Échos de la 205ème session du Conseil Exécutif – Séance du 8 octobre

Échos de la 205ème session du Conseil Exécutif de l’UNESCO

Séance du 8 octobre
Propos introductifs


Trois discours tenus lors de la première session plénière du Conseil exécutif, insistance sur trois points : la réforme de l’UNESCO maintenant bien engagée, la nécessité de consolider le Multilatéralisme avec le soutien sans faille des États, et enfin de nombreux chantiers engagés ou à venir, dans un contexte financier un peu moins tendu et avec l’Éducation particulièrement mise en exergue.


S. Ex. M. LEE Byong-hyun, Président du Conseil exécutif

Contraste souligné entre tous les engagements pris partout en faveur d’une éducation de qualité et la persistance de situations conflictuelles qui minent le multilatéralisme.

Dans ce contexte difficile, l’UNESCO se doit de faire valoir sa valeur ajoutée, ses avantages comparatifs, et face aux critiques il lui faut convaincre en se remettant en question pour plus d’efficacité au service de ses Missions : elle est appelée à une réforme d’envergure qui dépasse de loin les seuls aspects financiers ou fonctionnels, c’est l’état d’esprit qu’il faut changer et, la nature de l’UNESCO, son ouverture à l’extérieur qui est à revoir profondément… Avoir des approches innovantes, miser sur une intensification des coopérations et partenariats, élaborer une vision claire de la stratégie, c’est ce sur quoi toutes les parties prenantes, et les États au premier chef, sont invités à réfléchir pleinement, concrètement, collectivement, consensuellement et avec discernement.

Il importera de rester centré sur les Missions, ne pas se disperser, bien travailler avec le réseau hors-siège et être en ligne avec le plan de réforme de l’ONU dans son ensemble.

La consultation et l’implication des États sont essentielles, et toutes ces actions doivent être conduites dans un esprit coopératif, c’est sur cette considération que M. LEE a conclu son intervention en citant un propos de M. Willy BRANDT qui soulignait en 1989 « qu’aucun des problèmes rencontrés par les pays développés ou en voie de développement ne peut se régler par la confrontation », et qui insistait sur la nécessité du dialogue et de la coopération pour trouver des issues raisonnables.


Mme AZOULAY Directrice générale

C’est pour la Directrice générale sa seconde participation aux sessions du Conseil exécutif. Comme elle le confirmera par la suite (propos après le débat et séance de questions/réponses), elle a donné dans cette adresse introductive des éléments clairs et précis sur la situation actuelle et les projets, et manifesté tout son engagement, un engagement qu’elle parait porter de façon résolue, avec le souci de bien soigner le lien de l’institution avec les États.

Elle appelle, elle aussi, à « repenser » l’UNESCO pour confirmer sa pertinence, sa raison d’être comme système multilatéral, agence de l’ONU au service des valeurs que lui assigne son Acte constitutif (l’esprit de Paix, la solidarité intellectuelle et morale), une pertinence à démontrer face aux critiques alors qu’elle devrait être une évidence pour nous tous, si on se mettait à l’écoute de M. Kofi ANNAN, lequel disait « nous partageons la même destinée » et ajoutait « qu’ensemble on pourrait s’en rendre maître » (faisant ici référence à l’organisation multilatérale de l’ONU).

La balle est ici dans le camp des États, c’est leur responsabilité de s’engager ensemble et unis en faveur d’une institution qui pourra ainsi jouer tout son rôle pour aider à relever les immenses défis que constituent la persistance des inégalités, les besoins de l’école, les « disruptions technologiques », la préservation des Œuvres et Patrimoines, la défense des libertés.

Il faut, nous dit la Directrice générale, restaurer la confiance entre nous et en l’institution, confiance d’abord avec les États mais aussi la société civile. On doit revoir le fonctionnement (gestion, organisation) mais aussi revitaliser les activités des secteurs à l’aune des changements parfois radicaux qui se dessinent, en ayant conscience des risques qu’ils peuvent comporter.

Sont cités tous les domaines sur lesquels il faudrait faire porter les efforts, en donnant un nouvel élan aux nombreux chantiers déjà engagés, et en ouvrant de nouvelles voies : réflexion sur de nouvelles politiques éducatives, sur l’intelligence artificielle, ses opportunités et ses risques pour l’Homme, les discriminations, la question de l’eau (annonce du prochain forum mondial au Sénégal sur « l’eau et la sécurité », la décennie des océans etc), les actions à MOSSOUL, la protection des patrimoines partout mais particulièrement dans les zones affectées par des conflits et en Afrique (l’une des priorités stratégique de l’UNESCO qui renforce ses liens avec l’Organisation de l’Union Africaine ) etc.

Comme cela sera aussi mis en évidence par beaucoup de délégués lors des débats, Mme AZOULAY a insisté particulièrement sur l’Éducation, domaine essentiel qui a fondamentalement une dimension intersectorielle. Ce domaine clef pour aider au développement et à la réduction des inégalités est très important pour l’UNESCO qui est chef de file pour assurer le suivi de l’objectif ODD4 « Pour une Éducation de Qualité… » de l’agenda 2030.

L’importance du prochain Forum mondial de l’Éducation qui se tiendra à Bruxelles en décembre prochain été rappelée.

On a signalé aussi tout ce qui est fait au sujet de l’Éducation des Femmes et des Filles, un sujet prioritaire car les avancées en la matière constituent un puissant levier de développement. Sur ce point, il est précisé qu’une action est engagée pour produire un état des lieux qui permettra de mieux appréhender les besoins. En marge de la dernière Assemblée générale de l’ONU, l’UNESCO a piloté un atelier sur le sujet,  un autre atelier a porté sur l’antisémitisme et l’extrémisme violent.

Autre information donnée : prochaine publication du rapport mondial sur l’Éducation, qui abordera de la question sensible de « l’Éducation des populations déplacées dans les zones de conflits » (lancement du rapport le 20 novembre).

Il a été rappelé que 2019 sera l’année des langues autochtones.

Au titre du secteur « Culture », un point particulier a émergé après l’incendie du Musée national de Rio. Suite à ce sinistre (pour lequel deux experts de l’UNESCO sont intervenus avec un financement par les Fonds d’urgence), beaucoup de pays ont fait don d’œuvres pour permettre la reconstitution d’un fonds minimum. Par ailleurs le sujet de la vulnérabilité des Musées et la prévention des risques a été inscrit à l’ordre du jour de la présente session.

A signaler la réactivation du réseau des ministres de la culture.

D’une manière générale deux thèmes doivent retenir l’attention :

  • la Jeunesse qui constitue maintenant un centre d’attention privilégié (à la fois comme possible force de proposition et comme cible principale des actions de prévention contre l’extrémisme violent) ;

  • l’éthique, sujet sur lequel la Directrice générale insiste particulièrement, notamment dans les domaines touchant au numérique et à l’information (annonce d’un prochain Forum de l’internet).

Parmi quelques autres éléments mentionnés au titre des activités sectorielles, on aura remarqué : l’organisation en novembre de « la journée de la philosophie », la proposition soumise au Conseil exécutif de deux nouvelles « journées internationales » : celle de l’art islamique et celle des mathématiques.

La dernière partie de l’intervention a concerné les questions stratégiques et financières.


La Transformation stratégique engagée va permettre une modernisation qui aura des retombées positives en termes de moyens et de management. Elle permettra aussi de donner une meilleure vision de l’institution, et sera conduite en associant étroitement les États, bien entendu, les Commissions nationales, les experts et le Personnel de l’UNESCO au siège et dans le réseau des Bureaux.

Le budget de l’UNESCO a reculé de 30% en termes réels depuis 2011. Cette année, les enveloppes vont être stabilisées parce qu’il devient indispensable de préserver un socle de base suffisant. Dans le contexte de relative rareté de la ressource, il est impératif que les États honorent leurs engagements, et, en la matière, la Directrice générale se félicite d’une amélioration de la situation. Reste que pour vraiment pouvoir déployer ses activités de façon crédible, l’UNESCO a besoin de financements extrabudgétaires, et conformément à ce qu’a souhaité la Directrice générale lors de la précédente session, ceux-ci ont beaucoup progressé (sur les 7 premiers mois, les 266 millions de dollars obtenus dépassent la totalité des ressources extra budgétaires reçues en 2017 soit 246 millions). Ces résultats sont pour une bonne part liés aux actions entreprises pour développer les partenariats. A cet égard, on souligne le succès du premier forum des partenaires non gouvernementaux de septembre dernier, et on signale par ailleurs qu’un premier bilan sera produit sur la question par l’un des groupes thématiques qui viennent d’être lancés mais, dores et déjà, on ne peut qu’être satisfait d’une tendance qui tout à la fois permet d’accroître la visibilité de l’UNESCO et de conforter ses ressources. La Directrice générale rappelle les obligations « ordinaires » des États dont les contributions au budget doivent rester la principale source de financement. Il est de leur responsabilité de veiller à ce qu’elles restent assurées, et, de ce point de vue, nous dit-on, on ne peut que déplorer, le retrait des États-Unis et d’Israël… et espérer qu’un jour ces deux pays reviendront sur leur décision.

Pour terminer, Mme AZOULAY a insisté sur la complexité des défis à relever pour défendre efficacement et dans un cadre contraint la présence de l’UNESCO dans ses domaines de compétence en ayant tout particulièrement le souci de traiter trois problématiques essentielles de nature transversale: les questions éthiques, le respect des Droits de l’Homme et la dignité des Personnes.

L’évolution du Monde impose d’être innovants et surtout d’aborder ces thématiques en étant unis pour être vraiment à la hauteur des défis qui découlent des Missions de l’UNESCO. Ne pas pouvoir atteindre ensemble ce qu’on pourrait qualifier comme un idéal à traduire en acte par le dialogue serait enclencher un cercle vicieux qui nuirait gravement à l’institution.

Soyons à la hauteur de notre idéal, comptons sur les forces de l’idéal pour avancer : tels ont été les deux derniers messages donnés en conclusion comme un appel au terme d’un discours dense et complet.


Allocution du Président du Chili S. Ex. M. Sebastián PIÑERA

Brève intervention, pour marquer un soutien sans équivoque à l’UNESCO, surtout dans ce qu’elle fait au titre de l’Éducation.

Rappel d’abord de tous les drames qu’a connu le Monde au vingtième siècle, et constat qu’en ce vingt et unième siècle nous sommes entrés dans une période fascinante qui n’élimine pas le risque de grands périls : dérèglement climatique, terrorisme, risque de l’obsolescence généralisée… des risques sans précédents auxquels l’UNESCO peut nous aider à faire face avec les formidables outils dont elle dispose dans les secteurs de sa compétence, et notamment dans le domaine de l’Éducation. C’est sur ce thème que M. Sebastián Piñera a particulièrement insisté, en indiquant qu’il fallait investir massivement pour obtenir une Éducation de qualité, « amie de l’Humanité », à laquelle elle peut apporter un sens, principal moyen de relever les nombreux défis auxquels on est confronté : la pauvreté, les inégalités, la violence… Le Président du Chili relève ici que l’Amérique latine se doit d’intensifier ses efforts car elle est en retard sur de nombreux points. En conclusion, il adresse ses félicitations et son encouragement à l’UNESCO qui dispose d’outils extraordinaires : « on a besoin de vous » dit-il comme note finale.