Sciences Océaniques au service du Développement Durable

De la COP 21 à la Décennie des Nations Unies
« pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable »

Conférence scientifique à l’UNESCO
Paris les 10 et 11 septembre 2018


Préparation du lancement du programme d’une décennie qui portera sur un sujet essentiel : les océans couvrent 70% de la surface de notre planète, sont un élément clef du climat et abritent la majeure partie des éléments vivants. Il faut les protéger, il y va de l’avenir du vivant. Tel est ce qui inspire les travaux engagés. Comme nous y invite l’encyclique « laudato si » il est bon que l’Homme ait le souci de prendre soin de notre Terre… dans toutes ses dimensions. Un réel défi pour traiter un sujet majeur et complexe.


Rappel historique

Lors de la prise de conscience des questions climatiques par l’ONU, dans les années 1980, il fut créé une COP (Conférence des Parties) entre les États Membres, en vue de gérer une Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.
Lors de la conférence de Paris (COP 21), en 2015, il fut reconnu le rôle fondamental des océans dans l’état du climat.
En 2017, l’ONU décide de réaffirmer ce rôle des océans et crée la Décennie des Nations Unies pour les Sciences Océaniques au service du Développement Durable (2021-2030).
La COI (Conférence Océanique Internationale), gérée par l’Unesco, est chargée d’assurer la gestion de cette décennie.
Les réunions à l’UNESCO des 10 et 11 septembre 2018, s’inscrivent dans le plan d’élaboration du programme de cette décennie.


La problématique

La surface de la terre est recouverte à 70% par l’eau des océans : ceux-ci assurent différentes fonctions en matière de transport des marchandises, (navires marchands) de transport de données (câbles sous-marins), de ressources alimentaires (pêches), d’exploitations de ressources diverses des fonds marins (hydrocarbures off shore, nodules polymétalliques, etc. )

En matière de climat, les océans sont avec le soleil au cœur de « la machine thermique » de la terre : ensoleillement, élévation de température, évaporation et précipitations de pluies qui induisent un abaissement de la température, températures perturbées par la teneur en CO2 de l’atmosphère.

En matière de pollution, les océans sont une cible essentielle : déchets et notamment déchets plastiques, matières chimiques diverses acheminées par les cours d’eau, et hydrocarbures rejetés par les navires dans la mer ou dans l’atmosphère (CO2).

Au regard des objectifs de développement durable, l’ODD14 est spécifique aux océans : « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. »

Les principaux paramètres suivis en réseaux par de nombreux laboratoires et centres scientifiques portent sur : les températures en surface et à différentes profondeurs, l’absorption de CO2, la progression de l’acidité, la désoxygénation, la fonte des glaciers polaires, la hausse du niveau de l’eau et ses conséquences sur la vie des populations côtières, et aussi la densité de pollution en plastiques et autres.

Mais il y a aussi la question de la surexploitation notamment dans la pêche ou l’aquaculture.


Que faire ? Comment s’organiser ?

Ces questions ont été au cœur des débats de ces 2 journées :
Qui est concerné : dans l’organisation de l’Unesco, la COI est en rapport, directement ou indirectement, avec plus de 70 organisations compétentes en matières d’océan et de climat.

Parmi celles-ci, citons le GIEC/IPCC (Intergouvernemental Panel on Climate Change, ONU), L’IPBES (Intergouvernemental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), l’OMM, (Organisation Météorologique Mondiale).

Tous ces instituts sont en relation plus ou moins directe entre elles-mêmes, en réseaux avec les très nombreux laboratoires ou établissements nationaux et régionaux qui couvrent la planète et en liaison aussi avec tous les réseaux d’observation de la mer par satellites.

A noter aussi toutes les autres activités liées à la mer et qui ont aussi leurs propres réseaux : exploitation des pétroles off shore, pêcheries et laboratoires halieutiques, transports maritimes, câbles sous-marins.

D’où la difficile question soulevée, sans réponse claire en séance : comment s’organiser entre ces différents acteurs, avec les pouvoirs publics nationaux et les organisations intergouvernementales.

Dans le débat, il est apparu que si les scientifiques présents et dominants, envisageaient volontiers de se concerter entre eux pour définir un programme de la Décennie, et le cas échéant avec les représentants des pouvoirs publics des différents pays, dont certains étaient également présents, une autre concertation avec toutes les parties prenantes était loin d’être acquise.

Même entre scientifiques, la discussion est apparue plus compliquée dès qu’il s’est agi de définir des catégories de scientifiques : sciences exactes ? sciences économiques ? sciences sociales et humaines ? Dans ce dernier cas, il a pourtant été largement question de l’apport indispensable des populations côtières autochtones qui ont une expérience très riche à prendre en compte dans les évolutions maritimes côtières.

Enfin, à noter l’intervention en la matière, de la représentante du Saint Siège, attirant l’attention de la salle sur le fait que, dans les sciences humaines, il ne fallait pas négliger l’apport des religions. A cet égard, elle rappelé la contribution notable de l’encyclique « Laudato Si » avec son appel à mieux prendre soin de notre univers…

La question du financement reste un sujet délicat à régler notamment lorsqu’on en vient à demander la mobilisation de fonds privés dans tous les secteurs concernés : la pêche, le transport maritime, l’exploitation des fonds sous marins… Il est, en effet, hautement souhaitable d’associer ces acteurs aux travaux de cette décennie et à leur financement.

Par ailleurs, la question de la mise en place d’une autorité internationale compétente pour le contrôle de l’exploitation des Océans en haute mer, non soumise à une autorité politique. Cette question très délicate a été évoquée mais non approfondie.

En conclusion de ces journées, trois point sont à souligner :

  1. Le programme de la décennie 2021-2030 est encore loin d’être achevé ;
  2. On attend les conclusions de la COP 24 qui se tiendra en décembre 2018 en Pologne à Katowice ;
  3. Les scientifiques peuvent espérer arriver à élaborer un programme entre eux, peut-être aussi avec les pouvoirs publics nationaux. Cependant, par le vocabulaire qu’ils ont employé durant ces séances, un programme avec les entrepreneurs du secteur privé est loin d’être acquis..

Denis Chaigne