Monseigneur Soviguidi, qui avait pris ses fonctions d’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO début 2022, ayant été nommé le 15 août nonce apostolique près le Burkina Faso et le Niger, nous a fait l’honneur avant de quitter Paris pour son ordination épiscopale à Cotonou d’assumer l’engagement pris auprès du CCIC d’une conférence le 16 octobre 2025 intitulée :

« Du discours à l’Unesco de Saint Jean Paul II à Léon XIV : La voix de l’Eglise à l’UNESCO » 

Monseigneur Soviguidi a articulé sa présentation en trois parties :

1. La voix du Saint-Siège dans les organisations internationales

Le Saint-Siège est présent à la fois au niveau bilatéral et multilatéral, sous la coordination de la Secrétairerie d’État. Son action repose sur une autorité spirituelle et morale, non sur la force militaire, les sanctions économiques ou la pression médiatique. Il privilégie le soft power, la médiation, le dialogue interreligieux, l’action humanitaire, la défense des droits humains et la protection de l’environnement. Sa neutralité politique, constante dans l’histoire, renforce sa crédibilité et lui permet d’intervenir sur les conflits en promouvant exclusivement la négociation et les voies pacifiques, sans s’aligner sur des blocs ou des alliances.

2. Le discours de Jean-Paul II à l’UNESCO (2 juin 1980)

Ce discours historique repose sur trois idées majeures.

-D’abord, un retour aux sources de l’UNESCO et à son acte constitutif : l’UNESCO s’est donné pour vocation non pas de se fonder sur les équilibres géopolitiques mais de chercher à construire la paix dans la tête et dans le cœur de tous les êtres humains.

-Ensuite, la centralité de l’homme, en particulier de sa dimension spirituelle, condition indispensable pour éviter les dérives collectives et la domination destructrice du matérialisme.

-Enfin, la culture est présentée comme profondément liée aux valeurs spirituelles inhérentes à la dignité humaine. Jean-Paul II insiste sur la nécessité de respecter à la fois l’unicité de chaque être et la pluralité des cultures, chaque peuple devant être reconnu dans son identité culturelle. Il souligne le lien constitutif entre religion et culture, justifiant ainsi la présence du Saint-Siège à l’UNESCO, tout en ouvrant largement cette réflexion aux autres traditions religieuses et culturelles. Concernant l’éducation, il insiste sur le rôle de la famille, la souveraineté culturelle des nations. Il appelle à une vigilance éthique face aux progrès scientifiques et technologiques.

3. Le bilan personnel de sa mission comme Observateur Permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

Durant quatre ans, sa mission a consisté à assurer une présence active du Saint-Siège dans les instances de l’UNESCO et ses nombreux événements, en privilégiant le dialogue personnel, la discrétion et la construction de relations de confiance. L’action diplomatique s’est faite en lien étroit avec les dicastères romains, par un travail en amont des résolutions, malgré l’absence de droit de parole dans les négociations.

Des priorités ont été établies, notamment dans le domaine de l’éducation : reconnaissance des diplômes universitaires, alphabétisation, éducation tout au long de la vie, chaires UNESCO et mobilité académique. Le Saint-Siège s’est également engagé dans l’éducation verte, les enjeux éthiques des nouvelles technologies (intelligence artificielle, neuro-technologies), ainsi que dans la culture et le patrimoine mondial, dont il est membre à part entière- et pas seulement observateur- en raison de l’inscription de la totalité de l’état du Vatican à la liste du patrimoine mondial de L’UNESCO.

Mgr Soviguidi évoque une expérience à la fois enrichissante et parfois douloureuse, marquée par la tension entre l’idéal de consensus de l’UNESCO et les blocages liés aux conflits internationaux. Fidèle à la ligne du Saint-Siège, il a souvent choisi la réserve sur les sujets les plus clivants afin de préserver la force morale de sa parole. Son action a constamment cherché à transmettre un message de paix.

Conclusion : Après avoir mis en lumière une diplomatie du Saint-Siège fondée sur la neutralité, le dialogue, la dignité humaine et la culture comme vecteur de paix, et dressé un témoignage lucide sur les défis actuels et à venir de l’UNESCO, Monseigneur Soviguidi a encouragé les représentants des ONG présentes à persévérer dans leur mission de présence active auprès de l’UNESCO. Il a remercié les responsables du CCIC pour leur dynamisme et souhaité une fructueuse coopération avec son successeur, Monseigneur Campisi.

La transcription de la conférence est disponible ci-dessous (en format PDF) :