Échos de la 205ème session du Conseil Exécutif – Séance du 9 octobre

Échos de la 205ème session du Conseil Exécutif (suite)

Séance du 9 octobre

Débats, Réponse de la DG,Questions/Réponses

Les 8 et 9 octobre, les membres du Conseil, selon l’usage, sont intervenus pour exprimer leurs vues sur les thèmes d’actualité, essentiellement en se rapportant aux nombreux point à l’ordre du jour qui la plupart sont examinés dans les Commissions spécialisées FA (Finance-Administration) et PX (Commissions des Programmes et Relations extérieures), mais aussi parfois pour développer des sujets plus généraux avec dans un petit nombre de cas des connotations politiques, étant observé que ces dernières tendent à se faire plus rares, avec semble-t-il, une tendance à l’apaisement.


Le Débat

Dans une large mesure les interventions ont fait écho à la déclaration introductive de la Directrice Générale, un écho positif sur de nombreux points. Ont ainsi émergé des idées finalement largement partagées :

D’un point de vue général, beaucoup de délégués ont insisté sur la valeur du Multilatéralisme, qu’il faut défendre, promouvoir au service d’une humanité commune, avec des tâches communes.

On a entendu de nombreux appels à cultiver l’esprit de coopération, Nord-Sud ou Sud-Sud, que ce soit pour la défense des Patrimoines -et là on a souligné le succès prometteur pour d’autres expériences du projet « esprit de MOSSOUL »- ou pour les nombreux sujets se rapportant à l’Éducation.

S’agissant de l’Éducation, les besoins sont immenses sur un spectre de problématiques nombreuses : formation des professeurs, alphabétisation, irruption du numérique appelant de nombreuses adaptations ou refontes des systèmes ou politiques éducatives, éducation à la citoyenneté, actions de sensibilisation face à la montée de l’extrémisme violent ou au harcèlement dans les écoles… Sur tous ces sujets, les intervenants se retrouvent pour saluer ce que font les secteurs.

Plusieurs délégations africaines ont insisté sur le bienfait de toutes les actions coopératives et concertées permettant de mieux piloter les actions en matière d’éducation : comme beaucoup d’autres États, elles ont salué ce que faisait l’UNESCO au titre de son rôle de chef de file pour le suivi de l’ODD4, au niveau global (statistique notamment) et régional. Il a été fait allusion à plusieurs reprises à une amélioration de la concertation inter-africaine qui permettra de mieux aligner ce qui est fait en rapport avec l’agenda 2030 avec les grandes orientations stratégiques du continent africain sur le long terme (plan 2063) La déclaration de NAIROBI est citée comme une initiative importante à cet égard. La relance récemment engagée des échanges entre l’Union des États Africains et l’UNESCO constitue une autre avancée.

A noter l’intervention du LIBAN qui attire l’attention sur la question de l’éducation des enfants de migrants (personnes déplacées). Si des efforts massifs sont déployés, l’ampleur des besoins fait que beaucoup de jeunes restent encore à l’écart.

Toujours d’un point de vue général, on aura relevé deux interventions à l’allure d’un appel :

L’une, avec une aporie (plus que le Verbe, le Pouvoir des idées) : le délégué (portugais) a voulu insister sur la nécessité de faire reposer toutes les initiatives (qu’il s’agisse des Programmes ou de la Transformation Stratégique) sur un exposé clair et net des idées qu’elles sous-tendent, avec la démonstration de leur rapport à l’idéal des Missions de l’UNESCO au service de la Paix.

L’autre, produite par l’ambassadeur d’Iran qui se distingue souvent par des propos tendant à quitter le domaine plus contingent des activités pour livrer des avis renvoyant à l’esprit ou à la nature de l’UNESCO, avis tirés d’une solide connaissance de l’institution. A partir d’une référence à une initiative conduite lors de « d’âge d’or de l’UNESCO » (constitution d’une collection des Grandes œuvres littéraires à valeur universelle traduites dans de multiples langues), le délégué a voulu rappeler toute l’importance que devait revêtir l’idée sous-jacente au projet de cette époque (les années 50) « les échanges entre civilisations », « le dialogue interculturel », au travers duquel les différentes cultures peuvent rayonner pour un bien commun, avec une valeur universelle.

Dernier thème général évoqué par un certain nombre d’orateurs, celui des Droits de l’Homme, en rapport avec la déclaration universelle de 1948 : c’est tout à fait important nous disent- ils, ils constituent in fine le fondement des missions de l’UNESCO indique l’un d’entre eux.

S’agissant de points plus spécifiques, renvoyant aux activités, on relève :

  • le bon accueil réservé aux projets de la DG de développer les réflexions sur l’intelligence artificielle, avec le souci de la préservation de l’humain ;

  • sur le champ du numérique, un appui est apporté aux initiatives qui sont conduites en matière de régulation de monde internet ; à cet égard, la France a insisté sur l’importance du sujet, et signalé les évènements qui seront organisés à la mi-novembre en la matière autour de ce sujet, et en particulier ce qui a trait à « la gouvernance du net », thème sur lequel l’UNESCO est considérée comme légitime pour intervenir, en rapport avec ses compétences ;

  • les questions éthiques ont été évoquées, plus que précédemment elles amènent à plus de commentaires exprimés comme un soutien pour les aborder dans tous les secteurs, notamment celui des Sciences mais pas seulement : on doit s’interroger sur les limites en rapport avec le souci premier de la préservation de l’Humain ;

  • En liaison avec les diverses observations formulées sur les questions éthiques mais aussi sur la nature des partenariats (cf ci après), on aura noté le rappel par un délégué du conseil que donnait M F Major : on doit gouverner avec nos principes, et non pas à l’écoute des marchés ou des sondages d’opinion.


L’organisation, la gestion, les partenariats :

La Réforme

Le thème de la « Transformation stratégique » est un point important inscrit à l’ordre du jour de la session. Un document a été produit par le Secrétariat qui, tout à la fois, précise la vision et la structure du projet engagé et donne des informations sur les premières réalisations ainsi que sur le calendrier des opérations.

Des avis exprimés on pourrait s’en tenir à l’essentiel : large soutien aux initiatives, ceci est à souligner d’autant plus que, lors de la précédente session, les délégués n’avaient fait que suggérer leur approbation. Manifestement les délégations ont apprécié un certain nombre d’initiatives prises depuis quelques mois par la direction générale et monsieur XING ku le nouveau Directeur général adjoint en charge du pilotage du projet (réunions spécifiques, lancement d’une « news letter », et documents de qualité produits, dont celui élaboré spécifiquement pour la présente session)

Mais cet accord de principe a fait l’objet d’assez nombreuses observations qui sont à considérer plus comme des conseils que comme de réelles critiques :

  • insistance pour que la Vision soit clairement exprimée, avec 1/un lien à bien spécifier avec les Missions 2/Pas de dispersion ;

  • rappel pour que les États soient pleinement associés, étant observé que beaucoup d’entre eux ont assuré qu’ils prendraient pleinement part au projet ;

  • recommandation réitérée pour que cette réforme s’inscrive bien dans le cadre de la réforme de l’ensemble du système onusien engagée par le Secrétaire général, il est ainsi demandé que l’on organise une étroite concertation avec les autres agences dans le souci notamment de ne pas dupliquer les tâches ;

  • transparence : grand prix attaché à l’information ;

  • gouvernance : il est demandé de ne pas perdre de vue la mise en application des mesures retenues à l’issue des travaux déjà conduits sur le sujet ;

  • quelques observations critiques — modérées au demeurant — ont porté sur la lisibilité de certains aménagements (besoin notamment de formulations plus explicites). Dernier point important relevé et apprécié : le souhait de pleinement associer le personnel du siège comme du réseau, et l’inscription du « bien être des collaborateurs » comme l’un des objectifs stratégiques de la partie « managériale » de la réforme.

Comme exemples des premières réalisations, issues du rapport produit par les services, on pourra mentionner : l’analyse de 450 observations formulées par les services de l’audit et la production d’une série de recommandations, la constitution de quatre groupes de travail sur : l’efficacité opérationnelle, la communication, les partenariats stratégiques et la présence dans le monde,la publication des premières newsletter, la mise en place du secteur « Administration Gestion » dont le Responsable animera le comité de pilotage du projet, la création d’une petite unité de suivi de la réforme chargée, entre autres choses, de s’assurer de la cohérence des propositions qui seront émises et de repérer les éventuels dysfonctionnements pour en tenir informé le comité de pilotage.


Les Partenariats

Beaucoup de délégations se félicitent du succès du Forum des Partenaires Non Gouvernementaux tenu en septembre, mais quelques intervenants ont appelé à une certaine prudence : il ne faut pas que ces ouvertures, sources d’un précieux appoint financier, amènent à se détourner des Missions fondamentales de l’UNESCO ou à servir par trop des intérêts privés. Il importe, selon un délégué, de bien définir les critères de sélection des partenaires et des opérations ainsi financées. Les financements conditionnels sont à proscrire autant que faire se peut, et à l’inverse, comme certains pays ont pu le faire déjà, on ne peut que souhaiter de recevoir des dotations sans excès d’exigences quant à leur allocation (cela donne un élément de flexibilité bienvenu).


Le Budget

Même si les conditions demeurent difficiles, la question a été peu évoquée. Sans doute parce que la collecte des ressources budgétaires donne de bons résultats, les observations à ce sujet ont été assez peu nombreuses, et moins alarmistes qu’elles n’ont pu l’être dans le passé.


Restructurations

La principale mesure prise concerne la création du secteur « administration gestion ». Cette opération qui vise à rationaliser l’organisation (simplification, meilleure gestion de l’information, amélioration des relation avec les structures hors siège etc) n’a pas suscité beaucoup de remarques.

Une préoccupation a été exprimée quant à l’avenir du BIE : plusieurs pays sont soucieux de la pérennité de ce bureau (Bureau international de l’éducation) situé à Genève, un bureau qui parait répondre à un vrai besoin (travaux sur la question des programmes/curriculums).


Les réponses de la Directrice Générale

Mme AZOULAY a répondu exhaustivement aux interventions des délégués, avec des développements appuyés à l’attention des États et la reprise d’éléments détaillés se rapportant aux activités ou aux évènements en cours ou à venir. Une intervention dense où l’on discerne bien un souci de donner à l’UNESCO un nouvel élan.

La Directrice générale a beaucoup insisté sur les États, en indiquant bien qu’ils étaient essentiels, pour les décisions à prendre et pour leur implication dans les programmes, notamment pour ce qui est de la Transformation stratégique, elle a indiqué que le processus engagé devait être vu comme une « co-construction » États/UNESCO, et mené au travers d’interactions permanentes entre les deux ensembles.

Accord complet avec ceux qui appellent à ne pas s’en tenir à une réforme opérationnelle : oui, l’UNESCO doit réfléchir à ce qu’elle est, ce qu’elle veut pour être à la hauteur de ses Missions.

Mme AZOULAY a tenu à remercier les États pour leurs contributions budgétaires (maintenant plus régulières) ou extra budgétaires. Elle les a appelés à tenir leurs engagements pour l’avenir, afin de ne pas mettre en cause les activités, « nous avons absolument besoin de votre aide », a-t-elle dit, « car nous sommes maintenant à l’os ».

Remerciements appuyés aussi pour les nombreux soutiens déjà manifestés à la Réforme en cours et les nombreuses coopérations ou concertation permettant le succès d’opérations comme l’esprit de MOSSOUL ou la progression de l’agenda 2030 notamment au titre de l’Éducation.

S’agissant du Forum des Partenaires non gouvernementaux, dont la DG se félicite du succès, on prend note de l’observation selon laquelle l’Afrique devrait être plus représentée.

L’éthique : ce sujet est important, au sein de l’organisation (la gestion RH ou les Relations États/Secrétariat) comme au niveau des programmes, c’est une préoccupation transversale. Sur ce thème il faut attirer l’attention sur les travaux du MOST.

Chacun des secteurs de l’UNESCO a été abordé, avec des indications ou des rappels d’évènements nombreux montrant les nombreux chantiers engagés, comme par exemple : les travaux du PHI ou de la COI, les ateliers EUROMED pour prévenir contre l’extrémisme violent, l’année des langues autochtones, tout ce qui est fait au titre de l’éducation, du dialogue interculturel etc.

La Directrice Générale a ensuite répondu à toute une série de questions posées par les délégations, réponses données clairement et précisément, avec parfois des compléments donnés par les Adjoints à la Direction générale.

Les interrogations ont notamment porté sur l’intégration des petits états insulaires dans le Plan d’action, la prise en compte de la dimension du « développement » dans les Réformes en cours et notamment sur ce point la coordination avec les autres agences de l’ONU, les partenariats, la restitution des biens culturels, l’avenir du Bureau International de l’Éducation.