Déliter la violence – ouvrir des chemins de paix

CCIC – Rencontre des Consultants – 22 janvier 2018

« Déliter la violence – ouvrir des chemins de paix »

Maria Biedrawa (gauche) – Christine Roche (centre) – Lucie Agbo (droite)

Suite au travail déjà entrepris lors du Forum des 70 ans du CCIC en mars 2017 et de la rencontre des Consultants du 28 novembre dernier, la rencontre du 22 janvier 2018 avait pour objectif de poursuivre la réflexion sur le thème : « Déliter la violence ouvrir des chemins de paix » Elle a réuni les représentants de 21 ONG de la plateforme du CCIC ou proches (liste figurant en fin de ce compte rendu). La représentante de la mission permanente du Saint-Siège auprès de l’UNESCO était également présente, porteuse d’un message de Mgr Follo.

La rencontre a permis d’entendre les témoignages de Maria Biedrawa et de Lucie Agbo, toutes deux engagées en Afrique, sur le terrain, dans des démarches de paix et de guérisons. Un travail en ateliers suivait sur les engagements des ONG de la plateforme du CCIC et sur la coopération avec l’UNESCO sur le thème de la paix.


Témoignage de Maria Biedrawa

Membre du MIR-Mouvement International de la Réconciliation et de l’organisme œcuménique européen Church and Peace, Maria Biedrawa est engagée pour la paix depuis 15 ans, sur le terrain, dans des pays d’Afrique subsaharienne marqués par les guerres et les violences. A la demande de responsables locaux, elle y conduit des sessions de formation à la non-violence active et aux chemins de réconciliation. Son témoignage portait sur le Burundi, pays frappé par des massacres inter-ethniques entre Hutu et Tutsi, et où, entre 2012 et 2015, elle a régulièrement travaillé à Bujumbura avec la Commission Diocésaine Justice et Paix.     Lire le texte complet de son intervention.


Témoignage de Lucie Agbo

Lucie Agbo, Présidente de l’Association Fille-Mère et Femme Développement pour l’Avenir et le Progrès en Centrafrique – Fondatrice de « Femmes aux mille bras » (FIMER- FEDAPCA-FDD) Membre du Conseil Économique et Social, Présidente de la Commission des Affaires sociales.

« Depuis plusieurs années de crise récurrente, mon pays est dirigé par des groupes rebelles et les FEMMES sont devenues et demeurent des victimes silencieuses, passives et polytraumatisées de multiples exactions : viols, violences de tous genres, relégation à l’échelle zéro dans l’occupation des postes de responsabilité, discrimination puissante à l’endroit de la loi de la parité… ».


Groupe de réflexion N°1 : Actions de formation à la non-violence

AIC-UMOFC- Foyers N. Dame- AFC- ACISFJ- IT- Claire Amitié- Pax Romana.

En bref, c’est d’abord une formation comportementale : le Regard, le respect de Soi (pour respecter l’Autre) l’Écoute, l’Entraide, la volonté de parler avec, d’aller vers… C’est aussi une formation à l’ALTÉRITÉ. 

Toutes les ONG présentes mènent des actions pour la paix en interne, par une formation pas toujours formalisée (cf Mr Jourdain et sa prose) et des actions tournées vers un extérieur plus ou moins lointain.

On a eu l’impression que l’Afrique était principalement concernée. C’est dû au fait que les 2 intervenantes de l’après-midi, Maria Biedrawa et Lucie Agbo, avaient axé leurs propos sur la Centrafrique et le Burundi. L’Amérique latine, l’Asie, Madagascar et l’Europe ont aussi été évoqués comme terrains d’action.

Les ONG ayant une « cible » Femmes se retrouvent dans les paroles de 2 intervenantes.

– Femmes victimes de violences au quotidien, à cause du poids des pauvretés (économique, relationnelle, éducative, culturelle, biologique (connaissance du fonctionnement de son propre corps et présence dans la durée, de maladies/endémies : lèpre, malaria, tuberculose, troubles psychiques …)

– Femmes victimes en temps de conflits armés et de guerres déclarées (viol comme arme de guerre) – Femmes seules avec enfants, de tous temps, partout dans le monde.

Les ONG ayant une « cible » couples et familles, pratiquent et enseignent les relations inter générations dans la vie quotidienne, au plus près des réalités du terrain (pardon demandé, donné et reçu en couple et avec les enfants, pacification de son propre cœur –«  la Paix dans le monde commence dans ton propre cœur » – incarnation des valeurs évangéliques, dialogue œcuménique et inter religieux – Chantiers Éducation animés par les intéressés avec le soutien d’un professionnel, Universités d’été, devoir de s’asseoir – Le but étant de toucher l’ensemble de la société par la recherche active du bien commun. Importance de s’inscrire dans la durée car le monde change. Certains mettent en place des formations au service de la paix, aux droits humains, à la bonne gouvernance, à la médiation ….

En transversal, on a souligné l’importance de faire connaître et vivre la notion d’une juste altérité F/H bien comprise et bien transmise, car il s’agit d’un puissant facteur de Paix dans le monde entier.


Groupe de réflexion N° 2 : Actions sur le terrain pour déliter la violence.

ATD quart monde, AIC, Œuvre d’Orient, Institution Thérésienne, FAFCE, FONDACIO, ACISJF, OMAEC, JECI.

On peut considérer les actions entreprises selon les circonstances. Elles peuvent être préventives ou bien « réactives » face aux faits. Elles se chevauchent souvent.

  • Réaction : il s’agit principalement d’instaurer des structures de médiation, pour permettre la reprise d’une vie communautaire entre les diverses parties prenantes d’une population. De faire face par exemple, à la présence d’enfants soldats, à la dérive et déstructurés par la violence qui a été leur « pain quotidien » en favorisant leur réadaptation à la vie sociale. Par l’utilisation des histoires, de réapprendre à rêver, aux enfants victimes de conflits et ainsi leur faire évacuer leur addiction à la violence. De reconstruire la paix par les échanges et le dialogue, grâce à une formation à la non-violence. Reconstruire la vie des jeunes en les rassemblant à partir de critères de vie partagée (la même discipline pour des étudiants). Agir dans des écoles en utilisant le dialogue inter religieux (c’est le fait d’ADYANE qui a un comité de pilotage composé de prêtres, de femmes musulmanes, de druzes, de chrétiens et est sollicitée par de nombreux gouvernements). Le meilleur résultat étant de voir les « aidés » devenir des « aidants » à leur tour. Il a été souligné l’importance de pouvoir faire mémoire des victimes de tous les camps.

  • Prévention : certains moyens d’action sont aussi utilisés en prévention. C’est le cas de la formation au dialogue inter-ethnies, ou inter-religieux, puisque l’ignorance fait le lit de la violence. La présentation de Maria Biedrawa est très éclairante sur ce point.

Éducation et pas seulement instruction est un point central, car c’est toute la personne qui est concernée. Former à des métiers pour les jeunes et donner une deuxième chance aux adultes, pour lutter contre la violence du chômage d’une classe d’âge ou d’un pourcentage important de la population, les femmes bien souvent. Habituer par le jeu, les enfants à conceptualiser et à s’exprimer, à découvrir qu’ils ont des droits, au-delà des coutumes locales (Déclaration des Droits de l’Enfant). Faire l’école dans la rue, pour les enfants des rues, l’éducation à l’intériorité pouvant conduire à l’ouverture aux autres, à la spiritualité.


Groupe de réflexion N° 3 : Relations avec l’UNESCO

MMM, AIED, ACISJF, AIC, Religions pour la Paix, UNIAPAC, ACP.

Pendant les discussions, quelques idées récurrentes sont ressorties, dont le besoin de réfléchir ensemble et de construire dans les structures spécifiques de coopération entre les ONG et l’UNESCO (Comité de liaison, forums internationaux et journées à thème UNESCO/OING, Forums de la société civile organisés par quelques Conventions culturelles, dont celles de 2005 et de 2003).

Une autre manière de coopérer avec l’UNESCO est de proposer des projets pertinents élaborés par un groupe d’OING, s’intégrant aux programmes de l’UNESCO – par exemple la Paix – Le contact avec le Secteur de l’Organisation concerné est alors très important, une meilleure connaissance des points d’ancrage dans les diverses directions de l’UNESCO peut s’avérer utile.

Une autre proposition, pour le futur proche (les prochaines 5 années) a été que les ONG qui portent un message de paix synchronisent leurs efforts et proposent ensemble au Secteur concerné une action de paix, basée sur des valeurs communes, chrétiennes, présentant des composantes universelles.

Il serait utile, également, de « s’accrocher » aux grandes orientations exprimées par l’ONU et l’UNESCO, comme par exemple l’égalité des genres et d’y répondre en apportant des exemples d’interventions sur le terrain – se reporter à l’activité de Lucie Agbo et de son association, dédiée à la protection des femmes et des filles.

On pourrait très bien répondre aux attentes de l’UNESCO, en portant à sa connaissance les interventions concrètes sur le terrain faites par diverses ONG de notre plateforme.

La nécessité d’un plaidoyer commun, ressort en conclusion.


Conclusion :

  • Nécessité de bien se connaître entre OING, dans la durée, pour « faire corps »

  • Valoriser et faire connaître les expériences et initiatives sur l’éducation à la non-violence et le travail de dialogue en zones de conflits.

  • S’impliquer dans les grands forums de l’UNESCO.

  • Préparer ensemble des objectifs à présenter à l’UNESCO.

  • Se former aux interventions publiques, pour être pertinents et entendus.


Liste des ONG de la plateforme du CCIC, ou proches, ayant participé à la rencontre :

AIC International, AIED, AFC, ACISJF, JECI, ATD Quart Monde, Cercle de l’Académie Présidentielle (ACP), Claire Amitié, Crescendo, FAFCE, FIAMC, Fondacio, I T, MMM, Œuvre d’Orient, OMAEC, Pax Romana MIIC, Religions pour la paix, UMOFC.
Les intervenantes : MIR et Church and Peace ; FIMER-FEDAPCA
Un expert des programmes de l’UNESCO.
Mission permanente du Saint – Siège à l’UNESCO.