Google travaille avec un grand nombre de musées pour mettre à la portée du plus grand nombre leur accès. Le rythme ne cesse pas de s’accroître. Il convient d’impliquer les conservateurs qui n’ont pas toujours les moyens pour numériser leurs richesses. Bien sûr Google ne dispose pas de législation internationale. La compréhension de l’intelligence artificielle fonctionne sur l’intelligence algorithmique de l’être humain et donc ne pourra pas résoudre ce que l’homme ne peut résoudre.

Octavio Kulesz, Expert de l’UNESCO dans le domaine de l’édition numérique et des médias :
Le numérique est une opportunité essentielle pour les pays du Sud en terme de logistique et d’outil, ex : déplacer un livre coûte cher comme avoir une imprimerie. La connexion informatique raccourcit les réseaux sociaux et met en relation beaucoup de monde. Toutefois les obstacles des nouvelles menaces apparaissent si un marché des biens culturels n’est pas construit avec l’intervention d’acteurs locaux qui mettent en ligne des produits « vérifiés ». Il convient de constater que tout le monde n’est pas « au top »pour l’application de l’intelligence artificielle. Or il est urgent de s’approprier la technologie numérique pour la diffusion, la sauvegarde et la transmission aux nouvelles générations qui — elles — seront digitales.

Journée Internationale de la Lumière

mercredi 16 mai 2018
à l’UNESCO


La Journée Internationale de la Lumière est une initiative globale donnant une plate-forme pour l’appréciation de la lumière et du rôle central qu’elle joue dans le secteur des sciences, de la culture, des arts, de l’éducation et du développement durable dans des domaines aussi divers que la médecine, la communication et l’énergie. Cette large thématique de la lumière permettra plusieurs secteurs de la société mondiale de participer aux activités qui démontrent comment la science, la technologie, les arts et la culture peuvent atteindre les objectifs de l’UNESCO – l’éducation, l’égalité et la paix.


Suite au succès de l’Année Internationale de la Lumière qui a mis en évidence l’importance des sciences et des technologies à base de lumière et qui a généré plus de 13.168 activités dans 147 pays, le Conseil Exécutif de l’UNESCO lors de sa 200ème session a établi l’Année Internationale de la Lumière le 16 mai comme événement annuel. La Conférence Générale a ratifié cette décision dans le document 39 C/40.


La Journée Internationale de la Lumière sera une célébration annuelle donnant une plate-forme pour l’appréciation continue du rôle central que la science de la lumière et de ses technologies jouent dans la vie des citoyens dans le monde entier. Cela permettra une remémoration des accomplissements de l’Année Internationale de la Lumière pour mettre en avant le profil des sciences et de la technologie dans le monde entier afin d’améliorer et de stimuler l’éducation, la qualité de vie mondiale, et atteindre les Objectifs de Développement Durable mis en place par les Nations Unies dans leur Agenda de Développement Durable pour 2030. Une Journée Internationale de la Lumière contribuera à la mise en place de liens entre les disciplines scientifiques, l’éducation, l’art, en répondant au besoin indispensable d’une science interdisciplinaire, en améliorant le discours entre les citoyens, les scientifiques, les décisionnaires, l’industrie et les organisation non-gouvernementales.


Une Journée Internationale de la Lumière encouragera une communauté globale unie dans les actions pour la science et l’éducation. Une Journée Internationale de la Lumière offrira à l’UNESCO une opportunité de remplir sa mission dans la promotion de la coopération internationale dans les sciences de bases et dans l’enseignement des STEM, et contribuera à la réussite des objectifs cherchant à améliorer la science, la technologie et l’innovation accessible à tout le monde, avec un regard particulier à l’Afrique.


Cette journée s’est ouverte avec une interprétation musicale par la soprano Katerina Mina suivie du discours inaugural de la directrice générale de l’UNESCO Audrey Azouley. Il s’agit de la 1ere journée internationale de la lumière qui doit célébrer le rôle important que joue la lumière dans la vie des citoyens du monde, dans la culture, les arts, les sciences et le développement durable. Ainsi chaque année, le 16 mai sera célébré « journée de la lumière ».


Les intervenants sont venus de partout dans le monde : Mexique, Ghana, Russie, Nouvelle Zélande, Portugal, Italie, USA et des responsables de départements de l’UNESCO.

La lumière a joué un rôle depuis très longtemps quant au développement de l’humanité. C’est une source de sagesse et de vie. Le Ghana a souligné que c’est l’un des siens qui a été le moteur de cette journée en 2O15. La lumière est un facteur de promotion des sciences fondamentales, des technologies qui sont si essentielles au développement de l’Afrique dans tant de domaines.

Des dates étapes ont été citées : 1756 étude de la lumière en Russie, 1876 plusieurs villes ont été illuminées et en 1960 c’est la création du laser.

Des ateliers d’art ont utilisée la lumière comme langage universel. C’est un patrimoine universel.

Les sciences de la lumière ont beaucoup et vite évolué : ondes gravitationnelles, trous noirs, leds solaires, leds connectés etc. Il y a 400 ans, Galilée construisait son premier télescope optique. Aujourd’hui le CERN (organisation européenne pour la recherche nucléaire) puis le SESAME au Moyen Orient rassemblent plusieurs scientifiques autour d’un même projet qu’est la manipulation des atomes et ses résultats… connus et à découvrir. La science élimine les barrières.

En médecine l’imagerie médicale contribue aux progrès des soins. Le laser peut nettoyer et préserver !

L’observation de ciel interroge beaucoup l’humanité. On sait que les étoiles visibles sont mortes depuis longtemps mais nos yeux les admirent dans un ciel non encombré. Les astronautes « parcourent » l’univers et certains vivent quelques temps dans des stations spatiales aménagées scientifiquement.


Cette journée a mis en valeur combien la lumière est un confort, un symbole, voire une icône. C’est aussi aujourd’hui, une source de recherche scientifique qui rassemble les hommes comme le CERN et le SESAME.


Pourquoi au terme de ce compte rendu ne pas citer une phase qui conclurait sur une note d’espérance ? Jésus leur adressa encore la parole. Il dit : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie » (Jean 8:12)

Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix – Première célébration

Première Célébration de la Journée Internationale
du Vivre Ensemble en Paix le 16 mai, à l’UNESCO


Cette première Célébration de la Journée du « Vivre Ensemble en Paix » du 16 mai, décidée par l’ONU entrait en vigueur en 2018.

Cette cérémonie, qui se tenait à l’UNESCO, en présence de la directrice Générale, Madame Audrey Azoulay, était organisée par le Cheikh Khaled Bentounes et par les Scouts Musulmans de France, avec le patronage de l’Algérie et en présence de son ambassadeur à l’UNESCO Abdelkader Mesdoua.

La directrice Générale a salué cette magnifique initiative de l’Algérie, en faveur du lancement d’une journée internationale du vivre ensemble en Paix, voici trois ans et qui a abouti à cette décision de l’ONU. Elle vient de recevoir le ministre des A.E. d’Algérie. L’enjeu auquel l’UNESCO apporte son concours, est de faire prendre conscience, notamment auprès des plus jeunes du monde entier, que la Paix dans le respect des différences et le dialogue, cela s’apprend.

L’ambassadeur d’Algérie, Abelkader Mesdoua , s’exprimant en arabe, donne lecture du message du Président de la République algérienne, Abdelaziz Boutéflika, dont chacun appréciera les termes. Il évoque la période noire des 10 ans de terrorisme à laquelle l’Algérie a été confrontée. Elle a dû lutter toute seule, contre les destructions des infrastructures et la barbarie. Cette période s’est terminée avec la « loi Boutéflika » pour une réconciliation nationale.

L’ambassadeur a rappelé que l’Algérie est favorable à toutes les formes d’éducation au dialogue et à l’apprentissage du vivre ensemble, et qu’elle est disposée à faire partager son expérience sur son sol, à l’UNESCO, afin de promouvoir les valeurs de la coexistence et de la Paix.

Le Cheikh Khaled Bentounes, guide spirituel de la confrérie Soufie Alawiyya, s’est exprimé avec passion et en français sur ce projet du vivre ensemble, qui l’a conduit avec l’appui du gouvernement algérien, à plaider ce projet de journée internationale, auprès de l’ONU, voici 3 ans. Et il est heureux de constater que ce 16 mai est aujourd’hui une réalité.

Puis l’ambassadeur d’Algérie lui a décerné la croix de l’ordre du Mérite National Algérien.

Le reste de l’après-midi, durant environ une bonne heure, fut réservé à des présentations de jeunes et d’enfants des écoles, notamment du « 93 », sur leur formation au dialogue, à l’acceptation de l’autre par des animations émouvantes et diverses. Il y avait sur scène des enfants et des jeunes de 4 ans environ jusqu’à 18-19 ans environ.

Il est à noter que les scouts musulmans, organisateurs de qualité de cette journée, s’ils étaient présents dans la salle avec leurs uniformes, n’ont procédé à aucune animation.

Un des scouts responsables était Farid Aït Ouarab, par ailleurs auteur d’une des « Paroles d’Espérance » du recueil du CCIC.

Denis Chaigne