UNESCO : protection de la diversité des expressions culturelles

Dixième comité intergouvernemental de la Convention de 2005
pour la protection de la diversité des expressions culturelles


12-15 décembre 2016
Siège de l’UNESCO

Cette convention est importante par son objet, à savoir « la protection des expressions culturelles », mais encore trop peu connue. Faits à retenir de cette dixième session des États Parties : des directives opérationnelles sur la mise en œuvre de la Convention dans l’environnement numérique entérinés par le Comité pour réglementer les manifestations des expressions culturelles dans ce milieu dans le sens de la préservation de la diversité et d’un accès à la culture pour tous ; un autre fait à retenir serait les restrictions budgétaires. Dans ce contexte la société civile doit jouer tout son rôle, il importe que les ONG soient parties prenantes aux mutations à l’œuvre, pour la promotion de la Culture avec pleine prise en compte de toutes ses dimensions. Un rapport important sera produit en septembre 2017, les ONG sont invitées à y contribuer pleinement.

La «Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles», a été adoptée par la 33ème session de la Conférence générale, le 20 octobre 2005. La convention a deux organes directeurs : La Conférence des Parties et le Comité Intergouvernemental.

La Conférence des Parties est l’organe plénier et souverain de la Convention. Dès lors qu’un État a ratifié la Convention et qu’elle est entrée en vigueur, il devient membre de la Conférence des Parties, laquelle se réunit en session ordinaire tous les deux ans, en juin.

Avec une session tous les deux ans, il y a eu 5 sessions de la Conférence des Parties, la première en 2007 et la dernière en 2015. La prochaine aura lieu le mois de juin 2017. Il y a 144 pays qui ont signé cette convention et une organisation internationale, l’Union Européenne, des 195 membres et 10 membres associés de l’UNESCO. Si l’on regarde les pays où la protection de la diversité culturelle pourrait poser des problèmes, parmi lesquels les pays en conflit, on peut observer que des pays comme l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, le Mali, la Palestine, ont signé cette Convention de l’UNESCO dédiée à la protection de la diversité culturelle, alors que d’autres comme Israël, la Libye, la Yémen ne l’ont pas encore signée.

Le Comité intergouvernemental fonctionne sous l’autorité de la Conférence des Parties et est composé des représentants de 24 États Parties à la Convention, élus par la Conférence des Parties pour un mandat de quatre ans. Le Comité intergouvernemental se réunit, habituellement, une fois par an et sa fonction principale est de promouvoir les objectifs de la Convention ainsi que d’encourager et assurer le suivi de sa mise en œuvre.

Avec la première session en 2007, c’est la 10e session de ce Comité intergouvernemental qui s’est tenue au mois de décembre 2016.
Cette session a particulièrement mis
l’accent mis sur la collaboration avec la société civile, dans le champ de l’application de cette Convention de 2005 sur la protection de la diversité culturelle.

Consulter les décisions prises par le Comité intergouvernemental

Concernant précisément l’objectif d’une plus grande implication de la société civile dans la mise en œuvre de la Convention, le Comité prévoit, surtout, un forum biennal avec la participation des États Parties, du Secrétariat et des ONG impliquées dans la mise en pratique de la Convention de 2005, en amont des sessions (biennales) de la Conférence des Parties, pour travailler en sur la question des dispositifs de nature à favoriser l’atteinte des objectifs de la Convention. Pour l’élaboration du rapport 2017 sur les activités réalisées par les ONG en lien avec la diversité, le Comité demande que, le Secrétariat puisse bénéficier de toutes les collaborations voulues. Le rôle de la société civile est un point déjà inscrit à l’ordre du jour de la prochaine session du Comité, qui aura lieu en décembre 2017. Les ONG concernées devront apporter leur contribution à ce rapport avant le 30 septembre 2017. Pour concrétiser l’objectif d’associer la société civile, le Comité a souhaité que soient élaborés avec leurs représentants des indicateurs de mesure de l’implication de la dite société civile dans la mise en œuvre de la Convention. Pour plus d’efficacité, le Comité demande aussi au Secrétariat d’organiser une séance de travail entre les représentants de la société civile et le Bureau en amont de chacune des sessions des organes directeurs (comme c’était le cas lors de cette 10e session du Comité).

Les travaux de la 10e session de Comité ont commencé avec une Session de travail entre les observateurs de la société civile, les membres du Bureau de la dixième session ordinaire du Comité (les représentants permanents de la France, du Maroc, du Brésil et du Nigeria) et la secrétaire de la Convention de 2005, Danielle Cliche.

Le Secrétariat a insisté sur le besoin de faire connaître la Convention, en mettant bien l’accent sur les défis souvent méconnus qu’elle a à relever. Même aux niveaux des services publics, on en discerne à peine l’existence en dehors des Ministères de la Culture. C’est une mission de sensibilisation à laquelle les ONG pourraient apporter leur concours. La Convention s’est donnée comme priorité les publics fragiles avec l’accès à la culture pour tous, objectif qui tend à être perdu de vue dans un contexte de restriction budgétaire (réduction des moyens alloués à la culture). Les baisses de moyens touchent souvent ce qui est affecté aux créateurs et à la création, et plus particulièrement dans les domaines qui ne sont pas « purement artistiques ».

Des associations ont fait savoir, en outre, que le spectacle vivant et le théâtre sont très affectés par la montée du « numérique » et font état des difficultés qu’elles ont pour atteindre les jeunes par le théâtre et la danse. La mobilité des artistes est importante et est, à ce moment, problématique (le même problème pour les associations du monde qui participent à cette session de travail- la majorité ce sont des associations occidentales, quelques unes d’Afrique du Nord).

Le délégué permanent du Brésil, membre du Bureau, a eu, pendant cette session de travail une intervention révélatrice pour la position des États-membres au sein de l’UNESCO : il estime que le pourcentage de la culture dans les budgets des États ne sont pas assez importants et que bien souvent leur part tend à baisser. Au Brésil, par exemple, la part des dépenses allouées à la culture a reculé de plus de 50% sur les trois dernières années. Il faut alors compenser ces pertes de financement en allant vers le secteur privé. Il estime, aussi, que la mission de cette Convention n’est pas de guider ou critiquer les États sur ce qu’ils font en matière de culture ! Dans ce contexte, l’aide que le Secrétariat de l’UNESCO attend de la part de la société civile est assez compréhensible. Les recommandations de la société civile sont ainsi très importantes pour les délégués nationaux.

Une autre décision prise lors de cette 10e session est à retenir, à savoir l’adoption du projet de directives opérationnelles sur la mise en œuvre de la Convention dans l’environnement numérique. Les délégations des pays et les ONG ont proposé des amendements au projet présenté par le Secrétariat, des amendements qui ont été pris en compte dans la décision. Une grande partie des quatre jours de travail a été dédiée aux « négociations » du texte autour de ces amendements.

Ces directives (telles qu’amendées) offrent un cadre stratégique pour la compréhension, l’interprétation et la mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, dans un environnement numérique où les biens et services culturels sont créés, produits, distribués, diffusés, consommés et/ou stockés par voie électronique. Ces biens et services véhiculent des expressions culturelles, par le biais de supports de diffusion à encodage numérique en perpétuelle évolution, par exemple, un programme informatique, un réseau, un texte, une vidéo, une image, ou un enregistrement audio.

Ces directives s’adressent en priorité aux pouvoirs publics. Les organisations non gouvernementales, les industries culturelles et créatives du secteur public et privé, y compris les plates-formes mondiales numériques, les fournisseurs d’accès Internet (FAI) et les autres acteurs dans l’environnement numérique sont également encouragés à les suivre.

Il y a plusieurs chapitres dans ces directives : les Principes directeurs (exemple : promouvoir un accès équitable et un échange équilibré des biens et services culturels dans l’environnement numérique, notamment par l’application de dispositions de traitement préférentiel pour les œuvres créées ou produites par des artistes et des professionnels de la culture, des entreprises et des organisations indépendantes issus des pays en développement) ; le Renforcement par les Parties des systèmes de gouvernance de la culture dans l’environnement numérique (ex : à l’étape de la création, les Parties doivent s’efforcer de soutenir les nouvelles formes de créativité dans l’environnement numérique, incluant les pratiques artistiques interactives et en temps réel. Cela pourrait inclure des politiques et programmes nationaux, régionaux ou locaux, ainsi que des systèmes de financement) ; Rééquilibrer les échanges de biens et services culturels (exemple : dans le cadre de la solidarité et de la coopération internationales, les Parties s’efforceront de mettre en place des dispositions de traitement préférentiel afin de faciliter des échanges plus équilibrés de biens et services culturels issus des pays en développement dans l’environnement numérique, conformément à l’article 16 de la Convention ; Intégration de la culture dans les cadres de développement durable (exemple : dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, et conformément aux articles 13 et 14 de la Convention, les Parties peuvent concevoir des politiques nationales de développement et des programmes d’aide internationaux qui reconnaissent l’importance des aspects culturels et la complémentarité des dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable dans l’environnement numérique. Ainsi, les Parties doivent intégrer la culture dans leurs plans relatifs aux technologies de l’information et de la communication (TIC) et dans leurs stratégies en matière de numérique en y incluant des références à la Convention ainsi qu’à ses objectifs et principes ; Rôle de la société civile (exemple : c’est un partenariat qui peut se concrétiser par des initiatives de sensibilisation au potentiel du numérique grâce à l’utilisation des technologies numériques (telles que les réseaux sociaux, les applications mobiles, les plates-formes de discussion en ligne), à l’organisation d’événements et à la création d’outils de communication (tels que les plates-formes de travail partagé, les plates-formes d’échanges interactifs en temps réel, les blogs, les bulletins d’information électroniques) ; ou par une collaboration entre les représentants de la société civile, y compris les artistes et les professionnels de la culture, les universitaires, les chercheurs et les experts, afin d’alimenter la réflexion menée au sein d’autres organisations internationales et de se concentrer, directement ou indirectement, sur les enjeux relatifs à la diversité des expressions culturelles dans un environnement numérique).

En ce qui concerne le Fonds International pour la Diversité Culturelle, un instrument important de la Convention de 2005, le Secrétariat a approuvé le financement de 6 projets : une ONG de Colombie qui veut cartographier et renforcer des capacités pour les industries culturelles à Bogotá ; une ONG de Palestine qui entend promouvoir des startup dans les industries culturelles et créatives en Palestine ; une institution d’état au Togo qui veut organiser des ateliers régionaux de renforcement des capacités des artistes, promoteurs culturels et des administrateurs locaux sur la mise en œuvre des politiques culturelles locales ; une ONG de Madagascar qui veut inciter les jeunes à utiliser le cinéma comme moyen d’expression pour la mise en place d’une industrie du cinéma ; une ONG de Namibie qui souhaite engager les communautés défavorisées de la Namibie dans le marché international de la musique et une institution publique de Paraguay qui veut promouvoir, par les « Voix d’ASU », les expressions culturelles émergentes de la jeunesse d’Ascunción . Le montant total pour le financement de ces projets est de 503 242 dollars US.

Il y a eu 400 demandes de financement, 80 admises, 20 % des demandes (25 projets) ont été retenues et 6 projets finals sélectionnés. On a constaté un besoin de 3 millions de dollars, alors qu’un million et demi est disponible. Une levée de fonds s’avère nécessaire. Le Secrétariat a constaté aussi une baisse du nombre des demandes admissibles et 30 pays n’ont sélectionné aucun projet. Chaque projet admissible est envoyé au panel d’experts. La qualité de ces propositions de projets n’est pas très grande. Il faudrait une meilleure adaptation du projet au contexte local, aux attentes de la Convention de 2005.

La ministre du Patrimoine de Canada a annoncé une contribution au Fonds de 100 000 dollars pour des pays en développement. Elle a annoncé aussi un nouveau projet du gouvernement canadien – une étude sur la fracture numérique en Afrique.

En parlant de la protection de la diversité culturelle au Canada, Mélanie Joly, ministre du Patrimoine, a accentué l’importance du contrat social au Canada : le poids des deux langues officielles est respecté, ainsi que la place du multiculturalisme ou la réconciliation avec les peuples autochtones. Le ministère de la Culture canadien fait aussi des efforts pour améliorer la créativité au sein de la population pour stimuler l’industrie de la création. Au Canada, une permutation des industries culturelles traditionnelles est encouragée : le film, le livre, la musique, vers les industries créatives : jeux vidéo, réalité virtuelle, réalité augmentée, design, avec, dans le même temps, la préoccupation d’avoir des contenus de qualité.

Fernando Griffith, ministre de la Culture de Paraguay a insisté sur le fait que l’appareil ou l’accès aux informations n’est pas toujours le problème le plus grand. On est submergés par les données. Le grand problème est que les gens ne comprennent pas toujours les informations véhiculées. Les politiques en matière de TIC (technologies de l’information et de la communication) doivent être accompagnées par des politiques éducatives de sorte que le discernement et la compréhension soient privilégiés. Les pensées créative, complexe et critique sont les trois pensées auxquelles les personnes doivent être entraînées, des pensées qui sont une ressource humaine, capable de changer l’environnement, de sortir les populations de la pauvreté.

Une membre de la délégation française a précisé que la France, très attachée à la diversité culturelle est le premier contributeur du fonds.

Est à noter aussi la prise de position de la France qui a insisté sur le lien entre le besoin de diversité culturelle et les conflits provoqués par l’extrémisme – et pas seulement, des conflits qui ont justement comme cible la pensée unique. La France s’engage contre l’uniformisation.

En cela, la France a touché un aspect très important pour les États mais aussi pour les ONG chrétiennes comme le CCIC : la place de la religion dans la culture et du respect de la diversité religieuse dans cette Convention de 2005 sur la diversité culturelle. Y a t-il vraiment une place pour la religion ? Comment la Convention de 2005 permet-elle d’œuvrer pour le respect des identités religieuses ? A ne pas oublier : le Rapport des ONG est attendu pour le 30 septembre 2017 au plus tard.

MCL et OB

Les défis de la révolution numérique pour les ONG


Conférence internationale des ONG 2016
« Les défis de la révolution numérique pour les ONG »


Tel était le thème de la Conférence internationale des ONG 2016 qui s’est tenue du 12 au 14 décembre 2016 au Siège de l’UNESCO et qui a rassemblé 250 représentants d’ONG du monde entier.  


La Conférence internationale des ONG a pour objectif de réunir tous les deux ans l’ensemble des ONG partenaires officiels de l’UNESCO.

affiche-comite-ongPendant trois jours, sous l’impulsion d’une vingtaine de panélistes reconnus du monde académique, philosophique et institutionnel, les discussions ont porté sur quatre axes : « Les défis de l’accès numérique à l’information» ; «La révolution numérique et son impact sur la diversité des expressions culturelles» ; «La science face à la révolution numérique : quelle éthique » et «La formation en ligne relève-t-elle les défis des systèmes éducatifs dans le monde ? », sujets au cœur du mandat de l’UNESCO et partagés par les ONG.

Lieu privilégié de rencontre et de dialogue entre les ONG, et avec des représentants de l’UNESCO et des États membres, la Conférence représentait une occasion d’évaluer leur coopération collective, d’établir le bilan des deux dernières années, de définir une feuille de route pour les deux années à venir et d’élire son nouveau président et une partie des membres du Comité de Liaison.

A l’issue de ses travaux, la Conférence a appelé à un partenariat renforcé avec la société civile conformément à l’objectif 17 (ODD17) de l’Agenda 2030 pour le développement durable et a engagé les ONG à consolider leur rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda.

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Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé

11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé
8 et 9 décembre 2016

UNESCO


Le 14 mai 1954 à la Haye a été adoptée la Convention sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Cette convention a été signée par 127 pays. Le 26 mars 1954, un premier protocole, signé par 104 pays, prévoyait surtout la création d’un comité consultatif national qui intervienne auprès de son gouvernement en cas de conflit armé. Un deuxième protocole, adopté en 1999, signé par 69 états prévoyait surtout la création du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, composé de 12 membres élus parmi les 69 états signataires. Le Deuxième Protocole de 1999 complète les dispositions de la Convention de La Haye de 1954 relatives à la sauvegarde, au respect des biens culturels et à la conduite des hostilités. Le statut de « protection renforcée » peut être demandé par les Etats parties pour les biens culturels en péril qui revêtent la plus grande importance pour l’humanité, qui bénéficient de mesures de protection juridiques et administratives adéquates au niveau national, qui ne sont pas utilisés à des fins militaires, et pour lesquels des sanctions spécifiques sont prévues en cas de sérieuses violations. Le même protocole prévoit la création d’un Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Ce mois de décembre a eu lieu la 11e réunion annuelle du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé, créé par le protocole de 1999 qui est entré en vigueur en 2004 . Parmi les sujets discutés, il y a eu surtout :

  • L’examen des demandes d’octroi de la protection renforcée : Monuments historiques de Mtskheta (Géorgie) et Tombeau des Askia (Mali),

  • La demande d’assistance internationale au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé soumise par le Mali en rapport à la demande d’octroi de la protection renforcée pour le Tombeau des Askia,

  • Le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation,

  • Le développement des synergies avec les autres instruments normatifs et programmes pertinents de l’UNESCO et renforcement des partenariats (la coopération avec la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et avec la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels).

Après avoir élu son nouveau Président, M. Sophann Ket (Cambodge), le Comité a pris plusieurs décisions, parmi lesquelles l’octroi de la protection renforcée au Tombeau des Askia au Mali et aux Monuments historiques de Mtskheta en Géorgie, tous deux sites du patrimoine mondial.

La demande de Mali de financement (pour le tombeau des Askia) au titre du Fonds pour la protection des biens culturels en cas de conflits armé a été approuvée. L’aide consiste en une somme de 35 mille dollars des États-Unis qui devra financer des activités comme :

  • la sensibilisation des communautés locales,

  • la documentation pour une législation pénale,

  • un inventaire détaillé,

  • plan de formation continue des forces armées maliennes (FAMA).

La Libye s’est vue octroyée, elle-aussi, la somme de 50 000 dollars pour des mesures d’urgence liées à des fouilles illicites, érosions, pour des aspects pratiques comme le renforcement des portes et des fenêtres dans les musées.

Dans le même temps, le Secrétariat a encouragé les autorités libyennes compétentes à soumettre une demande d’octroi de protection renforcée, et a demandé aux deux requérants de fournir des rapports détaillés sur l’utilisation qui sera faite de l’assistance financière. On a évoqué aussi la possibilité d’intégrer cette demande dans le programme Heritage at risk dédié aux monuments en péril, programme de l’ICOMOS (Conseil International pour les Monuments et Sites culturels).

Le Comité a également discuté de la « Stratégie pour le renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé », qui a été adoptée en novembre 2015. Le Plan d’action développé dans le cadre de la Stratégie se concentre sur le développement de matériels de formation, le renforcement des capacités pour l’exécution des lois nationales, la protection des biens culturels par les forces armées et le secteur juridique, le trafic illicite des objets culturels, l’intégration de ces éléments dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies (incluant une composante policière et civile), l’évaluation des risques et la planification d’urgence du patrimoine dans les zones à risques.

Le Comité international du Bouclier bleu (ICBS) est un comité de professionnels, international et indépendant, qui regroupe les musées, les archives, les archives audiovisuelles, les bibliothèques, les monuments et les sites historiques. Le Bouclier bleu est le symbole employé pour identifier les sites culturels protégés par la Convention de 1954 de la Haye, patrimoine culturel mondial menacé par les catastrophes naturelles ou d’origine humaine. Le Bouclier Bleu réunit l’expertise et les savoir-faire des réseaux internationaux de chacune de ces organisations non gouvernementales œuvrant en faveur du patrimoine culturel :

Lors de cette 11e réunion du Comité pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, le rapport du Bouclier Bleu sur les situations où les biens culturels sont menacés dans le contexte d’un conflit armé, y compris d’occupation, rapport qui était prévu à être présenté lors de cette réunion n’a pas pu être présenté, à cause des retards dans le travail de l’UNESCO avec l’ICOM et à cause de problèmes budgétaires.

Le délégué de la Géorgie auprès de l’UNESCO a accentué que deux régions en Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud se trouvent encore sous occupation russe et il suggère que le rapport du Bouclier Bleu devrait retenir le cas des biens culturels sous occupation comme ceux des territoires occupés de Géorgie.

L’Italie a mis en exergue le fait que la protection des biens culturels est aussi une action humanitaire. Les déplacements humains peuvent être assimilés à un déplacement de biens culturels puisque les communautés humaines se déplacent avec leur culture, leur genre de vie, leurs habitudes.

Pour conclure, Mechtild Rössler, la Directrice de la Division du patrimoine a encouragé tous les participants à promouvoir la Convention de 1954 et à joindre leurs forces dans la mise en œuvre de la Stratégie pour le « renforcement de l’action de l’UNESCO en matière de protection de la culture et de promotion du pluralisme culturel en cas de conflit armé ».

Nous pouvons remarquer, quant à nous, que les pays les plus concernés par le besoin de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, tels que la Syrie, l’Irak, l’Israël, bien que signataires de la Convention de 1954, ne sont pas signataires du deuxième protocole de 1999, alors que des pays comme Mali, Libye ou Palestine le sont !
Les biens culturels des pays comme Syrie, Irak, Israël ne peuvent pas bénéficier, en cas de conflit, des mesures de protection prévues par la Convention de 1954 et le Protocole de 1999 !
Il serait intéressant de savoir quels efforts sont faits pour encourager l’adhésion des pays qui n’ont pas encore signé cette Convention. Ou plus spécifiquement encore, comment encourager l’adhésion à cette Convention des pays où il y a conflit et où des biens culturels chrétiens sont menacés par ces situations de conflit ?

MCL et OB

Comité de liaison ONG-UNESCO : Élections du Président et des membres

La Conférence internationale des ONG 2016 s’est tenue les 12, 13 et 14 décembre 2016 à Paris, Maison de l’UNESCO, avec l’organisation des élections des membres du comité de liaison et de son Président.

En voici les résultats :

Président : Philippe Beaussant CCIOFF
Élu par 85 voix sur 105 voix exprimées (124 électeurs)

Patrick Gallaud : AFAL Région Europe/ Amérique du Nord
Richard Francis APEH : JECI (Jeunesse étudiante catholique internationale) France
Marie Christine Gries de la Barbelais : SOROPTIMIST – Grande Bretagne
Térésa Kennedy : ICASE (International Council of Associations for Science Education) USA
Victoria Lovelock : CCSVI (Comité de Coordination du service volontaire International)
Marie Claude Machon Honoré : BPW International
Pablo Gentili : FLASCO (Faculté sciences sociales) Région Amérique latine et Caraïbe. Argentine
M Shen Che : CFPA Asie Pacifique (China Folklore Photographic Association) Chine
Mbuyamba Lupwishi : OCPA   Région Afrique (Observatoire de Politique Culturelle en Afrique) Mozambique
Abdelbasset Ben Hassen : IADH Région Etats arabes (International Association for Disability and Oral Health) Tunisie

La pensée complexe « Les défis d’un monde globalisé »

Premier colloque mondial organisé à l’UNESCO
les 9 et 10 décembre 2016
par la Commission nationale française pour l’UNESCO

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Les 9 et 10 décembre dernier plus de 350 personnes ont participé au premier colloque mondial sur la pensée complexe qui doit sa tenue à la Commission nationale française pour l’UNESCO : de larges échanges de vue portant sur des thèmes à la fois conceptuels et ancrés dans la réalité du monde d’aujourd’hui ; Une journée d’un intérêt exceptionnel.

edgar-morinGrand penseur moderne de la Complexité, Edgar Morin a, en quelque sorte, été l’âme de ce colloque. Il l’a accompagné tout au long de ces deux journées de réflexions, réflexions denses, variées, allant au-delà du discours philosophique. On l’a célébré à la fois lors de certains témoignages, et par la remise d’un nouveau titre de docteur honoris causa (université de Monterrey-Mexique).

Le colloque était placé sous le double patronage du gouvernement français (présence à l’ouverture du secrétaire d’état à la recherche M. Mandon) et de l’UNESCO, qui, à l’occasion de cet événement, a officialisé la création de la « Chaire internationale de la complexité ».

Plusieurs autres institutions ont concouru au succès de l’événement : l’Association pour la pensée complexe, l’ESSEC (qui compte parmi ses enseignements un module « analyse de la complexité »), l’Insituto Piaget (réseau d’institutions éducatives d’origine portugaise), le réseau CANOPE (réseau de création et d’accompagnement pédagogique). A signaler aussi un hommage posthume au fondateur de la MULTIVERSIDAD Mundo Real, M RubenReynaga, une université dont le contenu et l’organisation des enseignements sont largement inspirés des préceptes ou principes de la pensée complexe qu’Edgar Morin a développés au cours des vingt dernières années au travers de nombreuses publications.

L’une de ces publications a été citée à de nombreuses reprises : « les sept savoirs nécessaires pour l’éducation du futur »… Rédigée à la fin des années 90 en réponse à une demande du directeur général de l’UNESCO Frederico Major qui voulait une réflexion d’ensemble sur les programmes éducatifs de l’UNESCO, cette contribution aura été opportunément mentionnée car elle illustre bien ce que l’on peut dire de la pensée complexe en général, singulièrement dans notre temps, et, au-delà de cette généralité, parce que, conformément à la commande de l’époque, elle concentre l’analyse sur l’éducation, qui, finalement apparaît comme essentielle pour aider à maîtriser toutes les dimensions de la complexité dans notre monde moderne.

Si la complexité a toujours fait partie intégrante de notre monde, et implicitement ou non a retenu l’attention des grands penseurs dès l’antiquité – ont été cités Platon, Socrate, Héraclite – il y a assurément à actualiser ces approches, revoir aussi nos « discours de la méthode ».

On a aussi rappelé un propos de J. Maritain qui, lors de la seconde conférence générale de l’UNESCO, disait au sortir de la seconde guerre mondiale qu’il fallait revoir la façon d’organiser les réflexions… et puis, nouvel impératif, avec les immenses changements de ces dernières années, on doit certainement se remettre à l’ouvrage. Les présentations problématiques qui nous ont été données montrent bien à quel point les approches peuvent et doivent changer, en délivrant des messages inspirants, en donnant des clefs pour éviter les erreurs et les illusions, et réduire les risques de dérives que pourrait induire un monde qui, il faut s’y faire, est fragile.

Jack Lang a rendu hommage à Edgar Morin qui a contribué à faire évoluer les approches éducatives en France dans les années 90. Un peu à l’image de cette complexité thème des discussions, le colloque a été nourri de regards croisés : croisée géographique – une douzaine de nationalités représentées à la tribune (venant surtout d’Europe et d’Amérique latine, d’Afrique aussi), plus de trente intervenants aux profils variés : philosophes sociologues, politiques, scientifiques, experts en sciences de l’éducation, en systèmes d’information, consultants etc.

La philosophie était très présente, mais pas de façon abstraite même si on a parlé d’épistémologie, d’ontologie, de dialectique et de dialogique. Les thèmes des quatre tables rondes et l’approche des intervenants ont été plus concrets et ancrés dans le réel que purement conceptuels, mais n’est ce pas ainsi qu’il faut approcher la complexité de nos jours ?

Des nombreux propos tenus, notamment ceux de Edgar Morin, on retiendra les éléments les plus mis en évidence pour faciliter le traitement des questions problématiques et pratiques soulevées par la complexité.

En complément de cet article, lire :
La maîtrise de la pensée complexe :
quelques principes, recommandations, voire évidences
Les quatre tables rondes :
–  Table ronde I : l’éducation et l’apprendre à vivre
– Table ronde II : Au-delà de la connaissance : la Connaissance de la connaissance
– Table ronde III : La décision, l’action, l’éthique
– Table ronde IV : L’ère planétaire, plus que la globalisation

Voir/écouter Edgar Morin sur Youtube
Visiter le site web de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO

Comment prévenir l’antisémitisme par l’éducation, la culture et la communication ?


Mardi 6 décembre 2016 à l’UNESCO


Table ronde organisée conjointement par l’UNESCO et l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste (IHRAInternational Holocaust Remembrance Alliance) avec le soutien de la Shoah Fundation – University of Southern California.
La table ronde réunissait sept experts internationaux, professeurs d’universités, responsables d’ONGs pour la paix et contre le racisme, et de responsables juifs.1

La séance été introduite par Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO et par S.E. M. Mihéna Constantinescu, Ambassadeur, Président de l’IHRA. Le discours d’ouverture a été prononcé par M. Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux, Ancien Président du Conseil Constitutionnel (France).

Mme. Irina Bokova a indiqué immédiatement que l’antisémitisme était « au cœur de l’actualité », faisant allusion au terrorisme à visées antisémites contre des enfants, en France, et au climat général de critiques haineuses et systématiques contre Israël. Dès lors elle a réaffirmé la vocation de l’UNESCO à lutter contre le racisme, la xénophobie, par un travail éducatif sur tous les continents, le rôle fondamental de la culture, le dialogue et la tolérance. Elle a enfin réaffirmé que : « Cette lutte appelle à une action commune car l’antisémitisme n’est pas seulement le problème des communautés juives. Il nous concerne tous, quelles que soient nos origines ».

M. Mihéna Constantinescu a rappelé le rôle de l’IHRA. Fondée en 1998, l’Alliance regroupe 31 pays membres, 11 pays observateurs et 7 partenaires internationaux permanents. Elle coopère avec l’UNESCO et elle est ouverte aux ONGs. Le fondement est l’adhésion des membres sur les termes de la Déclaration du Forum International de Stockholm sur l’Holocauste de janvier 2000. L’objectif de l’Alliance est d’élaborer et de promouvoir des politiques relatives à l’enseignement, à la recherche et la commémoration de l’Holocauste au niveau national et international. Elle vise en particulier l’éducation des jeunes. L’assemblée plénière de l’IHRA en Roumanie, en mai 2016, vient d’adopter une Définition Concrète l’Antisémitisme. Selon Mme Irina Bokova, il s’agit : « d’une avancée considérable pour aider à mettre des mots précis sur le sujet et un socle de tout engagement contre toutes les formes d’antisémitisme ». Cette définition sera adoptée formellement par l’Organisation pour la Coopération et la Sécurité en Europe (OSCE) à sa prochaine assemblée de Hambourg.

M. Robert Badinter a fait une présentation plus historique. Il dénonce l’antisémitisme comme un mal « multiséculaire », depuis la prise de Jérusalem :

  • un antisémitisme religieux remontant à l’édit de Constantin en 315, et fondé sur la haine du peuple « déicide »,

  • un antisémitisme national, « l’étranger suspect » dans les nations, le complot international, l’affaire Dreyfus,

  • un antisémitisme « scientifique et racial », en référence à la race supérieure.

D’où 2 aspects historiques opposés : la révolution et la constituante de 1791 où les juifs de France sont citoyens français à part entière, et l’antisémitisme forcené nazi, avec le IIIème Reich et les lois de Nuremberg en 1933, avec la loi allemande de la protection de la race par la loi du sang.

Robert Badinter tire de ce rappel historique une question et une conclusion : comment un peuple, chrétien, civilisé, cultivé, scientifique, comptant de nombreux génies dans toutes les disciplines a-t-il pu basculer dans le racisme et l’antisémitisme le plus cruel et le plus inhumain ?

A l’évidence, la culture et l’enseignement ne sont pas suffisants pour éradiquer l’antisémitisme.

Actuellement il faut aussi prendre en compte le conflit israëlo-palestinien qui n’a jamais cessé depuis la création de l’État d’Israël. Aujourd’hui, l’antisémitisme s’alimente de tout ce climat, même si certains veulent faire une différence entre l’antisémitisme à caractère communautaire et religieux et l’antisionisme à caractère politique et conflictuel.

Le décor est planté : comment lutter contre l’antisémitisme, le racisme, la haine de certaines minorités ?

Les différents orateurs déclineront cette question sous différents aspects. L’éducation à la connaissance des faits, aux risques des haines qui conduisent aux catastrophes telles que la Shoah, l’éducation à l’empathie, l’éducation positive montrant l’apport des juifs à la science et à l’art… ne suffisent pas à conjurer les haines et les violences.

Dès lors, que faire d’autre ?

  • des programmes éducatifs pour les enfants mais aussi pour les enseignants et les parents.

  • sensibiliser les responsables des médias et les politiques, et étendre ces questions à toutes les formes de racisme.

  • combattre l’antisémitisme par les témoignages et l’actualité ; faire réfléchir les enfants lors des attentats : ex. attaque de la grande synagogue de Copenhague.


En conclusion, la recherche de la paix par les champs couverts par l’UNESCO, notamment grâce à l’éducation et la culture, montre ses limites, même si elle permet d’entretenir une prise de conscience pour le présent et le futur.

L’antisémitisme et la Shoah reste un thème permanent pour l’UNESCO.

Denis Chaigne/Dominique Glorieux


Lien vers l’IHRA
Déclaration de Stockholm du 28 janvier 2000

Compte rendu de l’UNESCO


1 Professeur Steven Katz, Conseiller auprès de l’IHRA, Professeur d’études juives et d’histoire de l’Holocauste, Université de Boston; Professeur Dinat Porat, Directrice du Centre Kantor pour l’étude de la communauté juive européenne, Université de Tel Aviv (Israël); M. Jean-Yves Camus, Chercheur associé à l’IRIS (France); Mme. Katharina von Schnurbein, Coordinatrice de l’Union Européenne chargée de la lutte contre l’antisémitisme; M. Dervis Hizarci, Président de l’Initiative Kreutzberg contre l’antisémitisme (KlgA) (Allemagne); Mme Cristina Finch, Directrice du Département de la tolérance et de la non-discrimination, OSCE ; Mme Mariane Lère, Chaire UNESCO pour l’enseignement des génocides, Shoah Foundation – University of Southern California.

Les technologies numériques et l’aide aux personnes handicapées


Autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées
Journées internationales des personnes handicapées
2 décembre 2016

UNESC0


prix-handicap-redimensionneLe prix UNESCO/Emir Jaber Al-Ahmad Al Jaber-Al-Sabah pour l’autonomisation par les technologies numériques des personnes handicapées a été créé en 2003 par le père du présent Emir du Koweït.
Aujourd’hui 1 milliard de personnes souffrent d’un handicap soit 15 % de la population mondiale dont 100 millions d’enfants.

S.E.M. Meshal Hayat – ambassadeur, Délégué permanent de l’État du Koweït auprès de l’UNESCO – a ouvert la cérémonie en insistant sur l’importance de relever le défi d’ouvrir de nouveaux horizons aux personnes handicapées par les moyens qu’offrent les récentes technologies numériques.

Au cours de la table ronde plusieurs personnalités ont souligné les difficultés qu’elles rencontraient pour répondre aux besoins exprimés par les personnes handicapées. La lutte contre la pauvreté est importante.

Mme Saima Wazed Hossain – Présidente du Comité consultatif national sur l’autisme, psychologue, membre du tableau d’experts sur la santé mentale de l’Organisation Mondiale de la santé (Bangladesh) – a précisé qu’elle avait été aidée par sa mère 1er ministre pour intervenir en faveur des personnes dont le handicap n’était pas visible. Les maladies mentales survenues après la guerre étaient mal comprises. Le diagnostic était difficile. Un énorme besoin de recherche était nécessaire.

Mme May Chidiac – Fondatrice de la May Chidiac Foundation, Journaliste libanaise et Lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano en 2006 (Liban) – a différencié les personnes nées avec un handicap et celles qui sont devenues handicapées suite à un accident ou suite à un attentat. Toutefois, dans les deux cas, la technologie peut offrir un sentiment d’indépendance qui permet une intégration plus facile au sein de la société.

M. Klaus Miesenberger – Professeur à l’Institut des études intégrées à l’Université Johannes Kepler de Linz et à l’International Conference on computers helping people with Special Needs (Autriche) – Le potentiel technologique augmente plus vite que les systèmes éducatifs. Bien que les personnes handicapées pourraient adopter très vite cette technologie, il existe de gros problèmes d’accès à la disposition de tous.

M. Martin Babu Mwesigwa – Membre et rapporteur du Comité de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et ancien responsable des programmes de la National Union of Disabled Persons in Uganda – La situation des personnes handicapées est difficile en Afrique. Beaucoup de personnes doivent leur handicap à 6 ans de guerre. Tous les niveaux de la société sont touchés par ces handicaps, du village au gouvernement. Des difficultés, tant économiques que culturelles, se posent dans le domaine de la santé comme dans le domaine de l’emploi.

Le prix a été remis à deux personnes non voyantes. La première a été reconnue pour une innovation informatique permettant aux personnes non voyantes un accès à des fichiers d’études. La seconde récipiendaire a créé un bibliothèque « universelle » pour non voyants. Pour faciliter la mise en œuvre de cette innovation, l’Argentine a introduit par voie législative la possibilité de publication de tout ouvrage sous une forme accessible à un handicapé visuel.

Lire le communiqué de presse sur le site de l’UNESCO

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

Les grandes migrations dans l’ancienne Asie Mineure
Circulation, échanges et transformations sociales

29-30 novembre 2016
Maison de l’UNESCO
Paris

20161130smallIl s’agit de la 6ème conférence relative aux migrations dans l’ancienne Asie Mineure dont l’objectif est de participer au progrès de l’humanité en favorisant le rapprochement des cultures, de mieux appréhender les origines communes.

Migrations et processus de sédentarisation dans l’Asie Mineure

M. Olzhas Suleimenov – Président de la Fondation « culture », poète, auteur, diplomate et fondateur du mouvement Nevada Semipalatinsk au Kazakhstan :
Le thème de la conférence est apparu il y a environ 25 ans quand les peuples des nouveaux États se sont intéressés à leur histoire, à leur origine. La méditerranée est un « patrie » intermédiaire de notre humanité. C’est là que sont apparues les langues, les écritures…

Dr George Busby – post-doctorant associé de recherche au département de zoologie de l’Université d’Oxford :
La génétique est un outil qui permet de dater les échantillons que sont les fossiles, les ossements. L’ère des chasseurs cueilleurs se situe entre 10 000 et 5 000ans avant Jésus-Christ. L’ère des « fermiers » qui succède, se répand sur le territoire européen à partir de l’Anatolie. L’Asie Mineure a joué un rôle essentiel.

Yessetzhan Kossubaev – ancien Ministre de la Culture du Kazakhstan, Co-Président de la Fondation Universal Media Service :
En politique, sans connaissance de ses racines profondes on ne peut pas comprendre les problèmes à régler.Les processus migratoires méritent d’être connus. Aujourd’hui tout a besoin d’être monétisé. Or il est difficile de monétiser les sciences humaines. C’est pour cela que les Etats doivent s’investirent. Le Kazakhstan pourrait servir de plate forme pour la recherche en sciences humaines.

Dr Luiz Oosterbeek – archéologue et secrétaire général du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines Portugal :
Le processus de l’immigration s’étudie selon 2 mécanismes : l’assimilation, la conservation, la mémoire d’un coté, et de l’autre l’accommodation, la flexibilité de comportement, l’incorporation, l’histoire. Le changement de comportement présente d’abord une résistance qui implique souvent la mort que suscitent les affrontements. Les grandes migrations sont associées aux changements climatiques et notamment aux réchauffements climatiques. Avec les migrations, des frontières sont construites pour garder l’identité du territoire « conquis » mais les mariages exogamiques engendrent une nouvelle identité.

 – Débat –

Il est indispensable de ne pas dissocier l’étude génétique, qui est une science récente, des études archéologiques qui regroupent plusieurs disciplines sur des territoires plus étendus.


Changement linguistique et culturel


Dr Zhaken Taimagambetov :– directeur adjoint du Musée National du Kazakhstan :
Tout le monde sait que l’homme est apparu en Afrique et qu’il s’est propagé. En Géorgie, on a trouvé une boîte crânienne et une mâchoire d’environ 1,6 millions d’années. On trouve l’itinéraire du nouvel homme d’1million d’années en Eurasie. En Turquie, en Afghanistan, au Kazakhstan, on trouve des campements où sont concentrés de petits objets. La datation est difficile parce que ces objets ne sont pas enfouis. Ils sont comparables à ceux que l’on trouve en Afrique.

Dr Marsil Farkhshatov – directeur de département à l’institut d’Histoire, Langue et Littérature du Centre Scientifique d’Oufa, Académie Russe des Sciences : L’identification des découvertes est difficiles. Zedi Validi Togan fut un homme politique et un scientifique, un « turcologue » spécialiste du 11ème et 14 ème siècle. Il reconnaît que ce qui est le plus controversé dans les recherches est la question de la datation. Les objets sont à la surface du sol. Il est difficile de les comparer à ceux qui existent en Asie ou en Afrique. Donc on parle de « datation relative ». Mais il est reconnu que l’homme vient de l’Afrique.

Dr Tsagaan Turbat – chef du département de l’ère du Fer et du Bronze à l’Institut d’Histoire et d’Archéologie, Académie Mongole des Sciences :
Au 1
er millénaire avant Jésus-Christ, un échange intensif de biens précieux a eu lieu entre le monde méditerranéen et le monde asiatique. On trouve aujourd’hui en Mongolie de grands sites aux découvertes prestigieuses : tombes d’élite, tombes circulaires, art rupestre. Certains sites sont inscrits au patrimoine mondial. Les nécropoles des élites sont liées à la culture chinoise. Dans les années 1920 des objets chinois ont été trouvés dans les tombes de nomades. Certains objets viennent de bien plus loin : par exemple un tapis « serait » d’origine occidental. Les chercheurs se posent beaucoup de questions sur l’origine de ces objets. Dans les tombeaux circulaires datés de l’âge du fer, on constate des restes de sacrifices d’animaux. Des objets s’y trouvent, qui viennent du monde méditerranéen oriental : perles, poteries, céramiques.

Dr Farhad Guliyev – archéologue spécialisé dans l’histoire de l’Antiquité et l’archéologie du Caucase et de l’Asie Mineure à l’Académie Azerbaïdjanaise des sciences :
Les premières sociétés néolithiques datent de 5950 à 5450 avant Jésus-Christ. Les fouilles au sud du Caucase ont commencé en 2008 et ont mis en évidence des pratiques agricoles datant de 8000 ans. Les populations d’agriculteurs « seraient » parties du Moyen Orient lors de changements climatiques. On trouve des objets qui ont des points communs avec ceux trouvés au Moyen Orient : silex, des pointes, des frondes.

– Débat –

Plus tard d’autres analyses permettront de différencier ce qui est de la transmission et ce qui est des mutations locales. Les échanges ne seraient pas tant des actes de commerce que du pillage.


Savoirs, développement et avancées technologiques


Prof. Leyla B. Djansugurova – directrice générale de l’Institut de génétique et cytologie Kazakhstan :
Le Kazakhstan est au carrefour de l’Europe et de l’Asie. Ce pays est peuplé de tribus diverses : iraniens, turcs, irakiens puis plus tard de mongols. Les projets d’études des mouvements de ces tribus sont récents (de 2013 et 2014) et sont menés à partir des découvertes archéologiques.

Dr Mehmet Ozdogan – archéologue et professeur émérite à l’Université d’Istanbul Turquie :
L’Anatolie est importante à cause de sa position géographique. Il s’agit à la fois d’un pont et d’une barrière. Du néolithique à l’âge de bronze, on passe d’une société de chasseur cueilleur durant laquelle ont eu lieu plusieurs déplacements, une dissémination des populations vers le centre de l’Anatolie, région peu peuplée à une société qui se tourne vers l’ouest, qui commerce, pour laquelle la métallurgie joue un rôle important d’où le commerce des métaux. C’est à cette époque qu’apparaît la domestication du cheval, que des caravanes assurent des échanges.

Dr Garret Hellenthal – chercheur Sir Henry Dale à l’Institut de Génétique, University College London :
Le problème de la recherche est que nous disposons de peu d’échantillons en raison du froid climatique. Mais les 800 échantillons disponibles sont de très grande qualité. On ne peut remonter que sur 5000 à 4000 avant Jésus-Christ parce que les segment de recherche sont trop petits. Les brassages les plus anciens sont cachés.

 – Débat –

On ne sait pas grand-chose de la population anatolienne avant l’âge de bronze. Il s’agit d’étudier ce que dit l’ADN et, pour l’interpréter, d’utiliser d’autres disciplines.

UNESCO : 16 novembre 2016 Journée Internationale de la Tolérance

16 novembre 2016 :
Journée Internationale de la Tolérance
Attribution du Prix Madanjeet Singh
pour la promotion de la tolérance et de la non-violence

Siège de l’UNESCO

La cérémonie pour l’attribution de l’édition 2016 du prix Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a eu lieu au siège de l’UNESCO le 16 novembre, Journée internationale de la tolérance.

Le Prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence a été décerné pour la première fois en 1996. Il a été créé en 1995 pour marquer l’Année des Nations Unies pour la Tolérance et le 125ème anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi. Il porte le nom de Madanjeet Singh, en reconnaissance de cet Ambassadeur de bonne volonté auprès de l’UNESCO, artiste, écrivain et diplomate indien dont on a voulu ainsi saluer le dévouement et l’engagement au service de la paix et de la tolérance. En effet, son engagement contre la violence date depuis la révolte Quit India contre le colonialisme, de 1942, quand il a été emprisonné, puis libéré et expulsé. Pendant 30 ans il a été ambassadeur de l’Inde dans différents pays et depuis 1982 il a rejoint l’UNESCO où il a été nommé Directeur du Secteur culturel. En 2000, Madanjeet Singh crée la South Asia Foundation pour la promotion de la coopération régionale entre les huit pays de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Depuis son décès, en 2013, c’est la South Asia Foundation qui a pour mission de perpétuer son message de dialogue et de tolérance.

Ce prix vise à promouvoir l’esprit de tolérance dans les arts, l’éducation, la culture, la science et la communication. Doté d’un montant de 100 000 dollars, il est décerné tous les deux ans à des personnes ou des institutions pour leurs contributions exceptionnelles en faveur de la cause de la tolérance et de la non-violence.

Pour cette année 2016 le Prix a été décerné au Musée Juif et Centre de recherche et de méthodologie pour la tolérance, la psychologie et l’éducation (Centre de tolérance) de la Fédération de Russie, de Moscou.

Le jury a été formé du Professeur Nadia Bernoussi (Maroc), M. Marek Halter (France), et Dr Kamal Hossain (Bangladesh).

Des allocutions ont été prononcées par Madame Golda El-Khoury, Secrétaire du Prix UNESCO-Madanjeet Singh, Madame Nada Al-Nashif, Sous-Directrice Générale de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines, Madame France Marquet, Administratrice principale de la Fondation Madanjeet Singh, Monsieur Alexander Boroda, Directeur Général du Centre de la Tolérance, Madame la Professeur Nadia Bernoussi, Présidente du Jury International.

Des moments artistiques ont été assurés par le Chœur Philharmonique International, désigné comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix », placé sous la direction d’Olivier Kontogom, et par le pianiste Serguei Markarov, lui aussi distingué comme « Artiste de l’UNESCO pour la Paix ».

Madame Nadia Bernoussi a précisé les critères d’appréciation qui ont amené le jury à choisir le lauréat de cette année parmi une cinquantaine de candidatures :

la qualité du dossier,
des méthodes modernes d’éducation,
lien entre le centre et les valeurs de la non-violence,
multiplicité des méthodes,
ces valeurs promues dans un espace multiethnique.

Monsieur Alexander Boroda, directeur du Musée Juif et Centre de la Tolérance qui est aussi le président de la fédération des communautés juives de Russie a souligné la nécessité de préserver dans toute société la tolérance sociale et religieuse. Il a mis tout particulièrement l’accent sur l’idée que la tolérance doit viser une plus grande harmonie. Cet objectif d’harmonie est, selon lui, la seule voie pour avancer vers un monde meilleur, en misant sur l’entente entre les personnes et le soutien mutuel. Pour cela, des techniques modernes de communication doivent être mises en place et le Centre de la Tolérance le fait. L’éducation des jeunes générations est essentielle pour l’harmonie du monde futur. Dans ses quatre ans d’existence, le Centre de la Tolérance a œuvré en ce sens par le biais de plus de 60 programmes portant sur la tolérance face à la xénophobie ou au racisme, et sur le dialogue interculturel.

A noter que Le musée juif et centre de tolérance est le plus grand musée juif du monde (17 000 m2) et la plus grande surface d’exposition en Europe (4 500 m2 réservés aux expositions).

L’ensemble « Musée Juif et Centre de la Tolérance » se distingue par des programmes pédagogiques et de recherche qui assurent la promotion du dialogue entre les religions et les autres visions du monde avec un accent particulier sur la jeunesse. Des programmes d’éducation civique et de tolérance sociale sont mis en place à l’adresse des enfants et des jeunes, en partenariat avec les écoles de Russie.

A titre d’illustration, nous pouvons citer une action conduite en septembre 2014 dédiée à la prise d’otages de Beslan, qui, en 2004, avait fait 187 victimes ; 100 enfants des écoles de Moscou ont ainsi participé à cette initiative de sensibilisation et de prévention sur la base d’une idée-force « Nous pouvons vaincre le terrorisme », expression retenue comme intitulé de ce programme. Les enfants ont parlé de ce que le terrorisme signifie pour eux, comment il faut agir dans de telles situations de crise, qu’est-ce que chacun d’eux peut faire à son niveau pour prévenir ces actes, transformer la haine et l’exclusion dans des actes d’amour et d’acceptation, de tolérance. Ils ont emporté les affiches qu’ils ont faites pendant cette séance pour les exposer dans leurs écoles.

Un autre programme intitulé « 5 pas vers la Tolérance » a réuni, toujours en 2014, des spécialistes de l’éducation. Parmi les sujets traités, on aura noté particulièrement : conciliation et respect des cultures et des traditions ethniques, consolidation de la responsabilité sociale et de l’attitude civique chez les les enfants, les moyens de populariser les valeurs de la tolérance dans les institutions éducatives, les moyens de créer dans les écoles une atmosphère psychologique propice à la prévention du mépris mutuel et de l’agressivité.

Plus d’informations sur les activités du Musée Juif et Centre de la Tolérance peuvent être trouvées sur leur site internet (en anglais et en russe).

Il est à noter que c’est pour la première fois depuis la création de ce prix, que le récipiendaire est un organisme dédié à la culture juive (les autres lauréats proviennent des pays comme Rwanda, Pakistan, Égypte, Bangladesh, Sri Lanka, Palestine, Chili, Mali).
Voir la liste des lauréats passés

17 novembre 2016 : Table ronde sur la tolérance avec pour thème « Parler haut et fort, ensemble pour la tolérance » organisée au siège de l’UNESCO.

Plus de tolérance, mieux la comprendre, plus la pratiquer, tous concernés, les risques de l’intolérance, conflits, endoctrinement, quel avenir ? un espoir à cultiver : la formation des jeunes.

Table ronde modérée par John Crowley, chef de section dans le Secteur des sciences sociales et humaines, avec les intervenants :

Madame Catherine Audrain, Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, Université du Québec à Montréal

Monsieur Tom Rockmore, Distinguished Professor, University of Beijing

Madame Dandan Jiang, Associate Professor, Shanghai Jiao Tong University

Monsieur Lionel Veer, Ambassador of the Kingdom of the Netherlands to UNESCO

Madame Catherine Audrain est l’initiatrice du programme « PhiloJeunes » à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), programme centré sur l’éducation aux valeurs démocratiques et civiques à travers le dialogue philosophique pour les jeunes de 5 à 16 ans.

Ce programme vise à développer l’esprit critique pour rendre les enfants moins exposés aux manipulations intégristes. Cela développe l’estime de soi des enfants et le raisonnement moral. Ils deviennent plus aptes à détecter les germes de la violence et à s’en éloigner. Ils acquièrent une identité plus solide, qui leur permet de se réaliser et s’intégrer dans les sociétés actuelles. Ce sont les jeunes de 11 à 16 ans qui sont les plus ciblés, parce que c’est cette classe d’ âge qui est le mieux à même de recevoir ces « enseignements » sur la violence et qui, partant, est celle qui peut le plus bénéficier d’un « discours » de prévention de la radicalisation et de l’intégrisme. Des équipes de philosophes, des pédagogues interviennent. Les jeunes sont invités à écrire des textes, en faisant jouer leur esprit critique sur les sujets abordés (la religion, la radicalisation, l’intégrisme, etc.), ces textes sont discutés dans les écoles.

La philosophie pour les enfants consiste finalement à revenir au dialogue socratique. Par ce truchement, les jeunes sont amenés à réfléchir sur des questions importantes avec leurs mots. On parvient par exemple alors à leur faire entrevoir la différence entre foi et connaissance. On les amène à chercher comment ils peuvent soutenir un énoncé par un raisonnement, comment argumenter pour défendre un avis, et aussi, toujours pour apprendre à mieux échanger, faire découvrir comment nuancer éventuellement une première opinion, réfléchir avec les autres, se mettre à la place de l’autre, en empathie, comment développer une éthique collective.

Catherine Audrain est également à l’origine du programme éducatif Prévention de la violence et philosophie pour enfants, implanté aujourd’hui dans 20 écoles à Montréal, de la maternelle à la sixième année. Lancé en 2005, le programme Prévention de la violence et philosophie pour enfants s’inspire des travaux du philosophe américain Matthew Lippman, menés il y a 40 ans. La méthode consiste à susciter des discussions avec les enfants à partir de courts romans abordant les thèmes de la violence, du conflit et de la justice. «En amenant l’enfant à porter un jugement moral et critique sur le monde qui l’entoure, le programme participe à la construction de son identité, en tant que sujet de droit et pensant. C’est ce qui fait sa beauté», souligne Catherine Audrain.

Tom Rockmore a parlé de l’interaction entre la religion et la tolérance. En principe les religions devraient être tolérantes. Dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Le conflit israelo-palestinien en est un exemple illustratif avec, in situ, deux religions qui ne donnent pas toujours vraiment de signes de tolérance l’une avec l’autre. Ce conflit en fait est souvent exploité par les parties concernées, des deux côtés, avec comme expression de cette réalité l’opposition entre les occidentaux et Pays arabes qui poursuivent d’autres buts que la défense d’intérêts purement religieux, et là émergent le plus souvent les considérations politiques. Le développement sans entrave du capitalisme libéral a aussi sa part de responsabilité dans les tensions que l’on observe avec notamment les effets négatifs qu’il a pu produire sur l’islam. Dans ce contexte, l’intervenant juge avec un certain scepticisme la situation actuelle et ne voit pas une issue proche et positive aux conflits persistants qui perdurent.

Dandan Jiang a abordé la question de la mansuétude dans la pensée confucéenne – « n’inflige pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige » : exigence envers soi-même et mansuétude envers l’autre.

Lionel Veer a particulièrement insisté sur l’ambivalence du terme « tolérance », son aspect contradictoire, avec les deux idées sous-jacentes qu’elle recouvre : permettre quelque chose qu’on désapprouve, et respecter quelque chose qu’on n’accepte pas spontanément. Cet aspect contradictoire est visible aussi dans l’évolution sémantique de ce concept : du terme plus ancien de « tolération », dont le sens a plutôt une connotation négative (l’accent est mis sur le fait qu’on désapprouve, au fond, ce qu’on accepte) vers le terme actuel de « tolérance », qui a plutôt une connotation positive (l’accent est mis sur le fait qu’on accepte ce qu’on désapprouve au fond).

Il a aussi tracé un court historique du phénomène de la tolérance depuis son inexistence pendant les Guerres de religions en Europe, jusqu’à son instauration par l’Édit de Nantes, la Constitution des États-Unis, la Déclaration des droits de l’homme. Il a souligné le caractère caméléonique de la tolérance, le fait que dans la société occidentale la tolérance peut être une forme de domination très subtile, un moyen de s’accrocher au pouvoir. La tolérance peut aussi se transformer en instrument de pouvoir et de domination1.

La tolérance risque de devenir paresseuse (le concept de Nietzsche, qui n’appréciait pas une tolérance passive, réduite à l’acceptation). Le monde est globalisé, mais est-ce que nous nous rapprochons vraiment les uns des autres ?

De tout ce qui a été développé au cours de ces manifestations de l’UNESCO à propos de la tolérance, on retiendra tout particulièrement ce qui a été dit des programmes à l’attention des jeunes : ils sont l’avenir et on comprend tout le potentiel qu’il y a à leur faire découvrir comme de vraies valeurs et avec des méthodes éducatives appropriées ce qu’est et ce qu’apporte la tolérance. Les ouvrir à la tolérance est sans aucun doute un excellent moyen pour les détourner des endoctrinements et des méfaits qui en découlent.

O.B.

Lire le message de Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO

1 Ce qui est vrai surtout pour les États-nations, d’où l’importance de la consolidation des institutions internationales (N.d.A.)