Éducation : Témoignages et Regards croisés de deux anciennes Ministres

Éducation : Témoignages et Regards croisés
de deux anciennes Ministres de l’Éducation
Madame Stefania Giannini (Italie)
et Madame Najat Vallaud-Belkacem (France)


Échanges organisés le 15 novembre par l’IIEP (Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO) entre deux anciennes Ministres qui ont exercé leurs fonctions à peu près à la même époque (2014-2017). On rappelle que Mme Giannini est depuis mai 2018 Sous- Directrice Générale à l’UNESCO en charge du secteur « Éducation ».


De ces deux heures de « Conversation » on aura relevé quelques intéressants éclairages sur l’Éducation, avec dans l’ensemble une assez grande similitude de vues sur les difficultés et la grandeur de la Fonction, et des considérations généralisables même s’il s’est agi simplement de témoignages se rapportant à deux systèmes éducatifs aux caractéristiques très européennes.

Première observation formulée : la fonction est incontestablement éminente et passionnante, mais s’agissant d’un domaine aussi essentiel et polymorphe, elle est dure à exercer parce que la matière est sensible et complexe.


Les deux anciennes Ministres ont évoqué tout particulièrement la question des Réformes car toutes deux se sont employées à en engager non sans difficultés.

Ici, ce qui peut sembler comme des évidences ne va pas forcément de soi. Il y a des incompréhensions, des résistances qu’il faut savoir surmonter au prix de grands efforts d’explications pour apaiser et convaincre toutes les parties concernées : les professeurs et leurs représentants, les parents…

Les médias peuvent aussi jouer un rôle qui n’est pas forcément positif lorsqu’ils deviennent porteurs de polémiques inutiles.

On doit donc attacher beaucoup de prix aux informations que l’on donne, à la communication qui doit impérativement accompagner tout projet de réforme, et l’expérience montre qu’on sous-estime souvent cette dimension : il faut diffuser les bons messages, avec les bons mots et des explications claires, convaincantes, soucieuses des publics auxquels on s’adresse.


Le lancement des Réformes et, plus encore, leur mise en œuvre nécessite donc une bonne diffusion de l’information mais cela n’est pas suffisant. Il faut aussi organiser des débats à leur sujet pour en faciliter la réalisation, et, ici aussi, les choses ne sont pas faciles : il peut y avoir des réticences à participer ou des biais a priori qui peuvent fausser les délibérations, ou encore l’intrusion d’éléments perturbateurs (comme les « fake news », ou des campagnes de dénigrement). Des exemples précis ont été donnés à ce sujet, où l’on a pu apprécier à quel point il est parfois difficile de faire s’entendre des acteurs qui ne savent pas vraiment (l’opinion publique, l’observateur généraliste, etc.) et les experts. Il est difficile d’accéder à un bon niveau.

Deux autres points ont été soulignés :1/ le risque que l’on prend à vouloir mener de front trop de réformes, 2/ la difficulté temporelle : les Réformes demandent souvent du temps pour être menées à bien et a fortiori pour produire leurs effets, alors qu’un système éducatif est toujours soumis à une emprise du quotidien, il faut tout un art pour composer avec ces deux exigences.


Parmi les sujets spécifiques mentionnés pour leur importance, on pourra citer :

  • La formation permanente des professeurs, impératif souvent négligé à tort qu’il faut placer avec les toutes premières priorités ;

  • La relation «Parents»-«Professeurs» : importante mais parfois altérée lorsque les parents s’estiment fondés à contester les professeurs, il faut sans aucun doute défendre la place et aussi le statut des professeurs, leur motivation aussi ;

  • L’élève (l’enfant) doit rester au centre de tout projet éducatif, notamment pour les plus jeunes, il faut se soucier d’un enseignement très pratique (liens avec les choses) ;

  • Le numérique est, ici comme ailleurs, à pleinement intégrer dans le cadre de plans d’ensemble ;

  • Le besoin de rigueur pour conduire des réformes. Ceci passe notamment par l’exploitation des données (bases de données) et par la mobilisation de travaux conduits par les chercheurs.

Parmi les sujets les plus difficiles qu’ont eues à traiter les deux anciennes Ministres, la question de l’inclusion, des stéréotypes, des inégalités a été mentionnée.

Sur l’inclusion (les décrocheurs, les classes multi-ethniques, etc.), dimension que met bien en exergue l’objectif 4 de l’agenda 2030, le rôle que peut jouer l’UNESCO en la matière a été souligné, même s’il n’est pas toujours simple de faire se diffuser les normes et les concepts que peuvent proposer les institutions internationales au niveau national.

Voir la vidéo du débat sur le site de l’IIEP